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Dean, Will – Tout ce qui est à toi brûlera

Than, une jeune vietnamienne, s’est introduite illégalement en Angleterre avec sa soeur pour y travailler et envoyer de l’argent à sa famille fort pauvre. Mais après quelques mois, elle est arrachée à sa soeur et emmenées de force chez Lenn un fermier vivant dans une bicoque pourrie. Lenn va faire de la jeune femme son défouloir sexuel et son esclave dont toute erreur, tout oubli, toute désobéissance seront sanctionnés par la mise à feu d’une de ses rares et précieuses possessions
Loin de tout, dans cette morne campagne anglaise avec ses champs à perte de vue, Than rêve d’évasion mais une de ses tentatives lui valut d’avoir la cheville fracassée au marteau.

Ce livre nous plonge la tête la première dans l’enfer vécu par ces femmes étrangères démunies, vendues comme esclaves à des hommes pour qui la domination absolue exercée sur des êtres sans défenses reste la seule façon possible d’échapper à la solitude absolue.
Certes ce roman semble parfois long, mais ce procédé vise à nous faire sentir comme longues sont les années de séquestration de Than, cette jeune femme dont le courage, l’endurance et la capacité à toujours garder l’espoir force l’admiration
Fort bien écrit, ce roman possède une grande force d’impact et nous rappelle, si besoin est, que l’esclavage existe encore toujours chez nous

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Lelait-Helo, David – Je suis la maman du bourreau

Gabrielle de Miremont, riche aristocrate et catholique convaincue, exclut mari et filles de son univers dès lors que lui naît un fils. Il deviendra prêtre, ainsi en a-t-elle décidé, prêtre et donc sans autre femme dans sa vie qu’elle-même, il sera son prolongement, sa chair masculine, dans une relation exclusive et vertueusement perverse.
Quand, à 80 ans, Gabrielle apprend dans la presse que des actes de pédophilie ont été commis au sein de l’église, elle est furieuse et veut rencontrer le témoin victime de viols et le réduire au silence, mais le récit bouleversant et sincère d’Hadrien lui ouvre les yeux sur l’hypocrisie de sa propre vie.
Désormais son monde s’effondre puisque son fils était son monde et Dieu n’est plus puisque son fils L’incarnait
Gabrielle va alors parler à son fils, ce bourreau

L’écriture magnifique, la finesse, la justesse et des sentiments et la pudeur du propos sont les grands atouts de ce livre, toutefois m’ont gênée, outre d’innombrables redondances, cette vénération envers la riche aristocratie confite en dignité, dont l’acte le plus banal devient munificence, ainsi que ce mépris pour ceux qui n’ont reçu ni beauté, ni grandeur ni clinquant
On ressent chez l’auteur une évidente nostalgie des temps anciens pour autant bien sûr que l’on soit né privilégié

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Colize, Paul – Un monde merveilleux

1973. Le maréchal des logis Daniel Sabre reçoit l’ordre de conduire, en toute discrétion, une personne là où elle le voudra sans poser de questions et de leur téléphoner chaque matin. On lui laisse entendre qu’une promotion pourrait s’ensuivre. Parti de sa caserne en Allemagne, Daniel rejoint Bruxelles où une dame l’attend et lui demande de l’amener à Lyon
Raide et silencieux, Daniel affiche un sérieux qui amuse et agace à la fois Marlène, sa passagère. Cette dernière engage parfois la conversation mais heurtée par la rigidité du militaire, elle s’emporte ou retourne à ses pensées tourmentées.
De son côté Daniel s’agace de faire le taxi mais les silences creusent en lui des sillons de souvenirs et de réflexions .
Le périple, jonché d’étapes, amène Marlène au bout de sa quête personnelle, mais pourquoi donc Daniel a-t-il dû la conduire ?

L’auteur met en présence deux personnes écorchées qui ont dû dompter leur sensibilité, deux êtres qu’un deuil précoce a mis en révolte. Tous deux engagés dans une mission secrète, ils vont remonter vers le Sud, vers leur passé. Leurs échanges, rares, ponctués de jaillissements de douleurs, de colère, de silence, auront une portée insoupçonnée
Car ils sont les pions d’un scénario monstrueux
Avec son écriture sobre et belle, une construction pleine de finesse et d’intelligence et une mise en scène de ce Mal ordinaire auquel chacun de nos aveuglements, chacune de nos lâchetés nous confronte, l’auteur ranime, une fois encore, mon admiration et mon enthousiasme

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Vander Hoeven, Nancy – Cette blessure d’où je viens.

Le commissaire Jack Ferreras est mandé dans la très riche propriété des époux Tessier actuellement en mission humanitaire. Il y découvre quatre personnes sauvagement poignardées. Le même soir, Chloé, la fille Tessier, s’annonce au commissariat ; mutilée et blessée, elle dit avoir été séquestrée et violée durant plus d’un an par un certain Fighter avant de parvenir à s’enfuir La coïncidence trouble Ferreras qui en appelle à son amie psychiatre, Isaure. Cette dernière, profondément touchée par le récit que fait Chloé de son calvaire, s’investit énormément afin d’amener sa patiente à creuser son passé.
Rappelés, les parents de Chloé sont interrogés par Jack et Isaure. La froideur de la mère et la lâcheté du père frappent la psychiatre qui pressent un drame familial bien occulté

Il ne s’agit en rien dans ce roman d’une enième histoire de séquestration avec violences, malgré le récit détaillé qu’en fait Chloé à sa psychiatre, car ce livre se lit entre les lignes, là où crient les silences, dans ces blessures d’où naissent les mots.
Avec sa sensibilité à fleur de peau, Nancy Vander Hoeven nous offre ici un thriller psychologique de haut vol mais qui, contraint comme nous le sommes tous à sa part d’indicible, nous laisse avec un vague sentiment d’incomplétude
Dommage qu’il y ait cette part de romance discordante avec l’ensemble et incompatible avec l’éthique de la psychiatre

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Hallett, Janice – Le code Twyford

Au sortir d’une longue peine de prison, Steven parvient à lire mais encore incapable d’écrire et désireux de raconter son histoire, il s’enregistre sur le téléphone offert par ce fils nouvellement apparu.
Le livre dérive donc de la retranscription écrite de cet enregistrement pas toujours fort audible
Un des premiers souvenirs de Steven est la lecture qu’une professeure leur a faite à eux, les cinq gamins pour lesquels la lecture restait un mystère, d’un roman d’Edith Twyford. L’enfant ébloui comprend que le livre est un code, celui des lettres et des sons certes, mais aussi plus profondément celui du livre entier, de son auteur, de son contexte historique. Et de sa propre vie.
Sorti de prison, enfin capable de lire seul, Steven aspire à retrouver le livre originel qui lui aura ouvert un monde nouveau et d’en décoder les mystères infinis

Ne sommes-nous pas tous fascinés par l’énigme que nous sommes à nous-mêmes, ce code obscur qui source les jeux et les quêtes, mais conduit aussi aux désastreuses théories du complot ?
Ce roman m’aurait séduite s’il ne péchait par une telle surabondance d’énigmes qu’on finit par y perdre tout intérêt et par d’excessives longueurs qui en gâchent le plaisir
Janice Hallett veut nous plonger dans un jeu de codes en abîme, mais je quitte ce texte avec le sentiment d’avoir plutôt été l’objet d’un jeu de dupes

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Koch, Emily – Reste près de lui

Une dispute, des cris et Lou chute d’un troisième étage. Benny, le frère de Lou s’était absenté et Kane, un ami présent lors du drame s’est enfui. Pris de remords, Kane en parle à sa mère qui lui conseille d’aller tout raconter à la police, ce qu’il fait pour se voir arrêté et écroué.
La mère de Kane ne doute pas un instant de l’innocence de son fils et veut le prouver, mais comment puisqu’il a avoué être la cause de cette chute ?
De son côté, la mère de Lou, veut découvrir la vérité sur sa mort, elle craint surtout qu’il ne se soit suicidé parce qu’elle n’a pas assez aimé ce fils railleur et blessant.
Et pourquoi tant Benny que Kane refusent-ils de parler des précédents de ce drame ?

