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Pavicic, Jurica – La femme du deuxième étage

Traduction : Olivier Lannuzel

Bruna est en prison et ne reçoit de visites que de sa mère et de Suzana, son amie, sa mère par culpabilité, son amie par soutien.
Au long de ces années de détention, Bruna se souvient : de son passé misérable, de sa rencontre subjuguée avec Frane et avec sa mère, Anka, sorte d’araignée régnant au centre de sa toile.
Le couple s’installe à l’étage au-dessus de celui d’Anka qui possède le bâtiment ; solution plus économique certes mais qui implique pour Bruna de devoir manger avec elle, de subir ses piques et ses demandes incessantes, de souffrir ce dénigrement, cette destitution que Frane ne perçoit absolument pas puisqu’il idéalise sa mère et que, marin, il s’absente de longs mois
Or un jour de canicule Anka fait un AVC qui la laisse impotente. Frane parti, Bruna en aura seule la charge…

Bruna se refuse le droit d’exprimer sa fatigue, sa déception, sa souffrance. Elle endure en silence, un silence issu d’un excès de finesse et de générosité
Ce roman est imprégné d’un fatalisme dans lequel nos actes et nos vies seraient l’aboutissement d’une série d’incidents extérieurs, sans pour autant que cela nous dédouane de la culpabilité et de la responsabilité envers les autres qui n’ont pas à en subir les conséquences
J’ai été touchée par la douleur-douceur, la nostalgie, la solitude et une forme de désespoir espérant qui sont l’âme de ce livre

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Brundage, Elizabeth – Point de fuite

Titre original : The vanishing point
Traduction : Cécile Arnaud

Rye, Julian et Martha sont des élèves de l’école Brodski. Tous trois recherchent la célébrité, ce point de mire (mirage) qui cache et révèle en sourdine leur point de fuite, cet idéal, ce sens d’être et de vie qui ne leur apparaîtra, pour deux d’entre eux que bien plus tard.
Très jeune déjà, Rye se distingue par ses portraits pris dans une composition qui les humanise, Julian photographie des lieux vides de toute humanité, Magda prend sur le vif ses voisines, ces jeunes polonaises laborieuses qui connaissent la souffrance et les grandes joies partagées.
Seul Rye connaît la célébrité, et sa carrière brillante le jette et le perd dans son point de mirage. Julian, jaloux de la célébrité de Rye, ronge son amertume avec l’os publicitaire et ses richesses. Julian ira jusqu’à épouser sans amour Magda, le premier amour de Rye, dans un moment où la jeune femme est particulièrement fragile.
Magda suivra son point de fuite, plus limpide pour elle en tant que femme que la vie a éprouvée, elle vit pour sauver son fils de l’addiction dans laquelle il fut entraîné faute de point de fuite.
Un point de fuite est pourtant toujours déjà là, dès le départ, mais ne se découvre qu’après avoir perdu son ou ses points de mire.
Un tel point de fuite n’est pas soumis aux aléas du monde ; au contraire, il est alors plus que jamais précieux puisqu’il pousse l’homme à vivre dans le dépassement de soi, ce qui distingue sans doute le plus essentiellement l’homme comme digne de ce nom.
Un roman qui allie le trio du coeur, de l’intelligence et de l’écriture.
Un très grand livre.

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Brookmyre, Chris – L’ange déchu

Titre original : Fallen Ange
Traduction : Céline Schwaller

Après les obsèques de son mari Max, Célia Temple désire rassembler sa famille dans leur villa au Portugal que Max aimait tant. Il était un professeur de psychologie brillant, reconnu pour sa méthode de décomposition des théories complotistes.
Les voisins des Temple ont engagé une nounou, Amanda qui, étudiante en journalisme, est ravie de passer l’été près des Temple car elle voue une admiration absolue aux travaux de Max.
Célia Temple fut une actrice célèbre, aujourd’hui âgée, elle éprouve le besoin de tester son pouvoir de séduction ainsi que de régner sur ses enfants. Seule sa dernière, Sylvie/Ivy échappe à cette emprise, éveillant ainsi chez sa mère une rage tenace
Seize ans plus tôt, un drame terrible eut lieu dans cette demeure, un drame qui en cachait bien d’autres
Alors Amanda, pourtant éblouie par cette famille, commence à discerner les contours de secrets inavouables

A partir de quand le soupçon envers une théorie devient-il du conspirationnisme? Comment départager ce conspirationnisme du l’investigation honnête, voire du lancer d’alarme ?
Comment se construire quand l’on est sans défense face à une armée de manipulations et de fausses déclarations ?
Comment se construire dans une famille quand tout y mensonges déniés, désaveux, hypocrisies, dénégations, parjures et toutes les manipulations et torsions dont les esprits pervers sont capables et dont ils jouissent abusivement?
Telles sont quelques questions que ce livre magistral soulève avec une intelligence et un style hors pair. 



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Chambers, Becky – Apprendre, si par bonheur

Titre original : To be taught, if fortunate
Traduction : Marie Surgers

Voici un texte adressé par Ariadne à la Terre éloignée de 14 années lumière, Terre qui, après avoir envoyé une multitude de nouvelles désastreuses, s’est tue.
Ariadne est l’une des 4 scientifiques partis en expédition vers différentes planètes. Lors de leurs voyages, ils sont régénérés, ce qui avec la vitesse de leur vaisseau, ralentit leur vieillissement.
Ils parviennent d’abord sur Aecor, une planète de glace sous laquelle des organismes inconnus s’illuminent la nuit. Ils visitent ensuite trois autres planètes aux vies et à la nature étonnantes, le plus souvent il sont émerveillés, parfois effrayés, mais toujours infiniment respectueux des êtres qui s’y sont adaptés
Mais ensuite, que faire quand plus aucun message, plus aucune instruction ne provient de la Terre ? Comment agir dans le respect de l’éthique, de la dignité humaines et avec le consentement de tous ?

Ce roman est une splendide et authentique utopique parce que jamais il n’envisage de conquérir ou d’exploiter ce que ces planètes ont à offrir, les scientifiques observent, recueillent des données, se recueillent devant ces étonnants paysages, s’entraident et s’aiment profondément.
Face à ce foisonnement de vies étrangères la difficulté est surtout langagière car notre langue est intrinsèquement liée à la terre, et les comparaisons ont vite atteint leur limite et nous sommes bien pauvres dans nos capacités d’en rendre compte
La fin est bouleversante et admirable

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Carabédian, Alice – Utopie radicale

L’utopie est presque un terme antinomique à celui de progrès puisque le progrès, scientifique et technique – et donc réservé aux plus riches, au détriment de la planète et des autres dès lors réduits à ne pouvoir que survivre dans un monde détruit – est le fondement (capitaliste) de toutes les dystopies
La dystopie est le progrès réalisé selon la formule d’Alice Carabédian.
Le progrès dystopique programme toujours la conquête d’autres lieux ou planètes afin de les exploiter jusqu’à leur épuisement
L’utopie radicale n’est pas cet imaginaire du bonheur à la Thomas Moore ou Charles Fourier conçu comme un système qui, en tant que tel, ne peut se maintenir qu’à force de diktats et finalement d’une tyrannie.
A contrario, l’utopie radicale est portée par son auto-critique, ses débats et les percées que réalisent ses nouveaux concepts créant d’autres façons de penser.
L’utopie radicale est un mouvement d’ouverture éthique infini.
La dystopie et l’utopie radicale rejoignent ainsi les concepts lévinassiens développés dans son ouvrage « Totalité et Infini »
NB Lire Becky Chambers et sa sublime utopie radicale : « Apprendre, si par bonheur »

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Beckett, Simon – Les témoins de pierre

Sean a quitté Londres pour se cacher dans la campagne française. Alors qu’il traverse un champ, sa cheville se prend dans un piège à ours. Des heures de souffrance plus tard, il est délivré par Mathilde la fille aînée du propriétaire des lieux. La jeune femme le recueille et le soigne dans la grange, à l’abri du regard de son père, un fermier violent et autoritaire avec qui la rencontre sera hargneuse avant qu’il ne s’amuse à mettre Sean à l’épreuve des travaux de la ferme.
La seconde fille du fermier, Gretchen, est une jeune adolescente provocante et hystérique. En conflit constant avec Mathilde, elle vénère son père.
Graduellement, Sean se sent pris dans une toile d’arxaignée qui se tisse ; encore invisible elle est d’autant plus effrayante

Ce roman rural est éprouvant en ce qu’il nous plonge dans un climat de menace et de pesanteur grimpantes ; menace issue du père bien évidemment avec sa violence sans cesse à fleur de peau ; pesanteur chez Mathilde, constamment au service des autres, elle dissimule une souffrance et une solitude profondes sous un masque d’impassibilité ; menace encore émanant de la jeune Gretchen aux réactions imprévisibles et même excessives.
Et puis surgiront les secrets, sombres, atroces
Un roman à découvrir, magistralement noir

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Schulman, Alex – Les survivants

Chaque année, les trois frères passent leurs vacances d’été dans la ferme familiale située près d’un lac, en pleine forêt. La famille y vit totalement isolée du monde.
Le père aime enseigner les mystères de la forêt à ses fils tandis que la mère, une femme dure et impitoyable, reste vautrée et boit. Les parents se disputent souvent avec une rare férocité.
Nils l’aîné, est le préféré de la mère dont il emprunte l’indifférence et l’insensibilité aux autres.
Le second, Benjamin, est hypersensible, empathique à l’extrême, il porte en lui les secrets et non-dits des parents exprimés en terreurs anéantissantes.
Le dernier, Pierre a 7 ans. Hyperactif et impulsif, il peut, tout comme son père, entrer dans des crises de violence aveugle
Et puis survient l’accident qui fera d’eux tous des survivants.

