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Renand, Antoine – S’adapter ou mourir

Ambre,17 ans, ne supporte plus sa mère et fugue avec son compagnon. Ils sont invités à faire halte chez Baptiste avec qui Ambre a longuement discute en ligne. Mais Baptiste est en réalité un psychopathe qui a prévu d’emprisonner Ambre pour en faire son esclave.Arthur, 40 ans, sans ressources après deux films ignorés et une récente séparation, accepte un travail de modérateur au sein d’un réseau social. Il doit regarder, effacer et signaler – sans que cela donne lieu à une suite – des vidéos d’une terrible violence. Ce mitraillage d’horreurs éveillera Arthur à sa propre noirceur et c’est en exerçant, avec ses trois amis, la violence envers les violents qu’il reprend goût à la vie
Avec un courage inouï pour son jeune âge, Ambre endure les viols et l’asservissement quotidien sans jamais y consentir, Et c’est dans l’amour qu’elle puise, au fil des ans, la force de tenir bon et l’inaltérable détermination à fuir

Ambre est l’image inversée d’Arthur. Tandis qu’elle veut fuir l’obscurité pour enfin vivre, Arthur ne se sent vivre qu’en elle. Tandis qu’ Ambre préserve sa douceur, sa droiture et sa capacité à aimer au coeur même de l’esclavage monstrueux qu’elle subit, Arthur, par sa fonction, découvre sa propre violence qu’il choisit contre l’amour, et pour la jouissance.
Ce livre reformule une question fondamentale: comment lutter contre la violence qui s’affiche partout comme une fierté? Faut-il la combattre en rajoutant la sienne à celle qui déjà règne? La refuser en dressant un mur de non-violence face à elle? Y a–t-il une autre voie?
Un roman qui prête à discussions, bien écrit et bien construit, psychologiquement parfait,

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Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

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Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

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Dillard, François-Xavier – L’enfant dormira bientôt

Lorsque Michel Béjart avise les corps de deux nourrissons dans sa cave, il s’en prend violemment à Valérie, sa femme qui s’enfuit avec leur fils de 5ans, Hadrien. Et c’est l’accident !. Le garçon s’en sort avec les jambes brûlées, la mère gravement blessée. Après un passage à l’hôpital, Valérie est emprisonnée sur simple dénonciation de son mari (sans expertise psychiatrique ni mise en cause du mari !!!)
Si petit qu’il soit Hadrien a compris que son père a voulu détruire sa femme. Il cultive dès lors une haine féroce , démente, envers lui.
Pour se blanchir la conscience, Michel crée une fondation pour l’adoption. Or, quand deux nourrissons sont enlevés dans deux maternités différentes, la commissaire Jeanne Muller chargée de l’affaire remarque que les deux couples sont passés par cette fondation
En plus de cette enquête, Jeanne veille sur la jeune Samia .qu’elle a arraché au milieu de la prostitution pour la confier à un couple en deuil d’une enfant

D’une écriture simple, assujettie à l’action, ce livre est un roman de haine, celle des hommes, monstrueuse, irrépressible, et dirait-on même, constitutive de leur masculinité
Un roman de courage aussi, celui des femmes blessées, rendues folles, dévastées par la vie et les hommes
Un récit manichéen donc, caricatural même, sans nuances, sans pitié, sans justice

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de Roany, Céline – Les beaux mensonges

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où un étrange testament sème la confusion et où les mensonges ne sont beaux que de protéger les belles réputations

Superbement écrit et construit, ce livre frappe par son sérieux, son humanisme et sa tristesse en bruit de fond.
L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
– Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent aussi bien la bonté des femmes que les plus vils instincts des hommes
– Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

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Perks, Heidi – Evergreen Island

Stella a onze ans quand sa famille quitte précipitamment Evergreen Island en pleine tempête, arrachant l’enfant à son paradis,.
Adulte, Stella se sent en devoir de veiller sur sa soeur aînée, une femme blessée et amère, et se désole d’avoir perdu toute trace de son frère, ce garçon sensible qui fuyait les rapports sociaux
On comprend que Stella soit devenue thérapeute familiale quand on la voit ainsi hantée par son passé et les questions enfouies le concernant, questions qui resurgiront le jour où un corps est découvert, enfoui à l’orée de leur ancienne demeure
La jeune femme décide alors de revenir sur l’île afin d’éclaircir son passé en cherchant s’il y a un lien entre cette mort et leur départ précipité
Mais ce lien semble inextricable puisqu’emmêlé à bien d’autres

Le gros défaut de ce livre, à mon sens, est qu’une bonne partie de l’intrigue repose sur les réactions irrationnelles ou disproportionnées des personnages et sur leur confusion entre le mal moral et le mal légal, ce qui est bien dommage étant donné la qualité d’écriture et la finesse psychologique de l’auteure
Stella est une personne forte et fragile, douce et déterminée, elle se montre infiniment compatissante envers les autres, aussi pénibles soient-ils, toutefois son attachement au seul passé est déroutant, et parfois exaspérant

Merci aux Editions Préludes et Net Galley pour ce livre

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Tuomainen, Antti – Au fin fond de la petite Sibérie

Au nord de la Finlande, un pilote de rallye fonce sur les routes enneigées quand soudain un choc effroyable se produit et une météorite atterrit sur le siège passager..
Le précieux objet est temporairement exposé au musée du village sous la surveillance d’honnêtes bénévoles, mais qui est honnête face au million que représente la pierre, qui sinon Joel le pasteur, ancien militaire qu’une explosion a rendu stérile. Et comme sa femme vient de lui annoncer sa grossesse, Joel, rongé par la jalousie, préfère la fuir en assurant chaque nuit la garde de l’objet.
Il va devoir affronter seul des mafieux russes, des voleurs déterminés, des villageois rendus fous par les promesses contenues dans ce million. Tant d’adversaires suscitent forcément des scènes rocambolesques et l’on voit par exemple le pasteur blessé au poumon qui engage une course poursuite sur un motoneige tout en consultant son GPS.
Parmi tant d’extravagances, il y a cependant quelques moments de grâce et de lumière

Merci à Fleuve éditions et à NetGalle pour cette lecture

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Hawkins, Paula – Celle qui brûle

Un jeune homme installé depuis peu à bord d’une péniche, est sauvagement poignardé.Trois femmes pourraient avoir commis ce crime. Trois femmes profondément meurtries dans leur chair et leur âme, trahies au plus intime. Trois femmes terriblement fragiles et tellement fortes: La tante de la victime, Carla, Miriam, sa voisine dont le manuscrit a été volé par le mari de Carla pour produire un best-seller – quelques extraits entrecoupent d’ailleurs l’intrigue – et enfin Laura, celle avec qui l’homme avait passé sa dernière nuit.
L’inspecteur Barker et sa collègue tâtonnent tout au long de cette enquête où l’absence de preuves matérielles et la complexité psychologique des personnages ne leur permettront pas de résoudre l’affaire sans aide

Quand la trahison suprême ou la tragédie surgit dans une vie on peut choisir de refuser désormais la vie et ses opportunités au profit du seul horizon de la rancune, de l’amertume et même de la vengeance, mais on peut aussi, quand une main est tendue, choisir de reprendre doucement vie après une période de deuil,
Roman éminemment intime, il adopte le cours des nos pensées, passant d’une époque à l’autre, d’un souvenir à l’autre, donnant ainsi à chaque personnage son épaisseur, dévoilant ainsi le pourquoi de ses actions et de ses passions
Comme dans son premier roman, Paule Hawkins déploie une grande tendresse et une immense compassion envers ses personnages en proie à la solitude de leurs déchirements et de leurs obscurités
(VO : A slow fire burning)

Merci aux éditions Sonatine et à NetGalley pour cette lecture

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Nieto, Patrick – Etat de légitime violence

