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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Ellory, R.J. – Le carnaval des ombres

1959 Quand un cirque ambulant s’installe dans la petite ville du Kansas les habitants d’abord rétifs s’enchantent ensuite du talent des artistes, mais voilà qu un mort est découvert sous le carrousel. Fait étrange, l’affaire n’est pas confiée au shérif du lieu mais à un agent du FBI, Michael Travis,
Travis se voue totalement à son travail qui, avec le devoir et la loi, constituent les barrages qu’il a dressés contre les souffrances et terreurs de son enfance.
Questionnant les gens du cirque sur ce mort non identifié, Michael se voit interrogé lui-même sur ses défenses qui lui ferment l’esprit et le coeur en même temps qu’elles lui ferment l’accès à l’aboutissement de son enquête
Mais qui sont ces étranges personnages qui conduisent doucement, inexorablement Michael, à se libérer de ses démons qui ne le sont que d’être méconnus, ainsi qu’à remettre en question cette obéissance à ses supérieurs qui se doit d’être aveugle, mais aveugle à quoi ?

Oeuvre de grande maturité, ce roman philosophique, psychologique et politique possède certes les lenteurs et les répétitions qui sont inhérentes à tout changement radical de perspective sur soi et le monde quand il y a tant de résistances et de douleurs à traverser, tant de pertes à assumer avant de pouvoir enfin se libérer
L’écriture de R.J.Ellory touche et émerveille, sa beauté est intemporelle



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Tuominen, Arttu – Le serment

Pour sa première enquête comme commissaire, Jari Paloviita semble chanceux: un homme en a poignardé un autre lors d’une soirée arrosée et il a déjà été intercepté Mais les noms des protagonistes frappent Jari et le ramènent à son enfance quand Rami, la victime, le tyrannisait sans cesse et qu’Antti, le tueur, était son meilleur ami, son défenseur, celui auquel un serment et une dette immense le lient à jamais.
Tiraillé entre sa carrière en plein essor, son ménage qui capote et les souvenirs d’enfance qui affluent, le commissaire atermoie, exige davantage de preuves, mais en finale, il devra bien choisir entre son devoir de justice et celui d’amitié.
Remarquant les réticences de son supérieur, Oksman, son adjoint misanthrope va mener sa petite enquête sur Jari, espérant ainsi le démettre de ses fonction en l’accusant d’un conflit d’intérêt

Dans une langue superbe et sensible Tuominen nous offre un roman poignant sur l’amitié entre deux garçons éprouvés dès leur plus jeune âge et qu’un drame terrible sépara à leur adolescence jusqu’à ces retrouvailles étranges où l’amitié de l’un comme de l’autre sera mise à l’épreuve du temps et de la vie.
Un livre inoubliable, à recommander

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Raabe, Mélanie – Le piège

Linda Conrads est une célèbre auteure qui vit recluse dans sa vaste maison depuis le jour où, 11 ans auparavant, elle tomba sur le corps poignardé de sa soeur et surprit le visage de son meurtrier juste avant qu’il ne s’enfuie
Or un soir en regardant la télévision, elle voit un journaliste en qui elle reconnaît l’assassin de sa soeur. Elle décide alors de lui tendre un piège: d’abord elle écrit un roman policier détaillant l’assassinat de sa soeur et la vaine enquête policière, en suite de quoi elle invite le journaliste à un interview exclusif durant lequel elle espère lui soutirer des aveux ainsi que le motif de son crime.
Mais au cours de l’interview, elle réalise qu’elle s’est peut-être égarée, qu’ elle a peut-être tué elle-même sa soeur détestée, transférant ensuite sa culpabilité sur un visage pris au hasard 
À moins qu’elle ne disculpe le journaliste sous le coup de l’attrait? À moins qu’elle ne soit devenue folle à force de solitude?
Original, captivant, déconcertant, ce livre serait une totale réussite s’il ne pêchait par quelques outrances et quelques contradictions. Mais on peut lui pardonner ces défauts tant il nous intrigue et nous fait sortit des normes de tout genre

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MacMillan, Gilly – Pour tout te dire

Lucy Harper est une auteure de romans policiers à succès, son mari Dan jalouse sa femme car ses textes à lui sont toujours refusés. Pendant que Lucy travaille à la dernière enquête d’Eliza Grey, il achète, à son insu, une maison au lieu même où, petite fille, elle a vécu un drame terrible puisqu’un soir, étant allée en forêt avec son petit frère, elle le perdra et ne le retrouvera jamais
Alertée, la police ne cesse dès lors de questionner la petite Lucy qui, accusée, acculée, s’embrouille, invente, se tait enfin. Seule Eliza, son unique amie, son amie imaginaire, lui vient en aide, lui dictant que dire et que taire. Toujours rationnelle, Eliza prend le relais quand Lucy perd les pédales et c’est elle encore qui sera l’héroïne de ses romans
Quand à son tour, Dan disparaît, la police va derechef suspecter Lucy qui décide de mener sa propre enquête, avec Eliza

Si cette trame psychologique est prometteuse et la prose de l’auteure superbe, les personnages son plats et creux et Lucy, le seul personnage consistant, se comporte trop souvent au petit bonheur la chance
Pire encore la raison pour laquelle Dan a acheté cette maison et celle de sa disparition se heurtent à un mur d’interrogations si bien que l’on sort bredouille de ce livre

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Knight, Renée – La confidente

Lorsque Christine est engagée comme secrétaire particulière de Mina Appleton, directrice d’une chaîne alimentaire, elle est si heureuse d’avoir obtenu ce poste qu’elle veut ne pas voir les malversations de sa patronne, fascinée qu’elle est par cette femme superbe qui lui offre son amitié
Manipulatrice redoutable, Mina joue avec les sentiments et faiblesses de sa secrétaire, navigue entre menaces latentes ou compliments délicats, mime la déception, le mépris, la tendresse ou l’estime selon le but à atteindre. Et Christine, envoûtée, délaisse peu à peu sa famille, ses amis, ses loisirs
Lorsqu’enfin Mina est traduite en justice pour escroqueries et Christine pour complicité, cette dernière, toujours en plein déni de réalité, ment sous serment afin de protéger sa patronne
Le procès se poursuit, Mina est décidée à le gagner, quoi qu’il en coûte
Quoi qu’il en coûte ?

Très bien écrit, l’installation psychologique des protagonistes est certes un peu longue mais avec pour résultat des personnages qui ont de la densité et qui nous irritent autant qu’ils nous attachent
Et si de temps en temps nous grinçons des dents, cet inconvénient se dissipe totalement avec le procès, magistral, et le dénouement, inattendu

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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Marsons, Angela – Nos monstres

Kim Stone est une chef inspectrice au passé criblé de traumatismes sévères qu’elle enfouit dans le travail et une dureté d’apparence.
Parmi les enquêtes qui lui sont confiées, celle d’une jeune femme, Ruth, qui a sauvagement poignardé son violeur sorti de prison, l’intrigue particulièrement. En effet depuis quelques mois Ruth était suivie par une psychiatre, Alexandra Thorne, dont Kim perçoit aussitôt la dangerosité
Redoutablement intelligente, Alexandra se joue de ses patients en réveillant leurs monstres et en les incitant au crime. Quand la psychiatre réalise que Kim a percé son jeu, elle utilise son statut pour enquêter sur le passé douloureux de l’inspectrice, un passé dont l’étalage narquois lui serait fatal. De son côté Kim fouille le passé d’Alexandra afin de faire tomber cette femme nuisible, mais la doctoresse s’est forgé une réputation sans failles et personne ne suit donc Kim dans son enquête

L’auteure nous offre un duel psychologique original et prenant, ponctué d’enquêtes impliquant ou non la psychiatre. On s’étonne toutefois que parmi ceux qui la fréquentent, seule Kim la dure, celle qui n’a d’égards pour personne, ait ressenti la noirceur cachée derrière la belle apparence de la dame.
Une fort bonne lecture et un intéressant portrait de sociopathe