Par le regard de Benjamin nous sont rendus des instantanés d’une jeunesse tourmentée, ponctués par le compte à rebours des trois frères adultes revenus en ces lieux pour y répandre les cendres maternelles.
La fin du récit est sidérante dans sa révélation, choquante aussi puisque cette révélation dénote l’attitude d’une mère dont on a, par ailleurs, peine à croire les termes d’une lettre posthume, aucun fleuve ne pouvant naître d’une source tarie

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Rostagnac, Pétronille – Un jour tu paieras

Au hasard d’une promenade en forêt, un homme découvre une jeune fille inconsciente, elle sera aussitôt hospitalisée
Pauline est avocate et commise d’office par son patron à la défense de Matthieu, un médecin stagiaire accusé du meurtre de deux jeunes hommes
La jeune avocate ne sait quel scénario crédible inventer car tout prouve la culpabilité de son client qui n’a pour lui que son trajet de vie jusqu’alors impeccable
Mais Pauline est une battante, une femme qui serre les dents, elle vit seule car refuse de livrer à quiconque une bribe de son passé qui fut une abomination à laquelle seul son métier pouvait apporter une forme d’apaisement

Les bribes d’histoires esquissées au début s’insèrent dans l’ensemble et forment un paysage sensé mais hautement trompeur car rien ne s’avérera être tel qu’il n’y paraître
Si ce roman s’insère dans une trame juridique, elle est ici bien piétinée, ce qui confère à ce livre un statut paradoxalement parodique vu les terribles souffrances que portent certains personnages
Un roman agréable à lire, mais des personnages que l’on regarde vivre sans vraiment s’y attacher et certaines facilités de construction endommagent quelque peu cette lecture

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Alexandre, Carine – Mily

Mily possède un tempérament de feu qui lui donne l’audace de partir seule à New York Tout lui sourit dans la vie belle, intelligente, vive et aisée, elle se trouve facilement une place et des amis remarquables.
Un jour, c’est l’accident et Mily se réveille à l’hôpital. Ce livre nous fait vivre les longs mois de soins douloureux, le choc du verdict définitif de paraplégie, les terribles phases du deuil que va traverser Mily, car elle perd tout qu’elle pensait être ses raisons de vivre,
Lors de sa longue et pénible revalidation, une idylle s’ébauche avec Adam, son thérapeute fonctionnel, tandis qu’une psychothérapeute l’aide à changer peu à peu sa perception du monde et le système des valeurs avec lequel elle l’envisageait.
Mais a-t-elle donc le droit d’aimer Adam au risque d’entraver sa vie ?

Ce roman montre que même dans des conditions privilégiées le handicap est un long chemin de douleurs et de souffrances, un lent parcours vers l’intériorité et le dépassement de soi, et une épreuve sociale quand les regards se font hostiles et que rien n’est prévu pour ceux qui se déplacent en fauteuil roulant.

Merci à Carine Alexandre pour cette lecture

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Rademacher, Cay – L’assassin des ruines

Traduction : Georges Sturm

Hambourg, hiver 1947, une ville occupée par les britanniques, un champ de ruines où la famine et les températures sibériennes mettent la population au bord de l’explosion. Aussi, quand une femme est découverte dans les ruines, étranglée et nue et que d’autres morts similaires s’ensuivent, l’inspecteur principal Stave est sommé de saisir l’assassin au plus vite afin de réduire au silence les anciens nazis prompts à critiquer le nouveau régime
Les coéquipiers imposés à Stave suscitent sa méfiance : un militaire britannique et un officier de la brigade des moeurs aux méthodes brutales. Stave avance donc seul au péril de sa vie.

Stave pleure toujours la mort de sa femme brûlée lors d bombardements, il attend chaque jour le retour de son fils parti au front et porté disparu ; de plus il doit résoudre cette enquête rapidement s’il veut garder sa place. Cet homme intègre et bon se donnera jusqu’à l’épuisement à cette tâche difficile car les indices sont dérisoires et la population réticente à aider une police qui les prive de leur seul moyen de survie : le marché noir
L’ambiance de la ville est magistralement rendue et l’enquête, lente comme l’hiver, est touchée par l’humanité et la modestie de son inspecteur

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Mouawad, Wajdi – Anima

Un jour, en rentrant, Wahhch Debch découvre sa femme assassinée et bafouée de façon abominable. Comme la police est impuissante, et réticente, à capturer l’assassin bien qu’elle en sache le nom et la cache dans une réserve indienne, Wahhch se lance seul à sa poursuite, non pour se venger ou réclamer justice, non, mais pour s’assurer qu’il n’est pas lui-même l’auteur de ce meurtre odieux. La quête du héros sera donc celle de son origine incarnée par ce nom Wahhch signifiant monstre brutal en libanais. Les animaux assistant aux étapes de ce périple ressentent par ailleurs une grande proximité avec cet homme

Ce roman a pour lui son écriture avec des instants d’une grande poésie et cette étrange relation du héros avec le meurtrier de sa femme ainsi qu’avec les animaux jalonnant son chemin.
Je regrette néanmoins que le procédé qui met en mouvement différents animaux sur le parcours du héros soit utilisé de façon systématique et donc souvent artificielle, comme artifice permettant d’éviter toute la richesse des émotions humaines.
Ce livre grave et sombre, centré sur la relation du héros avec un assassin auquel il s’identifie, se lie intimement et poursuit ardemment, ne se comprend qu’à la lumière de ces tragédies antiques quand les scansions faisaient énigmes et que l’origine perdue déterminait la destinée
Dommage qu’ici cette révélation finale, et centrale, n’ait pas lieu dans la continuité de l’histoire mais dans un autre récit, venu d’ailleurs

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Mi-ae, Seo – Bonne nuit maman

Seon-Gyeong, psychologue criminelle, est envoyée par sa hiérarchie interroger un redoutable tueur en série déterminé à ne faire des révélations qu’à elle, et elle seule.
A la fois curieuse et fort inquiète, la jeune femme s’interroge sur ce qui dans l’histoire de cet homme, l’a amené à la choisir.
En parallèle, Seon-Gyeong accueille chez elle la fille de son époux, cette enfant de 10 ans dont elle n’avait jamais entendu parler(!) avait déjà perdu sa mère et vient de perdre ses grands-parents dans un incendie suspect survenu la veille.
La tâche n’est guère aisée pour Seon-Gyeong avec un mari souvent absent et une fillette sautant d’une froideur glaciale à une rage soudaine pour être tout sourires avec son père.

Criminologue chevronnée, Seon-Gyeong est loin d’être à la hauteur de la double tâche qui est confiée : face au tueur elle réagit comme une débutante de façon émotionnelle et peu avisée; face à l’enfant elle veut se prouver qu’elle peut être une bonne mère ce qui lui assure d’en être une déplorable.
L’intérêt du livre se situe du côté de la question sur ce qui induit un homme à devenir un monstre ? Une mère odieuse ? Un père absent ou pervers ? Il semble que toute réponse possible ne soit jamais que circonstancielle sans jamais atteindre l’essentiel, le mystère insondable du Mal

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Brundage, Elizabeth – Dans les angles morts

Un soir, en rentrant de son travail, George Clare découvre sa femme Catherine morte, le crâne fendu d’un coup de hache.
Huit mois auparavant George avait acheté à vil prix cette ferme dévaluée depuis le suicide des parents Hale complètement ruinés et le départ forcé de leurs trois garçons pleurant leur mère adorée et si mal aimée par un mari violent.
Catherine Clare ignore ce passé douloureux mais elle ressent la souffrance imprégnant ces lieux. Sensible, peu sûre d’elle, aimant faire plaisir à son mari et sa petite Franny de 3 ans, elle ouvre la porte aux garçons Hale venus proposer d’effectuer quelques travaux. Bien vite ils s’attachent à Catherine qui leur rappelle leur mère et à Franny, cette enfant pleine de joie.