Nadia Benhabib, nouvelle secrétaire à l’industrie Lacombe, est priée de rester plus tard un soir et se fait violer par son patron. Dévastée, elle hésite pourtant à porter plainte car quelle chance a-t-elle de la voir honorée quand les employés préfèrent se taire et que de nombreux policiers font copain-copain avec le patron prodigue?
Seul le capitaine Malavoy, récemment arrivé de Paris après qu’un drame l’a brisé, prend la déposition de la jeune femme à coeur et veut à tout prix établir la vérité .
Nadia vit seule avec son jeune fils, elle s’est toujours battue pour vivre sans aides ni assistances, et se retrouve à présent sans emploi. Sans compter le choc, la honte de n’avoir pu empêcher l’horreur, le dégoût de soi, la colère vaine, le renfermement progressif, la peur constante d’être agressée
Quelques temps plus tard, un meurtre a lieu 

La première partie de ce roman montre que le viol détruit les femmes au plus intime et montre également le courage qu’il leur faut pour déposer plainte, un courage puisé dans l’outrage personnel et dans le désir de protéger les victimes à venir.
La seconde partie, qui débute avec le meurtre, va conduire Malavoy et son adjointe, plus intuitifs et probes que leurs collègues, à travers fausses preuves, mensonges et rebondissements, dans une enquête policière plus classique
Un livre qui attire l’attention sur l’abomination qu’est le viol et les multiples freins à ce qu’une véritable justice soit rendue

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L’Heuillet, Hélène – Tu haïras ton prochain comme toi-même

Voici quelques réflexions, parcellaires comme toujours, de et à partir de ce livre


Le nazisme, les nationalismes et l’islamisme radical ont pour fondement la haine et pour but la pureté de la race. Toutes combattent donc pour du biologique et non pour du symbolique. Toutes visent à l’Un, à la fusion sans tiers ni altérité qui entachent la pureté
La haine hait donc toujours l’autre (on devrait l’appeler allophobie plutôt que racisme)
Mais l’altérité est irrépressible. La visée de pureté doit tout détruire; quand l’autre est inatteignable, ce seront les mêmes qui seront visés dans la haine de leurs petites différences. Le besoin de pureté atteignant sa perfection dans le suicide, soit l’élimination de l’autre en soi . D’où la formule « Tu haïras ton prochain comme toi-même »,
Le but de toute guerre en vue d’une pureté nationale, religieuse ou autre n’est pas la victoire mais une destruction sans fin, elle est, en effet, alimentée par la pulsion de mort à l’état pur, dénuée de son pendant qu’est la pulsion de vie, elle s’attache donc également à encourager le déchaînement des pulsions les plus basses et les plus répugnantes, toutes pulsions émanant de Thanatos

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Molloy, Aimée – Bonne nuit mon ange

Un jeune couple, Sam Statler et Annie Potter, vient habiter dans le village natal de Sam, là où sa mère, cette femme qui lui a tout donné après que son mari l’a quittée, a été placée. Très amoureux, le couple joue à se séduire et de re-séduire grâce à des jeux de rôles surprenants et au final assez drôles
Sam est psychothérapeute et se voit presqu’offrir un bureau au sous-sol d’une splendide maison victorienne, cabinet qu’il meuble somptueusement, fort de l’argent que sa mère lui a assuré bientôt recevoir de son père. Néanmoins il y a un hic: Juste au dessus du bureau de consultation, une conduite d’aération permet à une une oreille curieuse d’entendre tout ce qui se dit lors des échanges thérapeutiques.
Et puis un jour d’orage, Sam quitte son bureau pour se rendre à un rendez-vous et disparaît. Accident, fuite, enlèvement? L’enquête est lancée

L’auteure se joue de nous, nous déroute et nous surprend avec ses tours de passe-passe ses semi-vérités et ses faux-semblants, reflets ou rappels de ces jeux de séduction auxquels se livre le couple Sam-Annie
La seconde partie du roman, celle qui débute lorsque le psychologue disparaît, est nettement moins captivante et devient même franchement ennuyeuse
Bref un livre facile et agréable à lire mais que j’ai été contente d’avoir terminé en vitesse
(Titre original : Goodnight beautiful)

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Berger, Marie – « Sauvez-moi »

15 janvier 2020, le virus covid19 fait son entrée en France. Lors d’une soirée à l’ Elysée, la femme d’un attaché au ministère des droits des femmes, passe secrètement un mot écrit sur un morceau de papier toilette, un mot qui dit « sauvez-moi ». Interpellée, la réceptrice transmet le mot à qui de droit jusqu’à Pierre, un policier de grande confiance, qui est chargé de rassembler une équipe non officielle pour évaluer si danger réel il y a et d’où il provient
Pierre va, d’amis en amis, réunir quelques êtres profondément blessés par la vie et qui, tous, aspirent à réparer ce qui n’a pu l’être dans leur passé. Parmi eux Justin un ancien policier et Justice son épouse synergologue, Mila la psychologue, Raphaël le hackeur et Charlie le bi-genre
Le groupe qui s’est baptisé Horus, dissèque les vidéos publiques du couple, il suit leurs déplacements, les met sur écoute téléphonique etc.
15 mars 2020, le confinement est annoncé et le groupe des 5, hormis Pierre que le cancer ronge, décide de s’installer tous ensemble dans le vaste appartement situé sous celui du couple en question, un avantage dû au prestige de la personne anonyme qui a missionné le groupe

Les personnages composant l’équipe de sauvetage ont affiné leur sensibilité et enrichi leur complexité au feu des souffrances passées, et cette alliance des sensibilités crée une véritable tendresse entre eux.
On s’étonne qu’il s’agisse d’un premier roman tant l ‘écriture, très aboutie, reflète une belle maturité et si le thème de cette intrigue est très fréquenté, il apparaît ici comme totalement renouvelé du fait de cette enquête secrètement menée et de son impact sur chaque membre du groupe
Au final je recommande vivement ce roman intense, profond et passionnant

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Hauuy, Vincent – Le tricycle rouge

Il a fallu cinq ans au profileur Noah Wallace pour émerger du terrible crash avec le tueur qu’il pourchassait, accident dans lequel il a perdu femme et mémoire et qui lui a laissé des terribles douleurs, des trous de conscience et des visions à la vérité indécidable
Dès le retour en fonction de Noah, le tueur-bourreau, pourtant déclaré mort dans l’accident, se remet à ses crimes monstrueux  Il mutile ses victimes et les dispose en tableaux qui sont autant d’énigmes adressées à Noah afin de ranimer ses souvenirs d’enfance, une enfance que l’on devine atroce et donc profondément enfouie
Par ailleurs Sophie Lavallée, une journaliste investiguant sur les personnes disparues est sur la piste d’une fillette évaporée il y a 20 ans, mais tous ceux qui l’aident dans cette entreprise meurent brutalement

Pour le fond, ce livre montre à quelles monstruosités peuvent se livrer les hommes d’argent et de pouvoir lorsque leur position leur assure l’impunité
Pour la forme, le dispositif d’écriture déroute mais s’explique, ce sont des fragments, des flashes, des bouts de scène dispersés tels les bris d’un miroir fracassé dans lequel la conscience de Noah se cherche
Pour l’écriture enfin, il y a quelques phrases ampoulées ou tarabiscotées, ainsi que des maladresses pardonnables dans un premier roman

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Lloyd, Ellery – Suivie

Emmy était dans la mode avant de devenir mère. Comme elle éprouve toujours le besoin d’un public admiratif ainsi que celui d’argent, elle crée une chaîne instagram sur les aléas de la maternité, chaîne parrainée par une agente experte dans l’art de rentabiliser le créneau « maman »
Pour obtenir une vaste audience Emmy joue à la mère qui a déjà tout vécu et parle toujours vrai en toute spontanéité. Bien évidemment toutes ses apparitions et annonces sont planifiées, répétées et contrôlées par son agente. La course aux likes étant sans fin, Emmy va mettre en scène ses enfants, sources d’émotions positives, et s’instaurer conseillère en science infuse pour toute question mère-enfant
Cependant quelqu’un, dans l’ombre, attend l’heure de sa vengeance
La fin est absolument écoeurante, mais pas dans le sens où on le prévoyait