Merci à Belfond noir et à NetGalley pour cette lecture

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Coquery, Guillaume – Vakarm

D’abord, il y a un vol colossal de parfums de luxe doublé d’un assassinat, un vol à rebondissements dont le déroulé, complexe et astucieux, forme la trame policière de ce roman
Pour résoudre ces crimes, il y a une équipe de policiers liés par une réelle amitié, mais dont le chef, Damien Sergent, est à l’article de la mort suite à une tentative d’assassinat
Puis, il y a ces enfants qui toujours subissent : Tom l’enfant de Damien recueilli par Sandrine amie et remplaçante du capitaine hospitalisé; Illianka qui assiste à ce qu’elle ne devrait jamais voir; Jason l’enfant volé depuis 3 ans par son mafieux de père, et Adrien l’enfant merveilleux détruit après qu’un camion l’eut percuté violemment 15 ans auparavant
Ensuite, il y a ces femmes admirables, douces et fortes, sensibles et courageuses, dont les épreuves rabotent les duretés de coeur et qui, avec le temps, se libèrent de la colère vengeresse qui asservit les hommes, en pardonnant et, peut-être, en se pardonnant
Enfin il y a l’écriture de l’auteur, d’une beauté et d’une sensibilité qui s’affinent avec l’expérience, et ce don de toucher, au delà de l’histoire policière, à l’humain dans toute sa complexité

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Lapena, Shari – Une voisine encombrante

Aylesford est un quartier que l’on imagine pareil à celui des Desperate housewives, avec ses épouses au foyer, ses maris très occupés, dans la même boîte pour la plupart, et ses ados écervelés, ainsi Rayleigh, qui s’introduit dans les maisons pour visiter les ordinateurs et Adam, son copain, qui se saoule chaque soir
Quand Amanda, la jeune et capiteuse voisine, est retrouvée morte au fond d’un lac, le crâne défoncé par des coups de marteau, les inspecteurs Webb et Moen, lui vif et subtil et elle plutôt maternelle, viennent interroger les voisins. Bientôt les policiers se retrouvent devant un enchevêtrement de mensonges, de vérités déformées, d’aveux suivis de rétractations, chacun couvant ses secrets, presque tous détenant une bonne raison de vouloir se débarrasser de l’encombrante voisine
Si ce huis-clos en plein air nous plonge, pour notre plus grand plaisir, dans un véritable labyrinthe de fausses-pistes, si la révélation finale est inattendue, le véritable propos de cet roman est plus profond car il interroge et met à l’épreuve l’authenticité des liens d’amour et d’amitié

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour ce livre

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Roch, Elsa – La fureur des mal-aimés

Nous sommes à Paris, fin décembre , le commissaire Marsac, assombri par son métier et ses tourments, s’arrête sur un banc en bord de Seine avant de rentrer chez lui. Sur ce même banc repose un un sans-abri, Alex. Ouvrant la poubelle située à côté, Marsac découvre un cadavre éviscéré et met aussitôt le pauvre Alex terrorisé, en garde à vue. Deux jours plus tard, les éboueurs tombent sur un deuxième corps enfoui dans une poubelle. Quel lien existe-t-il entre ces deux hommes estimés de tous ?
Vingt ans plus tôt, à Paris, Alex adolescent de 15 ans, fuit de chez lui et s’affronte aux difficultés de la vie sans abri, à la faim, au froid, à la violence. Il est néanmoins porté par une mission : La retrouver Elle afin de la protéger et la chérir
Entre passé et présent, entre Alex l’ange blessé, et Marsac l’homme tourmenté, un lien va se tisser

Les questions que ce résumé laisse pendantes sont en fait rapidement éclaircies et l’intrigue se laisse vite deviner
Le coeur du livre est ailleurs, il est occupé par le personnage d’Alex qui au fil des ans et des épreuves, préserve sa belle innocence et sa fragilité, à un prix très lourd pour lui-même certes , mais libérateur pour ceux qui s’y attachent

Merci à NetGalley et à Calmann-Lévy pour ce livre

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Loubière, Sophie – De cendres et de larmes

Madeline, sapeur-pompier et Christian, son époux jardinier, forment, avec leurs trois enfants. une famille aimante et unie. Le seul pépin est cet appartement trop petit dont ils doivent se contenter faute de moyens. Aussi quand on offre à Christian un poste de gardien de cimetière avec le loisir d’habiter la vaste maison de fonction y siégeant, tous les cinq acceptent d’y vivre
Insidieusement, la proximité de la mort éveille chez Christian le besoin de plonger dans ses enfouissements pour les poser sur la toile; tandis que la maison dessine les souffrances et laideurs de son passé sur ses murs.
Une force mortifère semble planer sur les tombes et la demeure, réveillant les peurs et les détresses de ses hôtes, les menaçant.

L’auteure parvient , et c’est là tout son talent, à suggérer, à évoquer, à tourner autour de cet indicible des êtres, cet indicible qui est le mystère et la solitude de chacun, cet indicible qui est comme une sorte de trouée sans fond au coeur de chaque être et qui est sa noirceur et qui est sa lumière.

Merci à Fleuve éditions et à NetGalley

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Natt och Dag, Niklas – 1793

1793. Le roi Gustav III de Suède est assassiné, la corruption et la dépravation règnent en maître dans tout le pays.
À Stockholm, un ancien soldat handicapé, Cardell repêche le corps affreusement mutilé d’un inconnu. C’est Winge, un enquêteur intègre mais rongé par la phtisie qui va conduire l’affaire avec le concours de Cardell
L’enquête des deux hommes est l’occasion de traverser la ville en respirant la puanteur des ordures et des déjections jetées à tout va et en ressentant l’effroyable misère partout méprisée et maltraitée
Ainsi arrive-t-il qu’un jeune homme endetté voie son ardoise rachetée en même temps que sa propre personne
Ainsi une jeune femme peut-elle être injustement accusée de débauche et emmenée sans procès dans l’enfer des filatures-prisons.
À force de chance et de patience les deux enquêteurs démasquent le coupable mais il faudra encore tout le génie de Winge pour que justice soit rendue malgré la turpitude des autorités

Une très belle écriture qui s’emploie à rendre la langue de l’époque, une enquête où l’endurance et l’intelligence remplacent le peu de moyens techniques d’investigation, des enquêteurs mal en point mais au courage indéfectible et enfin une plongée crûment réaliste dans les rues sombres de la ville, de quoi rabattre le caquet à tous les nostalgiques du passé
Bref un thriller exceptionnel mais extrêmement violent.

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Charine, Marlène – Inconditionnelles

La capitaine Silke Valles et son équipe foncent dans une maison, abattent le geôlier et libèrent trois fillettes de 8 ans enfermées dans une cave depuis 10 jours pour deux d’entre elles et 3 jours pour la troisième.
L’auteure s’emploie dès lors à suivre les émotions et variations des trois mères. Garance, une femme de décision plutôt froide réalise soudain l’immensité de son amour pour sa fille. Quand Cora voit son enfant prostrée suite aux tortures subies, elle l’accueille dans la patience de son amour. Blandine la douce perd sa petite Mélie qui ne sortira jamais du coma dans lequel la police l’a trouvée, sa douleur n’aura dès lors plus pour langage que les cris et les sanglots
Bien que l’enquête soit déclarée close avec la mort du geôlier, Silke ressent et sait que le véritable prédateur des fillettes court toujours. C’est également l’avis de Garance bien décidée à lever le lièvre la première.
Un excellent thriller psychologique, fort bien écrit et qui nous met à l’épreuve du Mal : Sommes-nous capables de nous y abandonner? Et jusqu’où?





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Moor, Jessica – Les femmes qui craignaient les hommes

La petite ville de Windringham abrite un refuge où les femmes peuvent disparaître loin des hommes qui les ont détruites. Cette maison est dirigé par l’originale et courageuse Val aidée depuis peu par Katie, qui écoute et conseille les femmes avec tant d’empathie qu’elle pourrait avoir connu une expérience similaire. Quand Katie est retrouvée noyée dans la rivière, l’inspecteur Whitworth et son assistant pénètrent dans ce lieu où aucun homme n’est admis afin d’interroger les résidentes. Les policiers espèrent boucler l’affaire avec un suicide mais peut-être s’agit-il d’un meurtre ?
Mais les femmes se taisent et ne mentionnent qu’une ombre entr’aperçue auprès de Katie le soir de sa mort, ceci afin de mettre les policiers sur la bonne piste. Quelques femmes fuient ensuite le refuge

L’écriture de ce thriller tente de rejoindre le courant de pensées et d’ émotions de ces femmes marquées par l’enfer, qui se blâment d’avoir causé la violence de leurs compagnons, qui ne savent que faire de leur vie délivrée, qui sursautent devant tout car tout est peur et menace, et qui, après tant de souffrances et de coups, désirent glisser dans l’anéantissement, leur ultime issue de survie
Ce roman insiste aussi sur l’indifférence de l’entourage qui préfère se rassurer à bon compte, sur l’aveuglement révoltant de la police et la complaisance de la justice envers ces hommes mimant si bien le regret .
Á noter que la finale du livre est une petite bombe destructrice