Au centre de ce magnifique roman noir, un couple que tout oppose : Georges sûr de ce que tout peut être sacrifié et bafoué sur l’autel de son plaisir et de son ambition, et Catherine aux principes stricts mais qui doute, s’interroge et désire approcher la vérité. S’ensuit la stagnation de Georges, toujours certain d’être dans son bon droit au plaisir et l’évolution de Catherine qui parviendra à assumer la pleine responsabilité de sa vie.
La vie est injuste mais elle porte en elle des êtres admirables et d’autres méprisables.

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Whitaker, Chris – Duchess

Duchess, 13 ans, a dû se construire dure et forte car non seulement elle s’est promis de veiller sur son petit frère avec le dévouement d’une mère, mais elle protège également Star, sa mère qui travaille dans un bar louche, boit à l’excès et paye en nature son loyer à un homme violent
30 ans plus tôt, Star et Vincent, âgé de 15 ans, s’aimaient,; or un soir, fin soûl, Vincent a fauché la soeur de Star, ce qui valut finalement 30 ans de prison au chauffard et la plongée dans une spirale destructrice à Star,
Aujourd’hui Vincent sort de prison, mais peu après son retour, Star est assassinée et Vincent se déclare coupable de ce crime.
Duchess et son frère vont devoir aller vivre chez un grand-père dont ils ignorent tout et que Duchess a décidé de haïr

Ce livre frappe d’abord et surtout par ses personnages contrastés, douloureux et magnifiques. Bien souvent tels les héros des tragédies antiques, ils se pensent lucides alors qu’aveugles, ils s’égarent, mais dans leurs regrets, leurs colères et leurs détresse ils sont tous grands par l’amour et le don de soi dont ils sont capables
Duchess est un grand roman porté par une langue belle et pure et des personnages inoubliables.

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Mauvignier, Laurent – Histoires de la nuit

Dans un trou perdu de la France profonde se dressent trois maisons. L’une est à vendre, la deuxième est habitée par Patrice, un éleveur amoureux fou de sa femme Marion qui, elle, fuit ses approches, et par leur fille Ida âgée de 10 ans. La troisième est occupée par Christine, une peintre ayant quitté Paris, ses fastes et ses déceptions, pour créer en toute indépendance et s’occuper d’Ida quand ses parents sont au travail.
Ce soir ils vont fêter les 40 ans de Marion ; chacun s’active pour rendre cet anniversaire mémorable mais alors que le soir approche, trois frères s’annoncent sans avoir été invités.

Ce qui frappe dans ce roman c’est cette écriture spiralique qui ressasse et reprend les phrases en y ajoutant à chaque tour une bribe d’éclaircissement. Et l’histoire ainsi avance, trois pas devant et deux arrière, avec cette temporalité en accordéon dans les plis de laquelle scintillent des éclats d’émotions, de pensées et de souvenirs.
Un style qui est soit la marque de l’auteur, soit un choix stylistique visant à énerver, à mettre le lecteur sur le grill puisqu’il s’agit bien de l’histoire d’une menace, celle de trois frères venus forcer la porte de cette famille dans un dessein que l’on redoute néfaste et rabâché de longue date.
Un roman fort et riche tant psychologiquement que littérairement. Une rareté.

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Dean, Will – Tout ce qui est à toi brûlera

Than, une jeune vietnamienne, s’est introduite illégalement en Angleterre avec sa soeur pour y travailler et envoyer de l’argent à sa famille fort pauvre. Mais après quelques mois, elle est arrachée à sa soeur et emmenées de force chez Lenn un fermier vivant dans une bicoque pourrie. Lenn va faire de la jeune femme son défouloir sexuel et son esclave dont toute erreur, tout oubli, toute désobéissance seront sanctionnés par la mise à feu d’une de ses rares et précieuses possessions
Loin de tout, dans cette morne campagne anglaise avec ses champs à perte de vue, Than rêve d’évasion mais une de ses tentatives lui valut d’avoir la cheville fracassée au marteau.

Ce livre nous plonge la tête la première dans l’enfer vécu par ces femmes étrangères démunies, vendues comme esclaves à des hommes pour qui la domination absolue exercée sur des êtres sans défenses reste la seule façon possible d’échapper à la solitude absolue.
Certes ce roman semble parfois long, mais ce procédé vise à nous faire sentir comme longues sont les années de séquestration de Than, cette jeune femme dont le courage, l’endurance et la capacité à toujours garder l’espoir force l’admiration
Fort bien écrit, ce roman possède une grande force d’impact et nous rappelle, si besoin est, que l’esclavage existe encore toujours chez nous

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Lelait-Helo, David – Je suis la maman du bourreau

Gabrielle de Miremont, riche aristocrate et catholique convaincue, exclut mari et filles de son univers dès lors que lui naît un fils. Il deviendra prêtre, ainsi en a-t-elle décidé, prêtre et donc sans autre femme dans sa vie qu’elle-même, il sera son prolongement, sa chair masculine, dans une relation exclusive et vertueusement perverse.
Quand, à 80 ans, Gabrielle apprend dans la presse que des actes de pédophilie ont été commis au sein de l’église, elle est furieuse et veut rencontrer le témoin victime de viols et le réduire au silence, mais le récit bouleversant et sincère d’Hadrien lui ouvre les yeux sur l’hypocrisie de sa propre vie.
Désormais son monde s’effondre puisque son fils était son monde et Dieu n’est plus puisque son fils L’incarnait
Gabrielle va alors parler à son fils, ce bourreau

L’écriture magnifique, la finesse, la justesse et des sentiments et la pudeur du propos sont les grands atouts de ce livre, toutefois m’ont gênée, outre d’innombrables redondances, cette vénération envers la riche aristocratie confite en dignité, dont l’acte le plus banal devient munificence, ainsi que ce mépris pour ceux qui n’ont reçu ni beauté, ni grandeur ni clinquant
On ressent chez l’auteur une évidente nostalgie des temps anciens pour autant bien sûr que l’on soit né privilégié

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Colize, Paul – Un monde merveilleux

1973. Le maréchal des logis Daniel Sabre reçoit l’ordre de conduire, en toute discrétion, une personne là où elle le voudra sans poser de questions et de leur téléphoner chaque matin. On lui laisse entendre qu’une promotion pourrait s’ensuivre. Parti de sa caserne en Allemagne, Daniel rejoint Bruxelles où une dame l’attend et lui demande de l’amener à Lyon
Raide et silencieux, Daniel affiche un sérieux qui amuse et agace à la fois Marlène, sa passagère. Cette dernière engage parfois la conversation mais heurtée par la rigidité du militaire, elle s’emporte ou retourne à ses pensées tourmentées.
De son côté Daniel s’agace de faire le taxi mais les silences creusent en lui des sillons de souvenirs et de réflexions .
Le périple, jonché d’étapes, amène Marlène au bout de sa quête personnelle, mais pourquoi donc Daniel a-t-il dû la conduire ?

L’auteur met en présence deux personnes écorchées qui ont dû dompter leur sensibilité, deux êtres qu’un deuil précoce a mis en révolte. Tous deux engagés dans une mission secrète, ils vont remonter vers le Sud, vers leur passé. Leurs échanges, rares, ponctués de jaillissements de douleurs, de colère, de silence, auront une portée insoupçonnée
Car ils sont les pions d’un scénario monstrueux
Avec son écriture sobre et belle, une construction pleine de finesse et d’intelligence et une mise en scène de ce Mal ordinaire auquel chacun de nos aveuglements, chacune de nos lâchetés nous confronte, l’auteur ranime, une fois encore, mon admiration et mon enthousiasme

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Vander Hoeven, Nancy – Cette blessure d’où je viens.

