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Rigbey, Liz – L’été assassin

Suite au décès de son bébé, Lucy a quitté sa Californie natale et tous ceux qu’elle y aime pour aller vivre à New York, seule, et se tuer au travail dans une banque.
Trois ans plus tard elle reçoit un appel de sa soeur Jane: son père vient de mourir. Suicide dit Jane, assassinat pensent les policiers sur place 
Lucy rentre au plus vite et demande de pouvoir loger chez ses tantes russes, les soeurs de sa mère. Ces femmes pleines de chaleur et de bonté l’incitent à aller voir sa mère internée après la mort de son dernier-né et sa bascule dans la démence. Et ce fut alors Jane qui se chargea de Lucy, Jane la responsable, aujourd’hui devenue médecin
Entre-temps la police observe, se promène, parle à chacun, sans alerte comme si elle se contentait de vérifier une hypothèse ou d’en attendre les preuves

Lucy, la narratrice s’est toujours sentie coupable, de la folie de sa mère, de la mort de son bébé, des malheurs qui l’entourent, mais de quelle histoire, de quel mythe tire-t-elle donc ce fardeau ?
L’intrigue se déroule lentement, au gré des paysages, des souvenirs et de ce lent travail de dessillement qui mène à la vérité
L’écriture est belle, l’atmosphère vogue entre regret, tristesse et une angoisse qui s’infiltre avec subtilité. Et le final nous plonge dans un questionnement sans fin.
Un livre discret mais dont les silences se sont accordés aux miens

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Rivault, Alexandra – Collisions

Rose-Marie, mère de trois enfants proches de l’envol, vit à côté d’un mari qui la dévalorise et la méprise au point qu’elle est devenue incapable d’initiative. Aziz est un petit trafiquant à la suite de son frère emprisonné. Nick est devenu tueur à gages afin d’amasser l’argent qui, pense-t-il, lui fera, reconquérir son amour de jeunesse
Un soir, Rose-Marie prend la voiture de son fils Maxime pour le ramener d’unel soirée quand, sur un chemin de campagne peu éclairé, elle a un accident, première collision qui précipitera toutes les autres

Ces trois vies si différentes vont toutes converger autour du personnage de Maxime, cet adolescent quelconque qui, sans le savoir, fera surgir le pire de ces trois êtres, comme s’il était, malgré lui, leur trou noir
Cette convergence intéressante est néanmoins desservie par des personnages sans grand relief, assez stéréotypés, par quelques réactions improbables, quelques scènes rocambolesques et par une écriture honnête mais peu remarquable

Un très grand merci à Mathilde des Éditions de la Rémanence pour cette lecture

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Hjorth & Rosenfeldt – Justice divine

La police d’Upsalla, confrontée à un violeur en série, demande du renfort à Stockholm, ce qui contraint les premiers à travailler avec Sébastien Bergman, ce profiler odieux, égoïste, et coureur dont ils s’étaient récemment débarrassés. Sa fille Vanja surtout le voit venir avec colère parce qu’après l’avoir abandonnée, il l’a retrouvée et s’est empressé de saccager sa famille adoptive
Les policiers suspectent un lien entre ces femmes, un lien qu’elles nient et qu’ils vont s’acharner à établir au cours d’une enquête difficile, d’autant plus que chacun d’eux souffre, se tourmente, craint ou se dérègle dans sa vie personnelle. Souvenirs et déchirements personnels vont, dans ce tome, prendre une grande place et conférer à ce roman riche et passionnant une dimension psychologique forte et douloureuse
Les thèmes de l’avortement, de la trahison et de la pulsion qui, comme l’addiction, ne se maîtrise pas sans un désir de changer et une recherche d’aide, sont au coeur de ce livre
Ce tome 6 peut être lu indépendamment des autres, les allusions au passé des personnages sont suffisamment claires pour nous imaginer être dans un premier tome

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Carrisi, Donato – Je suis l’abysse

– Il y a l’homme qui nettoie, jadis enfant humilié, broyé, torturé, aujourd’hui adulte solitaire et sans joie, aussi démuni qu’un enfant et toujours en proie à la même instance cruelle
Il fouille les poubelles de femmes isolées, seule intimité qu’il s’accorde avec elles, avant que que la cruauté ne se saisisse de lui, et d’elles
– Il y a la fille à la mèche violette dont les riches parents n’ont pas le temps et qui, engluée dans un chantage cruel, veut se noyer mais l’homme qui nettoie la sauve avant de s’enfuir dès l’apparition des secours.
– Il y a la chasseuse de mouches, mère aimante et meurtrie, femme de douleur, elle défend les femmes battues et enquête sur cet homme étrange qui s’enfuit après avoir agit en héros

Ce roman bouleversant est une réflexion sensible sur l’origine du mal qui se trouve rarement dans les duretés de la vie et de l’entourage, mais réside en nous en puissance: c’est le Mal absolu auquel nous sommes libres de donner corps ou non et en acte: ce sont ces mauvaisetés qui vivent en nous comme des innéités et que nous combattons sans cesse à moins que nous y cédions sans cesse.
Parfois il arrive qu’un enfant naisse en enfer, là où ce qui devait être en puissance est déjà en acte sans qu’il n’ait été choisi, là donc où le combat est monstrueux, abyssal
Jamais un auteur ne m’a donné d’éprouver une telle compassion pour un tueur en série

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Ruiz Martin, David – Seule la haine

Elliot, 14 ans, pénètre dans le cabinet du psychanalyste et, sous la contrainte d’un fusil, l’oblige à se menotter et surtout à l’écouter. Car Elliot ne comprend ni n’accepte le suicide de son frère adoré. Submergé par la colère, le tourment, le remords de n’avoir rien compris, rien empêché, il défoule sa haine sur le psychanalyste qui a reçu son frère à quelques reprises et aurait donc dû empêcher ce suicide
Elliot, cet enfant surdoué qui en connaît trop sur le Mal à l’oeuvre dans le monde, va forcer le psychanalyste à écouter ce que deux jeunes, proches de son frère, perpétraient comme horreurs,. Un récit insoutenable, propre à rendre fou

La parole est au coeur de ce huis-clos, mais Elliot l’utilise et la rabaisse à n’être qu’une parole-image, une parole qui comme l’image, saisit au col, entraîne et contraint, abolissant ce recul propre au discours
Une parole devenue arme de destruction
Un roman machiavélique, redoutablement intelligent mais dont hélas, la fin s’étire et s’épuise telle un ballon qui se dégonfle

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Bilan 2021

MES 5 TOPS 2021

« Solak » Caroline Hinault
Une écriture fabuleuse et une histoire étonnante dans le silence du grand Nord
« Le beau mystère » Louise Penny
Pour qui aime le chant grégorien , ce policier est un enchantement
« Les beaux mensonges» Céline de Roany
Intelligent, sensible et subtil, magnifiquement écrit et avec ce supplément d’âme qui en fait une oeuvre d’exception
« Sauvez-moi » Marie Berger
L’originalité du thème, la beauté de l’écriture et la finesse des personnages m’ont vraiment subjuguée. Devrait être davantage connu
« Je suis l’abysse » Donato Carrisi
Bouleversante réflexion sur le Mal, son vécu, son origine, sa responsabilité. Á fendre le coeur

MES 5 FLOPS 2021

« De chair et d’os » Dolorès Redondo
Quand de nombreuses croyances locales conduisent l’intrigue cette dernière part dans tous les sens
« Némesis » Xavier Massé
Des personnages désagréables et une intrigue au dénouement abracadabrant
« Les yeux d’Iris » Magali Collet
Une panoplie de personnages plus qu’antipathiques aux comportements absurdes, illogiques et excessifs
« Le Prédicateur » de Camilla Lackberg
Pauvre écriture pour un sujet sans surprise. J’ai soupiré en attendant d’en avoir fini
« Le cadeau » Sébastien Fitzek
Il m’est difficile d’aimer un livre auquel je ne comprends rien