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley de m’avoir permis cette lecture

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Collette, Sandrine – Juste après la vague

Après la vague qui fut un gigantesque raz-de-marée, il ne restait qu’un îlot de terre et sur celui-ci une seule famille, un couple et neuf enfants, perdus au milieu de l’immensité liquide
Au cours des jours suivants, l’eau poursuit sa montée, grignotant l’île. Alors il faut partir avec cette barque qui ne peut supporter neuf personnes. Mais comment choisir ceux qui devront rester ?
Le lendemain, à l’aube, la barque s’engage vers une espérance de terre, abandonnant trois enfants sur l’île, les arrachant aux bras, au coeur de Maddie, la mère
Véritable Odyssée des temps modernes avec ses tempêtes et ses monstres marins, avec pour héros le courage puisé dans l’amour et l’amour donné jusqu’à la folie, cette histoire est sans doute celle où l’auteure nous entraîne le plis loin dans les tréfonds de l’existence humaine.
Quant à l’écriture, elle est d’une telle beauté qu’on la lirait-écouterait des heures durait, happés, fascinés dans ses flux puissants et ses doux reflux,
Et, fait assez rare pour être relevé, la fin est sublime 

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Saule, Tristan – Mathilde ne dit rien

Mathilde est grande et massive, ancienne sportive ayant frôlé la notoriété, elle va où elle se doit d’aller, silencieuse et tranquille, ne craignant personne.
Sa seule peur, intime, est que le soleil ne soit mort et que les huit minutes restantes avant que le monde ne le réalise soient déjà entamées. Mais éteinte ne l’est-elle pas déjà, elle que des intermèdes du temps passé nous montre dans l’intensité d’un amour inconditionnel ?
Aujourd’hui Mathilde est travailleuse sociale. Elle aide au mieux les personnes à obtenir des aides financières vitales. Mais quand elle apprend la corruption et l’injustice pratiquées par ses collègues et cela alors que ses voisins spoiliés et risquant l’expulsion sont déboutés, elle se décide à prendre une voie qu’elle s’est toujours refusée, réveillant du même coup une ancienne blessure à la hanche

Un roman qui se lit dans une sorte de recueillement et la gorge nouée.
Un roman dont l’écriture s’accorde comme rarement avec son personnage et son thème
Un roman dont on ne peut parler sans lui faire de l’ombre et sacrifier son silence sacré

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Leban, Damien – Je suis le crépuscule

Le major Bruno Heisen doit écourter ses vacances pour affronter un monstre à deux têtes : L’une, nommée, l’Ogre s’en prend à des couples avec une violence et une rage extrêmes, l’autre, plus intime, se nomme cancer.
Des reculs temporels – en italiques – interrompent le récit pour aller à la rencontre d’enfants maltraités, principalement d’une petite fille violentée et abusée dont le sort nous étreint d’autant plus que ni l’école ni le voisinage ne veulent voir son immense détresse
L’enquête piétine d’abord, pour s’élancer ensuite. Soutenu par sa coéquipière et amie, Bruno Heisen va épuiser ses forces dans la poursuite de l’Ogre et de ceux qui le relayent après qu’il a été abattu. Soutenu par sa fille Lea, il va endurer avec courage son traitement chimiothérapeutique.
Car il est évident que ces deux tueurs sont intimement liés pour le major qui ne triomphera du premier qu’en luttant jusqu’au bout contre le second

Sensible et attentif à l’humain, l’auteur n’offre des scènes pénibles que pour dire l’intensité d’une souffrance destructrice ou pour dénoncer les abus de parents dénués du moindre élan d’amour.
La question de la parentalité est insoluble puisque proclamer un droit à la parentalité serait une ingérence teintée de cruauté. Le seul registre d’action se situe donc en aval, là où la lâcheté ne devrait plus avoir lieu d’être
Il faut noter aussi que l’auteur en-visage le moindre personnage, même passager, comme un être émouvant dans la richesse de ses pensées et de ses projets, si petits soient-ils.

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Joaquim, Carine – Nos corps étrangers

Ils quittent la ville dans l’espoir de redonner vie à leur couple, mais nulle villa de rêve ne répare l’amour mort et le lien brisé
Bien plus, la solitude des lieux et les longs trajets en RER creusent le fossé entre leurs deux corps étrangers habités de pensées désaccordées
Et dans le silence qui, pensent-il, les protège mais de quoi ? Ils demeurent ensemble par peur, par culpabilité, par devoir dans une vie qui est une lente agonie, mâchonnant leur ressentiment, mûrissant leur drame
Etrangers sont nos corps lorsqu’ils parlent une langue que nous ne comprenons pas et refusons d’entendre,
Etrangers sont ces corps qui mettent au jour notre terrifiant désir de nuisance : Handicapés, sans-papiers, personnes souffrant d’un délire, que nous rejetons et haïssons puisqu’ils sont ce qu’obscurément nous sommes dans la part la plus intolérablement souffrante de notre être
Tant de corps étrangers bouleversants, pitoyables, blessés que l’on a, davantage encore au sortir de ce livre, envie d’étreindre et de consoler

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Didier, Sébastien – Ce qu’il nous reste de Julie

Quand Sébastien, un auteur reconnu, déniche parmi les dernières parutions un roman dont le paysage est celui-même de son enfance et le personnage principal la Julie qu’il aima tant jadis et qui disparut un jour emportée par un tueur en série, il décide de rentrer dans ce village où, 20 ans plus tôt, il s’enivrait du bonheur d’une amitié à cinq, étoile à cinq branches dont Julie était le coeur.
En effet, seul un des trois amis, ou Julie elle-même, peut avoir initié ce roman où s’exposent des secrets qu’eux seuls connaissent. Pourtant, quand il les retrouve, Sébastien réalise qu’ils souffrent de n’avoir pu accomplir le deuil de Julie, faute de son corps jamais retrouvé, et qu’ils ignorent tout de ce roman dont l’auteure reste farouchement cachée
Cette souffrance, si liée à la sienne, détermine Sébastien à éclaircir ces mystères et à comprendre ce qu’il est arrivé à Julie, quoi qu’il en coûte.

Original et fascinant, ce roman nous fait vivre de belles heures durant lesquelles nous transitons d’une conjecture à l’autre, d’une affirmation à sa réfutation, d’un questionnement à un égarement et cela jusqu’à la toute fin, logique mais insoupçonnable
Les héros de cette histoire sont des êtres passionnés, presqu’excessifs comme si soudain, après 20 années d’un deuil impossible, il était urgent de conclure cette enquête jamais aboutie pour pouvoir enfin déposer, dans le recueil de soi, ce qu’il reste de Julie

Merci à l’auteur, à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

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Valenheler, Laurine – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang

Maël et Yohann, lieutenants à la Section criminelle, s’aiment tendrement et passionnément. Un jour, des membres de la cause LGTB leur apportent un dossier révélant une série de meurtres de couples homosexuels sciemment ignorés par une police majoritairement machiste
Les commandants de l’équipe dont ils font partie acceptent de mener cette enquête avec l’aide d’un capitaine de la Brigade des crimes sériels
Dès lors les meurtres d’hommes en couple se poursuivent avec une mise en scène de plus en plus sadique et toujours cette signature, un triangle rose, attestant la haine effrénée de l’exécuteur envers les hommes qui s’aiment.
Une haine qui rappelle douloureusement à Maël et Yohann tout ce qu’ils ont déjà subi comme détestations et comme violences dans le passé

Outre une enquête palpitante, et peu importe qu’on devine rapidement qui est le tueur, ça n’y change rien, outre une écriture savoureuse, ce livre porte principalement une question née d’une indignation : Pourquoi les homosexuels suscitent-ils une haine si vive et si répandue? Et le roman répond : Soit parce qu’ils sont, eux ou d’autres minorités, désignés comme coupables des maux de nos vies; soit parce qu’ils incarnent cette question angoissante qu’il faut écraser en les écrasant : Qu’est ce que être un homme si on ne peut plus le définir par sa relation sexuée à la femme ?
Alors oui, ce roman présente quelques défauts et erreurs, mais la jeunesse de l’auteure et la passion qui l’anime les excusent amplement

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Delareux, Vincent – Le cas Victor Sommer

Victor Sommer a 33 ans et vit seul avec sa mère, sans aucune relation sociale. En effet il n’a pas besoin de travailler puisque sa mère l’entretient afin qu’il s’occupe d’elle, de même il n’a nul besoin d’une femme ni d’amis ou de copains puisque maman doit lui suffire
Seuls ses rendez-vous avec le psychiatre lui sont concédés car depuis son enfance Victor fait d’effroyables cauchemars d’engloutissemnt, mais en consultation, plutôt que de parler, notre héros reste coincé dans des considérations triviales
Toutes les velléités de liberté de Victor se heurtent aux reproches maternels et avortent sous l’effet conjugué de l’inaptitude sociale et de la culpabilité
Mais un jour, suite à une dispute, sa mère disparaît
Pourra-t-il vivre sans elle ?