Le commissaire Jack Ferreras est mandé dans la très riche propriété des époux Tessier actuellement en mission humanitaire. Il y découvre quatre personnes sauvagement poignardées. Le même soir, Chloé, la fille Tessier, s’annonce au commissariat ; mutilée et blessée, elle dit avoir été séquestrée et violée durant plus d’un an par un certain Fighter avant de parvenir à s’enfuir La coïncidence trouble Ferreras qui en appelle à son amie psychiatre, Isaure. Cette dernière, profondément touchée par le récit que fait Chloé de son calvaire, s’investit énormément afin d’amener sa patiente à creuser son passé.
Rappelés, les parents de Chloé sont interrogés par Jack et Isaure. La froideur de la mère et la lâcheté du père frappent la psychiatre qui pressent un drame familial bien occulté

Il ne s’agit en rien dans ce roman d’une enième histoire de séquestration avec violences, malgré le récit détaillé qu’en fait Chloé à sa psychiatre, car ce livre se lit entre les lignes, là où crient les silences, dans ces blessures d’où naissent les mots.
Avec sa sensibilité à fleur de peau, Nancy Vander Hoeven nous offre ici un thriller psychologique de haut vol mais qui, contraint comme nous le sommes tous à sa part d’indicible, nous laisse avec un vague sentiment d’incomplétude
Dommage qu’il y ait cette part de romance discordante avec l’ensemble et incompatible avec l’éthique de la psychiatre

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Hallett, Janice – Le code Twyford

Au sortir d’une longue peine de prison, Steven parvient à lire mais encore incapable d’écrire et désireux de raconter son histoire, il s’enregistre sur le téléphone offert par ce fils nouvellement apparu.
Le livre dérive donc de la retranscription écrite de cet enregistrement pas toujours fort audible
Un des premiers souvenirs de Steven est la lecture qu’une professeure leur a faite à eux, les cinq gamins pour lesquels la lecture restait un mystère, d’un roman d’Edith Twyford. L’enfant ébloui comprend que le livre est un code, celui des lettres et des sons certes, mais aussi plus profondément celui du livre entier, de son auteur, de son contexte historique. Et de sa propre vie.
Sorti de prison, enfin capable de lire seul, Steven aspire à retrouver le livre originel qui lui aura ouvert un monde nouveau et d’en décoder les mystères infinis

Ne sommes-nous pas tous fascinés par l’énigme que nous sommes à nous-mêmes, ce code obscur qui source les jeux et les quêtes, mais conduit aussi aux désastreuses théories du complot ?
Ce roman m’aurait séduite s’il ne péchait par une telle surabondance d’énigmes qu’on finit par y perdre tout intérêt et par d’excessives longueurs qui en gâchent le plaisir
Janice Hallett veut nous plonger dans un jeu de codes en abîme, mais je quitte ce texte avec le sentiment d’avoir plutôt été l’objet d’un jeu de dupes

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Koch, Emily – Reste près de lui

Une dispute, des cris et Lou chute d’un troisième étage. Benny, le frère de Lou s’était absenté et Kane, un ami présent lors du drame s’est enfui. Pris de remords, Kane en parle à sa mère qui lui conseille d’aller tout raconter à la police, ce qu’il fait pour se voir arrêté et écroué.
La mère de Kane ne doute pas un instant de l’innocence de son fils et veut le prouver, mais comment puisqu’il a avoué être la cause de cette chute ?
De son côté, la mère de Lou, veut découvrir la vérité sur sa mort, elle craint surtout qu’il ne se soit suicidé parce qu’elle n’a pas assez aimé ce fils railleur et blessant.
Et pourquoi tant Benny que Kane refusent-ils de parler des précédents de ce drame ?

Quelle différence y a-t- il entre être coupable et se sentir coupable ? La différence est si grande, répond ce livre, qu’elle devient opposition, ainsi celui qui se sent coupable ne l’est pas et vice versa
Ce roman aux apparences de thriller décrit le parcours des différents personnages d’abord reclus dans leurs défenses et leurs convictions jusqu’à ce qu’un drame terrible, la mort d’un jeune, déchire leur tissu faussement protecteur, forçant ainsi une ouverture que seule une main tendue pourra déployer

Merci à NetGalley et aux éditions Calmann Levy pour cette lecture

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Turner, John T. – Ephé(mère)

Isabelle Lelièvre fait la Une des journaux, elle est le monstre, celle qui a commis l’inimaginable
Pourtant la jeune femme, dernière-née d’une famille de vignerons régie par une mère dure au travail, était l’effacement et la soumission même, si discrète qu’on l’oubliait facilement.
S’égrènent ensuite les voix de ceux qui l’ont côtoyée, sa soeur qui l’envie, son époux qui l’assigne à vouloir ce qu’il veut, son amie qui la plaint
Qui donc est Isabelle sinon celle que chacun modèle selon ses propres attentes, forme de douce violence que la jeune femme percevait intuitivement et à laquelle elle se pliait, ne pouvant imaginer une opposition et remisant ses aspirations et son être en un recoin intime où la lumière finit par ne plus pénétrer.-

Dans ce roman d’un drame annoncé, qui va au rythme de la vie, chaque personnage est tissé dans ce chatoiement qui trame le coeur des hommes tandis que, poignante, la pâleur d’Isabelle signe son insondable solitude dont il n’est pas sûr qu’elle dispose de l’espace pour la percevoir

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Norek, Olivier – Dans les brumes de Capelans

Le capitaine Coste vit dans l’île de Saint-Pierre , à l’abri d’une demeure hyper sécurisée où il recueille les dénonciations des « repentis » livrées contre l’assurance de recevoir une nouvelle identité et un passeport vers un autre continent
Mais aujourd’hui c’est une rescapée qu’on lui demande d’interroger, la jeune Anna qui, disparue à 14 ans, vient, 10 ans plus tard, d’être retrouvée, enfermée par le monstre qui a capturé, torturé et exécuté neuf jeunes femmes. Seule Anna pourrait donc démasquer le tueur mais elle demeure mutique. Pourtant, dès son arrivée chez Coste, elle se met à parler ( !)) et dresse le portrait-robot de son ravisseur. Un ravisseur caméléon qui poursuit ses crimes et se rapproche d’elle

Coste a choisi la solitude et gelé ses sentiments afin de se protéger de celui de culpabilité. Mais ce gel des sentiments accentue la violence des émotions, ces réactions éphémères et changeantes qui triomphent bien souvent du capitaine
Ce gel rejaillit forcément sur l’écriture de l’auteur, certes belle, mais froide et dénuée de poésie.
Néanmoins cette intrigue est bien troussée, prenante, et réserve quelques bonnes, et mauvaises, surprises

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Geni, Abby -Farallon Islands

Photographe de paysages extrêmes, Miranda, la narratrice de cette histoire, rêvait de vivre une année dans ces îles de roches ingrates entourées d’eaux noires et tourmentées. D’abord hissée le long des falaises à l’aide d’une grue, Miranda logera dans une baraque humide infestée de rongeurs en compagnie de cinq biologistes obsédés par leur spécialité et d’une stagiaire.
De nombreux animaux marins ou célestes se succèdent au cours de l’année et leur arrivée annonce les saisons comme elle déclenche l’enthousiasme exalté des spécialistes de l’espèce surgie.
Pourtant une menace guette, sournoise, sur ces îles dangereuses avec leurs roches friables aux trouées subites, avec ces animaux qu’un rien agite et ces chercheurs asociaux nimbés d’une inquiétante étrangeté

Dans une langue superbe portée par l’héroïne qu’un deuil a rendue aussi aveugle à elle-même que lucide sur les autres, Abby Geni déploie un monde dénudé d’une infinie richesse. Elle nous plonge dans une brume sombre auréolée de lumière et nous achemine à aimer ces quelques hommes dépouillés de tout, fous de leur faune comme les ermites le sont de Dieu

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Moore, Graham – Tenir

(The holdout)

Tout accuse Bobby Nock d’avoir tué la fille de l’homme le plus riche et influent de la région. Pourtant, aux Assises, une jurée, Maya Seale vote non coupable, estimant les preuves insuffisantes, elle rallie tous les autres à sa voix, tous, sauf Rick qui ne cédera que pour en finir. Nock est donc acquitté.
Hélas, au sortir de leur retraite, les jurés se heurtent à un public hostile qui les hue. Aussitôt Rick se dédit, accuse Maya de les avoir forcés et la salit publiquement. Maya se fait discrète puis entreprend des études de droit et devient avocate..
Dix ans plus tard la télévision veut rassembler les jurés pour reconstituer le procès. Maya renâcle à y participer mais constate que tous sont sincèrement ravis de la revoir.
Pourtant, le soir même, elle découvre Rick dans sa chambre, mort. Tout la désigne comme la coupable idéale…

Ce roman intelligent et complexe, par moments même tortueux, passionne quand il vient reconsidérer les notions de justice et de vérité en montrant qu’elles sont souvent inconciliables, au point qu’il faille parfois inventer une histoire pour éviter l’injustice .
N’est-ce pas d’ailleurs ce que font la défense comme l’accusation : raconter des histoires, des interprétations du réel ?