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Marpeau, Elsa – L’âme du fusil

Philippe, quinquagénaire au chômage, s’ennuie pendant que sa femme trime et que son fils est au lycée, jusqu’au jour où il voit le nouveau voisin nager nu dans le lac. Notre homme se met alors à l’espionner sous le prétexte d’une juste méfiance envers ce jeune parisien oisif venu parmi les rudes campagnards.
Dès lors le voisin devient le centre de sa vie, il l’épie sans cesse et sa nudité suscite en lui un désir qu’il enfouit vite sous une couche de colère, ou déplace en « ce n’est lui que je désire mais le belle amante que je lui attribue »
La même pulsion incite Philippe à inviter son voisin afin de l’exhiber, telle une conquête, devant ses potes et sa femme; et lui, le Lucien parisien fait le beau, subjugue l’assemblée, leur apprend à jouer au poker
Et Philippe, toujours en proie à sa fascination, ne veut rien voir des signes avant-coureurs du drame

Présentée comme écrite par Philippe, cette confession est celle d’un homme qui, par manque de langage, par facilité aussi, se laisse conduire par ses pulsions et ses fantasmes, créant ainsi une chaîne de réactions désastreuses
Véritable cas d’école pour un psychanalyste, ce livre riche et profond est tel une tragédie où les forces obscures se jouent des hommes et guident leurs destins.
L’écriture est fort belle mais les nombreuses pages vouées à la chasse me sont passées par dessus la tête

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Collet, Magali – Les yeux d’Iris

La veille de leurs examens de fin d’année, Fred et Morgane, frère et soeur, sont appelés par leur soeur Iris, dépressive depuis des années et en attente constante de réconfort. Les étudiants, stressés par les épreuves du lendemain, rabrouent Iris. La nuit suivante, Iris se suicide, Fred et Morgane portent désormais une culpabilité qui fait fuir Morgane en Irlande et plombe la vie de Fred.
Quelques années plus tard, Morgane est appelée par Julie, son amante qu’un viol monstrueux vida de son âme et de son amour. Rentrée en France au nom d’une promesse jamais précisée qu’elle avait faite, avec Fred et Audrey, Morgane découvre, avec horreur, une Julie complètement changée et installée avec un parfait salaud riche aux as
Qu’attend Julie de ses amis, et en particulier de Morgane?

Difficile d’éprouver la moindre empathie pour ces personnages froids, calculateurs, et pour certains, violents ou carrément machiavéliques
L’intrigue de roman est peu crédible car qui voudrait se venger au point d’être prêt à tremper chaque jour dans l’abjection pour y parvenir? C’est vraiment inconcevable.
Et tenir une promesse se peut-il quand l’impensable en est le conduit ?
Outre ce scénario somme toute aberrant, on trouve de nombreux clichés assez déplaisants tels que : les hommes plient toujours les femmes à leur volonté, par la manipulation, le chantage ou la force. Les femmes elles, sont sottes et naïves et quand elles ne le sont plus, quand un viol atroce ou une trahison absolue les dégrisent, elles deviennent dures ou sombrent dans la dépression
Une déception

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Oates, Joyce Carol – La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles

Whitey McClaren, un riche homme d’affaires de 67 ans, rentre chez lui quand il voit un homme de couleur se faire tabasser par des policiers. Sans hésiter, il s’arrête et tente de calmer les agents mais ces derniers le battent et le rouent de charges de tasers. Frappé d’un AVC Whitey ne survivra pas et les policiers prétendront qu’ils l’ont vu faire un AVC au volant .
Bien qu’adultes et très différents, les cinq enfants McClaren sont perdus sans leur pilier, leur référence. Tous à tour, ils prennent voix pour dire leur plongée dans l’angoisse, le déséquilibre, l’effondrement et témoigner de ce long cheminement douloureux qui s’ouvrira ou s’entr’ouvrira vers ce qu’ils sont hors des désirs et appréciations paternelles.
Jessalyn, la femme de Whitey sera longuement dévastée, mais sa profonde générosité la poussera dans les bras de l’altérité, de l’amour et de la vie.

Cette oeuvre d’une grande maturité littéraire et d’une générosité remarquable place l’évolution des personnages au coeur de son propos
Dans le tremblement de terre qui secoue la famille entière et dans les failles ainsi mises à jour se profile la voie d’une émergence personnelle. Par contre, dans la crise qui secoue l’Amérique actuelle, la tendance à combler les béances ainsi révélées avec la haine, la lâcheté et la corruption prédomine.
Un roman somptueux que ses quelques longueurs ne déparent pas

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Hinault, Caroline – Solak

Tout au Nord, Solak est un drapeau et quelques baraques dressées dans l’infini glacé, un lieu néanmoins gardé par deux militaires au passé trouble et un géologue qui étudie la glace profonde et apprécie la poésie
Or voilà qu’arrive un tout jeune soldat déposé par hélicoptère, c’est «le gamin» dont le regard en pic de glace, le mutisme et le mystère dérangent les deux militaires, surtout Roq, cet homme abject qui n’aime rien tant que boire et dépecer les animaux qu’il abat avec une jubilation féroce
Outre Roq, il y a Piotr le narrateur de cette histoire. Sous sa rugosité désabusée, Piotr cache une culpabilité qu’il paye chaque jour depuis qu’il a demandé d’être envoyé sur cet invivable îlot de glace
Novembre s’amène et avec lui la longue Nuit boréale

Ce livre est une merveille d’écriture avec cette langue qui s’enfouit dans les tons les plus bas et atteint les plus sublimes coloratures, avec cette inventivité de phrasés et d’images surprenante pour un premier roman, avec ces pages qu’on lit et relit en s’en émerveillant
Un livre tout en atmosphère où l’attente d’un drame est palpable, monte et descend au gré du temps et des échanges, où cependant, quoiqu’on élucubre, rien ne peut se deviner de ce qu’il adviendra
Magnifique !

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Hayder, Mo – L’homme du soir

Un enfant de 8 ans est enlevé et l’inspecteur Jack Caffery, mandé sur les lieux, soupçonne une histoire de pédophilie; en effet les enfants du voisinage parlent d’un troll rôdant dans le parc. Le lendemain l’enfant est retrouvé ligoté dans un arbre du parc, violé et décédé
Cette affaire ranime l’obsession de Caffery pour son frère Ewan disparu alors que tous deux n’ avaient pas dix ans, Jack a toujours soupçonné son voisin, déjà condamné pour actes de pédophilie, d’être le ravisseur, le violeur et l’assassin de son frère. Et cette certitude l’obsède tant qu’il refuse de déménager, au grand dam de sa compagne qui en souffre, mais Jack n’entend que son obsession
Un soir, l’inspecteur aperçoit son voisin pendu chez lui, il entre et fouille la maison en quête de traces de son frère, en vain. Pourtant une lettre l’attend chez lui, son voisin lui a laissé un drôle de cadeau
Tout au long du récit, Jack Caffery est mû par cette attraction- répulsion pour le mal qu’il imagine infligé à son frère (on se demande même s’il ne serait pas déçu qu’Ewan n’ait rien subi de tout cela) Son obstination, sa rage sont telles qu’elles l’amènent à enfreindre toutes les règles et à s’entêter sur de fausses pistes, tandis que l’autre enquête, celle du troll sévissant autour du parc, semble au point mort
Malsain et lassant

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Turow, Scott – Ultime recours