Ce roman rappelle que se donner, soi et sa famille, en spectacle sur la toile, comporte le risque de devenir la cible de personnes malfaisantes
Mais il montre aussi que l’influenceuse est un danger quand elle donne des conseils vite fait pour rassurer ou plaire sans en mesurer les conséquences ou quand plus aucun secret ne tient face à la rentabilité de son exposition
Je me suis souvent ennuyée avec ce livre un peu vain qui se lit vite étant donné son son écriture très moyenne
(VO : Peopke like her)

Merci NetGalley et HugoThriller pour cette lecture

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Loubry, Jérôme – Les soeurs de Montmorts

Julien Perrault vient d’être nommé chef de police à Montmorts, un village cossu doté d’ équipements dernier cri fournis gracieusement par le maire et propriétaire de ce village
Aux temps où l’altérité se nommait sorcellerie, de nombreuses femmes furent jetées du haut de ce Mont-morts, et comme l’Histoire ne s’efface pas mais imprègne les esprits, la jeune fille du maire qui souffrait d’une maladie orpheline a également été précipitée aux bas de la montagne.
Étrangement, depuis l’arrivée de Julien on dirait que les sorcières ont entrepris de se venger, se saisissant de l’esprit des habitants pour les inciter à tuer et se tuer avec violence.
S’agit-il vraiment de l’oeuvre des sorcières ? D’un magnétisme des lieux ou comme le pense Julien d’un habitant du village utilisant un stratagème machiavélique?

Parmi les qualités de ce roman j’ai aimé l’équipe des policiers fort attachants puisque fragiles autant que courageux; l’intrigue captivante judicieusement maîtrisée ; ce questionnement sur la notion de sorcière ; la faculté de l’auteur à déboulonner nos pronostics et suppositions les plus ingénieux, croyions-nous naïvement; et puis enfin cette question qui ne cessera de hanter nos consciences tant que nous demeurerons humains : La fin justifie-t-elle les moyens ?
Parmi les défauts je ne relève que des points subjectifs: Beaucoup de questions restées en suspens et puis si élaborée soit-elle je ne parviens pas à aimer cette fin qui heurte mes valeurs et convictions



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Montero, Rosa – La bonne chance

Pablo est un architecte renommé affligé de tendances obsessionnelles et pourtant un jour, comme il passe devant un trou perdu, il est saisi d’une impulsion soudaine, s’y arrête et s’y achète un appartement crasseux
A présent que dans cette sorte de fuite Pablo a laissé derrière lui un métier qui l’absorbait totalement, il connaît une période de passivité qui frôle l’hébétude. Dans ce vide surgit alors plus évidemment la meurtrissure d’un lointain passé solitaire et misérable, ainsi que la honte, la douleur d’avoir si mal aimé. Et puis il y a cette menace incarnée par un certain Marcos que la police recherche et que Pablo redoute
Tout à l’inverse de ce dernier, Raluca, sa voisine de palier, est un être lumineux et ouvert. Elle donne tout, s’enchante de tout avec une radieuse innocence et ne voit que l’étoile au coeur de ses nuits.
Tel un papillon de nuit que l’ombre protège et que la lumière attire, Pablo vacille entre ses fermetures sécurisantes et cette ouverture dans laquelle il craint ne pouvoir vivre

Ainsi donc l’âme, cet alliage de lumière et de pureté, ne doit rien à l’inné ni à l’acquis, mais dépend uniquement du choix que chacun fait de l’épanouir, de la mettre en veille ou de l’éteindre.
« La bonne chance » est habitée par cette chaleur, cette humanité et cette intelligence du coeur propres aux belles âmes Et son écriture est superbe

Merci à NetGalley et aux éditions Métailié pour cette lecture

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Penny, Louise – Le beau mystère

Perdu dans la forêt québecoise, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups abrite 24 moines vivant en autarcie et en silence sauf lorsqu’ils entonnent les sublimes chants grégoriens qu’ils étudient avec passion dans un vieux recueil noté en neumes, ces premiers signes de la notation musicale basés sur les mouvements de la main du chef de choeur
Quand le chef de choeur est trouvé mort, les reclus doivent, pour la première fois, ouvrir leur porte aux inspecteurs Gamache et Beauvoir
Et comme dans le chant grégorien où chaque phrase est reprise par une voix différente, les fêlures qui désunissent les moines se répercutent dans les fondations du vieux monastère et retentissent même sur les deux inspecteurs, brisant leur amitié

Dans ce très beau livre, on entend la magnificence des chants grégoriens, on éprouve cette élévation d’âme qu’ils inspirent, on assiste aux très riches dialogues que Gamache, cet homme de coeur et d’esprit, entretient principalement avec l’abbé, cet homme de grande foi et de peu d’ego.
L’enquête en huis-clos progresse au rythme de la vie monacale, aussi ce roman se lit-il lentement et, selon notre disposition, il se savoure ou agace

Neumes

(vo : The beautiful mystery)

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Laurent, Agnès – Rendors-toi tout va bien

Un mauvais jour, Guillaume est intercepté par la police et mis en garde à vue. Surpris, persuadé qu’il y a eu erreur, Guillaume se voit harcelé de questions: Où est sa femme Christelle? N’est-elle pas à la maison ou partie faire des courses? Non elle est introuvable. On le soupçonne de l’avoir tuée, d’ailleurs les preuves contre lui s’empilent et les voisins sont trop contents d’ajouter de l’huile sur le feu
Guillaume ne comprend rien, tout allait bien, il rentrait, mangeait, s’affalait dans son confort sans prêter attention ni à sa femme ni à ses filles, sûr d’être un bon mari, un bon père
Pendant ce temps Christelle roule au hasard, elle fuit, tous sens perdus, lourde de secrets, écrasée de souffrances, de solitude, de vide

Ce livre est un cri munchien, un appel désespéré de tous ces êtres qui se débattent avec les mots pour se dire, se sentent trop insignifiants pour prendre une parole difficile, surtout si cette parole, l’autre n’en veut pas
C’est un cri muet voué à déchirer le tissu d’indifférence de tous ces êtres qui, repliés sur leur petit ego, sourds à leur entourage, estiment que tout va bien s’ils leurs pulsions ont été comblées

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Schemer, Franck – Le palais des innocents

Dans un village d’Alsace, chaque année à la même date, un enfant est tué et brûlé par un autre enfant qui deviendra la victime de l’année suivante. Depuis cinq ans le commissaire Cornière, grand boulimique et esprit la mordant, cherche en vain à démêler ce casse-tête où l’enfant assassin, traumatisé et mutique, n’écrit que ceci: « C’est la sorcière qui donne et qui sourit »
Cornière est aidé par Olivia, une jeune fille du village dont le père s’est suicidé et la mère a perdu la raison. Elle est aujourd’hui hébergée, avec son petit frère surdoué, par un oncle radin qui ne les loge qu’à contrecoeur
Tous deux s’emploient à trouver qui est cette dite sorcière, comment elle parvient à forcer les enfants à tuer aussi sauvagement et pour quelle raison elle convoquecette mise en scène macabre

Une très belle écriture, une intrigue originale et captivante et un roman qui n’est policier que pour être davantage psychologique, font de ce livre une vraie découverte
Si certains personnages sont caricaturaux au point de déranger la lecture au début, ce n’est là qu’un procédé pour nous inviter à ne pas nous fier aux apparences, ces trompe-l’oeil destinés à cacher les profondes souffrances psychologiques et la sensibilité de ces personnages.