Quelle différence y a-t- il entre être coupable et se sentir coupable ? La différence est si grande, répond ce livre, qu’elle devient opposition, ainsi celui qui se sent coupable ne l’est pas et vice versa
Ce roman aux apparences de thriller décrit le parcours des différents personnages d’abord reclus dans leurs défenses et leurs convictions jusqu’à ce qu’un drame terrible, la mort d’un jeune, déchire leur tissu faussement protecteur, forçant ainsi une ouverture que seule une main tendue pourra déployer

Merci à NetGalley et aux éditions Calmann Levy pour cette lecture

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Turner, John T. – Ephé(mère)

Isabelle Lelièvre fait la Une des journaux, elle est le monstre, celle qui a commis l’inimaginable
Pourtant la jeune femme, dernière-née d’une famille de vignerons régie par une mère dure au travail, était l’effacement et la soumission même, si discrète qu’on l’oubliait facilement.
S’égrènent ensuite les voix de ceux qui l’ont côtoyée, sa soeur qui l’envie, son époux qui l’assigne à vouloir ce qu’il veut, son amie qui la plaint
Qui donc est Isabelle sinon celle que chacun modèle selon ses propres attentes, forme de douce violence que la jeune femme percevait intuitivement et à laquelle elle se pliait, ne pouvant imaginer une opposition et remisant ses aspirations et son être en un recoin intime où la lumière finit par ne plus pénétrer.-

Dans ce roman d’un drame annoncé, qui va au rythme de la vie, chaque personnage est tissé dans ce chatoiement qui trame le coeur des hommes tandis que, poignante, la pâleur d’Isabelle signe son insondable solitude dont il n’est pas sûr qu’elle dispose de l’espace pour la percevoir

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Norek, Olivier – Dans les brumes de Capelans

Le capitaine Coste vit dans l’île de Saint-Pierre , à l’abri d’une demeure hyper sécurisée où il recueille les dénonciations des « repentis » livrées contre l’assurance de recevoir une nouvelle identité et un passeport vers un autre continent
Mais aujourd’hui c’est une rescapée qu’on lui demande d’interroger, la jeune Anna qui, disparue à 14 ans, vient, 10 ans plus tard, d’être retrouvée, enfermée par le monstre qui a capturé, torturé et exécuté neuf jeunes femmes. Seule Anna pourrait donc démasquer le tueur mais elle demeure mutique. Pourtant, dès son arrivée chez Coste, elle se met à parler ( !)) et dresse le portrait-robot de son ravisseur. Un ravisseur caméléon qui poursuit ses crimes et se rapproche d’elle

Coste a choisi la solitude et gelé ses sentiments afin de se protéger de celui de culpabilité. Mais ce gel des sentiments accentue la violence des émotions, ces réactions éphémères et changeantes qui triomphent bien souvent du capitaine
Ce gel rejaillit forcément sur l’écriture de l’auteur, certes belle, mais froide et dénuée de poésie.
Néanmoins cette intrigue est bien troussée, prenante, et réserve quelques bonnes, et mauvaises, surprises

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Geni, Abby -Farallon Islands

Photographe de paysages extrêmes, Miranda, la narratrice de cette histoire, rêvait de vivre une année dans ces îles de roches ingrates entourées d’eaux noires et tourmentées. D’abord hissée le long des falaises à l’aide d’une grue, Miranda logera dans une baraque humide infestée de rongeurs en compagnie de cinq biologistes obsédés par leur spécialité et d’une stagiaire.
De nombreux animaux marins ou célestes se succèdent au cours de l’année et leur arrivée annonce les saisons comme elle déclenche l’enthousiasme exalté des spécialistes de l’espèce surgie.
Pourtant une menace guette, sournoise, sur ces îles dangereuses avec leurs roches friables aux trouées subites, avec ces animaux qu’un rien agite et ces chercheurs asociaux nimbés d’une inquiétante étrangeté

Dans une langue superbe portée par l’héroïne qu’un deuil a rendue aussi aveugle à elle-même que lucide sur les autres, Abby Geni déploie un monde dénudé d’une infinie richesse. Elle nous plonge dans une brume sombre auréolée de lumière et nous achemine à aimer ces quelques hommes dépouillés de tout, fous de leur faune comme les ermites le sont de Dieu

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Moore, Graham – Tenir

(The holdout)

Tout accuse Bobby Nock d’avoir tué la fille de l’homme le plus riche et influent de la région. Pourtant, aux Assises, une jurée, Maya Seale vote non coupable, estimant les preuves insuffisantes, elle rallie tous les autres à sa voix, tous, sauf Rick qui ne cédera que pour en finir. Nock est donc acquitté.
Hélas, au sortir de leur retraite, les jurés se heurtent à un public hostile qui les hue. Aussitôt Rick se dédit, accuse Maya de les avoir forcés et la salit publiquement. Maya se fait discrète puis entreprend des études de droit et devient avocate..
Dix ans plus tard la télévision veut rassembler les jurés pour reconstituer le procès. Maya renâcle à y participer mais constate que tous sont sincèrement ravis de la revoir.
Pourtant, le soir même, elle découvre Rick dans sa chambre, mort. Tout la désigne comme la coupable idéale…

Ce roman intelligent et complexe, par moments même tortueux, passionne quand il vient reconsidérer les notions de justice et de vérité en montrant qu’elles sont souvent inconciliables, au point qu’il faille parfois inventer une histoire pour éviter l’injustice .
N’est-ce pas d’ailleurs ce que font la défense comme l’accusation : raconter des histoires, des interprétations du réel ?

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Monnehay, Max – Je suis le feu

Victor Caranne, psychologue dans une prison, travaille régulièrement avec la police de La Rochelle
Par deux fois, un homme a longuement épié une mère et son fils d’environ 10 ans avant de pénétrer dans leur domicile, d’attacher mère et enfant, et enfin de bander les yeux du petit avant d’égorger sa mère
Caranne cherche à comprendre pourquoi l’égorgeur met en place un tel scénario et le répète, non par plaisir, ressent-il, mais comme dans une névrose de répétition, dans le but de résoudre un problème intime.
Il faudra encore bien des erreurs et des morts, de quoi raviver laf culpabilité toujours à vif de Caranne, avant que la lumière ne surgisse

L’alternance de deux narrations, celle qui suit les agissements de Caranne – d’ailleurs trop tourmenté par ses failles personnelles pour être bon psychologue – et celle où le tueur se raconte, donne à l’intrigue un rythme actions-introspections intéressant.
Néanmoins de nombreux personnages caricaturaux, quelques coïncidences peu crédibles et certaines lourdeurs dans le style ont franchement refroidi mon appréciation

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de Roany, Céline – De si bonnes mères

La Capitaine Céleste Ibar est envoyée, avec son fidèle coéquipîer Ithri, dans la région marécageuse de la Brière suite au meurtre d’une jeune femme mutilée aux lieux de sa féminité. Près d’elle git une alliance d’homme. Ce crime renvoie à celui, similaire, d’une jeune femme restée non identifiée.
Forcée de collaborer avec un gendarme de la région, Céleste l’accueille à reculons avant d’apprécier sa largesse de cœur et sa compétence. Leur trio s’emploie alors à décortiquer la vie de la victime et à cerner les motivations du tueur.
Outre le poids de cette enquête difficile et tortueuse, Céleste s’angoisse à l’approche de sa seconde audition qui lui fera revivre son combat à mort contre le monstre qui la torturait.
De quoi raviver sa culpabilité dont on sait depuis Lacan que « Ce n’est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité » .

Déjà superbe, l’écriture de Céline de Roany s’est encore affinée, et ses personnages se sont largement étoffés. Céleste en particulier est bouleversante quand la culpabilité, la honte et l’angoisse effritent sa carapace de froideur et que s’esquisse alors, furtivement, une belle sensibilité toute en pudeur.
Je me réjouis déjà de suivre ailleurs ce personnage tourmenté, contrasté et d’une rectitude absolue.
Il faut saluer le sérieux du travail de l’auteure ainsi que son ouverture à ces variations de la féminité et de la maternité qui font la grandeur, et la misère, des femmes.