2001. Arthur Raven est commis d’office à la défense d’un condamné à mort, Rommy Gandolph. Rommy proclame son innocence bien qu’il y a dix ans, il ait avoué par écrit avoir abattu trois personnes
A l’époque, le policier chargé de l’enquête et Muriel, jeune adjointe du procureur, voulaient absolument une arrestation rapide et brillante afin de lancer la carrière de Muriel. Or le policier, ayant appris que ce chapardeur de Rommy détenait un bijou volé à l’une des victimes, ne fit ni une ni deux, menotta le pauvre homme et lui extorqua des aveux écrits.
Dix ans plus tard, en étudiant les dossiers, Arthur décèle de grosses lacunes
C’est à ce moment que la juge Gillian qui présida à la condamnation de Rommy et connut ensuite une période tourmentée, prévient Arthur qu’un nouveau témoin désire leur parler, Cet homme en fin de vie, avoue avoir manipulé tout le monde et être le seul coupable. Mais le policier et Muriel, soucieux de cacher leur incurie, vont tout faire pour réfuter ce témoignage


Un roman juridique passionnant, riche, émouvant, où de nouveaux éléments, de nouveaux témoins remettent en jeu non seulement la vie d’un homme, mais aussi, mais surtout des narcissismes, des inimitiés,, des jalousies.
Les personnages sont finement nuancés, très travaillés, en particulier celui d’Arthur, cet homme qui se sait moche et s’en est fait une raison douloureuse, cet homme bon, intègre, généreux, sensible et timide inspire les plus belles et les plus lumineuses pages du livre
Un roman où le juridique est un tremplin vers la réparation, la sublimation, la rédemption,
(V.O Reversible Errors),

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Grisham, John – Le couloir de la mort

1967. Mississippi. Trois hommes du KKK font exploser le cabinet d’un avocat juif défenseur des droits civiques, les deux petits jumeaux qui accompagnaient leur père sont pulvérisés, et l’avocat, amputé des deux jambes, inconsolable, se suicide
Seul parmi les trois complices, Sam Cayhall est pris, jugé et libéré par les tribunaux suprémacistes blancs jusqu’à l’abolition du ségrégationnisme où, rejugé, il est condamné à mort.
1991. Adam Hall, jeune avocat et petit-fils du condamné, veut défendre ce grand-père qu’il ne connaît pas. Le crime de Sam a dévasté sa famille: le père d’Adam a déménagé, changé de nom et finalement, il s’est suicidé; sa tante s’est réfugiée dans un mariage raté et dans l’alcool. C’est chez cette tante fragile et généreuse qu’Adam logera durant les quatre semaines qui lui restent pour se battre contre l’exécution de Sam,

Avec une immense compassion, ce livre décrit la détresse et la honte vécues par les proches d’un criminel. Il dénonce la cruauté de la peine de mort et des conditions de son attente, il dépeint l’abjection d’une presse qui souille tout ce qu’elle touche, il témoigne de la complexité du système judiciaire américain et souligne qu’en ces cours de justice, l’ambition, les préjugés et les querelles internes déterminent les décisions capitales. Il montre enfin comment un enfant plongé dans un discours de haine qui s’inscrit en lui comme un devoir, peut devenir un homme qui vit, tel le condamné à mort, enfermé dans une cage étroite sans fenêtres et sans joie.

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Gustawsson, Johanna – Te tenir la main pendant que tout brûle

2002 Québec Le lieutenant Maxine Grant, mère d’une adolescente et d’un nouveau-né, est requise chez son ancienne institutrice Pauline Caron qui a poignardé sauvagement son époux. L »équipe de Maxine découvre, dispersées dans la maison, sept mains séchées. Si les questions affluent, Pauline, muette, impénétrable, n’y répond pas,
1949 Québec. Lina, jeune adolescente, est la cible de deux pestes. Un jour, excédée, elle se venge. Sa mère lui intime alors de la rejoindre après l ‘école au Mad House où elle travaille. Lina y rencontre une vieille pensionnaire finaude qui l’introduit dans un monde obscur
1899 Paris. Lucienne est une femme bien née unie à un mari fortuné mais glacial. Deux petites filles sont nées de ce mariage. Une nuit leur maison flambe et les deux fillettes, introuvables, sont déclarées mortes. N’admettant pas leur mort, Lucienne entreprend un voyage au pays de la mort à travers les sciences occultes.

Un grand art de la narration et un suspense sans cesse relancé d’une femme à l’autre, d’un décèlement à un détournement. Un thème rarement aussi bien exploité sans l’excès qui l’accompagne habituellement. Et alors que ce roman, sombre dans son contenu, lumineux dans son écriture, parvient doucement à son final orchestré, surgit le cri d’une douleur sans nom et sans fond

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Jourdain, Hervé – Terminal 4

Zone de l’aéroport Roissy, la capitaine Lola et la brigadière Zoé interpellent un partisan de Daech quand elles voient les pompiers éteindre un incendie de voitures. Curieuse, Zoé s’approche et son regard tombe sur le corps calciné d’une jeune femme
Les voitures incendiées appartiennent à un réseau de chauffeurs chinois travaillant à bas prix, ce qui met en colère les taxis officiels
Malgré les zadistes, la directrice de l’aéroport lance la construction d’ un Terminal 4 destiné à élargir le champ d’aviation et certifie, chiffres à l’appui, que les émissions de CO2 diminuent. Par ailleurs, elle conteste le projet de loi sur la taxation du kérosène en brandissant le fameux chantage à : plus de coûts = pertes d’ emplois
La jeune femme décédée est identifiée comme Sabrina, l’assistante de la directrice de l’aéroport, Idéaliste, Sabrina désire vraiment réduire la pollution, aider les SDF vivant dans les parages de l’aéroport et sauver les jeunes migrants qui y sont surexploités
Qui donc a tué la jeune femme?

L’écriture est centrée sur le rythme des actions et non sur le côté littéraire. Certes, les thèmes complexes, les personnages duplices et l’intrigue retorse à souhait sont intéressants, mais tout cela est exposé d’un ton si sec et de façon si factuelle que le plaisir de lecture se perd rapidement
Tout au plus peut-on considérer ce livre comme le script d’un bon film

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Hayder, Mo – Tokyo

1990 En Angleterre, Grey, jeune fille que ses parents isolent du monde, tombe sur un livre qui mentionne l’existence d’un film secret sur les horreurs commises à Nankin en 1937. Or Grey a également un secret, une marque d’ignorance gravée sur son corps une ignorance qui fut qualifiée de Mal par ceux là même qui ont organisé cette ignorance. Grey se donne pour mission d’arracher à l’ignorance ce film sur les crimes odieux perpétrés par les japonais à Nankin,
Elle part à Tokyo où vit le détenteur du film, le vieux chinois Shi Chongming qui a vécu l’invasion japonaise, mais le vieil homme nie posséder ce film. Nullement découragée et en attendant de convaincre le vieil homme, Grey gagne sa vie dans un bar à hôtesses où elle doit amuser les clients attablés. Parmi eux, il y a un vieux Yakuza funeste accompagné d’une Nurse effrayante qui lui prépare un remède miraculeux, un remède qui intéresse énormément Shi Chongming

Mo Hayder excelle à créer des atmosphères. Dans ce roman plane une menace sournoise, rendue encore plus inquiétante par la culture japonaise mystérieuse et impénétrable. Aussi, à notre désir de savoir se mêle la crainte de savoir. Le thème du livre tourne en effet autour de la question de l’ignorance et du savoir qui rejoint celle du bien et du mal,
Les personnages vivent davantage dans la sensation que dans l’émotion. Complexes et subtils, ils se refusent à toute identification, mais, tragiques, ils inspirent crainte et pitié,

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Gazalé, Olivia – Le mythe de la virilité