Merci aux Editions de la Rémanence ainsi qu’à NetGalley pour cette lecture

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Denjean, Céline – Le cercle des mensonges

Un jeune homme est précipité du haut d’un immeuble après avoir été forcé de confesser son suicide, Or ce jeune homme fréquentait le milieu SDF et se souciait particulièrement de la disparition de plusieurs d’entre eux dont il était proche
Par ailleurs, le corps d’une brillante microbiologiste est découvert dans la forêt.
Deux équipes sans liens, celle d’Eloïse Bouquet de la gendarmerie et celle d’Urbain Malot de la PJ, vont se charger chacune d’un de ces crimes pour en suivre le tracé tortueux jusqu’à son origine monstrueuse
En outre, Eloïse veut capturer l’insaisissable criminelle responsable de la mort de son conjoint trois ans plus tôt. C’est Amanda, une journaliste redoutablement futée, qui mène les recherches jusqu’au moment où Eloïse prend la relève, accepte d’utiliser les méthodes abjectes qui lui ont fait horreur lorsqu’elle en était victime et outrepasse ses droits de gendarme

L’auteure élabore une intrigue d’une grande complexité avec, en plus, deux équipes partant chacune d’un autre entrée de ce labyrinthe infernal. Jamais pourtant nous ne nous y perdons car des lanternes s’allument tout au long du trajet de notre progression
Malheureusement, les personnages, réduits à quelques traits de caractère, manquent de profondeur et de nuances,. Quant à Eloïse, partagée entre enquête et quête, entre devoir et passion, elle manque de concentration dans l’un et de déontologie dans l’autre

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Ferey, Caryl – Lëd

Norilsk est une des villes les plus froides du monde (jusqu’à – 60°) et des plus polluées avec ses mines de nickel, seules richesses de la région.
Deux morts suspectes, celle d’un nomade se déplaçant avec ses rennes, et celle d’une jeune étudiante, sont décrétées non reliées par le chef de la police, mais Boris, un policier muté à Norilsk car son honnêteté gênait, est persuadé du contraire, il va donc enquêter seul, à l’insu de son chef. Boris puise sa force dans l’amour de sa femme hélas gravement malade.
En effet, seuls l’amour, la poésie et l’amitié permettent de survivre dignement en ces lieux et, pour beaucoup, de supporter le travail dans les mines. L’amitié a ainsi réuni quelques couples soudés dans l’entraide et le goût de la vérité.
Toutefois, dans un régime où la corruption règne en maître, de telles valeurs constituent une menace, une forme de résistance politique. Elles seront donc écrasées, mais non sans y puiser leur ultime glorification


L’écriture de Caryl Ferey est sidérante de force et de beauté, elle est souffle de chaleur humaine, tempête arctique dévastatrice, poésie au coeur d’un monde détruit qui lui inspire colère et fatalisme, elle est amour envers ces hommes brisés qu’elle pleure et embrasse, elle est étoile filante dans une nuit sans fin.

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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Ellory, R.J. – Le carnaval des ombres

1959 Quand un cirque ambulant s’installe dans la petite ville du Kansas les habitants d’abord rétifs s’enchantent ensuite du talent des artistes, mais voilà qu un mort est découvert sous le carrousel. Fait étrange, l’affaire n’est pas confiée au shérif du lieu mais à un agent du FBI, Michael Travis,
Travis se voue totalement à son travail qui, avec le devoir et la loi, constituent les barrages qu’il a dressés contre les souffrances et terreurs de son enfance.
Questionnant les gens du cirque sur ce mort non identifié, Michael se voit interrogé lui-même sur ses défenses qui lui ferment l’esprit et le coeur en même temps qu’elles lui ferment l’accès à l’aboutissement de son enquête
Mais qui sont ces étranges personnages qui conduisent doucement, inexorablement Michael, à se libérer de ses démons qui ne le sont que d’être méconnus, ainsi qu’à remettre en question cette obéissance à ses supérieurs qui se doit d’être aveugle, mais aveugle à quoi ?

Oeuvre de grande maturité, ce roman philosophique, psychologique et politique possède certes les lenteurs et les répétitions qui sont inhérentes à tout changement radical de perspective sur soi et le monde quand il y a tant de résistances et de douleurs à traverser, tant de pertes à assumer avant de pouvoir enfin se libérer
L’écriture de R.J.Ellory touche et émerveille, sa beauté est intemporelle



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Tuominen, Arttu – Le serment

Pour sa première enquête comme commissaire, Jari Paloviita semble chanceux: un homme en a poignardé un autre lors d’une soirée arrosée et il a déjà été intercepté Mais les noms des protagonistes frappent Jari et le ramènent à son enfance quand Rami, la victime, le tyrannisait sans cesse et qu’Antti, le tueur, était son meilleur ami, son défenseur, celui auquel un serment et une dette immense le lient à jamais.
Tiraillé entre sa carrière en plein essor, son ménage qui capote et les souvenirs d’enfance qui affluent, le commissaire atermoie, exige davantage de preuves, mais en finale, il devra bien choisir entre son devoir de justice et celui d’amitié.
Remarquant les réticences de son supérieur, Oksman, son adjoint misanthrope va mener sa petite enquête sur Jari, espérant ainsi le démettre de ses fonction en l’accusant d’un conflit d’intérêt

Dans une langue superbe et sensible Tuominen nous offre un roman poignant sur l’amitié entre deux garçons éprouvés dès leur plus jeune âge et qu’un drame terrible sépara à leur adolescence jusqu’à ces retrouvailles étranges où l’amitié de l’un comme de l’autre sera mise à l’épreuve du temps et de la vie.
Un livre inoubliable, à recommander

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Raabe, Mélanie – Le piège

Linda Conrads est une célèbre auteure qui vit recluse dans sa vaste maison depuis le jour où, 11 ans auparavant, elle tomba sur le corps poignardé de sa soeur et surprit le visage de son meurtrier juste avant qu’il ne s’enfuie
Or un soir en regardant la télévision, elle voit un journaliste en qui elle reconnaît l’assassin de sa soeur. Elle décide alors de lui tendre un piège: d’abord elle écrit un roman policier détaillant l’assassinat de sa soeur et la vaine enquête policière, en suite de quoi elle invite le journaliste à un interview exclusif durant lequel elle espère lui soutirer des aveux ainsi que le motif de son crime.
Mais au cours de l’interview, elle réalise qu’elle s’est peut-être égarée, qu’ elle a peut-être tué elle-même sa soeur détestée, transférant ensuite sa culpabilité sur un visage pris au hasard 
À moins qu’elle ne disculpe le journaliste sous le coup de l’attrait? À moins qu’elle ne soit devenue folle à force de solitude?
Original, captivant, déconcertant, ce livre serait une totale réussite s’il ne pêchait par quelques outrances et quelques contradictions. Mais on peut lui pardonner ces défauts tant il nous intrigue et nous fait sortit des normes de tout genre

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MacMillan, Gilly – Pour tout te dire

Lucy Harper est une auteure de romans policiers à succès, son mari Dan jalouse sa femme car ses textes à lui sont toujours refusés. Pendant que Lucy travaille à la dernière enquête d’Eliza Grey, il achète, à son insu, une maison au lieu même où, petite fille, elle a vécu un drame terrible puisqu’un soir, étant allée en forêt avec son petit frère, elle le perdra et ne le retrouvera jamais
Alertée, la police ne cesse dès lors de questionner la petite Lucy qui, accusée, acculée, s’embrouille, invente, se tait enfin. Seule Eliza, son unique amie, son amie imaginaire, lui vient en aide, lui dictant que dire et que taire. Toujours rationnelle, Eliza prend le relais quand Lucy perd les pédales et c’est elle encore qui sera l’héroïne de ses romans
Quand à son tour, Dan disparaît, la police va derechef suspecter Lucy qui décide de mener sa propre enquête, avec Eliza

Si cette trame psychologique est prometteuse et la prose de l’auteure superbe, les personnages son plats et creux et Lucy, le seul personnage consistant, se comporte trop souvent au petit bonheur la chance
Pire encore la raison pour laquelle Dan a acheté cette maison et celle de sa disparition se heurtent à un mur d’interrogations si bien que l’on sort bredouille de ce livre

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Knight, Renée – La confidente

Lorsque Christine est engagée comme secrétaire particulière de Mina Appleton, directrice d’une chaîne alimentaire, elle est si heureuse d’avoir obtenu ce poste qu’elle veut ne pas voir les malversations de sa patronne, fascinée qu’elle est par cette femme superbe qui lui offre son amitié
Manipulatrice redoutable, Mina joue avec les sentiments et faiblesses de sa secrétaire, navigue entre menaces latentes ou compliments délicats, mime la déception, le mépris, la tendresse ou l’estime selon le but à atteindre. Et Christine, envoûtée, délaisse peu à peu sa famille, ses amis, ses loisirs
Lorsqu’enfin Mina est traduite en justice pour escroqueries et Christine pour complicité, cette dernière, toujours en plein déni de réalité, ment sous serment afin de protéger sa patronne
Le procès se poursuit, Mina est décidée à le gagner, quoi qu’il en coûte
Quoi qu’il en coûte ?