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour cette lecture

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Clarke, Susanna – Piranèse

Piranèse vit dans un immense Palais-Monde-Dieu dont les salles immenses s’ornent de statues de tailles variées. Il n’y rencontre qu’un seul homme, l’Autre, qui cherche le savoir alors que lui écoute les messages des statues, le chant des étoiles et les paroles des oiseaux puis veille tendrement les ossements des morts
L’étage inférieur appartient à l’océan et ses marées variables que Piranèse connaît comme l’on connaît les humeurs d’un dieu joueur.
Le Palais gratifie l’Autre de mets exquis et de vêtements neufs alors que Piranèse doit pêcher sa pitance, porte des guenilles et s’enchante quand l’Autre lui offre, rarement, un bol ou un carnet.
Car Piranèse tient scrupuleusement son journal et, en relisant d’anciennes notes, s’étonne d’y lire certains noms inconnus aux échos pourtant familiers, comme perçus depuis une vie antérieure

L’écriture poétique, lumineuse et envoûtante de ce livre nous transporte dans un univers que le regard de Piranèse sublime, car Piranèse est la grâce et l’innocence, il ignore ce qu’est le mal, s’émerveille de ce Palais en qui il voit le paradis et n’envisage la faim, le froid ou l’effort que comme de simples besoins qui n’affectent en rien sa joie ni sa gratitude
Inventif, d’une construction parfaite et d’une grande beauté littéraire, ce livre est un véritable coup de coeur

Giovanni Battista Piranesi dit Piranèse, né près de Trévise en 1720, est un graveur et un architecte italien 

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Charine, Marlène – Léonie

Léonie avait 19 ans quand elle fut séquestrée et violée par un homme qui malgré les chaînes et les verrous, veut croire qu’il l’aime, jusqu’à ce que, 6 ans plus tard, il meurre d’un arrêt cardiaque.
Loïc enquêtait comme policier sur la disparition de Léonie lorsqu’un terrible accident l’emprisonna dans une hémiplégie. Il sera veillé et encouragé par Diane, aide-vétérinaire pour des animaux en cage, qui l’a toujours protégé,
Le récit se poursuit en revenant sur les années de claustration de Léonie ainsi que sur celles de Loïc, dans une oscillation temporelle qui rend leurs émotions plus intenses et leurs réactions plausibles car si la cage est honnie, en sortir peut être effrayant et les mécanismes pour l’éviter nombreux et sophistiqués
Des corps déchiquetés retrouvés en forêt donneront ensuite lieu à une enquête peu intéressante et précipiteront des rencontres improbables, voire absurdes

La haine qui étouffe le haineux, l’amour qui étouffe l’aimé, la séquestration possessive, les limitations du corps blessé, et ces multiples, enfermements dont nous souffrons tout en nous y abritant, voilà bien un thème captivant développé de façon magistrale et avec cette belle écriture déjà appréciée auparavant chez l’auteure
Dommage qu’elle ait ensuite voulu poursuivre sur d’autres chemins,

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Alexandre, Carine – Je me souviens

Dans les années 1920, deux jumelles naissent dans une famille immensément fortunée.
Madeleine, celle qui se souvient, a tous les dons de la nature et entend en profiter alors que Marthe, sensible et généreuse, est plus fade et sera, quasi de force, mal mariée
La première commet le pire et s’enfuit dans un paradis, laissant ceux qui restent endurer l’opprobre ; la seconde ne se permet rien de crainte que les siens n’en subissent les retombées. La première se divertit et se voit partout adulée, la seconde ne rencontre pas même une amie et même ses enfants seront difficiles et exigeants. La première voyage et devient une célèbre photographe quand la seconde ne s’accordera aucun loisir

Telles les deux soeurs de Lazare citées dans les Evangiles, Madeleine prend la meilleure place et en sera louée alors que Marthe se dévoue et restera ignorée..
Une vie est-elle remarquable et l’autre médiocre selon qu’elle aura été choisie ou subie ? Ou sont-elles égales ? Sans doute, comme le suggère ce roman, la question se situe-t-elle bien ailleurs…
D’une très belle écriture travaillée en accord avec l’époque et le milieu, ce roman lasse néanmoins par le répétition des amours de Madeleine toujours fulgurantes et luxuriantes et cela à chacun de ses déplacements, où qu’elle apparaisse.
La fin, tellement juste et fine, m’a personnellement affligée

Je remercie chaleureusement l’auteure pour l’envoi de ce livre

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Philippart, Patrick – Au nom de Clara

Ce matin-là, quand Dimitri Boizot journaliste à « L’Actualité », entre dans son bureau, une femme lui téléphone lui annonçant qu’elle va commettre un meurtre ce soir. Qui sera suivi d’autres. Et qu’il sera toujours le premier à en être prévenu. Dimitri pense à un canular, mais la nuit, la même dame l’appelle, lui raconte où et comment elle a réalisé le meurtre annoncé « au nom de Clara » et elle veut qu’il en fasse la Une
Hélas, ordre express du substitut du procureur. Dimitri doit taire cette information, ce qui ne plaît ni à son rédacteur en chef furieux de rater une exclusivité, ni à la dame qui veut qu’on parle de ses crimes et mettra tout en oeuvre pour y parvenir

Que voilà une intrigue simple, mais redoutablement prenante du fait de ce lien entre la criminelle, véritable caméléon plein d’intelligence, et Dimitri, ce journaliste d’excellence tellement gentil
Si ce roman n’est pas le chef d’oeuvre du siècle, il faut lui reconnaître une belle cohérence et une dynamique captivante

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Ægisdóttir, Eva Björg – Les filles qui mentent

L’inspectrice Elma a intégré une petite équipe quand le corps d’une jeune femme, disparue sept mois auparavant, est découvert dans un champ de lave. On pensait que Marianna s’était suicidée, mais vu l’état du corps véritablement massacré, il s’agit bien d un meurtre. L’enquête doit donc reprendre à zéro, et d’abord revenir sur l’histoire de la victime, depuis son passé tragique, sa difficulté à être mère à 15 ans, sa solitude, ses incartades qui lui valurent le placement temporaire d’Hekla, sa fille, en famille d’accueil
En alternance, une jeune mère confie son rejet, son dégoût même envers son bébé, son amertume envers cette enfant qui la prive de sa liberté. Mais qui donc parle ici ? Marianna ou une autre mère ?

Par delà l’enquête, ce roman analyse les effets d’une maternité non voulue sur l’enfant, dont deux particulièrement : l’enfant peut aussi bien s’abriter derrière un détachement froid que s’établir dans un lien fusionnel maladif.
Ce roman avance au rythme de l’introspection, il nous offre ainsi le temps de comprendre les difficultés de ces mères trop jeunes, isolées et démunies. Enfin, il nous amène au constat que chaque mensonge coûte une vie.

Un grand merci aux éditions La Martinière et à Babelio pour cette lecture

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Conroy, Pat – Le prince des marées

Caroline du Sud. Tom, Luke et Savannah Wingo ont été élevés par un père pêcheur de crevettes alcoolique, violent et excentrique, et une mère égoïste dont la seule ambition est de s’élever socialement. C’est donc cette vie-là, parsemée de grandes joies mais aussi de tragédies et d’horreurs indicibles, que Tom va raconter à la psychiatre Susan Lowenstein qui le lui demande car elle veut comprendre et sauver Savannah, mutique et prostrée après une énième tentative de suicide

Tom a étouffé les douleurs de son enfance sous une épaisse couche d’ironie et de froideur émotionnelle ; Savannah revit ses terreurs enfantines au travers d’hallucinations insupportables, autrement elle écrit des poèmes sublimes qui magnifient sa passion et sa douleur ; Luke enfin, l’aîné, est le porteur de la force, du courage et de la rébellion au nom de valeurs supérieures

L’écriture somptueuse et poétique,
L’intelligence des propos et de l’histoire,
L’intensité des émotions, vagues puissantes qui emportent tout, nous y compris, sur leur passage
Et la profondeur des personnages, aussi irritants qu’attachants, font de ce livre un chef d’oeuvre exceptionnel

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Nordbo, Mads Peder – La fille sans peau