Dès que l homme comprend son rôle dans la fécondation, la femme jadis maîtresse de l’engendrement est ravalée à un réceptacle passif , devenant sujette à ces extensionrs de pensée: sujet et objet, raison et passion, maîtrise et lascivité etc.
En contrepartie, l’homme est désormais contraint de prouver sa virilité s’il ne veut déchoir dans l’ impuissance, l’ homosexualité féminisante ou la défaite.
La monstration de la virilité était relativement aisée quand l’épouse non-impudique ne s’adonnait à des rapports que reproducteurs et surtout sans jouissance, mais le dernier siècle occidental exige en plus des hommes qu’ils fassent jouir la femme, dernière prescription hautement angoissante.
Aussi les moments entre hommes sont-ils si reposants, il suffit de raconter des exploits inexistants ou d’exhiber les signaux d’une puissance imaginaire

Chaque époque refonde les codes de la virilité en se basant sur une distanciation d’avec la femme qui incarnera toujours LA menace à la puissance virile
Pour échapper à cette dictature des sexes il faudrait cesser de percevoir l’humanité selon une binarité d’être imposant une binarité de conduites soi-disant naturelles alors que, bien sûr, la parole a toujours déjà aboli le naturel au profit d’un social variable

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Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

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Renand, Antoine – S’adapter ou mourir

Ambre,17 ans, ne supporte plus sa mère et fugue avec son compagnon. Ils sont invités à faire halte chez Baptiste avec qui Ambre a longuement discute en ligne. Mais Baptiste est en réalité un psychopathe qui a prévu d’emprisonner Ambre pour en faire son esclave.Arthur, 40 ans, sans ressources après deux films ignorés et une récente séparation, accepte un travail de modérateur au sein d’un réseau social. Il doit regarder, effacer et signaler – sans que cela donne lieu à une suite – des vidéos d’une terrible violence. Ce mitraillage d’horreurs éveillera Arthur à sa propre noirceur et c’est en exerçant, avec ses trois amis, la violence envers les violents qu’il reprend goût à la vie
Avec un courage inouï pour son jeune âge, Ambre endure les viols et l’asservissement quotidien sans jamais y consentir, Et c’est dans l’amour qu’elle puise, au fil des ans, la force de tenir bon et l’inaltérable détermination à fuir

Ambre est l’image inversée d’Arthur. Tandis qu’elle veut fuir l’obscurité pour enfin vivre, Arthur ne se sent vivre qu’en elle. Tandis qu’ Ambre préserve sa douceur, sa droiture et sa capacité à aimer au coeur même de l’esclavage monstrueux qu’elle subit, Arthur, par sa fonction, découvre sa propre violence qu’il choisit contre l’amour, et pour la jouissance.
Ce livre reformule une question fondamentale: comment lutter contre la violence qui s’affiche partout comme une fierté? Faut-il la combattre en rajoutant la sienne à celle qui déjà règne? La refuser en dressant un mur de non-violence face à elle? Y a–t-il une autre voie?
Un roman qui prête à discussions, bien écrit et bien construit, psychologiquement parfait,

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Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

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Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

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Dillard, François-Xavier – L’enfant dormira bientôt

Lorsque Michel Béjart avise les corps de deux nourrissons dans sa cave, il s’en prend violemment à Valérie, sa femme qui s’enfuit avec leur fils de 5ans, Hadrien. Et c’est l’accident !. Le garçon s’en sort avec les jambes brûlées, la mère gravement blessée. Après un passage à l’hôpital, Valérie est emprisonnée sur simple dénonciation de son mari (sans expertise psychiatrique ni mise en cause du mari !!!)
Si petit qu’il soit Hadrien a compris que son père a voulu détruire sa femme. Il cultive dès lors une haine féroce , démente, envers lui.
Pour se blanchir la conscience, Michel crée une fondation pour l’adoption. Or, quand deux nourrissons sont enlevés dans deux maternités différentes, la commissaire Jeanne Muller chargée de l’affaire remarque que les deux couples sont passés par cette fondation
En plus de cette enquête, Jeanne veille sur la jeune Samia .qu’elle a arraché au milieu de la prostitution pour la confier à un couple en deuil d’une enfant

D’une écriture simple, assujettie à l’action, ce livre est un roman de haine, celle des hommes, monstrueuse, irrépressible, et dirait-on même, constitutive de leur masculinité
Un roman de courage aussi, celui des femmes blessées, rendues folles, dévastées par la vie et les hommes
Un récit manichéen donc, caricatural même, sans nuances, sans pitié, sans justice

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de Roany, Céline – Les beaux mensonges

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où un étrange testament sème la confusion et où les mensonges ne sont beaux que de protéger les belles réputations

Superbement écrit et construit, ce livre frappe par son sérieux, son humanisme et sa tristesse en bruit de fond.
L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
– Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent aussi bien la bonté des femmes que les plus vils instincts des hommes
– Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

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Perks, Heidi – Evergreen Island

Stella a onze ans quand sa famille quitte précipitamment Evergreen Island en pleine tempête, arrachant l’enfant à son paradis,.
Adulte, Stella se sent en devoir de veiller sur sa soeur aînée, une femme blessée et amère, et se désole d’avoir perdu toute trace de son frère, ce garçon sensible qui fuyait les rapports sociaux
On comprend que Stella soit devenue thérapeute familiale quand on la voit ainsi hantée par son passé et les questions enfouies le concernant, questions qui resurgiront le jour où un corps est découvert, enfoui à l’orée de leur ancienne demeure
La jeune femme décide alors de revenir sur l’île afin d’éclaircir son passé en cherchant s’il y a un lien entre cette mort et leur départ précipité
Mais ce lien semble inextricable puisqu’emmêlé à bien d’autres

Le gros défaut de ce livre, à mon sens, est qu’une bonne partie de l’intrigue repose sur les réactions irrationnelles ou disproportionnées des personnages et sur leur confusion entre le mal moral et le mal légal, ce qui est bien dommage étant donné la qualité d’écriture et la finesse psychologique de l’auteure
Stella est une personne forte et fragile, douce et déterminée, elle se montre infiniment compatissante envers les autres, aussi pénibles soient-ils, toutefois son attachement au seul passé est déroutant, et parfois exaspérant

Merci aux Editions Préludes et Net Galley pour ce livre

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Tuomainen, Antti – Au fin fond de la petite Sibérie

Au nord de la Finlande, un pilote de rallye fonce sur les routes enneigées quand soudain un choc effroyable se produit et une météorite atterrit sur le siège passager..
Le précieux objet est temporairement exposé au musée du village sous la surveillance d’honnêtes bénévoles, mais qui est honnête face au million que représente la pierre, qui sinon Joel le pasteur, ancien militaire qu’une explosion a rendu stérile. Et comme sa femme vient de lui annoncer sa grossesse, Joel, rongé par la jalousie, préfère la fuir en assurant chaque nuit la garde de l’objet.
Il va devoir affronter seul des mafieux russes, des voleurs déterminés, des villageois rendus fous par les promesses contenues dans ce million. Tant d’adversaires suscitent forcément des scènes rocambolesques et l’on voit par exemple le pasteur blessé au poumon qui engage une course poursuite sur un motoneige tout en consultant son GPS.
Parmi tant d’extravagances, il y a cependant quelques moments de grâce et de lumière

Merci à Fleuve éditions et à NetGalle pour cette lecture

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Hawkins, Paula – Celle qui brûle

Un jeune homme installé depuis peu à bord d’une péniche, est sauvagement poignardé.Trois femmes pourraient avoir commis ce crime. Trois femmes profondément meurtries dans leur chair et leur âme, trahies au plus intime. Trois femmes terriblement fragiles et tellement fortes: La tante de la victime, Carla, Miriam, sa voisine dont le manuscrit a été volé par le mari de Carla pour produire un best-seller – quelques extraits entrecoupent d’ailleurs l’intrigue – et enfin Laura, celle avec qui l’homme avait passé sa dernière nuit.
L’inspecteur Barker et sa collègue tâtonnent tout au long de cette enquête où l’absence de preuves matérielles et la complexité psychologique des personnages ne leur permettront pas de résoudre l’affaire sans aide