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Monnehay, Max – Je suis le feu

Victor Caranne, psychologue dans une prison, travaille régulièrement avec la police de La Rochelle
Par deux fois, un homme a longuement épié une mère et son fils d’environ 10 ans avant de pénétrer dans leur domicile, d’attacher mère et enfant, et enfin de bander les yeux du petit avant d’égorger sa mère
Caranne cherche à comprendre pourquoi l’égorgeur met en place un tel scénario et le répète, non par plaisir, ressent-il, mais comme dans une névrose de répétition, dans le but de résoudre un problème intime.
Il faudra encore bien des erreurs et des morts, de quoi raviver laf culpabilité toujours à vif de Caranne, avant que la lumière ne surgisse

L’alternance de deux narrations, celle qui suit les agissements de Caranne – d’ailleurs trop tourmenté par ses failles personnelles pour être bon psychologue – et celle où le tueur se raconte, donne à l’intrigue un rythme actions-introspections intéressant.
Néanmoins de nombreux personnages caricaturaux, quelques coïncidences peu crédibles et certaines lourdeurs dans le style ont franchement refroidi mon appréciation

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de Roany, Céline – De si bonnes mères

La Capitaine Céleste Ibar est envoyée, avec son fidèle coéquipîer Ithri, dans la région marécageuse de la Brière suite au meurtre d’une jeune femme mutilée aux lieux de sa féminité. Près d’elle git une alliance d’homme. Ce crime renvoie à celui, similaire, d’une jeune femme restée non identifiée.
Forcée de collaborer avec un gendarme de la région, Céleste l’accueille à reculons avant d’apprécier sa largesse de cœur et sa compétence. Leur trio s’emploie alors à décortiquer la vie de la victime et à cerner les motivations du tueur.
Outre le poids de cette enquête difficile et tortueuse, Céleste s’angoisse à l’approche de sa seconde audition qui lui fera revivre son combat à mort contre le monstre qui la torturait.
De quoi raviver sa culpabilité dont on sait depuis Lacan que « Ce n’est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité » .

Déjà superbe, l’écriture de Céline de Roany s’est encore affinée, et ses personnages se sont largement étoffés. Céleste en particulier est bouleversante quand la culpabilité, la honte et l’angoisse effritent sa carapace de froideur et que s’esquisse alors, furtivement, une belle sensibilité toute en pudeur.
Je me réjouis déjà de suivre ailleurs ce personnage tourmenté, contrasté et d’une rectitude absolue.
Il faut saluer le sérieux du travail de l’auteure ainsi que son ouverture à ces variations de la féminité et de la maternité qui font la grandeur, et la misère, des femmes.

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour cette lecture

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Clarke, Susanna – Piranèse

Piranèse vit dans un immense Palais-Monde-Dieu dont les salles immenses s’ornent de statues de tailles variées. Il n’y rencontre qu’un seul homme, l’Autre, qui cherche le savoir alors que lui écoute les messages des statues, le chant des étoiles et les paroles des oiseaux puis veille tendrement les ossements des morts
L’étage inférieur appartient à l’océan et ses marées variables que Piranèse connaît comme l’on connaît les humeurs d’un dieu joueur.
Le Palais gratifie l’Autre de mets exquis et de vêtements neufs alors que Piranèse doit pêcher sa pitance, porte des guenilles et s’enchante quand l’Autre lui offre, rarement, un bol ou un carnet.
Car Piranèse tient scrupuleusement son journal et, en relisant d’anciennes notes, s’étonne d’y lire certains noms inconnus aux échos pourtant familiers, comme perçus depuis une vie antérieure

L’écriture poétique, lumineuse et envoûtante de ce livre nous transporte dans un univers que le regard de Piranèse sublime, car Piranèse est la grâce et l’innocence, il ignore ce qu’est le mal, s’émerveille de ce Palais en qui il voit le paradis et n’envisage la faim, le froid ou l’effort que comme de simples besoins qui n’affectent en rien sa joie ni sa gratitude
Inventif, d’une construction parfaite et d’une grande beauté littéraire, ce livre est un véritable coup de coeur

Giovanni Battista Piranesi dit Piranèse, né près de Trévise en 1720, est un graveur et un architecte italien 

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Charine, Marlène – Léonie

Léonie avait 19 ans quand elle fut séquestrée et violée par un homme qui malgré les chaînes et les verrous, veut croire qu’il l’aime, jusqu’à ce que, 6 ans plus tard, il meurre d’un arrêt cardiaque.
Loïc enquêtait comme policier sur la disparition de Léonie lorsqu’un terrible accident l’emprisonna dans une hémiplégie. Il sera veillé et encouragé par Diane, aide-vétérinaire pour des animaux en cage, qui l’a toujours protégé,
Le récit se poursuit en revenant sur les années de claustration de Léonie ainsi que sur celles de Loïc, dans une oscillation temporelle qui rend leurs émotions plus intenses et leurs réactions plausibles car si la cage est honnie, en sortir peut être effrayant et les mécanismes pour l’éviter nombreux et sophistiqués
Des corps déchiquetés retrouvés en forêt donneront ensuite lieu à une enquête peu intéressante et précipiteront des rencontres improbables, voire absurdes

La haine qui étouffe le haineux, l’amour qui étouffe l’aimé, la séquestration possessive, les limitations du corps blessé, et ces multiples, enfermements dont nous souffrons tout en nous y abritant, voilà bien un thème captivant développé de façon magistrale et avec cette belle écriture déjà appréciée auparavant chez l’auteure
Dommage qu’elle ait ensuite voulu poursuivre sur d’autres chemins,

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Alexandre, Carine – Je me souviens

Dans les années 1920, deux jumelles naissent dans une famille immensément fortunée.
Madeleine, celle qui se souvient, a tous les dons de la nature et entend en profiter alors que Marthe, sensible et généreuse, est plus fade et sera, quasi de force, mal mariée
La première commet le pire et s’enfuit dans un paradis, laissant ceux qui restent endurer l’opprobre ; la seconde ne se permet rien de crainte que les siens n’en subissent les retombées. La première se divertit et se voit partout adulée, la seconde ne rencontre pas même une amie et même ses enfants seront difficiles et exigeants. La première voyage et devient une célèbre photographe quand la seconde ne s’accordera aucun loisir

Telles les deux soeurs de Lazare citées dans les Evangiles, Madeleine prend la meilleure place et en sera louée alors que Marthe se dévoue et restera ignorée..
Une vie est-elle remarquable et l’autre médiocre selon qu’elle aura été choisie ou subie ? Ou sont-elles égales ? Sans doute, comme le suggère ce roman, la question se situe-t-elle bien ailleurs…
D’une très belle écriture travaillée en accord avec l’époque et le milieu, ce roman lasse néanmoins par le répétition des amours de Madeleine toujours fulgurantes et luxuriantes et cela à chacun de ses déplacements, où qu’elle apparaisse.
La fin, tellement juste et fine, m’a personnellement affligée

Je remercie chaleureusement l’auteure pour l’envoi de ce livre

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Philippart, Patrick – Au nom de Clara

Ce matin-là, quand Dimitri Boizot journaliste à « L’Actualité », entre dans son bureau, une femme lui téléphone lui annonçant qu’elle va commettre un meurtre ce soir. Qui sera suivi d’autres. Et qu’il sera toujours le premier à en être prévenu. Dimitri pense à un canular, mais la nuit, la même dame l’appelle, lui raconte où et comment elle a réalisé le meurtre annoncé « au nom de Clara » et elle veut qu’il en fasse la Une
Hélas, ordre express du substitut du procureur. Dimitri doit taire cette information, ce qui ne plaît ni à son rédacteur en chef furieux de rater une exclusivité, ni à la dame qui veut qu’on parle de ses crimes et mettra tout en oeuvre pour y parvenir

Que voilà une intrigue simple, mais redoutablement prenante du fait de ce lien entre la criminelle, véritable caméléon plein d’intelligence, et Dimitri, ce journaliste d’excellence tellement gentil
Si ce roman n’est pas le chef d’oeuvre du siècle, il faut lui reconnaître une belle cohérence et une dynamique captivante

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Ægisdóttir, Eva Björg – Les filles qui mentent

L’inspectrice Elma a intégré une petite équipe quand le corps d’une jeune femme, disparue sept mois auparavant, est découvert dans un champ de lave. On pensait que Marianna s’était suicidée, mais vu l’état du corps véritablement massacré, il s’agit bien d un meurtre. L’enquête doit donc reprendre à zéro, et d’abord revenir sur l’histoire de la victime, depuis son passé tragique, sa difficulté à être mère à 15 ans, sa solitude, ses incartades qui lui valurent le placement temporaire d’Hekla, sa fille, en famille d’accueil
En alternance, une jeune mère confie son rejet, son dégoût même envers son bébé, son amertume envers cette enfant qui la prive de sa liberté. Mais qui donc parle ici ? Marianna ou une autre mère ?