Un terrible accident a laissé Matthew veuf de sa femme enceinte d’une petite Emily, aussi, inconsolable, quitte-t-il le Danemark pour Nuuk au Groenland.
C’est donc lui que son journal envoie auprès de ce viking momifié qu’une faille a dégagé. Hélas, le lendemain, toutes ses photos ont disparu, la momie s’est envolée et le policier de garde est mort, éventré et éviscéré.
Or, dans les années 70, des meurtres similaires, jamais résolus, avaient été pratiqués sur des hommes soupçonnés d’abus sexuels envers leurs petites filles. Aidé par Tupaarnaq, une jeune femme révoltée par les nombreux abus d’enfants dans la région, Matthew va reprendre cette enquête qu’un policier avait été sur le point de résoudre jadis avant de disparaître mystérieusement

On peut déplorer que l’intrigue de ce roman soit fort simple, cependant il y a là de superbes peintures de ces paysages grandioses tout de pierre et de glace et d’autres, fort noires, de ces hommes violents et corrompus pour qui les femmes sont des servantes, les fillettes des objets sexuels et leurs ennemis pareils aux phoques qu’ils éventrent et dépiautent.
Toute cette violence s’inscrit néanmoins sur un fond de désolation, de tristesse et de solitude et c’est ce contraste là qui, dans ce livre, émeut et retient

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Camut, Jérôme & Hug, Nathalie -Nos âmes au diable

En vacances avec son père sur l’île d’Oléron, sa mère étant retenue à Paris pour son travail, Sixtine, 10 ans, disparaît.
Après de nombreuses fouilles, la police interpelle un violeur connu pour lester ensuite les corps des fillettes à la mer.
L
es parents de Sixtine, Jeanne et Richard s’entr’accusent, se séparent. Jeanne abandonne son travail désormais vide de sens, quitte sa maison, vit en colocation avec deux potes au grand coeur, mais elle ne peut faire son deuil de sa fille dont le corps n’a pas été retrouvé.
Au cours des années Jeanne évolue, abandonne nombre de ses préjugés, établit de solides amitiés et survit à la faveur de l’espoir fou mais invincible de retrouver sa fil
Jusqu’au jour où la police l’appelle
Commence alors le véritable enfer

Il y a ce magnifique portrait de femme et de mère qui dans les enfers (et il y en a bien autant que chez Dante) qu’elle aura à traverser, assumera, même déchirée de toutes parts, ce que sa responsabilité et son intégrité lui intiment d’accomplir
Il y a l’immense talent des auteurs et leur magistrale mise sous projecteur d’un problème récurrent, celui de l’innéité du mal ou de son acquisition, question sans doute mal posée, puisque nous avons tous une disposition au mal que nous choisissons de développer ou non, à la faveur ou en résistance à l’entourage

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Desforges Saffina – Paraphilia

Le corps de Rebecca, une petite fille abusée et tuée, suivi des corps de deux autres fillettes pareillement violentées alarme la police, mais le prédateur est habile, aussi, à défaut de pistes, deux policiers se saisissent d’un ancien pédophile qui servira de bouc émissaire tant à ces policiers bourreaux qu’à cette part de population qui aime tant hurler avec les loups.
Dans ce climat médiatique d’alerte, Greg Randall, un père sujet à des fantasmes pédophiles se met à s’en horrifier et va donc se faire soigner dans une clinique spécialisée aux méthodes fort douteuses.
Pendant ce temps, un journaliste, père de Rebecca, aidé d’ une étudiante profileuse surdouée et d’un jeune crack d’informatique mène une enquête parallèle à celle de la police qui s’égare dans de fausses pistes.

Malgré une écriture quelconque, ce roman démontrer avec beaucoup d’intelligence que les pédophiles ne forment pas un pack homogène : entre l’abuseur abject et l’homme sujet à des fantasmes dont la non réalisation est essentielle, il y a l’ancien pédophile attoucheur que la mère de Rebecca tentera de comprendre au cours de dialogues bouleversants
Et ce roman questionne : l’hyper médiatisation indignée/captivée  de la pédophilie ne risque-t-elle pas de stimuler ces penchants en latence chez certains? Et ne risque-t-elle pas d’amener la société à voir la pédophilie partout, interdisant dés lors aux hommes ces gestes naturels de tendresse envers les enfants ?

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Sigurdardottir, Lilja – Froid comme l’enfer

Aurora et Isafold sont islandaises par leur père, anglaises par leur mère. Les soeurs sont en froid depuis qu’Isafold, battue par son islandais de Björn, a plusieurs fois fait venir sa soeur d’Angleterre pour l’aider à fuir avant de finalement revenir chez son bourreau.
Un soir, Aurore reçoit un appel affolé de sa mère : depuis 15 jours, Isafold ne donne plus signe de vie. De mauvais gré, Aurora part en Islande rechercher sa soeur. Mais personne ne sait où elle est.
Aux étages voisins d’Isafold et Björn vivent un homme obsédé par les poils et par ce couple bruyant, et une femme âgée qui héberge un clandestin recherché par la police

Lilja Sigeurdardottir, connue pour écrire des romans policiers, nous offre donc un semblant d’enquête menée par la soeur de la disparue, soeur d’ailleurs plus occupée à coincer un escror financier qu’à interroger les proches très fermés d’Isafold. On dirait que l’auteure désire sortir de la zone polar et se diriger vers le roman pur, si bien que la recherche d’Isafold tombe à l’eau tandis que les états d’âme d’Aurore et des voisins de la disparue occupent l’avant-plan.
Ce fut donc, à tous égards, un roman mitigé

Merci à NetGalley et aux Editions Métaillé pour cette lecture

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Schepp, Emelie – Marquée à vie

Dans un container scellé, des émigrés étouffent en attendant d’aborder sur une terre d’accueil. Hélas, à leur sortie, c’est la mort qui les attend cependant que les enfants sont emmenés de force pour être dressés à devenir des bêtes à tuer
C’est le meurtre d’un haut fonctionnaire de l’immigration et des traces de pas d’enfant qui initient l’enquête dirigée par la jeune procureure Jana Berzelius, réputée insensible et glaciale, assistée d’une équipe aussi investie dans son travail que réticente dans ses autres engagements
Peu après un enfant est retrouvé mort, l’arme du crime à portée de main n’ayant pour seule identité qu’un nom de dieu gravé sur sa nuque. Or la procureure porte, et cache, également un nom de divinité marqué sur sa nuque

Ce livre se distingue par son style plutôt maladroit – à moins qu’il ne s’agisse d’un problème de traduction – par son originalité, sa construction intéressante, et surtout par la figure centrale de cette procureure à la fois froide et souffrant de l’être (et donc résolument différente de Salander à laquelle on la compare injustement), personnage riche et complexe qui éclipse l’équipe polic!ère empêtrée dans des considérations d’égos.
Un livre agréable à écouter et fort bien lu par Nicolas Justamon  

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Laipsker, Alexis – Les poupées

Le commissaire Venturi est en butte avec la police des polices, malgré cela, le procureur, qui l’estime, le demande pour une affaire hors normes : Six corps d ‘hommes rendus lisses comme des mannequins sont disposés dans une chapelle désaffectée. Venturi accepte mais demande l’aide d’un psychologue du comportement criminel. Ce dernier est la jeune Olivia Montalbert dont l’esprit vif et affûté vient vite à bout des préjugés du commissaire. Elle réfléchit quand Venturi s’agite, consulte les membres de l’équipe quand Venturi les houspille, cherche un sens à ces crimes quand Venturi cherche l’action.
Plus au sud, une voyante rouée s’est installée dans un lieu reculé où elle se sent enfin à l’abri de l’homme qui la harcelait, mais bientôt des visions, des impressions étranges, des odeurs inquiétantes s’immiscent dans son intérieur

Bien que l’auteur ait une tendance à rendre ses personnages univoques et que la lumière ne soit pas faite sur tous les éléments de l’intrigue, il faut admirer le formidable personnage de la voyante, le parfait dosage d’étonnements, de recherches et d’actions dans ce roman qui ravira les amateurs de suspense haletant et de crimes bien glauques 

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Gain, Patrice – De silence et de loup