Très bien écrit, l’installation psychologique des protagonistes est certes un peu longue mais avec pour résultat des personnages qui ont de la densité et qui nous irritent autant qu’ils nous attachent
Et si de temps en temps nous grinçons des dents, cet inconvénient se dissipe totalement avec le procès, magistral, et le dénouement, inattendu

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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Marsons, Angela – Nos monstres

Kim Stone est une chef inspectrice au passé criblé de traumatismes sévères qu’elle enfouit dans le travail et une dureté d’apparence.
Parmi les enquêtes qui lui sont confiées, celle d’une jeune femme, Ruth, qui a sauvagement poignardé son violeur sorti de prison, l’intrigue particulièrement. En effet depuis quelques mois Ruth était suivie par une psychiatre, Alexandra Thorne, dont Kim perçoit aussitôt la dangerosité
Redoutablement intelligente, Alexandra se joue de ses patients en réveillant leurs monstres et en les incitant au crime. Quand la psychiatre réalise que Kim a percé son jeu, elle utilise son statut pour enquêter sur le passé douloureux de l’inspectrice, un passé dont l’étalage narquois lui serait fatal. De son côté Kim fouille le passé d’Alexandra afin de faire tomber cette femme nuisible, mais la doctoresse s’est forgé une réputation sans failles et personne ne suit donc Kim dans son enquête

L’auteure nous offre un duel psychologique original et prenant, ponctué d’enquêtes impliquant ou non la psychiatre. On s’étonne toutefois que parmi ceux qui la fréquentent, seule Kim la dure, celle qui n’a d’égards pour personne, ait ressenti la noirceur cachée derrière la belle apparence de la dame.
Une fort bonne lecture et un intéressant portrait de sociopathe

Merci à Belfond noir et à NetGalley pour cette lecture

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Coquery, Guillaume – Vakarm

D’abord, il y a un vol colossal de parfums de luxe doublé d’un assassinat, un vol à rebondissements dont le déroulé, complexe et astucieux, forme la trame policière de ce roman
Pour résoudre ces crimes, il y a une équipe de policiers liés par une réelle amitié, mais dont le chef, Damien Sergent, est à l’article de la mort suite à une tentative d’assassinat
Puis, il y a ces enfants qui toujours subissent : Tom l’enfant de Damien recueilli par Sandrine amie et remplaçante du capitaine hospitalisé; Illianka qui assiste à ce qu’elle ne devrait jamais voir; Jason l’enfant volé depuis 3 ans par son mafieux de père, et Adrien l’enfant merveilleux détruit après qu’un camion l’eut percuté violemment 15 ans auparavant
Ensuite, il y a ces femmes admirables, douces et fortes, sensibles et courageuses, dont les épreuves rabotent les duretés de coeur et qui, avec le temps, se libèrent de la colère vengeresse qui asservit les hommes, en pardonnant et, peut-être, en se pardonnant
Enfin il y a l’écriture de l’auteur, d’une beauté et d’une sensibilité qui s’affinent avec l’expérience, et ce don de toucher, au delà de l’histoire policière, à l’humain dans toute sa complexité

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Lapena, Shari – Une voisine encombrante

Aylesford est un quartier que l’on imagine pareil à celui des Desperate housewives, avec ses épouses au foyer, ses maris très occupés, dans la même boîte pour la plupart, et ses ados écervelés, ainsi Rayleigh, qui s’introduit dans les maisons pour visiter les ordinateurs et Adam, son copain, qui se saoule chaque soir
Quand Amanda, la jeune et capiteuse voisine, est retrouvée morte au fond d’un lac, le crâne défoncé par des coups de marteau, les inspecteurs Webb et Moen, lui vif et subtil et elle plutôt maternelle, viennent interroger les voisins. Bientôt les policiers se retrouvent devant un enchevêtrement de mensonges, de vérités déformées, d’aveux suivis de rétractations, chacun couvant ses secrets, presque tous détenant une bonne raison de vouloir se débarrasser de l’encombrante voisine
Si ce huis-clos en plein air nous plonge, pour notre plus grand plaisir, dans un véritable labyrinthe de fausses-pistes, si la révélation finale est inattendue, le véritable propos de cet roman est plus profond car il interroge et met à l’épreuve l’authenticité des liens d’amour et d’amitié

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour ce livre

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Roch, Elsa – La fureur des mal-aimés

Nous sommes à Paris, fin décembre , le commissaire Marsac, assombri par son métier et ses tourments, s’arrête sur un banc en bord de Seine avant de rentrer chez lui. Sur ce même banc repose un un sans-abri, Alex. Ouvrant la poubelle située à côté, Marsac découvre un cadavre éviscéré et met aussitôt le pauvre Alex terrorisé, en garde à vue. Deux jours plus tard, les éboueurs tombent sur un deuxième corps enfoui dans une poubelle. Quel lien existe-t-il entre ces deux hommes estimés de tous ?
Vingt ans plus tôt, à Paris, Alex adolescent de 15 ans, fuit de chez lui et s’affronte aux difficultés de la vie sans abri, à la faim, au froid, à la violence. Il est néanmoins porté par une mission : La retrouver Elle afin de la protéger et la chérir
Entre passé et présent, entre Alex l’ange blessé, et Marsac l’homme tourmenté, un lien va se tisser

Les questions que ce résumé laisse pendantes sont en fait rapidement éclaircies et l’intrigue se laisse vite deviner
Le coeur du livre est ailleurs, il est occupé par le personnage d’Alex qui au fil des ans et des épreuves, préserve sa belle innocence et sa fragilité, à un prix très lourd pour lui-même certes , mais libérateur pour ceux qui s’y attachent

Merci à NetGalley et à Calmann-Lévy pour ce livre

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Loubière, Sophie – De cendres et de larmes

Madeline, sapeur-pompier et Christian, son époux jardinier, forment, avec leurs trois enfants. une famille aimante et unie. Le seul pépin est cet appartement trop petit dont ils doivent se contenter faute de moyens. Aussi quand on offre à Christian un poste de gardien de cimetière avec le loisir d’habiter la vaste maison de fonction y siégeant, tous les cinq acceptent d’y vivre
Insidieusement, la proximité de la mort éveille chez Christian le besoin de plonger dans ses enfouissements pour les poser sur la toile; tandis que la maison dessine les souffrances et laideurs de son passé sur ses murs.
Une force mortifère semble planer sur les tombes et la demeure, réveillant les peurs et les détresses de ses hôtes, les menaçant.

L’auteure parvient , et c’est là tout son talent, à suggérer, à évoquer, à tourner autour de cet indicible des êtres, cet indicible qui est le mystère et la solitude de chacun, cet indicible qui est comme une sorte de trouée sans fond au coeur de chaque être et qui est sa noirceur et qui est sa lumière.