Quand la trahison suprême ou la tragédie surgit dans une vie on peut choisir de refuser désormais la vie et ses opportunités au profit du seul horizon de la rancune, de l’amertume et même de la vengeance, mais on peut aussi, quand une main est tendue, choisir de reprendre doucement vie après une période de deuil,
Roman éminemment intime, il adopte le cours des nos pensées, passant d’une époque à l’autre, d’un souvenir à l’autre, donnant ainsi à chaque personnage son épaisseur, dévoilant ainsi le pourquoi de ses actions et de ses passions
Comme dans son premier roman, Paule Hawkins déploie une grande tendresse et une immense compassion envers ses personnages en proie à la solitude de leurs déchirements et de leurs obscurités
(VO : A slow fire burning)

Merci aux éditions Sonatine et à NetGalley pour cette lecture

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Nieto, Patrick – Etat de légitime violence

Nadia Benhabib, nouvelle secrétaire à l’industrie Lacombe, est priée de rester plus tard un soir et se fait violer par son patron. Dévastée, elle hésite pourtant à porter plainte car quelle chance a-t-elle de la voir honorée quand les employés préfèrent se taire et que de nombreux policiers font copain-copain avec le patron prodigue?
Seul le capitaine Malavoy, récemment arrivé de Paris après qu’un drame l’a brisé, prend la déposition de la jeune femme à coeur et veut à tout prix établir la vérité .
Nadia vit seule avec son jeune fils, elle s’est toujours battue pour vivre sans aides ni assistances, et se retrouve à présent sans emploi. Sans compter le choc, la honte de n’avoir pu empêcher l’horreur, le dégoût de soi, la colère vaine, le renfermement progressif, la peur constante d’être agressée
Quelques temps plus tard, un meurtre a lieu 

La première partie de ce roman montre que le viol détruit les femmes au plus intime et montre également le courage qu’il leur faut pour déposer plainte, un courage puisé dans l’outrage personnel et dans le désir de protéger les victimes à venir.
La seconde partie, qui débute avec le meurtre, va conduire Malavoy et son adjointe, plus intuitifs et probes que leurs collègues, à travers fausses preuves, mensonges et rebondissements, dans une enquête policière plus classique
Un livre qui attire l’attention sur l’abomination qu’est le viol et les multiples freins à ce qu’une véritable justice soit rendue

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L’Heuillet, Hélène – Tu haïras ton prochain comme toi-même

Voici quelques réflexions, parcellaires comme toujours, de et à partir de ce livre


Le nazisme, les nationalismes et l’islamisme radical ont pour fondement la haine et pour but la pureté de la race. Toutes combattent donc pour du biologique et non pour du symbolique. Toutes visent à l’Un, à la fusion sans tiers ni altérité qui entachent la pureté
La haine hait donc toujours l’autre (on devrait l’appeler allophobie plutôt que racisme)
Mais l’altérité est irrépressible. La visée de pureté doit tout détruire; quand l’autre est inatteignable, ce seront les mêmes qui seront visés dans la haine de leurs petites différences. Le besoin de pureté atteignant sa perfection dans le suicide, soit l’élimination de l’autre en soi . D’où la formule « Tu haïras ton prochain comme toi-même »,
Le but de toute guerre en vue d’une pureté nationale, religieuse ou autre n’est pas la victoire mais une destruction sans fin, elle est, en effet, alimentée par la pulsion de mort à l’état pur, dénuée de son pendant qu’est la pulsion de vie, elle s’attache donc également à encourager le déchaînement des pulsions les plus basses et les plus répugnantes, toutes pulsions émanant de Thanatos

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Molloy, Aimée – Bonne nuit mon ange

Un jeune couple, Sam Statler et Annie Potter, vient habiter dans le village natal de Sam, là où sa mère, cette femme qui lui a tout donné après que son mari l’a quittée, a été placée. Très amoureux, le couple joue à se séduire et de re-séduire grâce à des jeux de rôles surprenants et au final assez drôles
Sam est psychothérapeute et se voit presqu’offrir un bureau au sous-sol d’une splendide maison victorienne, cabinet qu’il meuble somptueusement, fort de l’argent que sa mère lui a assuré bientôt recevoir de son père. Néanmoins il y a un hic: Juste au dessus du bureau de consultation, une conduite d’aération permet à une une oreille curieuse d’entendre tout ce qui se dit lors des échanges thérapeutiques.
Et puis un jour d’orage, Sam quitte son bureau pour se rendre à un rendez-vous et disparaît. Accident, fuite, enlèvement? L’enquête est lancée

L’auteure se joue de nous, nous déroute et nous surprend avec ses tours de passe-passe ses semi-vérités et ses faux-semblants, reflets ou rappels de ces jeux de séduction auxquels se livre le couple Sam-Annie
La seconde partie du roman, celle qui débute lorsque le psychologue disparaît, est nettement moins captivante et devient même franchement ennuyeuse
Bref un livre facile et agréable à lire mais que j’ai été contente d’avoir terminé en vitesse
(Titre original : Goodnight beautiful)

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Berger, Marie – « Sauvez-moi »

15 janvier 2020, le virus covid19 fait son entrée en France. Lors d’une soirée à l’ Elysée, la femme d’un attaché au ministère des droits des femmes, passe secrètement un mot écrit sur un morceau de papier toilette, un mot qui dit « sauvez-moi ». Interpellée, la réceptrice transmet le mot à qui de droit jusqu’à Pierre, un policier de grande confiance, qui est chargé de rassembler une équipe non officielle pour évaluer si danger réel il y a et d’où il provient
Pierre va, d’amis en amis, réunir quelques êtres profondément blessés par la vie et qui, tous, aspirent à réparer ce qui n’a pu l’être dans leur passé. Parmi eux Justin un ancien policier et Justice son épouse synergologue, Mila la psychologue, Raphaël le hackeur et Charlie le bi-genre
Le groupe qui s’est baptisé Horus, dissèque les vidéos publiques du couple, il suit leurs déplacements, les met sur écoute téléphonique etc.
15 mars 2020, le confinement est annoncé et le groupe des 5, hormis Pierre que le cancer ronge, décide de s’installer tous ensemble dans le vaste appartement situé sous celui du couple en question, un avantage dû au prestige de la personne anonyme qui a missionné le groupe

Les personnages composant l’équipe de sauvetage ont affiné leur sensibilité et enrichi leur complexité au feu des souffrances passées, et cette alliance des sensibilités crée une véritable tendresse entre eux.
On s’étonne qu’il s’agisse d’un premier roman tant l ‘écriture, très aboutie, reflète une belle maturité et si le thème de cette intrigue est très fréquenté, il apparaît ici comme totalement renouvelé du fait de cette enquête secrètement menée et de son impact sur chaque membre du groupe
Au final je recommande vivement ce roman intense, profond et passionnant

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Hauuy, Vincent – Le tricycle rouge

Il a fallu cinq ans au profileur Noah Wallace pour émerger du terrible crash avec le tueur qu’il pourchassait, accident dans lequel il a perdu femme et mémoire et qui lui a laissé des terribles douleurs, des trous de conscience et des visions à la vérité indécidable
Dès le retour en fonction de Noah, le tueur-bourreau, pourtant déclaré mort dans l’accident, se remet à ses crimes monstrueux  Il mutile ses victimes et les dispose en tableaux qui sont autant d’énigmes adressées à Noah afin de ranimer ses souvenirs d’enfance, une enfance que l’on devine atroce et donc profondément enfouie
Par ailleurs Sophie Lavallée, une journaliste investiguant sur les personnes disparues est sur la piste d’une fillette évaporée il y a 20 ans, mais tous ceux qui l’aident dans cette entreprise meurent brutalement