La langue est magnifique et le discours, tenu par Victor, est admirable dans la compréhension psychanalytique de cet homme
L’auteur nous montre comment un amour vorace, castrateur et possessif produit des cauchemars terrifiants, détruit la possibilité de relations sociales saines, et interdit à l’homme d’exister pour lui-même
On étouffe avec Victor pour qui toute issue est bloquée puisqu’il est incapable de se débrouiller dans la vie, incapable de travailler, d’aimer une femme, d’avoir des relations normales.


Merci à NetGalley et à Librinova pour cette lecture

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Abbott, Rachel – Murder game

Jemma, la narratrice principale, et Matt, son époux, sont invités la veille du mariage de Lucas, un richissime ami de Matt. Deux autres amis de Lucas participent également, avec leurs compagnes, à cette soirée pré-maritale.
Apparaît alors Alex la soeur de Lucas. C’est une jeune femme éteinte et solitaire depuis l’horreur qu’elle subit à l’adolescence et dont nul n’ose parler.
Le lendemain, matin des noces, Alex est retrouvée noyée sur la plage,
Un an plus tard, Lucas convie les mêmes personnes à une soirée d’anniversaire. Comme il règne en maître sur les hommes dont il a fait la carrière, il leur enjoint de rejouer la soirée précédant la mort d’Alex. En effet, certain que l’un d’entr’eux l’a tuée, il est déterminé à le démasquer.
Alors que cette soirée bat son plein de morosité, la police s’annonce

Mensonges, faux-semblants, simulacres et trompe-l’oeil mènent la danse dans ce jeu de l’oie où chacun passe par la case des secrets et celle des demi-vérités. Et si ce jeu créé par Lucas est à tout le moins suspect, il semble bien que seules Jemma la narratrice et Stephanie King la policière sont résolues à découvrir le fin mot de ces mystères, à leurs risques et périls mais à notre plus grand bonheur
Un brin de naïveté nous sera cependant nécessaire pour pouvoir pleinement jouir de ce suspense

Merci aux éditions Belfond et à

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Borrmann, Mechtild – L’envers de l’espoir

Valentina vit dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, elle attend le retour de sa fille Katerina en lui écrivant l’histoire de sa vie, ses rêves de jeune fille brisés par le régime russe, son mariage heureux et puis la catastrophe, son mari appelé comme liquidateur et elle comme infirmière, les mensonges d’un état bientôt acculé à évacuer les habitants de la zone vers Kiev et ses alentours où ils sont accueillis comme des pestiférés.
Quand l’Ukraine acquiert enfin son indépendance, Katerina part quelques mois en Allemagne avec une amie, mais à présent elles devraient être rentrées. Inquiète, Valentina fait appel à un membre de la police.qui découvre un vaste réseau de prostitution protégé par sa hiérarchie. Ce réseau séquestre les jeunes filles dès leur sortie d’une Ukraine qu’elles ne reverront jamais.
Seule l’une d’elles s’est enfuie et a trouvé refuge dans une ferme

Magnifiquement écrit et bouleversant, ce roman raconte le drame de Tchernobyl à travers le regard d’une femme frappée dans sa chair et celle de sa famille par cette catastrophe
On y apprend également l’ignominie de ceux qui capturent des jeunes ukrainiennes naïves et les forcent à se prostituer avant de les éliminer puisque de toutes façons elles sont inépousables, ne pouvant donner naissance qu’à des monstres post-nucléaires.
Hélas le malheur ne protège pas du malheur


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Draven, Beth – Hysteria

Elle se réveille dans un parc, barbouillée de sang, la mémoire vide. Emmenée à l’hôpital elle est reçue par Scott, un neurologue ostracisé suite à une dramatique faute professionnelle. Touché par la jeune femme mais rongé par la culpabilité, Scott s’enfuit plutôt que de la prendre en charge.
Dans cet l’hôpital froid et impersonnel, la jeune femme attend en vain le docteur Scott pour lui confier ses cauchemars et ses terreurs, ces scènes de violence et d’humiliation qui l’assaillent par flashes
Vient alors la police qui accuse la jeune femme d’un crime puisqu’elle était couverte d’un sang étranger. Et vient un homme riche et puissant qui se présente comme le mari de la jeune femme quand elle ne voit en lui qu’un inconnu dont elle se méfie
Olivia, puisqu’ainsi elle se nomme, est déterminée à se faire suivre par le docteur Scott. Finalement, ce dernier réussit à lui restituer sa mémoire sauf celle de ce trou noir, ce moment terrible dont elle est revenue couverte de sang et oublieuse de tout

Une belle surprise que ce livre peu plébiscité, avec son écriture délicate et travaillée, son bel équilibre entre l’intimité tourmentée d’Olivia et l’extériorité implacable des faits
Quelques petites inconséquences, non essentielles, et une fin trop précipitée dissonant avec le rythme narratif sont les seuls défauts de ce beau thriller qui nous conduit à être plus vigilants et à réserver davantage nos jugements

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Menegaux, Mathieu – Femmes en colère

Violée, avilie par deux hommes, Mathilde Collignon sait qu’une plainte n’aboutira pas mais se heurtera aux sarcasmes des hommes de loi, alors elle rend justice elle-même
Devant la cour d’assises, Mathilde ne nie pas son acte vengeur mais demande la clémence. Que faire d’autre quand son viol a été lui, jugé comme n’ayant pas eu lieu ?
Tandis que le jury composé de trois magistrats et de six jurés, quatre femmes et deux hommes, délibère, l’accusée tremble et redoute une lourde peine qui l’éloignerait de ses deux filles tant aimées
Dans la salle des délibérations le clan des femmes s’oppose avec colère à la violence des hommes qui réclament le droit de draguer (!) ou en appellent à l’application stricte de la loi en excluant toute émotion .
La lutte est âpre car il faut les deux tiers des voix pour emporter la condamnation de Mathilde, et la moitié pour établir la durée de la peine. Cependant les femmes sont bien décidées à faire entendre la voix de l’émotion et de l’humanité.

Ce livre court mais intense dénonce l’état de nos sociétés où, malgré les beaux discours égalitaires, la femme détruite en son corps sexué ment ou l’a bien mérité tandis que l’homme détruit en son corps sexué est la victime d’un crime monstrueux relevant de le cour d’assises

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Vargas, Fred – L’homme aux cercles bleus

Premier Fred Vargas lu, au moment où Adamsberg rencontre Danglard, quand d’emblée et tout naturellement s’engagent de savoureuses joutes verbales entre un commissaire singulièrement dépourvu d’ego mais largement pourvu en intuition et son coéquipier furieusement cartésien jusqu’à ce que l’alcool ait raison de sa raison.
Pendant ce temps un homme trace de grands cercles bleus au centre duquel gît un objet déchu, couvercle, trombone, cannette etc. La grandeur de ces cercles conduit Adamsberg à prédire leur usage à des fins funestes et en effet, un beau matin, une femme trône au centre de l’un d’eux, égorgée.
L’enquête se fera sans heurts et sans surprise, toute la qualité du livre reposant sur les dialogues entre les deux policiers, puis avec Mathilde l’océanographe en escale à terre afin d’y prendre un bain de foule. Belle et fantasque, elle n’a peur de rien et se rit de tout, elle est la seule à avoir vu, de loin, le petit homme aux craies bleues.
Léger et facile, c’est un roman policier idéal pour une reprise de lecture après une anorexie livresque

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Delaney J.P. – La femme parfaite

Imagine qu’un jour tu te réveilles à l’hôpital, ignorant ce qui t’est arrivé. Ton mari, Tim, t’annonce que tu es un robot dans lequel tous les souvenirs de sa femme, Abbie, ont été téléchargés. En effet Tim, ce génie de la robotique, t’a construire pareille à sa femme disparue. Dans quel but ?
Tu sais que tu n’es qu’un objet sophistiqué, pourtant tu éprouves tous les mouvements du coeur et de l’âme d’un être humain .
Tim et Abbie ont eu un fils, Danny, atteint du syndrome de Heller, une régression autistique incurable surgissant après quelques années. Tim lui a choisi une école où le dressage s’effectue par décharges électriques, ce qui ulcérait Abbie tout comme toi qui t’attaches profondément à cet enfant. Mais Tim est un homme autoritaire qui ne transige jamais et l’emporte toujours.
Tu perçois la souffrance d’Abbie et t’inquiètes donc de son sort; s’agit-il  d’un accident, un meurtre, un enlèvement, une fuite ? Curieusement ta/sa mémoire ne restitue rien à ce sujet, alors tu vas enquêter

Ce livre est passionnant. D’abord il nous met, grâce au tutoiement, dans une proximité totale avec ce qui nous serait autrement le plus étranger, un robot, tandis que le ton se fait extérieur pour relater le vie de la vraie Abbie
Ensuite ce livre pose des questions essentielles : Un robot peut-il avoir une âme ? Comme dit l’auteur : L’âme est-elle tributaire de la chair et du sang ?
Enfin que signifie être humain ? Alors que tant d’êtres humains agissent tels des robots, un robot doué de compassion ne serait-il pas humain ?