Par delà l’enquête, ce roman analyse les effets d’une maternité non voulue sur l’enfant, dont deux particulièrement : l’enfant peut aussi bien s’abriter derrière un détachement froid que s’établir dans un lien fusionnel maladif.
Ce roman avance au rythme de l’introspection, il nous offre ainsi le temps de comprendre les difficultés de ces mères trop jeunes, isolées et démunies. Enfin, il nous amène au constat que chaque mensonge coûte une vie.

Un grand merci aux éditions La Martinière et à Babelio pour cette lecture

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Conroy, Pat – Le prince des marées

Caroline du Sud. Tom, Luke et Savannah Wingo ont été élevés par un père pêcheur de crevettes alcoolique, violent et excentrique, et une mère égoïste dont la seule ambition est de s’élever socialement. C’est donc cette vie-là, parsemée de grandes joies mais aussi de tragédies et d’horreurs indicibles, que Tom va raconter à la psychiatre Susan Lowenstein qui le lui demande car elle veut comprendre et sauver Savannah, mutique et prostrée après une énième tentative de suicide

Tom a étouffé les douleurs de son enfance sous une épaisse couche d’ironie et de froideur émotionnelle ; Savannah revit ses terreurs enfantines au travers d’hallucinations insupportables, autrement elle écrit des poèmes sublimes qui magnifient sa passion et sa douleur ; Luke enfin, l’aîné, est le porteur de la force, du courage et de la rébellion au nom de valeurs supérieures

L’écriture somptueuse et poétique,
L’intelligence des propos et de l’histoire,
L’intensité des émotions, vagues puissantes qui emportent tout, nous y compris, sur leur passage
Et la profondeur des personnages, aussi irritants qu’attachants, font de ce livre un chef d’oeuvre exceptionnel

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Nordbo, Mads Peder – La fille sans peau

Un terrible accident a laissé Matthew veuf de sa femme enceinte d’une petite Emily, aussi, inconsolable, quitte-t-il le Danemark pour Nuuk au Groenland.
C’est donc lui que son journal envoie auprès de ce viking momifié qu’une faille a dégagé. Hélas, le lendemain, toutes ses photos ont disparu, la momie s’est envolée et le policier de garde est mort, éventré et éviscéré.
Or, dans les années 70, des meurtres similaires, jamais résolus, avaient été pratiqués sur des hommes soupçonnés d’abus sexuels envers leurs petites filles. Aidé par Tupaarnaq, une jeune femme révoltée par les nombreux abus d’enfants dans la région, Matthew va reprendre cette enquête qu’un policier avait été sur le point de résoudre jadis avant de disparaître mystérieusement

On peut déplorer que l’intrigue de ce roman soit fort simple, cependant il y a là de superbes peintures de ces paysages grandioses tout de pierre et de glace et d’autres, fort noires, de ces hommes violents et corrompus pour qui les femmes sont des servantes, les fillettes des objets sexuels et leurs ennemis pareils aux phoques qu’ils éventrent et dépiautent.
Toute cette violence s’inscrit néanmoins sur un fond de désolation, de tristesse et de solitude et c’est ce contraste là qui, dans ce livre, émeut et retient

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Camut, Jérôme & Hug, Nathalie -Nos âmes au diable

En vacances avec son père sur l’île d’Oléron, sa mère étant retenue à Paris pour son travail, Sixtine, 10 ans, disparaît.
Après de nombreuses fouilles, la police interpelle un violeur connu pour lester ensuite les corps des fillettes à la mer.
L
es parents de Sixtine, Jeanne et Richard s’entr’accusent, se séparent. Jeanne abandonne son travail désormais vide de sens, quitte sa maison, vit en colocation avec deux potes au grand coeur, mais elle ne peut faire son deuil de sa fille dont le corps n’a pas été retrouvé.
Au cours des années Jeanne évolue, abandonne nombre de ses préjugés, établit de solides amitiés et survit à la faveur de l’espoir fou mais invincible de retrouver sa fil
Jusqu’au jour où la police l’appelle
Commence alors le véritable enfer

Il y a ce magnifique portrait de femme et de mère qui dans les enfers (et il y en a bien autant que chez Dante) qu’elle aura à traverser, assumera, même déchirée de toutes parts, ce que sa responsabilité et son intégrité lui intiment d’accomplir
Il y a l’immense talent des auteurs et leur magistrale mise sous projecteur d’un problème récurrent, celui de l’innéité du mal ou de son acquisition, question sans doute mal posée, puisque nous avons tous une disposition au mal que nous choisissons de développer ou non, à la faveur ou en résistance à l’entourage

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Desforges Saffina – Paraphilia

Le corps de Rebecca, une petite fille abusée et tuée, suivi des corps de deux autres fillettes pareillement violentées alarme la police, mais le prédateur est habile, aussi, à défaut de pistes, deux policiers se saisissent d’un ancien pédophile qui servira de bouc émissaire tant à ces policiers bourreaux qu’à cette part de population qui aime tant hurler avec les loups.
Dans ce climat médiatique d’alerte, Greg Randall, un père sujet à des fantasmes pédophiles se met à s’en horrifier et va donc se faire soigner dans une clinique spécialisée aux méthodes fort douteuses.
Pendant ce temps, un journaliste, père de Rebecca, aidé d’ une étudiante profileuse surdouée et d’un jeune crack d’informatique mène une enquête parallèle à celle de la police qui s’égare dans de fausses pistes.

Malgré une écriture quelconque, ce roman démontrer avec beaucoup d’intelligence que les pédophiles ne forment pas un pack homogène : entre l’abuseur abject et l’homme sujet à des fantasmes dont la non réalisation est essentielle, il y a l’ancien pédophile attoucheur que la mère de Rebecca tentera de comprendre au cours de dialogues bouleversants
Et ce roman questionne : l’hyper médiatisation indignée/captivée  de la pédophilie ne risque-t-elle pas de stimuler ces penchants en latence chez certains? Et ne risque-t-elle pas d’amener la société à voir la pédophilie partout, interdisant dés lors aux hommes ces gestes naturels de tendresse envers les enfants ?

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Sigurdardottir, Lilja – Froid comme l’enfer

Aurora et Isafold sont islandaises par leur père, anglaises par leur mère. Les soeurs sont en froid depuis qu’Isafold, battue par son islandais de Björn, a plusieurs fois fait venir sa soeur d’Angleterre pour l’aider à fuir avant de finalement revenir chez son bourreau.
Un soir, Aurore reçoit un appel affolé de sa mère : depuis 15 jours, Isafold ne donne plus signe de vie. De mauvais gré, Aurora part en Islande rechercher sa soeur. Mais personne ne sait où elle est.
Aux étages voisins d’Isafold et Björn vivent un homme obsédé par les poils et par ce couple bruyant, et une femme âgée qui héberge un clandestin recherché par la police

Lilja Sigeurdardottir, connue pour écrire des romans policiers, nous offre donc un semblant d’enquête menée par la soeur de la disparue, soeur d’ailleurs plus occupée à coincer un escror financier qu’à interroger les proches très fermés d’Isafold. On dirait que l’auteure désire sortir de la zone polar et se diriger vers le roman pur, si bien que la recherche d’Isafold tombe à l’eau tandis que les états d’âme d’Aurore et des voisins de la disparue occupent l’avant-plan.
Ce fut donc, à tous égards, un roman mitigé

Merci à NetGalley et aux Editions Métaillé pour cette lecture

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Schepp, Emelie – Marquée à vie