Merci à Fleuve éditions et à NetGalley

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Natt och Dag, Niklas – 1793

1793. Le roi Gustav III de Suède est assassiné, la corruption et la dépravation règnent en maître dans tout le pays.
À Stockholm, un ancien soldat handicapé, Cardell repêche le corps affreusement mutilé d’un inconnu. C’est Winge, un enquêteur intègre mais rongé par la phtisie qui va conduire l’affaire avec le concours de Cardell
L’enquête des deux hommes est l’occasion de traverser la ville en respirant la puanteur des ordures et des déjections jetées à tout va et en ressentant l’effroyable misère partout méprisée et maltraitée
Ainsi arrive-t-il qu’un jeune homme endetté voie son ardoise rachetée en même temps que sa propre personne
Ainsi une jeune femme peut-elle être injustement accusée de débauche et emmenée sans procès dans l’enfer des filatures-prisons.
À force de chance et de patience les deux enquêteurs démasquent le coupable mais il faudra encore tout le génie de Winge pour que justice soit rendue malgré la turpitude des autorités

Une très belle écriture qui s’emploie à rendre la langue de l’époque, une enquête où l’endurance et l’intelligence remplacent le peu de moyens techniques d’investigation, des enquêteurs mal en point mais au courage indéfectible et enfin une plongée crûment réaliste dans les rues sombres de la ville, de quoi rabattre le caquet à tous les nostalgiques du passé
Bref un thriller exceptionnel mais extrêmement violent.

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Charine, Marlène – Inconditionnelles

La capitaine Silke Valles et son équipe foncent dans une maison, abattent le geôlier et libèrent trois fillettes de 8 ans enfermées dans une cave depuis 10 jours pour deux d’entre elles et 3 jours pour la troisième.
L’auteure s’emploie dès lors à suivre les émotions et variations des trois mères. Garance, une femme de décision plutôt froide réalise soudain l’immensité de son amour pour sa fille. Quand Cora voit son enfant prostrée suite aux tortures subies, elle l’accueille dans la patience de son amour. Blandine la douce perd sa petite Mélie qui ne sortira jamais du coma dans lequel la police l’a trouvée, sa douleur n’aura dès lors plus pour langage que les cris et les sanglots
Bien que l’enquête soit déclarée close avec la mort du geôlier, Silke ressent et sait que le véritable prédateur des fillettes court toujours. C’est également l’avis de Garance bien décidée à lever le lièvre la première.
Un excellent thriller psychologique, fort bien écrit et qui nous met à l’épreuve du Mal : Sommes-nous capables de nous y abandonner? Et jusqu’où?





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Moor, Jessica – Les femmes qui craignaient les hommes

La petite ville de Windringham abrite un refuge où les femmes peuvent disparaître loin des hommes qui les ont détruites. Cette maison est dirigé par l’originale et courageuse Val aidée depuis peu par Katie, qui écoute et conseille les femmes avec tant d’empathie qu’elle pourrait avoir connu une expérience similaire. Quand Katie est retrouvée noyée dans la rivière, l’inspecteur Whitworth et son assistant pénètrent dans ce lieu où aucun homme n’est admis afin d’interroger les résidentes. Les policiers espèrent boucler l’affaire avec un suicide mais peut-être s’agit-il d’un meurtre ?
Mais les femmes se taisent et ne mentionnent qu’une ombre entr’aperçue auprès de Katie le soir de sa mort, ceci afin de mettre les policiers sur la bonne piste. Quelques femmes fuient ensuite le refuge

L’écriture de ce thriller tente de rejoindre le courant de pensées et d’ émotions de ces femmes marquées par l’enfer, qui se blâment d’avoir causé la violence de leurs compagnons, qui ne savent que faire de leur vie délivrée, qui sursautent devant tout car tout est peur et menace, et qui, après tant de souffrances et de coups, désirent glisser dans l’anéantissement, leur ultime issue de survie
Ce roman insiste aussi sur l’indifférence de l’entourage qui préfère se rassurer à bon compte, sur l’aveuglement révoltant de la police et la complaisance de la justice envers ces hommes mimant si bien le regret .
Á noter que la finale du livre est une petite bombe destructrice

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley de m’avoir permis cette lecture

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Collette, Sandrine – Juste après la vague

Après la vague qui fut un gigantesque raz-de-marée, il ne restait qu’un îlot de terre et sur celui-ci une seule famille, un couple et neuf enfants, perdus au milieu de l’immensité liquide
Au cours des jours suivants, l’eau poursuit sa montée, grignotant l’île. Alors il faut partir avec cette barque qui ne peut supporter neuf personnes. Mais comment choisir ceux qui devront rester ?
Le lendemain, à l’aube, la barque s’engage vers une espérance de terre, abandonnant trois enfants sur l’île, les arrachant aux bras, au coeur de Maddie, la mère
Véritable Odyssée des temps modernes avec ses tempêtes et ses monstres marins, avec pour héros le courage puisé dans l’amour et l’amour donné jusqu’à la folie, cette histoire est sans doute celle où l’auteure nous entraîne le plis loin dans les tréfonds de l’existence humaine.
Quant à l’écriture, elle est d’une telle beauté qu’on la lirait-écouterait des heures durait, happés, fascinés dans ses flux puissants et ses doux reflux,
Et, fait assez rare pour être relevé, la fin est sublime 

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Saule, Tristan – Mathilde ne dit rien

Mathilde est grande et massive, ancienne sportive ayant frôlé la notoriété, elle va où elle se doit d’aller, silencieuse et tranquille, ne craignant personne.
Sa seule peur, intime, est que le soleil ne soit mort et que les huit minutes restantes avant que le monde ne le réalise soient déjà entamées. Mais éteinte ne l’est-elle pas déjà, elle que des intermèdes du temps passé nous montre dans l’intensité d’un amour inconditionnel ?
Aujourd’hui Mathilde est travailleuse sociale. Elle aide au mieux les personnes à obtenir des aides financières vitales. Mais quand elle apprend la corruption et l’injustice pratiquées par ses collègues et cela alors que ses voisins spoiliés et risquant l’expulsion sont déboutés, elle se décide à prendre une voie qu’elle s’est toujours refusée, réveillant du même coup une ancienne blessure à la hanche

Un roman qui se lit dans une sorte de recueillement et la gorge nouée.
Un roman dont l’écriture s’accorde comme rarement avec son personnage et son thème
Un roman dont on ne peut parler sans lui faire de l’ombre et sacrifier son silence sacré

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Leban, Damien – Je suis le crépuscule

Le major Bruno Heisen doit écourter ses vacances pour affronter un monstre à deux têtes : L’une, nommée, l’Ogre s’en prend à des couples avec une violence et une rage extrêmes, l’autre, plus intime, se nomme cancer.
Des reculs temporels – en italiques – interrompent le récit pour aller à la rencontre d’enfants maltraités, principalement d’une petite fille violentée et abusée dont le sort nous étreint d’autant plus que ni l’école ni le voisinage ne veulent voir son immense détresse
L’enquête piétine d’abord, pour s’élancer ensuite. Soutenu par sa coéquipière et amie, Bruno Heisen va épuiser ses forces dans la poursuite de l’Ogre et de ceux qui le relayent après qu’il a été abattu. Soutenu par sa fille Lea, il va endurer avec courage son traitement chimiothérapeutique.
Car il est évident que ces deux tueurs sont intimement liés pour le major qui ne triomphera du premier qu’en luttant jusqu’au bout contre le second

Sensible et attentif à l’humain, l’auteur n’offre des scènes pénibles que pour dire l’intensité d’une souffrance destructrice ou pour dénoncer les abus de parents dénués du moindre élan d’amour.
La question de la parentalité est insoluble puisque proclamer un droit à la parentalité serait une ingérence teintée de cruauté. Le seul registre d’action se situe donc en aval, là où la lâcheté ne devrait plus avoir lieu d’être
Il faut noter aussi que l’auteur en-visage le moindre personnage, même passager, comme un être émouvant dans la richesse de ses pensées et de ses projets, si petits soient-ils.