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Paris, B.A. – Le cercle de Finsbury

Alice a quitté sa belle campagne pour suivre Leo, en effet, son compagnon leur a déniché une maison cossue dans le Cercle de Finsbury, un quartier londonien huppé et verdoyant où tous se connaissent et se fréquentent.
Un jour un détective privé aborde Alice, il enquête sur le meurtre de Nina assassinée dans cette maison même il y a un an. Choquée par cette nouvelle, Alice fustige Leo qui lui a caché ce drame par crainte qu’elle ne refuse d’habiter cette maison (voie royale pour la faire doublement fuir)
Ce mensonge introduit une brisure dans leur couple et une brisure dans le coeur d’Alice car sa soeur, tuée dans un accident, s’appelait aussi Nina
Dès lors, la jeune femme ne cesse d’interroger ses voisins sur Nina et ce meurtre violent, mais ses questions gênent ou irritent. Que taisent-ils donc tous? Alice partage ses recherches avec le détective privé qui l’encourage
Et quelle est cette ombre qui, de nuit, s’ infiltre dans sa maison ?

Cette lecture facile ne brille pas par son originalité ni par sa profondeur, par contre elle nous plonge dans l’ambiance d’un quartier résidentiel clos où les familles se voient forcément, s’invitent donc souvent, mais se dissimulent l’essentiel
Le suspens se maintient grâce à l’alternance du soupçon et aux visites nocturnes. Certes la recette est connue mais elle se laisse savourer avec plaisir et constance avec, en finale, une belle révélation sur l’héroïne

Merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Hugo et compagnie




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Blanchard, Christian – Tu ne seras plus mon frère

Syrie 2011. Le dictateur Bachar el-Assad décide d’ écraser la rébellion de l’ASL, l’armée syrienne libre.
On suit Kasswara, le fils aîné d’une famille franco-syrienne qui s’engage dans l’ASL tandis que le fils cadet, Kamar, intègre l’armée de Bachar. Les frères sont dorénavant ennemis.
Tous deux se font remarquer comme tireurs d’élite
La première fois que Kasswara tue, il s’imagine tirer sur des objets, ensuite il justifie ses tueries, puis il y prend plaisir et enfin tuer devient sa drogue
L’ASL s’affaiblit fortement lorsque une faction état islamiste s’en détache, amenant la Russie à intervenir aux côtés de Bachar . L’ASL s’effondre.
2019, Florence Dutertre est assistante sociale, elle reçoit les « lionceaux du califat », ces enfants de parents français partis faire le djihad en Syrie, et détermine si leur endoctrinement en fait des tueurs potentiels ou non.
Mais un tueur d’élite abat ces enfants dès leur arrivée en France

Ce livre résume avec une grande clarté la situation de cette Syrie déchirée par des guerres fratricides
Ce roman montre que la guerre peut insidieusement attirer un homme de paix dans une passion de tuer telle que toute autre raison de vivre lui paraît dérisoire.
Enfin l’auteur nous fait ressentir cette terrifiante idéologie du djihad qui n’a d’autre but que la destruction et d’autre raison qu’une haine sans fin

Merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour cette lecture

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Indridason, Arnaldur – La voix

Gudlaudur, le portier d’un l’hôtel de luxe, est découvert poignardé dans la petite cave où l’hôtel lui permettait de loger. Le cadavre, revêtu de l’habit du Père Noël, a été surpris en pleine relation sexuelle
Cet homme décrit comme solitaire, silencieux et sans joie touche profondément Erlendur qui voit en lui un compagnon de tristesse et de solitude.
Dès lors le commissaire entend pénétrer la vie de ce portier auquel nul ne prêtait attention. Ainsi apprend-il qu’enfant, Gudlaudur possédait une voix sublime enregistrée sur deux disques fort recherchés, mais aussi qu’il en bavait avec son père qui l’obligeait à travailler sans relâche sa voix (la voix de son père). Jusqu’ au drame. Drame qui rappelle à Erlendur celui qui a crucifié sa jeunesse et le ravage toujours, le plongeant dans la mélancolie

Si l’intrigue est classique et sans surprises, si le style est parfois maladroit, à moins qu’il ne s’agisse de la traduction, l’ouvrage a l’intérêt de nous démontrer que l’insouciance de l’ enfant est un mythe. Les enfants sensibles prennent en charge leurs parents, s’efforcent de les satisfaire, les protègent et se culpabilisent ou se dévastent lorsqu’ils n’y parviennent pas

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Fitzek, Sebastian – Le cadeau

Voici une histoire dont la complexité est à la mesure des astuces d’un inconscient chargé d’occulter souffrances et dévoilements .
Milan Berg, souffre d’alexie, un analphabétisme total qu’il compense et cache grâce à sa mémoire photographique phénoménale
Un jour il distingue, à l’arrière d’une voiture, une adolescente terrifiée qui exhibe un message. Incapable de lire ces mots, Milan suit la voiture jusqu’à une maison qu’il visite le lendemain avec son amie Anka. Étrangement le lieu est abandonné, ne reste qu’un message codé selon la méthode inventée jadis par Milan avec son amour d’enfance. Un code lié au livre « Le cadeau »
Comment un tel code peut-il resurgir ici ?
Ce message est le premier d’un jeu de pistes qui mène irrésistiblement Milan sur les lieux des drames de son enfance, ces drames dont on l’a cru responsable et dont il répète chaque nuit le cauchemar, ces drames qui entraînèrent son alexie, mais pourquoi et comment?

Ce parcours dans les méandres de l’inconscient où les gens changent de noms, où rien n’est cohérent ni censé, où vérités et mensonges s’entremêlent et s’embrouillent, ce parcours jonché de morts bien réelles celles-là, peut surprendre et dérouter, mais ce dont il s’agit en finale c’est de mettre en scène et en action cette question indémêlable et torturante
Naît-on mauvais ou le devient-on ? Et si l’on naît mauvais est-on condamné à commettre le mal ou peut-on y résister?

Merci aux éditions l’Archipel, à Mylène Pagnat et à NetGalley pour cette lecture

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Ware, Ruth – Les cinq règles du mensonge

Règle un : Dis un mensonge : règle deux : Ne change pas ta version : règle trois : Ne te fais pas prendre ; règle quatre : Ne pas se mentir les unes aux autres ; règle cinq : Savoir quand cesser de mentir.
Quand quelqu’un meurt, ce n’est plus un jeu

Isa, Kate, Thea et Fatima se sont liées d’amitié dès leur entrée à Salten House, pensionnat anglais de jeunes filles . Isa, dernière venue et narratrice, est initiée au jeu du mensonge qui scelle leur amitié mais leur vaut l’inimitié de nombreuses personnes.
17 ans plus tard, quand Isa, devenue mère, reçoit un appel urgent de Kate, elle part aussitôt la rejoindre au Moulin des Brisants qui, jadis, accueillait le quatuor d’amies lors de week-ends enchantés Toutes sont au rendez-vous, unies davantage par un mensonge commun qui ne fut plus un jeu que par leurs souvenirs heureux. Un mensonge dont les pans aujourd’hui s’effritent en même temps que la structure du Moulin rongée par les eaux
Mais un mensonge peut en cacher un autre, une forêt d’autres