Dans un container scellé, des émigrés étouffent en attendant d’aborder sur une terre d’accueil. Hélas, à leur sortie, c’est la mort qui les attend cependant que les enfants sont emmenés de force pour être dressés à devenir des bêtes à tuer
C’est le meurtre d’un haut fonctionnaire de l’immigration et des traces de pas d’enfant qui initient l’enquête dirigée par la jeune procureure Jana Berzelius, réputée insensible et glaciale, assistée d’une équipe aussi investie dans son travail que réticente dans ses autres engagements
Peu après un enfant est retrouvé mort, l’arme du crime à portée de main n’ayant pour seule identité qu’un nom de dieu gravé sur sa nuque. Or la procureure porte, et cache, également un nom de divinité marqué sur sa nuque

Ce livre se distingue par son style plutôt maladroit – à moins qu’il ne s’agisse d’un problème de traduction – par son originalité, sa construction intéressante, et surtout par la figure centrale de cette procureure à la fois froide et souffrant de l’être (et donc résolument différente de Salander à laquelle on la compare injustement), personnage riche et complexe qui éclipse l’équipe polic!ère empêtrée dans des considérations d’égos.
Un livre agréable à écouter et fort bien lu par Nicolas Justamon  

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Laipsker, Alexis – Les poupées

Le commissaire Venturi est en butte avec la police des polices, malgré cela, le procureur, qui l’estime, le demande pour une affaire hors normes : Six corps d ‘hommes rendus lisses comme des mannequins sont disposés dans une chapelle désaffectée. Venturi accepte mais demande l’aide d’un psychologue du comportement criminel. Ce dernier est la jeune Olivia Montalbert dont l’esprit vif et affûté vient vite à bout des préjugés du commissaire. Elle réfléchit quand Venturi s’agite, consulte les membres de l’équipe quand Venturi les houspille, cherche un sens à ces crimes quand Venturi cherche l’action.
Plus au sud, une voyante rouée s’est installée dans un lieu reculé où elle se sent enfin à l’abri de l’homme qui la harcelait, mais bientôt des visions, des impressions étranges, des odeurs inquiétantes s’immiscent dans son intérieur

Bien que l’auteur ait une tendance à rendre ses personnages univoques et que la lumière ne soit pas faite sur tous les éléments de l’intrigue, il faut admirer le formidable personnage de la voyante, le parfait dosage d’étonnements, de recherches et d’actions dans ce roman qui ravira les amateurs de suspense haletant et de crimes bien glauques 

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Gain, Patrice – De silence et de loup

Suite au décès de sa fille Zora âgée de six ans, et au suicide de sa compagne, Anna accepte d’accompagner, en tant que journaliste bénévole, une équipe de scientifiques chargée d’étudier les risques liés à la fonte du pergélisol au nord de la Sibérie. Le grand atout d’Anna étant qu’elle parle couramment le russe.
Sacha, le frère d’Anna, s’est, quant à lui, retiré dans le sombre monastère des chartreux, espérant y rencontrer la paix et l’oubli.
Lors d’une promenade hors de l’enceinte du monastère, une dame lui remet un colis dans lequel Sasha découvre le journal de sa soeur. Elle y dit les tempêtes effroyables , le froid meurtrier, la violence des éléments et des hommes, les pièges de la banquise mais aussi ceux de la corruption et de la trahison, toutes souffrances au miroir desquelles Anna distinguera une vérité qu’elle se refusait à voir auparavant
L’immense peine qu’Anne fuyait en quittant la France pour la pays de la blancheur,, voilà qu’elle la retrouve, transformée, éclairée par la pureté des lieux, avec toujours cet homme prédateur de la femme et de la terre, toutes deux liées dans une même acceptation jusqu’à la révolte qui vous explose au visage, telles ces poches de gaz de méthane tapies sous la banquise, ou tel ce carnet d’Anna envoyé au frère
Un roman superbe et qui plonge dans l’essentiel, là où l’être privé de tout, raclé jusqu’ l’os, reste seul dans la lumière de la dure vérité

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Cohen, Sandrine – Rosine, une criminelle ordinaire

Quand son compagnon lui annonce vouloir la quitter, Rosine, qui donnait le bain à ses deux petites filles de 4 et 6 ans, entre dans une sorte d’absence à elle-même et noie ses deux enfants. Puis la conscience lui revient et Rosine hurle sa douleur et réclame la plus lourde peine
Que s’est-il passé pour que cette mère profondément aimante ait agi contre ses sentiments? Alors que le procureur général et le public se déchaînent contre elle, Clélia Rivoire, enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux, veut découvrir les raisons profondes d’ un tel acte. Douée d’une belle intuition , elle est pourtant rejetée par le milieu judiciaire en raison de son impulsivité et de sonp manque de concessions. Seul Isaac son mentor reconnaît ses dons tout en lui imposant certaines limites
Célia va, à coups de boutoir et d’intuition géniale, permettre à Rosine de déterrer la vérité de son passé, une vérité dont la monstruosité dépasse le pensable

Clélia confère à ce roman psychologique une tension et une vivacité qui lui sont propres, c’est donc elle qui prend la place centrale (parfois au détriment de Rosine), elle qui refuse de se rallier au tumulte de la condamnation facile pour entendre le cri de Rosine, son désespoir, et sa souffrance
Bien que le procès et surtout la plaidoirie en faveur de Rosine soit d’une pauvreté consternante, ce livre nous rappelle qu’une vraie justice se doit de connaître l’homme bien plutôt que de reposer sur les pré-jugés et les lois

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Abbott, Rachel – Juste derrière toi

Ash et Jo forment avec leur petite Millie de 7 ans une famille heureuse à laquelle le frère et la soeur d’Ash s’adjoignent fréquemment
Un soir deux policiers frappent à leur porte en emportent Ash accusé d’actes de pédophilie et de violences sur enfants. Suit une autre équipe chargée d’interroger Millie dans un centre spécialisé. Restée seule, complètement sidérée, Jo s’interroge et s’angoisse. Quelques heures plus tard, toujours sans nouvelles, Jo téléphone au commissariat mais là personne n’a eu vent de l’arrestation d’Ash ni d’une prise en charge de Millie
Manifestement le père et l’enfant ont été enlevés, mais par qui? Et pourquoi?
Aussitôt l’équipe de Tom Douglas se mobilise et s’ingénie à couvrir toutes les pistes possibles, des plus usuelles aux plus sophistiquées, mais nul ne peut imaginer le piège diabolique dans lequel Jo, Ash et Millie vont être pris

Sans doute le Rachel Abbott le plus abouti, celui dont la fin est aussi machiavélique que le corps de son intrigue, celui où l’on reste suspendu, haletant, échafaudant divers scénarios de conserve avec les enquêteurs, questionnant les mensonges et les secrets de ceux-là même qui ont le plus à coeur d’atteindre la vérité, ne sachant bientôt plus à qui nous fier et plongés, de ce fait même, au coeur d’un suspense envoûtant comme on les aime (pour autant que nous ne soyons pas trop sourcilleux sur certains points de logique)

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Leclerc Nicolas – La bête en cage

Samuel est un éleveur bovin travailleur mais que l’incendie de son étable a mis sur la paille. Son oncle l’ai bien aidé mais en contrepartie il se doit d’accepter un changement de cocaïne que l’oncle, maire de la bourgade, et son fils, livreront ensuite pour un réseau kosovar. Or cette fois-ci la cargaison n’arrive pas. Inquiets, Samuel et son oncle cherchent et trouvent la voiture du cousin livreur au fond d’un ravin. Le jeune homme est décédé et la drogue a disparu
Dans cette région montagneuse où la plupart des habitants tirent le diable par la queue, la perspective de mettre la main sur cette drogue; car oui, les secrets s’éventent vite quand on vit dans une petite bourgade, presque entre soi; va réveiller la laideur des uns, et le courage de quelques autres.