Pour le fond, ce livre montre à quelles monstruosités peuvent se livrer les hommes d’argent et de pouvoir lorsque leur position leur assure l’impunité
Pour la forme, le dispositif d’écriture déroute mais s’explique, ce sont des fragments, des flashes, des bouts de scène dispersés tels les bris d’un miroir fracassé dans lequel la conscience de Noah se cherche
Pour l’écriture enfin, il y a quelques phrases ampoulées ou tarabiscotées, ainsi que des maladresses pardonnables dans un premier roman

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Lloyd, Ellery – Suivie

Emmy était dans la mode avant de devenir mère. Comme elle éprouve toujours le besoin d’un public admiratif ainsi que celui d’argent, elle crée une chaîne instagram sur les aléas de la maternité, chaîne parrainée par une agente experte dans l’art de rentabiliser le créneau « maman »
Pour obtenir une vaste audience Emmy joue à la mère qui a déjà tout vécu et parle toujours vrai en toute spontanéité. Bien évidemment toutes ses apparitions et annonces sont planifiées, répétées et contrôlées par son agente. La course aux likes étant sans fin, Emmy va mettre en scène ses enfants, sources d’émotions positives, et s’instaurer conseillère en science infuse pour toute question mère-enfant
Cependant quelqu’un, dans l’ombre, attend l’heure de sa vengeance
La fin est absolument écoeurante, mais pas dans le sens où on le prévoyait

Ce roman rappelle que se donner, soi et sa famille, en spectacle sur la toile, comporte le risque de devenir la cible de personnes malfaisantes
Mais il montre aussi que l’influenceuse est un danger quand elle donne des conseils vite fait pour rassurer ou plaire sans en mesurer les conséquences ou quand plus aucun secret ne tient face à la rentabilité de son exposition
Je me suis souvent ennuyée avec ce livre un peu vain qui se lit vite étant donné son son écriture très moyenne
(VO : Peopke like her)

Merci NetGalley et HugoThriller pour cette lecture

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Loubry, Jérôme – Les soeurs de Montmorts

Julien Perrault vient d’être nommé chef de police à Montmorts, un village cossu doté d’ équipements dernier cri fournis gracieusement par le maire et propriétaire de ce village
Aux temps où l’altérité se nommait sorcellerie, de nombreuses femmes furent jetées du haut de ce Mont-morts, et comme l’Histoire ne s’efface pas mais imprègne les esprits, la jeune fille du maire qui souffrait d’une maladie orpheline a également été précipitée aux bas de la montagne.
Étrangement, depuis l’arrivée de Julien on dirait que les sorcières ont entrepris de se venger, se saisissant de l’esprit des habitants pour les inciter à tuer et se tuer avec violence.
S’agit-il vraiment de l’oeuvre des sorcières ? D’un magnétisme des lieux ou comme le pense Julien d’un habitant du village utilisant un stratagème machiavélique?

Parmi les qualités de ce roman j’ai aimé l’équipe des policiers fort attachants puisque fragiles autant que courageux; l’intrigue captivante judicieusement maîtrisée ; ce questionnement sur la notion de sorcière ; la faculté de l’auteur à déboulonner nos pronostics et suppositions les plus ingénieux, croyions-nous naïvement; et puis enfin cette question qui ne cessera de hanter nos consciences tant que nous demeurerons humains : La fin justifie-t-elle les moyens ?
Parmi les défauts je ne relève que des points subjectifs: Beaucoup de questions restées en suspens et puis si élaborée soit-elle je ne parviens pas à aimer cette fin qui heurte mes valeurs et convictions



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Montero, Rosa – La bonne chance

Pablo est un architecte renommé affligé de tendances obsessionnelles et pourtant un jour, comme il passe devant un trou perdu, il est saisi d’une impulsion soudaine, s’y arrête et s’y achète un appartement crasseux
A présent que dans cette sorte de fuite Pablo a laissé derrière lui un métier qui l’absorbait totalement, il connaît une période de passivité qui frôle l’hébétude. Dans ce vide surgit alors plus évidemment la meurtrissure d’un lointain passé solitaire et misérable, ainsi que la honte, la douleur d’avoir si mal aimé. Et puis il y a cette menace incarnée par un certain Marcos que la police recherche et que Pablo redoute
Tout à l’inverse de ce dernier, Raluca, sa voisine de palier, est un être lumineux et ouvert. Elle donne tout, s’enchante de tout avec une radieuse innocence et ne voit que l’étoile au coeur de ses nuits.
Tel un papillon de nuit que l’ombre protège et que la lumière attire, Pablo vacille entre ses fermetures sécurisantes et cette ouverture dans laquelle il craint ne pouvoir vivre

Ainsi donc l’âme, cet alliage de lumière et de pureté, ne doit rien à l’inné ni à l’acquis, mais dépend uniquement du choix que chacun fait de l’épanouir, de la mettre en veille ou de l’éteindre.
« La bonne chance » est habitée par cette chaleur, cette humanité et cette intelligence du coeur propres aux belles âmes Et son écriture est superbe

Merci à NetGalley et aux éditions Métailié pour cette lecture

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Penny, Louise – Le beau mystère

Perdu dans la forêt québecoise, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups abrite 24 moines vivant en autarcie et en silence sauf lorsqu’ils entonnent les sublimes chants grégoriens qu’ils étudient avec passion dans un vieux recueil noté en neumes, ces premiers signes de la notation musicale basés sur les mouvements de la main du chef de choeur
Quand le chef de choeur est trouvé mort, les reclus doivent, pour la première fois, ouvrir leur porte aux inspecteurs Gamache et Beauvoir
Et comme dans le chant grégorien où chaque phrase est reprise par une voix différente, les fêlures qui désunissent les moines se répercutent dans les fondations du vieux monastère et retentissent même sur les deux inspecteurs, brisant leur amitié

Dans ce très beau livre, on entend la magnificence des chants grégoriens, on éprouve cette élévation d’âme qu’ils inspirent, on assiste aux très riches dialogues que Gamache, cet homme de coeur et d’esprit, entretient principalement avec l’abbé, cet homme de grande foi et de peu d’ego.
L’enquête en huis-clos progresse au rythme de la vie monacale, aussi ce roman se lit-il lentement et, selon notre disposition, il se savoure ou agace

Neumes

(vo : The beautiful mystery)

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Laurent, Agnès – Rendors-toi tout va bien

Un mauvais jour, Guillaume est intercepté par la police et mis en garde à vue. Surpris, persuadé qu’il y a eu erreur, Guillaume se voit harcelé de questions: Où est sa femme Christelle? N’est-elle pas à la maison ou partie faire des courses? Non elle est introuvable. On le soupçonne de l’avoir tuée, d’ailleurs les preuves contre lui s’empilent et les voisins sont trop contents d’ajouter de l’huile sur le feu
Guillaume ne comprend rien, tout allait bien, il rentrait, mangeait, s’affalait dans son confort sans prêter attention ni à sa femme ni à ses filles, sûr d’être un bon mari, un bon père
Pendant ce temps Christelle roule au hasard, elle fuit, tous sens perdus, lourde de secrets, écrasée de souffrances, de solitude, de vide

Ce livre est un cri munchien, un appel désespéré de tous ces êtres qui se débattent avec les mots pour se dire, se sentent trop insignifiants pour prendre une parole difficile, surtout si cette parole, l’autre n’en veut pas
C’est un cri muet voué à déchirer le tissu d’indifférence de tous ces êtres qui, repliés sur leur petit ego, sourds à leur entourage, estiment que tout va bien s’ils leurs pulsions ont été comblées

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Schemer, Franck – Le palais des innocents

Dans un village d’Alsace, chaque année à la même date, un enfant est tué et brûlé par un autre enfant qui deviendra la victime de l’année suivante. Depuis cinq ans le commissaire Cornière, grand boulimique et esprit la mordant, cherche en vain à démêler ce casse-tête où l’enfant assassin, traumatisé et mutique, n’écrit que ceci: « C’est la sorcière qui donne et qui sourit »
Cornière est aidé par Olivia, une jeune fille du village dont le père s’est suicidé et la mère a perdu la raison. Elle est aujourd’hui hébergée, avec son petit frère surdoué, par un oncle radin qui ne les loge qu’à contrecoeur
Tous deux s’emploient à trouver qui est cette dite sorcière, comment elle parvient à forcer les enfants à tuer aussi sauvagement et pour quelle raison elle convoquecette mise en scène macabre

Une très belle écriture, une intrigue originale et captivante et un roman qui n’est policier que pour être davantage psychologique, font de ce livre une vraie découverte
Si certains personnages sont caricaturaux au point de déranger la lecture au début, ce n’est là qu’un procédé pour nous inviter à ne pas nous fier aux apparences, ces trompe-l’oeil destinés à cacher les profondes souffrances psychologiques et la sensibilité de ces personnages.