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Joaquim, Carine – Nos corps étrangers

Ils quittent la ville dans l’espoir de redonner vie à leur couple, mais nulle villa de rêve ne répare l’amour mort et le lien brisé
Bien plus, la solitude des lieux et les longs trajets en RER creusent le fossé entre leurs deux corps étrangers habités de pensées désaccordées
Et dans le silence qui, pensent-il, les protège mais de quoi ? Ils demeurent ensemble par peur, par culpabilité, par devoir dans une vie qui est une lente agonie, mâchonnant leur ressentiment, mûrissant leur drame
Etrangers sont nos corps lorsqu’ils parlent une langue que nous ne comprenons pas et refusons d’entendre,
Etrangers sont ces corps qui mettent au jour notre terrifiant désir de nuisance : Handicapés, sans-papiers, personnes souffrant d’un délire, que nous rejetons et haïssons puisqu’ils sont ce qu’obscurément nous sommes dans la part la plus intolérablement souffrante de notre être
Tant de corps étrangers bouleversants, pitoyables, blessés que l’on a, davantage encore au sortir de ce livre, envie d’étreindre et de consoler

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Didier, Sébastien – Ce qu’il nous reste de Julie

Quand Sébastien, un auteur reconnu, déniche parmi les dernières parutions un roman dont le paysage est celui-même de son enfance et le personnage principal la Julie qu’il aima tant jadis et qui disparut un jour emportée par un tueur en série, il décide de rentrer dans ce village où, 20 ans plus tôt, il s’enivrait du bonheur d’une amitié à cinq, étoile à cinq branches dont Julie était le coeur.
En effet, seul un des trois amis, ou Julie elle-même, peut avoir initié ce roman où s’exposent des secrets qu’eux seuls connaissent. Pourtant, quand il les retrouve, Sébastien réalise qu’ils souffrent de n’avoir pu accomplir le deuil de Julie, faute de son corps jamais retrouvé, et qu’ils ignorent tout de ce roman dont l’auteure reste farouchement cachée
Cette souffrance, si liée à la sienne, détermine Sébastien à éclaircir ces mystères et à comprendre ce qu’il est arrivé à Julie, quoi qu’il en coûte.

Original et fascinant, ce roman nous fait vivre de belles heures durant lesquelles nous transitons d’une conjecture à l’autre, d’une affirmation à sa réfutation, d’un questionnement à un égarement et cela jusqu’à la toute fin, logique mais insoupçonnable
Les héros de cette histoire sont des êtres passionnés, presqu’excessifs comme si soudain, après 20 années d’un deuil impossible, il était urgent de conclure cette enquête jamais aboutie pour pouvoir enfin déposer, dans le recueil de soi, ce qu’il reste de Julie

Merci à l’auteur, à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

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Valenheler, Laurine – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang

Maël et Yohann, lieutenants à la Section criminelle, s’aiment tendrement et passionnément. Un jour, des membres de la cause LGTB leur apportent un dossier révélant une série de meurtres de couples homosexuels sciemment ignorés par une police majoritairement machiste
Les commandants de l’équipe dont ils font partie acceptent de mener cette enquête avec l’aide d’un capitaine de la Brigade des crimes sériels
Dès lors les meurtres d’hommes en couple se poursuivent avec une mise en scène de plus en plus sadique et toujours cette signature, un triangle rose, attestant la haine effrénée de l’exécuteur envers les hommes qui s’aiment.
Une haine qui rappelle douloureusement à Maël et Yohann tout ce qu’ils ont déjà subi comme détestations et comme violences dans le passé

Outre une enquête palpitante, et peu importe qu’on devine rapidement qui est le tueur, ça n’y change rien, outre une écriture savoureuse, ce livre porte principalement une question née d’une indignation : Pourquoi les homosexuels suscitent-ils une haine si vive et si répandue? Et le roman répond : Soit parce qu’ils sont, eux ou d’autres minorités, désignés comme coupables des maux de nos vies; soit parce qu’ils incarnent cette question angoissante qu’il faut écraser en les écrasant : Qu’est ce que être un homme si on ne peut plus le définir par sa relation sexuée à la femme ?
Alors oui, ce roman présente quelques défauts et erreurs, mais la jeunesse de l’auteure et la passion qui l’anime les excusent amplement

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Delareux, Vincent – Le cas Victor Sommer

Victor Sommer a 33 ans et vit seul avec sa mère, sans aucune relation sociale. En effet il n’a pas besoin de travailler puisque sa mère l’entretient afin qu’il s’occupe d’elle, de même il n’a nul besoin d’une femme ni d’amis ou de copains puisque maman doit lui suffire
Seuls ses rendez-vous avec le psychiatre lui sont concédés car depuis son enfance Victor fait d’effroyables cauchemars d’engloutissemnt, mais en consultation, plutôt que de parler, notre héros reste coincé dans des considérations triviales
Toutes les velléités de liberté de Victor se heurtent aux reproches maternels et avortent sous l’effet conjugué de l’inaptitude sociale et de la culpabilité
Mais un jour, suite à une dispute, sa mère disparaît
Pourra-t-il vivre sans elle ?

La langue est magnifique et le discours, tenu par Victor, est admirable dans la compréhension psychanalytique de cet homme
L’auteur nous montre comment un amour vorace, castrateur et possessif produit des cauchemars terrifiants, détruit la possibilité de relations sociales saines, et interdit à l’homme d’exister pour lui-même
On étouffe avec Victor pour qui toute issue est bloquée puisqu’il est incapable de se débrouiller dans la vie, incapable de travailler, d’aimer une femme, d’avoir des relations normales.


Merci à NetGalley et à Librinova pour cette lecture

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Abbott, Rachel – Murder game

Jemma, la narratrice principale, et Matt, son époux, sont invités la veille du mariage de Lucas, un richissime ami de Matt. Deux autres amis de Lucas participent également, avec leurs compagnes, à cette soirée pré-maritale.
Apparaît alors Alex la soeur de Lucas. C’est une jeune femme éteinte et solitaire depuis l’horreur qu’elle subit à l’adolescence et dont nul n’ose parler.
Le lendemain, matin des noces, Alex est retrouvée noyée sur la plage,
Un an plus tard, Lucas convie les mêmes personnes à une soirée d’anniversaire. Comme il règne en maître sur les hommes dont il a fait la carrière, il leur enjoint de rejouer la soirée précédant la mort d’Alex. En effet, certain que l’un d’entr’eux l’a tuée, il est déterminé à le démasquer.
Alors que cette soirée bat son plein de morosité, la police s’annonce

Mensonges, faux-semblants, simulacres et trompe-l’oeil mènent la danse dans ce jeu de l’oie où chacun passe par la case des secrets et celle des demi-vérités. Et si ce jeu créé par Lucas est à tout le moins suspect, il semble bien que seules Jemma la narratrice et Stephanie King la policière sont résolues à découvrir le fin mot de ces mystères, à leurs risques et périls mais à notre plus grand bonheur
Un brin de naïveté nous sera cependant nécessaire pour pouvoir pleinement jouir de ce suspense

Merci aux éditions Belfond et à

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Borrmann, Mechtild – L’envers de l’espoir

Valentina vit dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, elle attend le retour de sa fille Katerina en lui écrivant l’histoire de sa vie, ses rêves de jeune fille brisés par le régime russe, son mariage heureux et puis la catastrophe, son mari appelé comme liquidateur et elle comme infirmière, les mensonges d’un état bientôt acculé à évacuer les habitants de la zone vers Kiev et ses alentours où ils sont accueillis comme des pestiférés.
Quand l’Ukraine acquiert enfin son indépendance, Katerina part quelques mois en Allemagne avec une amie, mais à présent elles devraient être rentrées. Inquiète, Valentina fait appel à un membre de la police.qui découvre un vaste réseau de prostitution protégé par sa hiérarchie. Ce réseau séquestre les jeunes filles dès leur sortie d’une Ukraine qu’elles ne reverront jamais.
Seule l’une d’elles s’est enfuie et a trouvé refuge dans une ferme