Un lourd secret plane sur ce drame, un secret qui maintient sa tension tout au long de ce roman puisqu’il se situe bien ailleurs que là où l’on pense, qu’il gît sous plusieurs couches de mensonges.
L’histoire entremêle passé et présent sans heurts, le seul défaut de ce livre, réside dans le caractère impulsif et la manque de cohérence des personnages

Merci à NeGalley et aux éditions Fleuve noir

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Mayeras, Maud – Les monstres

Entre «Room» d’Emma Donoghue et «La petite fille aux allumettes» de Gaëtan Soucy, «Les monstres» montrent ce que l’emprise et la perversion peuvent accomplir de ravages dans l’esprit et le corps des enfants.
Enfermée dans une cave sombre et dénudée, une jeune adolescente est violée, battue et humiliée par l’Ogre qui lui fera plusieurs enfants dont deux seulement resteront auprès d’une mère s’efforçant de donner ce qu’elle peut d’amour au sein de cet enfer.
L’Ogre s’attribue le nom d’Aleph (cette première lettre de l’alphabet hébreu désigne Dieu, le créateur du monde tel que dit par la Bible dont l’entame est la deuxième lettre, Beth) il professe aux petits leur état de monstres ennemis des hommes, il leur enseigne une version aliénante et pervertie du monde et des êtres.
Un jour Aleph ne vient pas, puis il ne vient plus. Faute de nourriture, la mort guette la mère et ses petits mais une équipe de sauvetage est dépêchée, les verrous cèdent, les hommes entrent, terrifiant les enfants qui blessent leur mère avant de s’enfuir

L’effroi, le déchirement intime, le cri munch-ien qui nous étreint devant l’atrocité de cette séquestration, atteint l’insupportable devant cette violation exercée sur de jeunes esprits, instillant en eux la certitude que le règne le Mal est bon, qu’une vie d’ombre et de saleté mérite d’être défendue et que l’autre est toujours un ennemi à tuer.
Dans notre monde actuel, combien d’Aleph corrompent-ils ainsi le coeur et l’âme de leurs enfants ?
L’auteure nous démontre également que la belle écriture peut dénoncer, mais qu’elle peut aussi avilir



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Merle, Olivier – Dans l’ombre du loup

A Abidjan. deux enfants et leur mère sont abattus d’une balle durant leur sommeil. Il semble que le mari ait alors loué une voiture pour disparaître définitivement
Quelques années plus tard, à Rennes, Kerdegat, un PDG riche et arrogant, exige de la police qu’elle recherche l’auteur de lettres anonymes et d’appels téléphoniques muets qu’il reçoit à minuit onze précises. L’enquête est confiée au commandant Grimm, un homme renfermé, climato-pessimiste et pétri de contradictions, ainsi qu à ses trois équipiers qui se complètent à merveille
L’affaire prend un tour plus sérieux quand un sac poubelle contenant les restes d’un corps de femme sans tête est déposé sur le perron des Kerdegat.
Qui est-elle? Ce geste est-il en lien avec les sinistres appels et lettres?
Ces questions conduiront les policiers dans un club sado-masochiste, sur un chantier aux horreur et, après plusieurs fausses pistes, dans un traquenard d’envergure

L’écriture possède une certaine beauté qui a la modestie de se laisse oublier,
les personnages détiennent une réelle épaisseur, de celle qui les amène à se révéler à eux-mêmes, tout en restant plongés dans l’action.
Enfin l’intrigue retient constamment l’intérêt et si les pistes semblent partir en tous sens, l’auteur, tel un marionnettiste, maîtrise parfaitement les ficelles de son sujet
Mon seul regret est que ce livre ne possède pas l’indispensable dimension d’un sens qui le dépasserait et le rendrait dès lors inoubliable

Merci NetGalley et aux éditions XO pour cette lecture

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Bonnot, Xavier-Marie – Les vagues reviennent toujours au rivage

Retraité de la police à Marseille, Michel De Palma ne s’intéresse désormais plus qu’à son voilier et au violon, jusqu’ ce qu’il apprenne le suicide douteux de celle qu’il aima jadis, Thalia, une médecin qui a voué sa vie aux migrants, ceux échoués dans le camp de Moria à Lesbos, ceux repêchés dans la Mare Nostrum, ceux partout refoulés avec une haine grandissante jusqu’à Marseille, ultime étape de son voyage en Humanisme
A l’insu de la police, De Palme pénètre chez Thalia et se saisit de dossiers s’y trouvant encore, parmi lesquels un manuscrit consignant le calvaire d’ une jeune syrienne, Amira, que Thalia avait pris sous son aile.
De Palma mettra alors ses pas dans ceux de Thalia comme en un pèlerinage. tandis qu’à Marseille la police enquête dans le milieu des identitaires

Ce récit extrêmement bien documenté nous donne à voir, sous un prétexte policier, la violence de l’extrême droite qui fleurit aux abords de la Méditerranée et organise l’abattage de tout étranger-dépourvu-de-tout, sans être inquiétée par les autorités locales
L’Europe est divisée, nous démontre l’auteur, non seulement entre autochtones et migrants, mais également entre défenseurs des Lumières et partisans de la Haine
Un livre intelligent, bien écrit, avec des personnages douloureux, blessés dans leurs aspirations et profondément seuls

Merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour ce livre

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Chatfield, Tom – Bienvenue à Gomorrhe

Azi Bello est un hackeur passionné et génial. Son but est de s’ infiltrer dans les réseaux néo-nazis pour saper leurs projets. Mais un jour une Organisation l’embarque de force, avec pour mission de s’introduire dans Gomorrhe, cette branche la plus secrète et monstrueuse du darknet qu’utilise, entre autres, l’état islamiste. Et cela au péril de sa vie.
Protégé, caché successivement en Allemagne, en Grèce et aux USA, Azi devra échapper à diverses attaques dont il distingue mal la provenance tant tout est dissimulé, faux et piégé dans le monde du darknet
En parallèle, l’auteur nous emmène en Syrie auprès de jeunes djihadistes venus d’Europe, contraints de commettre les pires atrocités et soumis à un régime de terreur. L’un d’eux, désireux de s’enfuir, a entendu parler d’Azi

Pour le néophyte auquel le monde du piratage et de la technologie lourde échappe, la limite entre le réalité et l’imaginaire reste floue, aussi vaut-il mieux se laisser porter sans défiance dans cette aventure trépidante pour y trouver plaisir et acquérir, au passage, quelques connaissances .
Malgré quelques incohérences et une certaine superficialité, ce roman ouvre sur un paysage peu abordé et se voit porté par une écriture au rythme impeccable

Merci à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

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Nay, Roz – La sentinelle

Alex, assistante sociale à la protection de l’enfance, vit en couple avec un Chase, garçon naïf mais profondément gentil
Un jour Ruth, sa soeur aînée disparue après avoir fui sa famille dix ans auparavant, frappe à sa porte en lui demandant de l’héberger car elle est enceinte et ne sait où aller
Alex accepte à la condition que Ruth ne parle jamais de leur passé, en particulier de ce drame épouvantable qui mit fin au bonheur familial

Les soeurs prennent tour à tour la parole et si l’auteure les présente toutes deux comme des manipulatrices. Si elle tente de susciter notre méfiance envers chacune d’elles doublée de la défiance qu’elles se portent mutuellement, ce n’est là qu’un procédé dilatoire car il est évident, et cela dès le départ, que l’une d’elle est gouvernée par un monstre enfoui en elle.
Alors oui, il y a la crainte que le monstre ne gagne la partie, il y a la curiosité de connaître ce drame d’enfance qui a brisé leurs vies, ce qui procure au roman une tension et un rythme certains, mais les personnages manquent de finesse, de profondeur et de complexité, cette dernière se réduisant à la duplicité chez l’une et à la confusion chez l’autre
Quant à l’écriture, elle est efficace, sans plus

Merci Hugo Thriller et NetGalley pour ce livre

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Thomas, Bev – Envers et contre Tom

Ruth Hartland dirige un centre de thérapie des traumatismes dans lequel elle travaille comme psychothérapeute
Sa compétence est néanmoins traversée d’une faille : Il y a 18 mois son fils Tom, tout juste adulte, a brusquement disparu. Tom a toujours été un enfant solitaire, renfermé et asocial, raisons pour lesquelles Ruth l’a surprotégé et surinvesti, au détriment de la jumelle de Tom, et au détriment de son couple car son mari ne supporte plus l’obstruction qu’elle fait à l’autonomie de leur fils
Alors le jour où Dan, un patient ressemblant furieusement à Tom se présente, Ruth ne peut résister au désir de le prendre en charge, de lui accorder ce qu’elle refuse aux autres patients et d’outrepasser les limites thérapeutiques
Et bien sûr Dan, cet étrange jeune homme, va se jeter dans la faille de Ruth