Merci aux Editions de la Rémanence ainsi qu’à NetGalley pour cette lecture

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Denjean, Céline – Le cercle des mensonges

Un jeune homme est précipité du haut d’un immeuble après avoir été forcé de confesser son suicide, Or ce jeune homme fréquentait le milieu SDF et se souciait particulièrement de la disparition de plusieurs d’entre eux dont il était proche
Par ailleurs, le corps d’une brillante microbiologiste est découvert dans la forêt.
Deux équipes sans liens, celle d’Eloïse Bouquet de la gendarmerie et celle d’Urbain Malot de la PJ, vont se charger chacune d’un de ces crimes pour en suivre le tracé tortueux jusqu’à son origine monstrueuse
En outre, Eloïse veut capturer l’insaisissable criminelle responsable de la mort de son conjoint trois ans plus tôt. C’est Amanda, une journaliste redoutablement futée, qui mène les recherches jusqu’au moment où Eloïse prend la relève, accepte d’utiliser les méthodes abjectes qui lui ont fait horreur lorsqu’elle en était victime et outrepasse ses droits de gendarme

L’auteure élabore une intrigue d’une grande complexité avec, en plus, deux équipes partant chacune d’un autre entrée de ce labyrinthe infernal. Jamais pourtant nous ne nous y perdons car des lanternes s’allument tout au long du trajet de notre progression
Malheureusement, les personnages, réduits à quelques traits de caractère, manquent de profondeur et de nuances,. Quant à Eloïse, partagée entre enquête et quête, entre devoir et passion, elle manque de concentration dans l’un et de déontologie dans l’autre

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Ferey, Caryl – Lëd

Norilsk est une des villes les plus froides du monde (jusqu’à – 60°) et des plus polluées avec ses mines de nickel, seules richesses de la région.
Deux morts suspectes, celle d’un nomade se déplaçant avec ses rennes, et celle d’une jeune étudiante, sont décrétées non reliées par le chef de la police, mais Boris, un policier muté à Norilsk car son honnêteté gênait, est persuadé du contraire, il va donc enquêter seul, à l’insu de son chef. Boris puise sa force dans l’amour de sa femme hélas gravement malade.
En effet, seuls l’amour, la poésie et l’amitié permettent de survivre dignement en ces lieux et, pour beaucoup, de supporter le travail dans les mines. L’amitié a ainsi réuni quelques couples soudés dans l’entraide et le goût de la vérité.
Toutefois, dans un régime où la corruption règne en maître, de telles valeurs constituent une menace, une forme de résistance politique. Elles seront donc écrasées, mais non sans y puiser leur ultime glorification


L’écriture de Caryl Ferey est sidérante de force et de beauté, elle est souffle de chaleur humaine, tempête arctique dévastatrice, poésie au coeur d’un monde détruit qui lui inspire colère et fatalisme, elle est amour envers ces hommes brisés qu’elle pleure et embrasse, elle est étoile filante dans une nuit sans fin.

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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Ellory, R.J. – Le carnaval des ombres

1959 Quand un cirque ambulant s’installe dans la petite ville du Kansas les habitants d’abord rétifs s’enchantent ensuite du talent des artistes, mais voilà qu un mort est découvert sous le carrousel. Fait étrange, l’affaire n’est pas confiée au shérif du lieu mais à un agent du FBI, Michael Travis,
Travis se voue totalement à son travail qui, avec le devoir et la loi, constituent les barrages qu’il a dressés contre les souffrances et terreurs de son enfance.
Questionnant les gens du cirque sur ce mort non identifié, Michael se voit interrogé lui-même sur ses défenses qui lui ferment l’esprit et le coeur en même temps qu’elles lui ferment l’accès à l’aboutissement de son enquête
Mais qui sont ces étranges personnages qui conduisent doucement, inexorablement Michael, à se libérer de ses démons qui ne le sont que d’être méconnus, ainsi qu’à remettre en question cette obéissance à ses supérieurs qui se doit d’être aveugle, mais aveugle à quoi ?

Oeuvre de grande maturité, ce roman philosophique, psychologique et politique possède certes les lenteurs et les répétitions qui sont inhérentes à tout changement radical de perspective sur soi et le monde quand il y a tant de résistances et de douleurs à traverser, tant de pertes à assumer avant de pouvoir enfin se libérer
L’écriture de R.J.Ellory touche et émerveille, sa beauté est intemporelle



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Tuominen, Arttu – Le serment

Pour sa première enquête comme commissaire, Jari Paloviita semble chanceux: un homme en a poignardé un autre lors d’une soirée arrosée et il a déjà été intercepté Mais les noms des protagonistes frappent Jari et le ramènent à son enfance quand Rami, la victime, le tyrannisait sans cesse et qu’Antti, le tueur, était son meilleur ami, son défenseur, celui auquel un serment et une dette immense le lient à jamais.
Tiraillé entre sa carrière en plein essor, son ménage qui capote et les souvenirs d’enfance qui affluent, le commissaire atermoie, exige davantage de preuves, mais en finale, il devra bien choisir entre son devoir de justice et celui d’amitié.
Remarquant les réticences de son supérieur, Oksman, son adjoint misanthrope va mener sa petite enquête sur Jari, espérant ainsi le démettre de ses fonction en l’accusant d’un conflit d’intérêt

Dans une langue superbe et sensible Tuominen nous offre un roman poignant sur l’amitié entre deux garçons éprouvés dès leur plus jeune âge et qu’un drame terrible sépara à leur adolescence jusqu’à ces retrouvailles étranges où l’amitié de l’un comme de l’autre sera mise à l’épreuve du temps et de la vie.
Un livre inoubliable, à recommander

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Raabe, Mélanie – Le piège

Linda Conrads est une célèbre auteure qui vit recluse dans sa vaste maison depuis le jour où, 11 ans auparavant, elle tomba sur le corps poignardé de sa soeur et surprit le visage de son meurtrier juste avant qu’il ne s’enfuie
Or un soir en regardant la télévision, elle voit un journaliste en qui elle reconnaît l’assassin de sa soeur. Elle décide alors de lui tendre un piège: d’abord elle écrit un roman policier détaillant l’assassinat de sa soeur et la vaine enquête policière, en suite de quoi elle invite le journaliste à un interview exclusif durant lequel elle espère lui soutirer des aveux ainsi que le motif de son crime.
Mais au cours de l’interview, elle réalise qu’elle s’est peut-être égarée, qu’ elle a peut-être tué elle-même sa soeur détestée, transférant ensuite sa culpabilité sur un visage pris au hasard 
À moins qu’elle ne disculpe le journaliste sous le coup de l’attrait? À moins qu’elle ne soit devenue folle à force de solitude?
Original, captivant, déconcertant, ce livre serait une totale réussite s’il ne pêchait par quelques outrances et quelques contradictions. Mais on peut lui pardonner ces défauts tant il nous intrigue et nous fait sortit des normes de tout genre

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MacMillan, Gilly – Pour tout te dire