Suite au décès de sa fille Zora âgée de six ans, et au suicide de sa compagne, Anna accepte d’accompagner, en tant que journaliste bénévole, une équipe de scientifiques chargée d’étudier les risques liés à la fonte du pergélisol au nord de la Sibérie. Le grand atout d’Anna étant qu’elle parle couramment le russe.
Sacha, le frère d’Anna, s’est, quant à lui, retiré dans le sombre monastère des chartreux, espérant y rencontrer la paix et l’oubli.
Lors d’une promenade hors de l’enceinte du monastère, une dame lui remet un colis dans lequel Sasha découvre le journal de sa soeur. Elle y dit les tempêtes effroyables , le froid meurtrier, la violence des éléments et des hommes, les pièges de la banquise mais aussi ceux de la corruption et de la trahison, toutes souffrances au miroir desquelles Anna distinguera une vérité qu’elle se refusait à voir auparavant
L’immense peine qu’Anne fuyait en quittant la France pour la pays de la blancheur,, voilà qu’elle la retrouve, transformée, éclairée par la pureté des lieux, avec toujours cet homme prédateur de la femme et de la terre, toutes deux liées dans une même acceptation jusqu’à la révolte qui vous explose au visage, telles ces poches de gaz de méthane tapies sous la banquise, ou tel ce carnet d’Anna envoyé au frère
Un roman superbe et qui plonge dans l’essentiel, là où l’être privé de tout, raclé jusqu’ l’os, reste seul dans la lumière de la dure vérité

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Cohen, Sandrine – Rosine, une criminelle ordinaire

Quand son compagnon lui annonce vouloir la quitter, Rosine, qui donnait le bain à ses deux petites filles de 4 et 6 ans, entre dans une sorte d’absence à elle-même et noie ses deux enfants. Puis la conscience lui revient et Rosine hurle sa douleur et réclame la plus lourde peine
Que s’est-il passé pour que cette mère profondément aimante ait agi contre ses sentiments? Alors que le procureur général et le public se déchaînent contre elle, Clélia Rivoire, enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux, veut découvrir les raisons profondes d’ un tel acte. Douée d’une belle intuition , elle est pourtant rejetée par le milieu judiciaire en raison de son impulsivité et de sonp manque de concessions. Seul Isaac son mentor reconnaît ses dons tout en lui imposant certaines limites
Célia va, à coups de boutoir et d’intuition géniale, permettre à Rosine de déterrer la vérité de son passé, une vérité dont la monstruosité dépasse le pensable

Clélia confère à ce roman psychologique une tension et une vivacité qui lui sont propres, c’est donc elle qui prend la place centrale (parfois au détriment de Rosine), elle qui refuse de se rallier au tumulte de la condamnation facile pour entendre le cri de Rosine, son désespoir, et sa souffrance
Bien que le procès et surtout la plaidoirie en faveur de Rosine soit d’une pauvreté consternante, ce livre nous rappelle qu’une vraie justice se doit de connaître l’homme bien plutôt que de reposer sur les pré-jugés et les lois

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Abbott, Rachel – Juste derrière toi

Ash et Jo forment avec leur petite Millie de 7 ans une famille heureuse à laquelle le frère et la soeur d’Ash s’adjoignent fréquemment
Un soir deux policiers frappent à leur porte en emportent Ash accusé d’actes de pédophilie et de violences sur enfants. Suit une autre équipe chargée d’interroger Millie dans un centre spécialisé. Restée seule, complètement sidérée, Jo s’interroge et s’angoisse. Quelques heures plus tard, toujours sans nouvelles, Jo téléphone au commissariat mais là personne n’a eu vent de l’arrestation d’Ash ni d’une prise en charge de Millie
Manifestement le père et l’enfant ont été enlevés, mais par qui? Et pourquoi?
Aussitôt l’équipe de Tom Douglas se mobilise et s’ingénie à couvrir toutes les pistes possibles, des plus usuelles aux plus sophistiquées, mais nul ne peut imaginer le piège diabolique dans lequel Jo, Ash et Millie vont être pris

Sans doute le Rachel Abbott le plus abouti, celui dont la fin est aussi machiavélique que le corps de son intrigue, celui où l’on reste suspendu, haletant, échafaudant divers scénarios de conserve avec les enquêteurs, questionnant les mensonges et les secrets de ceux-là même qui ont le plus à coeur d’atteindre la vérité, ne sachant bientôt plus à qui nous fier et plongés, de ce fait même, au coeur d’un suspense envoûtant comme on les aime (pour autant que nous ne soyons pas trop sourcilleux sur certains points de logique)

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Leclerc Nicolas – La bête en cage

Samuel est un éleveur bovin travailleur mais que l’incendie de son étable a mis sur la paille. Son oncle l’ai bien aidé mais en contrepartie il se doit d’accepter un changement de cocaïne que l’oncle, maire de la bourgade, et son fils, livreront ensuite pour un réseau kosovar. Or cette fois-ci la cargaison n’arrive pas. Inquiets, Samuel et son oncle cherchent et trouvent la voiture du cousin livreur au fond d’un ravin. Le jeune homme est décédé et la drogue a disparu
Dans cette région montagneuse où la plupart des habitants tirent le diable par la queue, la perspective de mettre la main sur cette drogue; car oui, les secrets s’éventent vite quand on vit dans une petite bourgade, presque entre soi; va réveiller la laideur des uns, et le courage de quelques autres.

L’auteur nous offre ici un roman constitué surtout d’actions, au détriment d’autres possibilités que l’auteur possède mais ne déploie que parcimonieusement
Ainsi, alors même que le début annonçait un certain travail psychologique, on passe la majeure partie du texte dans une cadence (de style cowboys et indiens) de plus en plus effrénée jusqu’au calme final d’après la tempête.
J’attends donc le prochain opus avec bon espoir

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Saada, Delphine – Celle qui criait au loup

Albane est infirmière, elle vit avec son mari et ses deux enfants, Emma six ans et Arthur trois ans
Albane est une infirmière parfaite mais impénétrable, pourtant derrière cette rigidité se cache une douleur perceptible, criante même pour l’une de ses collègues qu’Albane ne peut que rejeter comme elle rejette tout ce qui pourrait entamer sa carapace protectrice
Hors de son travail aussi tout est contrôlé et va sans heurts jusqu’à ce qu’Emma atteigne ses 6ans et qu’Albane, ne supportant plus le caractère expansif de sa fille, se mette à la punir durement et même à la rejeter ouvertement
Un jour Albane va trop loin et son mari l’oblige à consulter un psy. Ce dernier, jeune et sans expériences encore, l’amène au pas de charge au coeur de cet Insupportable dessiné en pointillés tout au long du roman comme autant d’appels furtifs à nos coeurs adressés
Il y a des êtres qui crient désespérément au loup et ne sont jamais entendus, alors ils crient avec leurs corps, avec leurs symptômes, tandis que le loup lentement, impitoyablement, les dévore


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Rigbey, Liz – L’été assassin

Suite au décès de son bébé, Lucy a quitté sa Californie natale et tous ceux qu’elle y aime pour aller vivre à New York, seule, et se tuer au travail dans une banque.
Trois ans plus tard elle reçoit un appel de sa soeur Jane: son père vient de mourir. Suicide dit Jane, assassinat pensent les policiers sur place 
Lucy rentre au plus vite et demande de pouvoir loger chez ses tantes russes, les soeurs de sa mère. Ces femmes pleines de chaleur et de bonté l’incitent à aller voir sa mère internée après la mort de son dernier-né et sa bascule dans la démence. Et ce fut alors Jane qui se chargea de Lucy, Jane la responsable, aujourd’hui devenue médecin
Entre-temps la police observe, se promène, parle à chacun, sans alerte comme si elle se contentait de vérifier une hypothèse ou d’en attendre les preuves

Lucy, la narratrice s’est toujours sentie coupable, de la folie de sa mère, de la mort de son bébé, des malheurs qui l’entourent, mais de quelle histoire, de quel mythe tire-t-elle donc ce fardeau ?
L’intrigue se déroule lentement, au gré des paysages, des souvenirs et de ce lent travail de dessillement qui mène à la vérité
L’écriture est belle, l’atmosphère vogue entre regret, tristesse et une angoisse qui s’infiltre avec subtilité. Et le final nous plonge dans un questionnement sans fin.
Un livre discret mais dont les silences se sont accordés aux miens

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Rivault, Alexandra – Collisions