Très agréable à lire, non dénué de propos intelligents et perspicaces, ce roman irrite cependant par l’acharnement que met Ruth à se dissimuler et à dénier sa passion maternelle envers et contre Tom
Car être une bonne mère ou une bonne thérapeute c’est d’abord et surtout savoir sacrifier ses propres pulsions et passions envers l’autre pour l’autre

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Lancien, Ludovic – Les oubliés de Dieu

Un matin on découvre le corps d’un médecin lacéré, déchiqueté, bafoué. Sa veuve dévoile à la police la passion morbide de son mari pour la tératologie, morbide puisqu’il collectionnait les photos de ces malades dans un carnet titré Gnadentod (mort miséricordieuse) le nom de ce programme nazi d’extermination des handicapés.
Cet attrait lugubre réveille certains souvenirs chez un policier, Gabriel, car jadis, avec un ami, il a pratiqué le tourisme noir, visitant ces lieux où les pires atrocités furent commises. Au même moment d’ailleurs, cet ami l’appelle, affolé, mais Gabriel écourte l’entretien pour se rendre auprès de sa femme qui se meurt du cancer
Parallèlement sa collègue, Noémie, également en proie à ses démons, se met en quête du lieu où le médecin exécuté approvisionnait sa collection.
Ce jeu de pistes nous mène vers le meurtrier, mais aussi dans l’enfer de ces malades considérés comme bêtes de foire, monstres répugnants, objets de jouissance, êtres pitoyables et parfois, comme êtres humains
La fin de ce livre est amère, car profondément injuste

Plus que l’enquête, assez brouillonne, et le style, parfois maladroit, le mérite de ce livre est d’aborder ces maladies orphelines comme l’acromégalie, la porphyrie, les enfants de Lune au coeur d’une société qui les rejette, les exploite ou les prend en pitié. Il met en avant leurs souffrances physiques, leur honte, leur répulsion d’eux-mêmes, leur faim d’amour, leur désespoir. Et nous force à nous interroger sur notre réaction face à cet autre radicalement autre

Merci à NetGalley ainsi qu’à Hugo poche suspense pour ce livre



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Horst, Jorn Lier – L’usurpateur

Line Wisting, journaliste à VG, est bouleversée quand elle apprend qu’un homme mort depuis six mois a été découvert assis devant sa télé. Choquée par un tel délaissement, elle entreprend d’investiguer sur cet homme afin de lui offrir une place en ce monde
A quelques distances de là, un inconnu, mort également depuis six mois, est étendu dans une sapinière. L’inspecteur William Wisting, père de Line, est chargé de l’affaire. Or il s’avère que cet inconnu, dont on découvre qu’il est américain, était arrivé en Norvège sur la trace d’un tueur en série recherché depuis 20 ans par la FBI. Prévenue celle-ci envoie ses agents travailler avec Wisting
Au cours de cette enquête laborieuse et souvent décourageante, en plein coeur de l’ hiver nordique où il faut chaque jour dégager sa voiture, la racler, lui pelleter une sortie, on apprend qu’un « homme des cavernes » désigne quelqu’un qui endosse l’identité d’un tiers récemment décédé et suffisamment isolé pour que l’usurpation passe inaperçue

Dans les livres de cet auteur, Line s’empare d’un sujet qui semble n’avoir rien à voir avec l’enquête de son père, mais au cours de leurs recherches, leurs routes finissent, comme l’on s’y attend, par converger.
Père et fille nous attachent du fait de l’immense respect qu’ils portent aux autres, de cette solitude triste qu’ils assument en silence et de cette douceur mélancolique qui est la musique propre à l’auteur

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Sjöwall M. & Wahlöö P. – L’homme au balcon

Un homme, à son balcon, observe la rue des heures durant. Soudain son regard accroche une petite fille et la suit des yeux. Sa voisine d’en face, qui l’épie, surprend ce regard et en avertit la police mais celle-ci n’en fait aucun cas.
Pourtant bientôt une, puis deux fillettes disparaissent alors qu’elles jouaient dans des parcs de Stockholm. Elles seront retrouvées peu après violées et assassinées.
L’équipe en charge de l’affaire, dirigée par Martin Beck, est réduite à ses traits saillants, tels les nains du conte, il y a Beck le calme, Larsson le râleur, Rönn l’enrhumé, Melander la mémoire et Kollberg le gentil costaud.
L’enquête piétine jusqu’au moment où l’appel du tout début leur revient en mémoire, initiant une longue chasse à l’homme qui permet aux auteurs de montrer à quel point la capitale souffre aujourd’hui de la crise du logement, d’une pauvreté affligeante et d’une immixtion de la drogue qui asservit jusqu’aux très jeunes adolescents
L’écriture est basique et l’enquête assez pauvre, l’intérêt de ce policier étant purement historique puisque ces auteurs sont considérés comme les pionniers du polar nordique

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Indridason, Arnaldur – Les nuits de Reykjavik

1970 Erlendur et ses collègues effectuent des rondes de nuit. Loin des grandes gueules avinées et égocentriques, le jeune sergent se montre d’une nature calme et solitaire avec, en bruit de fond, une lancinante tristesse.
Au cours de ces tournées, il rencontre de nombreux clochards, dont Hannibal, celui dont, tout au début, nous est relatée la mort par noyade
Depuis lors, Erlendur reste soucieux, sans cesse il ressasse les paroles de cet SDF qu’il a plusieurs fois cueilli dans la rue, frigorifié ou blessé, et mis à l’abri. Il se sentait proche de cet homme dont la mort lui paraît suspecte, aussi, en dehors de son service, va -t-il enquêter auprès de ceux qui l’ont connu.
Et l’on voit alors Erlendur, ce grand taiseux, ne pas lâcher la grappe à son interlocuteur et l’interroger encore et encore jusqu’à se faire vertement rembarrer
Ainsi, petit à petit, Erlendur tisse le fil d’une toile plus complexe qu’il n’y paraissait et son enquête progresse tranquillement, comme on se promène le long d’un chemin sous le vent d’une douce nostalgie, d’une compassion discrète et d’un fatalisme poétique

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Tharreau, Estelle – La peine du bourreau

Texas, prison de Walls, couloir de la mort. Ce soir le gouverneur du Texas doit accorder ou non la grâce au prisonnier 0451, grâce sans laquelle dans quatre heures l’injection létale lui sera administrée. Quatre heures au cours desquelles le gardien-bourreau tente de montrer à ce fonctionnaire borné ce qu’est la vie en prison et ce que 40 ans passés auprès de monstres et d’innocents malchanceux lui ont enseigné, à savoir que la justice est constamment injuste. Et la peine du bourreau infinie.
Ce récit est ponctué de retours sur la vie du prisonnier et sur les raisons qui l’ont poussé à commettre cinq assassinats.
En dehors de l’enceinte, la foule s’impatiente, les partisans de la peine de mort tempêtent, les opposants grondent.

Avec cette écriture sobre qui la distingue, l’auteure nous offre ici un récit brillant, une véritable leçon de philosophie sur le thème de la Justice et du droit de tuer
La Justice est-elle cet horizon inaccessible de l’Idée? Est-elle cet ensemble de lois dont le non respect mérite punition? Est-elle ce que nous estimons juste selon nos sensibilités et nos préjugés?
Qui peut prétendre exercer la justice en tuant? Le juge appliquant une loi l’autorisant? Le gardien promu bourreau? Le condamné qui a sauvé des enfants en exécutant leur père violent?
Qui peut juger? Au nom de quoi? Comment être juste?

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George, Elizabeth – Anatomie d’un crime

Pour les enfants Campbell, la vie est pavée de souffrances: un père abattu devant sa fille, une mère cloîtrée dans un hôpital psychiatrique, suivis d’une grand-mère dotée d’un mari alcoolique et qui, un beau jour, les dépose, tels des sacs poubelle, sur le trottoir de sa fille Kendra. Cette dernière, célibataire par choix, ne s’attend pas à un tel cadeau-fardeau.
Ness, 15ans, exprime sa révolte dans le sexe, la drogue et l’agressivité; Joël,12ans, protège son petit frère Toby perdu dans ce monde qui l’effraie.
Grand solitaire, Joël devient vite la proie d’une bande de loubards. Mais quand ces derniers s’en prennent à Toby, Joël, affolé, est prêt à tout pour éviter le naufrage mental de son petit frère
Si Kendra se soucie réellement de ses neveux, elle est cependant débordée par leurs problèmes qu’ils s’emploient d’ailleurs à lui taire, car telle est la loi des quartiers pauvres et malfamés

Un roman sublime, poignant, mais infiniment triste.
L’auteure, tout comme Kendra, entoure les enfants d’une immense, et impuissante, tendresse. Impuissante parce que leur blessure intime est si profonde, si indicible qu’elle ne eut s’exprimer que dans la rage l’effondrement ou le naufrage .
Quand le monde est violence, que faire de sa tendresse? Quand tout est désespoir, comment croire à une issue qui ne soit cruelle?