L’auteur nous offre ici un roman constitué surtout d’actions, au détriment d’autres possibilités que l’auteur possède mais ne déploie que parcimonieusement
Ainsi, alors même que le début annonçait un certain travail psychologique, on passe la majeure partie du texte dans une cadence (de style cowboys et indiens) de plus en plus effrénée jusqu’au calme final d’après la tempête.
J’attends donc le prochain opus avec bon espoir

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Saada, Delphine – Celle qui criait au loup

Albane est infirmière, elle vit avec son mari et ses deux enfants, Emma six ans et Arthur trois ans
Albane est une infirmière parfaite mais impénétrable, pourtant derrière cette rigidité se cache une douleur perceptible, criante même pour l’une de ses collègues qu’Albane ne peut que rejeter comme elle rejette tout ce qui pourrait entamer sa carapace protectrice
Hors de son travail aussi tout est contrôlé et va sans heurts jusqu’à ce qu’Emma atteigne ses 6ans et qu’Albane, ne supportant plus le caractère expansif de sa fille, se mette à la punir durement et même à la rejeter ouvertement
Un jour Albane va trop loin et son mari l’oblige à consulter un psy. Ce dernier, jeune et sans expériences encore, l’amène au pas de charge au coeur de cet Insupportable dessiné en pointillés tout au long du roman comme autant d’appels furtifs à nos coeurs adressés
Il y a des êtres qui crient désespérément au loup et ne sont jamais entendus, alors ils crient avec leurs corps, avec leurs symptômes, tandis que le loup lentement, impitoyablement, les dévore


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Rigbey, Liz – L’été assassin

Suite au décès de son bébé, Lucy a quitté sa Californie natale et tous ceux qu’elle y aime pour aller vivre à New York, seule, et se tuer au travail dans une banque.
Trois ans plus tard elle reçoit un appel de sa soeur Jane: son père vient de mourir. Suicide dit Jane, assassinat pensent les policiers sur place 
Lucy rentre au plus vite et demande de pouvoir loger chez ses tantes russes, les soeurs de sa mère. Ces femmes pleines de chaleur et de bonté l’incitent à aller voir sa mère internée après la mort de son dernier-né et sa bascule dans la démence. Et ce fut alors Jane qui se chargea de Lucy, Jane la responsable, aujourd’hui devenue médecin
Entre-temps la police observe, se promène, parle à chacun, sans alerte comme si elle se contentait de vérifier une hypothèse ou d’en attendre les preuves

Lucy, la narratrice s’est toujours sentie coupable, de la folie de sa mère, de la mort de son bébé, des malheurs qui l’entourent, mais de quelle histoire, de quel mythe tire-t-elle donc ce fardeau ?
L’intrigue se déroule lentement, au gré des paysages, des souvenirs et de ce lent travail de dessillement qui mène à la vérité
L’écriture est belle, l’atmosphère vogue entre regret, tristesse et une angoisse qui s’infiltre avec subtilité. Et le final nous plonge dans un questionnement sans fin.
Un livre discret mais dont les silences se sont accordés aux miens

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Rivault, Alexandra – Collisions

Rose-Marie, mère de trois enfants proches de l’envol, vit à côté d’un mari qui la dévalorise et la méprise au point qu’elle est devenue incapable d’initiative. Aziz est un petit trafiquant à la suite de son frère emprisonné. Nick est devenu tueur à gages afin d’amasser l’argent qui, pense-t-il, lui fera, reconquérir son amour de jeunesse
Un soir, Rose-Marie prend la voiture de son fils Maxime pour le ramener d’unel soirée quand, sur un chemin de campagne peu éclairé, elle a un accident, première collision qui précipitera toutes les autres

Ces trois vies si différentes vont toutes converger autour du personnage de Maxime, cet adolescent quelconque qui, sans le savoir, fera surgir le pire de ces trois êtres, comme s’il était, malgré lui, leur trou noir
Cette convergence intéressante est néanmoins desservie par des personnages sans grand relief, assez stéréotypés, par quelques réactions improbables, quelques scènes rocambolesques et par une écriture honnête mais peu remarquable

Un très grand merci à Mathilde des Éditions de la Rémanence pour cette lecture

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Hjorth & Rosenfeldt – Justice divine

La police d’Upsalla, confrontée à un violeur en série, demande du renfort à Stockholm, ce qui contraint les premiers à travailler avec Sébastien Bergman, ce profiler odieux, égoïste, et coureur dont ils s’étaient récemment débarrassés. Sa fille Vanja surtout le voit venir avec colère parce qu’après l’avoir abandonnée, il l’a retrouvée et s’est empressé de saccager sa famille adoptive
Les policiers suspectent un lien entre ces femmes, un lien qu’elles nient et qu’ils vont s’acharner à établir au cours d’une enquête difficile, d’autant plus que chacun d’eux souffre, se tourmente, craint ou se dérègle dans sa vie personnelle. Souvenirs et déchirements personnels vont, dans ce tome, prendre une grande place et conférer à ce roman riche et passionnant une dimension psychologique forte et douloureuse
Les thèmes de l’avortement, de la trahison et de la pulsion qui, comme l’addiction, ne se maîtrise pas sans un désir de changer et une recherche d’aide, sont au coeur de ce livre
Ce tome 6 peut être lu indépendamment des autres, les allusions au passé des personnages sont suffisamment claires pour nous imaginer être dans un premier tome

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Carrisi, Donato – Je suis l’abysse

– Il y a l’homme qui nettoie, jadis enfant humilié, broyé, torturé, aujourd’hui adulte solitaire et sans joie, aussi démuni qu’un enfant et toujours en proie à la même instance cruelle
Il fouille les poubelles de femmes isolées, seule intimité qu’il s’accorde avec elles, avant que que la cruauté ne se saisisse de lui, et d’elles
– Il y a la fille à la mèche violette dont les riches parents n’ont pas le temps et qui, engluée dans un chantage cruel, veut se noyer mais l’homme qui nettoie la sauve avant de s’enfuir dès l’apparition des secours.
– Il y a la chasseuse de mouches, mère aimante et meurtrie, femme de douleur, elle défend les femmes battues et enquête sur cet homme étrange qui s’enfuit après avoir agit en héros

Ce roman bouleversant est une réflexion sensible sur l’origine du mal qui se trouve rarement dans les duretés de la vie et de l’entourage, mais réside en nous en puissance: c’est le Mal absolu auquel nous sommes libres de donner corps ou non et en acte: ce sont ces mauvaisetés qui vivent en nous comme des innéités et que nous combattons sans cesse à moins que nous y cédions sans cesse.
Parfois il arrive qu’un enfant naisse en enfer, là où ce qui devait être en puissance est déjà en acte sans qu’il n’ait été choisi, là donc où le combat est monstrueux, abyssal
Jamais un auteur ne m’a donné d’éprouver une telle compassion pour un tueur en série

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Ruiz Martin, David – Seule la haine

Elliot, 14 ans, pénètre dans le cabinet du psychanalyste et, sous la contrainte d’un fusil, l’oblige à se menotter et surtout à l’écouter. Car Elliot ne comprend ni n’accepte le suicide de son frère adoré. Submergé par la colère, le tourment, le remords de n’avoir rien compris, rien empêché, il défoule sa haine sur le psychanalyste qui a reçu son frère à quelques reprises et aurait donc dû empêcher ce suicide
Elliot, cet enfant surdoué qui en connaît trop sur le Mal à l’oeuvre dans le monde, va forcer le psychanalyste à écouter ce que deux jeunes, proches de son frère, perpétraient comme horreurs,. Un récit insoutenable, propre à rendre fou

La parole est au coeur de ce huis-clos, mais Elliot l’utilise et la rabaisse à n’être qu’une parole-image, une parole qui comme l’image, saisit au col, entraîne et contraint, abolissant ce recul propre au discours
Une parole devenue arme de destruction
Un roman machiavélique, redoutablement intelligent mais dont hélas, la fin s’étire et s’épuise telle un ballon qui se dégonfle

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Bilan 2021

MES 5 TOPS 2021

« Solak » Caroline Hinault
Une écriture fabuleuse et une histoire étonnante dans le silence du grand Nord
« Le beau mystère » Louise Penny
Pour qui aime le chant grégorien , ce policier est un enchantement
« Les beaux mensonges» Céline de Roany
Intelligent, sensible et subtil, magnifiquement écrit et avec ce supplément d’âme qui en fait une oeuvre d’exception
« Sauvez-moi » Marie Berger
L’originalité du thème, la beauté de l’écriture et la finesse des personnages m’ont vraiment subjuguée. Devrait être davantage connu
« Je suis l’abysse » Donato Carrisi
Bouleversante réflexion sur le Mal, son vécu, son origine, sa responsabilité. Á fendre le coeur

MES 5 FLOPS 2021

« De chair et d’os » Dolorès Redondo
Quand de nombreuses croyances locales conduisent l’intrigue cette dernière part dans tous les sens
« Némesis » Xavier Massé
Des personnages désagréables et une intrigue au dénouement abracadabrant
« Les yeux d’Iris » Magali Collet
Une panoplie de personnages plus qu’antipathiques aux comportements absurdes, illogiques et excessifs
« Le Prédicateur » de Camilla Lackberg
Pauvre écriture pour un sujet sans surprise. J’ai soupiré en attendant d’en avoir fini
« Le cadeau » Sébastien Fitzek
Il m’est difficile d’aimer un livre auquel je ne comprends rien

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