Rose-Marie, mère de trois enfants proches de l’envol, vit à côté d’un mari qui la dévalorise et la méprise au point qu’elle est devenue incapable d’initiative. Aziz est un petit trafiquant à la suite de son frère emprisonné. Nick est devenu tueur à gages afin d’amasser l’argent qui, pense-t-il, lui fera, reconquérir son amour de jeunesse
Un soir, Rose-Marie prend la voiture de son fils Maxime pour le ramener d’unel soirée quand, sur un chemin de campagne peu éclairé, elle a un accident, première collision qui précipitera toutes les autres

Ces trois vies si différentes vont toutes converger autour du personnage de Maxime, cet adolescent quelconque qui, sans le savoir, fera surgir le pire de ces trois êtres, comme s’il était, malgré lui, leur trou noir
Cette convergence intéressante est néanmoins desservie par des personnages sans grand relief, assez stéréotypés, par quelques réactions improbables, quelques scènes rocambolesques et par une écriture honnête mais peu remarquable

Un très grand merci à Mathilde des Éditions de la Rémanence pour cette lecture

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Hjorth & Rosenfeldt – Justice divine

La police d’Upsalla, confrontée à un violeur en série, demande du renfort à Stockholm, ce qui contraint les premiers à travailler avec Sébastien Bergman, ce profiler odieux, égoïste, et coureur dont ils s’étaient récemment débarrassés. Sa fille Vanja surtout le voit venir avec colère parce qu’après l’avoir abandonnée, il l’a retrouvée et s’est empressé de saccager sa famille adoptive
Les policiers suspectent un lien entre ces femmes, un lien qu’elles nient et qu’ils vont s’acharner à établir au cours d’une enquête difficile, d’autant plus que chacun d’eux souffre, se tourmente, craint ou se dérègle dans sa vie personnelle. Souvenirs et déchirements personnels vont, dans ce tome, prendre une grande place et conférer à ce roman riche et passionnant une dimension psychologique forte et douloureuse
Les thèmes de l’avortement, de la trahison et de la pulsion qui, comme l’addiction, ne se maîtrise pas sans un désir de changer et une recherche d’aide, sont au coeur de ce livre
Ce tome 6 peut être lu indépendamment des autres, les allusions au passé des personnages sont suffisamment claires pour nous imaginer être dans un premier tome

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Carrisi, Donato – Je suis l’abysse

– Il y a l’homme qui nettoie, jadis enfant humilié, broyé, torturé, aujourd’hui adulte solitaire et sans joie, aussi démuni qu’un enfant et toujours en proie à la même instance cruelle
Il fouille les poubelles de femmes isolées, seule intimité qu’il s’accorde avec elles, avant que que la cruauté ne se saisisse de lui, et d’elles
– Il y a la fille à la mèche violette dont les riches parents n’ont pas le temps et qui, engluée dans un chantage cruel, veut se noyer mais l’homme qui nettoie la sauve avant de s’enfuir dès l’apparition des secours.
– Il y a la chasseuse de mouches, mère aimante et meurtrie, femme de douleur, elle défend les femmes battues et enquête sur cet homme étrange qui s’enfuit après avoir agit en héros

Ce roman bouleversant est une réflexion sensible sur l’origine du mal qui se trouve rarement dans les duretés de la vie et de l’entourage, mais réside en nous en puissance: c’est le Mal absolu auquel nous sommes libres de donner corps ou non et en acte: ce sont ces mauvaisetés qui vivent en nous comme des innéités et que nous combattons sans cesse à moins que nous y cédions sans cesse.
Parfois il arrive qu’un enfant naisse en enfer, là où ce qui devait être en puissance est déjà en acte sans qu’il n’ait été choisi, là donc où le combat est monstrueux, abyssal
Jamais un auteur ne m’a donné d’éprouver une telle compassion pour un tueur en série

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Ruiz Martin, David – Seule la haine

Elliot, 14 ans, pénètre dans le cabinet du psychanalyste et, sous la contrainte d’un fusil, l’oblige à se menotter et surtout à l’écouter. Car Elliot ne comprend ni n’accepte le suicide de son frère adoré. Submergé par la colère, le tourment, le remords de n’avoir rien compris, rien empêché, il défoule sa haine sur le psychanalyste qui a reçu son frère à quelques reprises et aurait donc dû empêcher ce suicide
Elliot, cet enfant surdoué qui en connaît trop sur le Mal à l’oeuvre dans le monde, va forcer le psychanalyste à écouter ce que deux jeunes, proches de son frère, perpétraient comme horreurs,. Un récit insoutenable, propre à rendre fou

La parole est au coeur de ce huis-clos, mais Elliot l’utilise et la rabaisse à n’être qu’une parole-image, une parole qui comme l’image, saisit au col, entraîne et contraint, abolissant ce recul propre au discours
Une parole devenue arme de destruction
Un roman machiavélique, redoutablement intelligent mais dont hélas, la fin s’étire et s’épuise telle un ballon qui se dégonfle

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Bilan 2021

MES 5 TOPS 2021

« Solak » Caroline Hinault
Une écriture fabuleuse et une histoire étonnante dans le silence du grand Nord
« Le beau mystère » Louise Penny
Pour qui aime le chant grégorien , ce policier est un enchantement
« Les beaux mensonges» Céline de Roany
Intelligent, sensible et subtil, magnifiquement écrit et avec ce supplément d’âme qui en fait une oeuvre d’exception
« Sauvez-moi » Marie Berger
L’originalité du thème, la beauté de l’écriture et la finesse des personnages m’ont vraiment subjuguée. Devrait être davantage connu
« Je suis l’abysse » Donato Carrisi
Bouleversante réflexion sur le Mal, son vécu, son origine, sa responsabilité. Á fendre le coeur

MES 5 FLOPS 2021

« De chair et d’os » Dolorès Redondo
Quand de nombreuses croyances locales conduisent l’intrigue cette dernière part dans tous les sens
« Némesis » Xavier Massé
Des personnages désagréables et une intrigue au dénouement abracadabrant
« Les yeux d’Iris » Magali Collet
Une panoplie de personnages plus qu’antipathiques aux comportements absurdes, illogiques et excessifs
« Le Prédicateur » de Camilla Lackberg
Pauvre écriture pour un sujet sans surprise. J’ai soupiré en attendant d’en avoir fini
« Le cadeau » Sébastien Fitzek
Il m’est difficile d’aimer un livre auquel je ne comprends rien

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Marpeau, Elsa – L’âme du fusil

Philippe, quinquagénaire au chômage, s’ennuie pendant que sa femme trime et que son fils est au lycée, jusqu’au jour où il voit le nouveau voisin nager nu dans le lac. Notre homme se met alors à l’espionner sous le prétexte d’une juste méfiance envers ce jeune parisien oisif venu parmi les rudes campagnards.
Dès lors le voisin devient le centre de sa vie, il l’épie sans cesse et sa nudité suscite en lui un désir qu’il enfouit vite sous une couche de colère, ou déplace en « ce n’est lui que je désire mais le belle amante que je lui attribue »
La même pulsion incite Philippe à inviter son voisin afin de l’exhiber, telle une conquête, devant ses potes et sa femme; et lui, le Lucien parisien fait le beau, subjugue l’assemblée, leur apprend à jouer au poker
Et Philippe, toujours en proie à sa fascination, ne veut rien voir des signes avant-coureurs du drame

Présentée comme écrite par Philippe, cette confession est celle d’un homme qui, par manque de langage, par facilité aussi, se laisse conduire par ses pulsions et ses fantasmes, créant ainsi une chaîne de réactions désastreuses
Véritable cas d’école pour un psychanalyste, ce livre riche et profond est tel une tragédie où les forces obscures se jouent des hommes et guident leurs destins.
L’écriture est fort belle mais les nombreuses pages vouées à la chasse me sont passées par dessus la tête

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Collet, Magali – Les yeux d’Iris

La veille de leurs examens de fin d’année, Fred et Morgane, frère et soeur, sont appelés par leur soeur Iris, dépressive depuis des années et en attente constante de réconfort. Les étudiants, stressés par les épreuves du lendemain, rabrouent Iris. La nuit suivante, Iris se suicide, Fred et Morgane portent désormais une culpabilité qui fait fuir Morgane en Irlande et plombe la vie de Fred.
Quelques années plus tard, Morgane est appelée par Julie, son amante qu’un viol monstrueux vida de son âme et de son amour. Rentrée en France au nom d’une promesse jamais précisée qu’elle avait faite, avec Fred et Audrey, Morgane découvre, avec horreur, une Julie complètement changée et installée avec un parfait salaud riche aux as
Qu’attend Julie de ses amis, et en particulier de Morgane?