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Grebe, Camilla – L’archipel des larmes

Quatre époques avec quatre policières s’efforçant de découvrir le visage d’un tueur qui s’introduit chez des jeunes femmes célibataires et, en présence de leur enfant, les tabasse avec une violence rare, puis les crucifie au sol. On nomme ce monstre « le tueur des bas-fonds » car il choisit des femmes démunies dont il bafoue la féminité et la maternité.
Ces quatre policières, quoique débutantes, ou du moins peu gradées, sont extrêmement douées mais leur talent se heurte, parce que femmes, au dédain, à la dépréciation systématique et à l’ostracisme de leur supérieur
Elles doivent encore, en plus, faire face à de profondes désillusions dans leur couple.
Si ce sont ces femmes flics qui chaque fois approchent au plus près la vérité du tueur, c’est sans doute parce que, délivrées de ces préjugés et postures qui limitent l’ouverture d’esprit de certains hommes et certaines gradées, elles parviennent à s’insérer dans d’autres schémas de pensée et d’action. Chacune d’elles laissera d’ailleurs une trace qui guidera la suivante dans son enquête

L’auteure nous empoigne par la main et le coeur à la suite de ses quatre héroïnes qui se succèdent et nous relatent, chacune dans la langue de sa sensibilité, leur acharnement à sauver les futures victimes et percer le mystère du monstre, leurs réflexions, la traversée de leurs peurs, leurs doutes, leurs désespoirs,
L’enquête durera 75 ans et on se demandera avec l’auteure si les mentalités auront changé. mais le peuvent-elles tant que l’homme ne s’appréciera, lui et les autres, qu’en termes de plus ou moins, inférieur ou supérieur, plus petit ou plus grand, bref tant qu’il ne se déterminera que mathématiquement ?

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Delcroix, Angélina – Synopsix

Mallory la rebelle, l’impulsive, fut, dès ses 18 ans, reniée par son père.
Après avoir galéré dans la rue, elle accepte un emploi de serveuse mais s’accroche sans cesse à une patronne teigneuse. Aussi quand elle reçoit une invitation à un jeu qui consiste à résoudre un crime encore non élucidé, assorti d’une somme rondelette, elle s’y jette les yeux fermés. Droguée, elle est alors emmenée, en plein l’hiver, dans un manoir délabré sans eau ni électricité. Cinq autres participants vont progressivement échouer en ce lieu morbide où les nuits sont parsemées de cris et de vents violents. Très vite, la méfiance s’installe entre les six protagonistes, les consignes qui leur sont transmises suintent de menaces, la peur grimpe, grandit encore quand ils sont confrontés aux scènes de crime tellement réelles
Mais désormais toute fuite s’avère impossible, voire même dangereuse.
Pendant ce temps, une écrivaine réécrit le scénario de son livre à paraître…

Si à l’instar de ses précédents romans, l’écriture et le rythme sont toujours excellents, l’histoire, bien construite mais fortement tirée par les cheveux, exige du lecteur une bonne dose de crédulité et de bonne volonté,
Et la fin qui devait faire choc, laisse encore plus interloqué.

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de Roany, Céline – Vena Amoris

En pénétrant dans une grange où gît une jeune femme éventrée, Céleste Ibar voit surgir un gendarme gradé qui l’accuse de ce meurtre. Emmenée manu militari et questionnée, Céleste, éprouvée jusqu’à l’âme, raconte…
…Comment elle fut envoyée, avec son fidèle coéquipîer Ithri, dans cette région sauvage et marécageuse de la Brière suite au meurtre d’une jeune femme mutilée aux lieux de sa féminité avec, non loin d’elle, une alliance d’homme. Or, ce crime est en tous points similaire à celui d’une jeune femme découverte quelques mois plus tôt, toujours non identifiée
C’est affligée d’un gendarme d’abord accueilli avec réticence puis accepté et même apprécié que Céleste et son équipe vont suivre les pistes ouvertes par l’étrange modus operandi du meurtrier et par ce qui se dessine comme la typologie de ses victimes
Tandis que, dans cette nature ombrageuse, les chemins s’ouvrent sur des cabanes obscures et des restaurants de luxe, Céleste est confrontée à d’autres pressions liées à un ancien procès où la légitime défense prononcée en sa faveur se voit remise en question. De quoi raviver sa culpabilité dont on sait depuis Lacan que « Ce n’est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité » 

Si l’on retrouve l’écriture superbe et le sérieux du travail de Céline de Roany, ses personnages se sont largement étoffés et colorés, Céleste en particulier est bouleversante quand la culpabilité, le doute et la douleur la poussent à s’éloigner de ceux dont elle a un besoin essentiel et à s’armer de dureté, cet envers de sa fragilité.
On se réjouit déjà de suivre ailleurs ce personnage tourmenté, contrasté et d’une rectitude absolue.
Notons aussi cette absence totale de préjugés qui descelle, entre autres, les grilles où s’enferment d’ordinaire nos conceptions de la féminité, de la maternité et de la filiation

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Garcia Sáens de Urturi, Eva – Le silence de la ville blanche

Pays Basque Espagnol.  Dans une cathédrale en réfection, les ouvriers tombent sur deux cadavres nus, la main posée sur la joue de l’autre, asphyxiés par les piqûres d’abeilles introduite dans leur bouche.
Cette mise en scène rappelle d’autres crimes commis 20 ans plus tôt où l’eguzkilore (la fleur de chardon) basque, l’âge des victimes et le lieu de leur exécution constituaient des symboles énigmatiques
Or Tasio, l’auteur présumé de ces crimes est toujours incarcéré. A-t-il donc été condamné à tort, lui qui fut arrêté par son propre frère jumeau Ignatio, alors policier ?
En apartés nous revenons sur le passé des jumeaux, au temps où le noble statut de leurs parents cachait bien des secrets et des souffrances.
Tandis que les fêtes locales battent leur plein, les inspecteurs Unai Lopez de Ayala, surnommé Kraken et Estibaliz Ruiz de Gauna tentent de démêler cette véritable toile d’araignée constituée de leurres, de fausses pistes et d’écueils dans lesquels le maître d’oeuvre, un tueur machiavélique et multiface, les entraîne et les piège

Une belle qualité d’écriture.
Des personnages nuancés mais peu attachants, avec quelque chose de froid et de figé en eux.
Une intrigue prenante et complexe, chargée d’un passé qui lui donne de la profondeur, mais par moments trop profuse.
Au final donc, un très bon premier livre, et une auteure à suivre

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Minier, Bernard – La Vallée

Martin Servaz en est à sa troisième compagne, la première l’ayant quitté et la seconde, Marianne, ayant été enlevée 8 ans plus tôt.
Un jour pourtant cette dernière l’appelle à l’aide, elle a réussi à s’échapper, se sait poursuivie mais ne peut lui donner comme indication qu’une route et des hauteurs dans lesquelles, ô chance, Servaz reconnaît aussitôt un village des Pyrénées. Il s’y rend donc mais ses recherches ne mènent à rien.
Par contre, il retrouve une ancienne collègue chargée d’enquêter sur deux meurtres atroces. Bien que suspendu de ses fonctions Martin décide de l’assister, espérant ainsi trouver une piste vers Marianne.
Lorsque des enfants s’enténèbrent, que les victimes s’avèrent avoir été suivies par une psychiatre déjantée, que le village est coupé du monde suite à un éboulement suspect et qu’un troisième meurtre survient, la tension atteint son zénith

Un roman peu crédible. L’auteur doit pousser, tirer et forcer pour faire entrer dans le même trou ces meurtres odieux, la disparition de Marianne, l’enquête d’un suspendu d’enquête, et plusieurs scènes d’héroïsme dignes des BD de notre enfance censées persuader le public que Servaz mérite bien de réintégrer son poste.
Quant à l’écriture, elle est correcte mais les métaphores peu réussies.