Magnifiquement écrit et bouleversant, ce roman raconte le drame de Tchernobyl à travers le regard d’une femme frappée dans sa chair et celle de sa famille par cette catastrophe
On y apprend également l’ignominie de ceux qui capturent des jeunes ukrainiennes naïves et les forcent à se prostituer avant de les éliminer puisque de toutes façons elles sont inépousables, ne pouvant donner naissance qu’à des monstres post-nucléaires.
Hélas le malheur ne protège pas du malheur


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Draven, Beth – Hysteria

Elle se réveille dans un parc, barbouillée de sang, la mémoire vide. Emmenée à l’hôpital elle est reçue par Scott, un neurologue ostracisé suite à une dramatique faute professionnelle. Touché par la jeune femme mais rongé par la culpabilité, Scott s’enfuit plutôt que de la prendre en charge.
Dans cet l’hôpital froid et impersonnel, la jeune femme attend en vain le docteur Scott pour lui confier ses cauchemars et ses terreurs, ces scènes de violence et d’humiliation qui l’assaillent par flashes
Vient alors la police qui accuse la jeune femme d’un crime puisqu’elle était couverte d’un sang étranger. Et vient un homme riche et puissant qui se présente comme le mari de la jeune femme quand elle ne voit en lui qu’un inconnu dont elle se méfie
Olivia, puisqu’ainsi elle se nomme, est déterminée à se faire suivre par le docteur Scott. Finalement, ce dernier réussit à lui restituer sa mémoire sauf celle de ce trou noir, ce moment terrible dont elle est revenue couverte de sang et oublieuse de tout

Une belle surprise que ce livre peu plébiscité, avec son écriture délicate et travaillée, son bel équilibre entre l’intimité tourmentée d’Olivia et l’extériorité implacable des faits
Quelques petites inconséquences, non essentielles, et une fin trop précipitée dissonant avec le rythme narratif sont les seuls défauts de ce beau thriller qui nous conduit à être plus vigilants et à réserver davantage nos jugements

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Menegaux, Mathieu – Femmes en colère

Violée, avilie par deux hommes, Mathilde Collignon sait qu’une plainte n’aboutira pas mais se heurtera aux sarcasmes des hommes de loi, alors elle rend justice elle-même
Devant la cour d’assises, Mathilde ne nie pas son acte vengeur mais demande la clémence. Que faire d’autre quand son viol a été lui, jugé comme n’ayant pas eu lieu ?
Tandis que le jury composé de trois magistrats et de six jurés, quatre femmes et deux hommes, délibère, l’accusée tremble et redoute une lourde peine qui l’éloignerait de ses deux filles tant aimées
Dans la salle des délibérations le clan des femmes s’oppose avec colère à la violence des hommes qui réclament le droit de draguer (!) ou en appellent à l’application stricte de la loi en excluant toute émotion .
La lutte est âpre car il faut les deux tiers des voix pour emporter la condamnation de Mathilde, et la moitié pour établir la durée de la peine. Cependant les femmes sont bien décidées à faire entendre la voix de l’émotion et de l’humanité.

Ce livre court mais intense dénonce l’état de nos sociétés où, malgré les beaux discours égalitaires, la femme détruite en son corps sexué ment ou l’a bien mérité tandis que l’homme détruit en son corps sexué est la victime d’un crime monstrueux relevant de le cour d’assises

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Vargas, Fred – L’homme aux cercles bleus

Premier Fred Vargas lu, au moment où Adamsberg rencontre Danglard, quand d’emblée et tout naturellement s’engagent de savoureuses joutes verbales entre un commissaire singulièrement dépourvu d’ego mais largement pourvu en intuition et son coéquipier furieusement cartésien jusqu’à ce que l’alcool ait raison de sa raison.
Pendant ce temps un homme trace de grands cercles bleus au centre duquel gît un objet déchu, couvercle, trombone, cannette etc. La grandeur de ces cercles conduit Adamsberg à prédire leur usage à des fins funestes et en effet, un beau matin, une femme trône au centre de l’un d’eux, égorgée.
L’enquête se fera sans heurts et sans surprise, toute la qualité du livre reposant sur les dialogues entre les deux policiers, puis avec Mathilde l’océanographe en escale à terre afin d’y prendre un bain de foule. Belle et fantasque, elle n’a peur de rien et se rit de tout, elle est la seule à avoir vu, de loin, le petit homme aux craies bleues.
Léger et facile, c’est un roman policier idéal pour une reprise de lecture après une anorexie livresque

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Delaney J.P. – La femme parfaite

Imagine qu’un jour tu te réveilles à l’hôpital, ignorant ce qui t’est arrivé. Ton mari, Tim, t’annonce que tu es un robot dans lequel tous les souvenirs de sa femme, Abbie, ont été téléchargés. En effet Tim, ce génie de la robotique, t’a construire pareille à sa femme disparue. Dans quel but ?
Tu sais que tu n’es qu’un objet sophistiqué, pourtant tu éprouves tous les mouvements du coeur et de l’âme d’un être humain .
Tim et Abbie ont eu un fils, Danny, atteint du syndrome de Heller, une régression autistique incurable surgissant après quelques années. Tim lui a choisi une école où le dressage s’effectue par décharges électriques, ce qui ulcérait Abbie tout comme toi qui t’attaches profondément à cet enfant. Mais Tim est un homme autoritaire qui ne transige jamais et l’emporte toujours.
Tu perçois la souffrance d’Abbie et t’inquiètes donc de son sort; s’agit-il  d’un accident, un meurtre, un enlèvement, une fuite ? Curieusement ta/sa mémoire ne restitue rien à ce sujet, alors tu vas enquêter

Ce livre est passionnant. D’abord il nous met, grâce au tutoiement, dans une proximité totale avec ce qui nous serait autrement le plus étranger, un robot, tandis que le ton se fait extérieur pour relater le vie de la vraie Abbie
Ensuite ce livre pose des questions essentielles : Un robot peut-il avoir une âme ? Comme dit l’auteur : L’âme est-elle tributaire de la chair et du sang ?
Enfin que signifie être humain ? Alors que tant d’êtres humains agissent tels des robots, un robot doué de compassion ne serait-il pas humain ?

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Paris, B.A. – Le cercle de Finsbury

Alice a quitté sa belle campagne pour suivre Leo, en effet, son compagnon leur a déniché une maison cossue dans le Cercle de Finsbury, un quartier londonien huppé et verdoyant où tous se connaissent et se fréquentent.
Un jour un détective privé aborde Alice, il enquête sur le meurtre de Nina assassinée dans cette maison même il y a un an. Choquée par cette nouvelle, Alice fustige Leo qui lui a caché ce drame par crainte qu’elle ne refuse d’habiter cette maison (voie royale pour la faire doublement fuir)
Ce mensonge introduit une brisure dans leur couple et une brisure dans le coeur d’Alice car sa soeur, tuée dans un accident, s’appelait aussi Nina
Dès lors, la jeune femme ne cesse d’interroger ses voisins sur Nina et ce meurtre violent, mais ses questions gênent ou irritent. Que taisent-ils donc tous? Alice partage ses recherches avec le détective privé qui l’encourage
Et quelle est cette ombre qui, de nuit, s’ infiltre dans sa maison ?

Cette lecture facile ne brille pas par son originalité ni par sa profondeur, par contre elle nous plonge dans l’ambiance d’un quartier résidentiel clos où les familles se voient forcément, s’invitent donc souvent, mais se dissimulent l’essentiel
Le suspens se maintient grâce à l’alternance du soupçon et aux visites nocturnes. Certes la recette est connue mais elle se laisse savourer avec plaisir et constance avec, en finale, une belle révélation sur l’héroïne

Merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Hugo et compagnie