Difficile d’éprouver la moindre empathie pour ces personnages froids, calculateurs, et pour certains, violents ou carrément machiavéliques
L’intrigue de roman est peu crédible car qui voudrait se venger au point d’être prêt à tremper chaque jour dans l’abjection pour y parvenir? C’est vraiment inconcevable.
Et tenir une promesse se peut-il quand l’impensable en est le conduit ?
Outre ce scénario somme toute aberrant, on trouve de nombreux clichés assez déplaisants tels que : les hommes plient toujours les femmes à leur volonté, par la manipulation, le chantage ou la force. Les femmes elles, sont sottes et naïves et quand elles ne le sont plus, quand un viol atroce ou une trahison absolue les dégrisent, elles deviennent dures ou sombrent dans la dépression
Une déception

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Oates, Joyce Carol – La nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles

Whitey McClaren, un riche homme d’affaires de 67 ans, rentre chez lui quand il voit un homme de couleur se faire tabasser par des policiers. Sans hésiter, il s’arrête et tente de calmer les agents mais ces derniers le battent et le rouent de charges de tasers. Frappé d’un AVC Whitey ne survivra pas et les policiers prétendront qu’ils l’ont vu faire un AVC au volant .
Bien qu’adultes et très différents, les cinq enfants McClaren sont perdus sans leur pilier, leur référence. Tous à tour, ils prennent voix pour dire leur plongée dans l’angoisse, le déséquilibre, l’effondrement et témoigner de ce long cheminement douloureux qui s’ouvrira ou s’entr’ouvrira vers ce qu’ils sont hors des désirs et appréciations paternelles.
Jessalyn, la femme de Whitey sera longuement dévastée, mais sa profonde générosité la poussera dans les bras de l’altérité, de l’amour et de la vie.

Cette oeuvre d’une grande maturité littéraire et d’une générosité remarquable place l’évolution des personnages au coeur de son propos
Dans le tremblement de terre qui secoue la famille entière et dans les failles ainsi mises à jour se profile la voie d’une émergence personnelle. Par contre, dans la crise qui secoue l’Amérique actuelle, la tendance à combler les béances ainsi révélées avec la haine, la lâcheté et la corruption prédomine.
Un roman somptueux que ses quelques longueurs ne déparent pas

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Hinault, Caroline – Solak

Tout au Nord, Solak est un drapeau et quelques baraques dressées dans l’infini glacé, un lieu néanmoins gardé par deux militaires au passé trouble et un géologue qui étudie la glace profonde et apprécie la poésie
Or voilà qu’arrive un tout jeune soldat déposé par hélicoptère, c’est «le gamin» dont le regard en pic de glace, le mutisme et le mystère dérangent les deux militaires, surtout Roq, cet homme abject qui n’aime rien tant que boire et dépecer les animaux qu’il abat avec une jubilation féroce
Outre Roq, il y a Piotr le narrateur de cette histoire. Sous sa rugosité désabusée, Piotr cache une culpabilité qu’il paye chaque jour depuis qu’il a demandé d’être envoyé sur cet invivable îlot de glace
Novembre s’amène et avec lui la longue Nuit boréale

Ce livre est une merveille d’écriture avec cette langue qui s’enfouit dans les tons les plus bas et atteint les plus sublimes coloratures, avec cette inventivité de phrasés et d’images surprenante pour un premier roman, avec ces pages qu’on lit et relit en s’en émerveillant
Un livre tout en atmosphère où l’attente d’un drame est palpable, monte et descend au gré du temps et des échanges, où cependant, quoiqu’on élucubre, rien ne peut se deviner de ce qu’il adviendra
Magnifique !

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Hayder, Mo – L’homme du soir

Un enfant de 8 ans est enlevé et l’inspecteur Jack Caffery, mandé sur les lieux, soupçonne une histoire de pédophilie; en effet les enfants du voisinage parlent d’un troll rôdant dans le parc. Le lendemain l’enfant est retrouvé ligoté dans un arbre du parc, violé et décédé
Cette affaire ranime l’obsession de Caffery pour son frère Ewan disparu alors que tous deux n’ avaient pas dix ans, Jack a toujours soupçonné son voisin, déjà condamné pour actes de pédophilie, d’être le ravisseur, le violeur et l’assassin de son frère. Et cette certitude l’obsède tant qu’il refuse de déménager, au grand dam de sa compagne qui en souffre, mais Jack n’entend que son obsession
Un soir, l’inspecteur aperçoit son voisin pendu chez lui, il entre et fouille la maison en quête de traces de son frère, en vain. Pourtant une lettre l’attend chez lui, son voisin lui a laissé un drôle de cadeau
Tout au long du récit, Jack Caffery est mû par cette attraction- répulsion pour le mal qu’il imagine infligé à son frère (on se demande même s’il ne serait pas déçu qu’Ewan n’ait rien subi de tout cela) Son obstination, sa rage sont telles qu’elles l’amènent à enfreindre toutes les règles et à s’entêter sur de fausses pistes, tandis que l’autre enquête, celle du troll sévissant autour du parc, semble au point mort
Malsain et lassant

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Turow, Scott – Ultime recours

2001. Arthur Raven est commis d’office à la défense d’un condamné à mort, Rommy Gandolph. Rommy proclame son innocence bien qu’il y a dix ans, il ait avoué par écrit avoir abattu trois personnes
A l’époque, le policier chargé de l’enquête et Muriel, jeune adjointe du procureur, voulaient absolument une arrestation rapide et brillante afin de lancer la carrière de Muriel. Or le policier, ayant appris que ce chapardeur de Rommy détenait un bijou volé à l’une des victimes, ne fit ni une ni deux, menotta le pauvre homme et lui extorqua des aveux écrits.
Dix ans plus tard, en étudiant les dossiers, Arthur décèle de grosses lacunes
C’est à ce moment que la juge Gillian qui présida à la condamnation de Rommy et connut ensuite une période tourmentée, prévient Arthur qu’un nouveau témoin désire leur parler, Cet homme en fin de vie, avoue avoir manipulé tout le monde et être le seul coupable. Mais le policier et Muriel, soucieux de cacher leur incurie, vont tout faire pour réfuter ce témoignage


Un roman juridique passionnant, riche, émouvant, où de nouveaux éléments, de nouveaux témoins remettent en jeu non seulement la vie d’un homme, mais aussi, mais surtout des narcissismes, des inimitiés,, des jalousies.
Les personnages sont finement nuancés, très travaillés, en particulier celui d’Arthur, cet homme qui se sait moche et s’en est fait une raison douloureuse, cet homme bon, intègre, généreux, sensible et timide inspire les plus belles et les plus lumineuses pages du livre
Un roman où le juridique est un tremplin vers la réparation, la sublimation, la rédemption,
(V.O Reversible Errors),

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Grisham, John – Le couloir de la mort

1967. Mississippi. Trois hommes du KKK font exploser le cabinet d’un avocat juif défenseur des droits civiques, les deux petits jumeaux qui accompagnaient leur père sont pulvérisés, et l’avocat, amputé des deux jambes, inconsolable, se suicide
Seul parmi les trois complices, Sam Cayhall est pris, jugé et libéré par les tribunaux suprémacistes blancs jusqu’à l’abolition du ségrégationnisme où, rejugé, il est condamné à mort.
1991. Adam Hall, jeune avocat et petit-fils du condamné, veut défendre ce grand-père qu’il ne connaît pas. Le crime de Sam a dévasté sa famille: le père d’Adam a déménagé, changé de nom et finalement, il s’est suicidé; sa tante s’est réfugiée dans un mariage raté et dans l’alcool. C’est chez cette tante fragile et généreuse qu’Adam logera durant les quatre semaines qui lui restent pour se battre contre l’exécution de Sam,

Avec une immense compassion, ce livre décrit la détresse et la honte vécues par les proches d’un criminel. Il dénonce la cruauté de la peine de mort et des conditions de son attente, il dépeint l’abjection d’une presse qui souille tout ce qu’elle touche, il témoigne de la complexité du système judiciaire américain et souligne qu’en ces cours de justice, l’ambition, les préjugés et les querelles internes déterminent les décisions capitales. Il montre enfin comment un enfant plongé dans un discours de haine qui s’inscrit en lui comme un devoir, peut devenir un homme qui vit, tel le condamné à mort, enfermé dans une cage étroite sans fenêtres et sans joie.