Lucy Harper est une auteure de romans policiers à succès, son mari Dan jalouse sa femme car ses textes à lui sont toujours refusés. Pendant que Lucy travaille à la dernière enquête d’Eliza Grey, il achète, à son insu, une maison au lieu même où, petite fille, elle a vécu un drame terrible puisqu’un soir, étant allée en forêt avec son petit frère, elle le perdra et ne le retrouvera jamais
Alertée, la police ne cesse dès lors de questionner la petite Lucy qui, accusée, acculée, s’embrouille, invente, se tait enfin. Seule Eliza, son unique amie, son amie imaginaire, lui vient en aide, lui dictant que dire et que taire. Toujours rationnelle, Eliza prend le relais quand Lucy perd les pédales et c’est elle encore qui sera l’héroïne de ses romans
Quand à son tour, Dan disparaît, la police va derechef suspecter Lucy qui décide de mener sa propre enquête, avec Eliza

Si cette trame psychologique est prometteuse et la prose de l’auteure superbe, les personnages son plats et creux et Lucy, le seul personnage consistant, se comporte trop souvent au petit bonheur la chance
Pire encore la raison pour laquelle Dan a acheté cette maison et celle de sa disparition se heurtent à un mur d’interrogations si bien que l’on sort bredouille de ce livre

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Knight, Renée – La confidente

Lorsque Christine est engagée comme secrétaire particulière de Mina Appleton, directrice d’une chaîne alimentaire, elle est si heureuse d’avoir obtenu ce poste qu’elle veut ne pas voir les malversations de sa patronne, fascinée qu’elle est par cette femme superbe qui lui offre son amitié
Manipulatrice redoutable, Mina joue avec les sentiments et faiblesses de sa secrétaire, navigue entre menaces latentes ou compliments délicats, mime la déception, le mépris, la tendresse ou l’estime selon le but à atteindre. Et Christine, envoûtée, délaisse peu à peu sa famille, ses amis, ses loisirs
Lorsqu’enfin Mina est traduite en justice pour escroqueries et Christine pour complicité, cette dernière, toujours en plein déni de réalité, ment sous serment afin de protéger sa patronne
Le procès se poursuit, Mina est décidée à le gagner, quoi qu’il en coûte
Quoi qu’il en coûte ?

Très bien écrit, l’installation psychologique des protagonistes est certes un peu longue mais avec pour résultat des personnages qui ont de la densité et qui nous irritent autant qu’ils nous attachent
Et si de temps en temps nous grinçons des dents, cet inconvénient se dissipe totalement avec le procès, magistral, et le dénouement, inattendu

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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Marsons, Angela – Nos monstres

Kim Stone est une chef inspectrice au passé criblé de traumatismes sévères qu’elle enfouit dans le travail et une dureté d’apparence.
Parmi les enquêtes qui lui sont confiées, celle d’une jeune femme, Ruth, qui a sauvagement poignardé son violeur sorti de prison, l’intrigue particulièrement. En effet depuis quelques mois Ruth était suivie par une psychiatre, Alexandra Thorne, dont Kim perçoit aussitôt la dangerosité
Redoutablement intelligente, Alexandra se joue de ses patients en réveillant leurs monstres et en les incitant au crime. Quand la psychiatre réalise que Kim a percé son jeu, elle utilise son statut pour enquêter sur le passé douloureux de l’inspectrice, un passé dont l’étalage narquois lui serait fatal. De son côté Kim fouille le passé d’Alexandra afin de faire tomber cette femme nuisible, mais la doctoresse s’est forgé une réputation sans failles et personne ne suit donc Kim dans son enquête

L’auteure nous offre un duel psychologique original et prenant, ponctué d’enquêtes impliquant ou non la psychiatre. On s’étonne toutefois que parmi ceux qui la fréquentent, seule Kim la dure, celle qui n’a d’égards pour personne, ait ressenti la noirceur cachée derrière la belle apparence de la dame.
Une fort bonne lecture et un intéressant portrait de sociopathe

Merci à Belfond noir et à NetGalley pour cette lecture

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Coquery, Guillaume – Vakarm

D’abord, il y a un vol colossal de parfums de luxe doublé d’un assassinat, un vol à rebondissements dont le déroulé, complexe et astucieux, forme la trame policière de ce roman
Pour résoudre ces crimes, il y a une équipe de policiers liés par une réelle amitié, mais dont le chef, Damien Sergent, est à l’article de la mort suite à une tentative d’assassinat
Puis, il y a ces enfants qui toujours subissent : Tom l’enfant de Damien recueilli par Sandrine amie et remplaçante du capitaine hospitalisé; Illianka qui assiste à ce qu’elle ne devrait jamais voir; Jason l’enfant volé depuis 3 ans par son mafieux de père, et Adrien l’enfant merveilleux détruit après qu’un camion l’eut percuté violemment 15 ans auparavant
Ensuite, il y a ces femmes admirables, douces et fortes, sensibles et courageuses, dont les épreuves rabotent les duretés de coeur et qui, avec le temps, se libèrent de la colère vengeresse qui asservit les hommes, en pardonnant et, peut-être, en se pardonnant
Enfin il y a l’écriture de l’auteur, d’une beauté et d’une sensibilité qui s’affinent avec l’expérience, et ce don de toucher, au delà de l’histoire policière, à l’humain dans toute sa complexité

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Lapena, Shari – Une voisine encombrante

Aylesford est un quartier que l’on imagine pareil à celui des Desperate housewives, avec ses épouses au foyer, ses maris très occupés, dans la même boîte pour la plupart, et ses ados écervelés, ainsi Rayleigh, qui s’introduit dans les maisons pour visiter les ordinateurs et Adam, son copain, qui se saoule chaque soir
Quand Amanda, la jeune et capiteuse voisine, est retrouvée morte au fond d’un lac, le crâne défoncé par des coups de marteau, les inspecteurs Webb et Moen, lui vif et subtil et elle plutôt maternelle, viennent interroger les voisins. Bientôt les policiers se retrouvent devant un enchevêtrement de mensonges, de vérités déformées, d’aveux suivis de rétractations, chacun couvant ses secrets, presque tous détenant une bonne raison de vouloir se débarrasser de l’encombrante voisine
Si ce huis-clos en plein air nous plonge, pour notre plus grand plaisir, dans un véritable labyrinthe de fausses-pistes, si la révélation finale est inattendue, le véritable propos de cet roman est plus profond car il interroge et met à l’épreuve l’authenticité des liens d’amour et d’amitié

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour ce livre

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Roch, Elsa – La fureur des mal-aimés

Nous sommes à Paris, fin décembre , le commissaire Marsac, assombri par son métier et ses tourments, s’arrête sur un banc en bord de Seine avant de rentrer chez lui. Sur ce même banc repose un un sans-abri, Alex. Ouvrant la poubelle située à côté, Marsac découvre un cadavre éviscéré et met aussitôt le pauvre Alex terrorisé, en garde à vue. Deux jours plus tard, les éboueurs tombent sur un deuxième corps enfoui dans une poubelle. Quel lien existe-t-il entre ces deux hommes estimés de tous ?
Vingt ans plus tôt, à Paris, Alex adolescent de 15 ans, fuit de chez lui et s’affronte aux difficultés de la vie sans abri, à la faim, au froid, à la violence. Il est néanmoins porté par une mission : La retrouver Elle afin de la protéger et la chérir
Entre passé et présent, entre Alex l’ange blessé, et Marsac l’homme tourmenté, un lien va se tisser

Les questions que ce résumé laisse pendantes sont en fait rapidement éclaircies et l’intrigue se laisse vite deviner
Le coeur du livre est ailleurs, il est occupé par le personnage d’Alex qui au fil des ans et des épreuves, préserve sa belle innocence et sa fragilité, à un prix très lourd pour lui-même certes , mais libérateur pour ceux qui s’y attachent

Merci à NetGalley et à Calmann-Lévy pour ce livre

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