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Gustawsson, Johanna – Te tenir la main pendant que tout brûle

2002 Québec Le lieutenant Maxine Grant, mère d’une adolescente et d’un nouveau-né, est requise chez son ancienne institutrice Pauline Caron qui a poignardé sauvagement son époux. L »équipe de Maxine découvre, dispersées dans la maison, sept mains séchées. Si les questions affluent, Pauline, muette, impénétrable, n’y répond pas,
1949 Québec. Lina, jeune adolescente, est la cible de deux pestes. Un jour, excédée, elle se venge. Sa mère lui intime alors de la rejoindre après l ‘école au Mad House où elle travaille. Lina y rencontre une vieille pensionnaire finaude qui l’introduit dans un monde obscur
1899 Paris. Lucienne est une femme bien née unie à un mari fortuné mais glacial. Deux petites filles sont nées de ce mariage. Une nuit leur maison flambe et les deux fillettes, introuvables, sont déclarées mortes. N’admettant pas leur mort, Lucienne entreprend un voyage au pays de la mort à travers les sciences occultes.

Un grand art de la narration et un suspense sans cesse relancé d’une femme à l’autre, d’un décèlement à un détournement. Un thème rarement aussi bien exploité sans l’excès qui l’accompagne habituellement. Et alors que ce roman, sombre dans son contenu, lumineux dans son écriture, parvient doucement à son final orchestré, surgit le cri d’une douleur sans nom et sans fond

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Jourdain, Hervé – Terminal 4

Zone de l’aéroport Roissy, la capitaine Lola et la brigadière Zoé interpellent un partisan de Daech quand elles voient les pompiers éteindre un incendie de voitures. Curieuse, Zoé s’approche et son regard tombe sur le corps calciné d’une jeune femme
Les voitures incendiées appartiennent à un réseau de chauffeurs chinois travaillant à bas prix, ce qui met en colère les taxis officiels
Malgré les zadistes, la directrice de l’aéroport lance la construction d’ un Terminal 4 destiné à élargir le champ d’aviation et certifie, chiffres à l’appui, que les émissions de CO2 diminuent. Par ailleurs, elle conteste le projet de loi sur la taxation du kérosène en brandissant le fameux chantage à : plus de coûts = pertes d’ emplois
La jeune femme décédée est identifiée comme Sabrina, l’assistante de la directrice de l’aéroport, Idéaliste, Sabrina désire vraiment réduire la pollution, aider les SDF vivant dans les parages de l’aéroport et sauver les jeunes migrants qui y sont surexploités
Qui donc a tué la jeune femme?

L’écriture est centrée sur le rythme des actions et non sur le côté littéraire. Certes, les thèmes complexes, les personnages duplices et l’intrigue retorse à souhait sont intéressants, mais tout cela est exposé d’un ton si sec et de façon si factuelle que le plaisir de lecture se perd rapidement
Tout au plus peut-on considérer ce livre comme le script d’un bon film

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Hayder, Mo – Tokyo

1990 En Angleterre, Grey, jeune fille que ses parents isolent du monde, tombe sur un livre qui mentionne l’existence d’un film secret sur les horreurs commises à Nankin en 1937. Or Grey a également un secret, une marque d’ignorance gravée sur son corps une ignorance qui fut qualifiée de Mal par ceux là même qui ont organisé cette ignorance. Grey se donne pour mission d’arracher à l’ignorance ce film sur les crimes odieux perpétrés par les japonais à Nankin,
Elle part à Tokyo où vit le détenteur du film, le vieux chinois Shi Chongming qui a vécu l’invasion japonaise, mais le vieil homme nie posséder ce film. Nullement découragée et en attendant de convaincre le vieil homme, Grey gagne sa vie dans un bar à hôtesses où elle doit amuser les clients attablés. Parmi eux, il y a un vieux Yakuza funeste accompagné d’une Nurse effrayante qui lui prépare un remède miraculeux, un remède qui intéresse énormément Shi Chongming

Mo Hayder excelle à créer des atmosphères. Dans ce roman plane une menace sournoise, rendue encore plus inquiétante par la culture japonaise mystérieuse et impénétrable. Aussi, à notre désir de savoir se mêle la crainte de savoir. Le thème du livre tourne en effet autour de la question de l’ignorance et du savoir qui rejoint celle du bien et du mal,
Les personnages vivent davantage dans la sensation que dans l’émotion. Complexes et subtils, ils se refusent à toute identification, mais, tragiques, ils inspirent crainte et pitié,

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Gazalé, Olivia – Le mythe de la virilité

Dès que l homme comprend son rôle dans la fécondation, la femme jadis maîtresse de l’engendrement est ravalée à un réceptacle passif , devenant sujette à ces extensionrs de pensée: sujet et objet, raison et passion, maîtrise et lascivité etc.
En contrepartie, l’homme est désormais contraint de prouver sa virilité s’il ne veut déchoir dans l’ impuissance, l’ homosexualité féminisante ou la défaite.
La monstration de la virilité était relativement aisée quand l’épouse non-impudique ne s’adonnait à des rapports que reproducteurs et surtout sans jouissance, mais le dernier siècle occidental exige en plus des hommes qu’ils fassent jouir la femme, dernière prescription hautement angoissante.
Aussi les moments entre hommes sont-ils si reposants, il suffit de raconter des exploits inexistants ou d’exhiber les signaux d’une puissance imaginaire

Chaque époque refonde les codes de la virilité en se basant sur une distanciation d’avec la femme qui incarnera toujours LA menace à la puissance virile
Pour échapper à cette dictature des sexes il faudrait cesser de percevoir l’humanité selon une binarité d’être imposant une binarité de conduites soi-disant naturelles alors que, bien sûr, la parole a toujours déjà aboli le naturel au profit d’un social variable

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Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

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Renand, Antoine – S’adapter ou mourir

Ambre,17 ans, ne supporte plus sa mère et fugue avec son compagnon. Ils sont invités à faire halte chez Baptiste avec qui Ambre a longuement discute en ligne. Mais Baptiste est en réalité un psychopathe qui a prévu d’emprisonner Ambre pour en faire son esclave.Arthur, 40 ans, sans ressources après deux films ignorés et une récente séparation, accepte un travail de modérateur au sein d’un réseau social. Il doit regarder, effacer et signaler – sans que cela donne lieu à une suite – des vidéos d’une terrible violence. Ce mitraillage d’horreurs éveillera Arthur à sa propre noirceur et c’est en exerçant, avec ses trois amis, la violence envers les violents qu’il reprend goût à la vie
Avec un courage inouï pour son jeune âge, Ambre endure les viols et l’asservissement quotidien sans jamais y consentir, Et c’est dans l’amour qu’elle puise, au fil des ans, la force de tenir bon et l’inaltérable détermination à fuir

Ambre est l’image inversée d’Arthur. Tandis qu’elle veut fuir l’obscurité pour enfin vivre, Arthur ne se sent vivre qu’en elle. Tandis qu’ Ambre préserve sa douceur, sa droiture et sa capacité à aimer au coeur même de l’esclavage monstrueux qu’elle subit, Arthur, par sa fonction, découvre sa propre violence qu’il choisit contre l’amour, et pour la jouissance.
Ce livre reformule une question fondamentale: comment lutter contre la violence qui s’affiche partout comme une fierté? Faut-il la combattre en rajoutant la sienne à celle qui déjà règne? La refuser en dressant un mur de non-violence face à elle? Y a–t-il une autre voie?
Un roman qui prête à discussions, bien écrit et bien construit, psychologiquement parfait,

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Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

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Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

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