À la Une

Niel, Colin – Seules les bêtes

Nous sommes dans les Causses, là où la vie des fermiers dispersés sur une terre aride génère solitude et désespoir.
Pour faire face au risque de suicide croissant, Alice, une assistante sociale, apporte soutien et aide aux fermiers fragilisés.
Mariée à Michel, un taiseux affairé par ses vaches et ses comptes, Alice cherche un peu d’amour auprès de Joseph, un berger fruste et sauvage qui bien vite lui interdira sa maison
Pendant ce temps la police se démène car Evelyne Ducat, la riche bourgeoise du lieu, n’ est jamais revenue de sa randonnée en solitaire. Est-ce la tourmente, ce grand vent d’hiver ou un dangereux assassin qui l’a ainsi emportée sans retour ?
Alice, Joseph, Michel, Maribé, une nomade en quête d’amour fusionnel et, en Afrique, Armand qui hameçonne les naïfs d’internet afin de leur soutirer l’argent qui amènera sa belle à l’aimer encore, prendront chacun la parole, cinq personnes liées à la disparition d’Evelyne, cinq solitudes fermées sur leur monde, sur leur vision propre de l’amour et du lien à l’autre

Dans une langue âpre et belle, emprunte de rudesse et de poésie, Colin Niel donne voix à chacun de ses personnages en s’effaçant pour les laisser dire et penser avec leurs mots, leur soif d’amour, leurs pauvres justifications au mal commis et leurs espoirs déjà marqués de désespérance

À la Une

Marzano-Lesnevich, Alexandria – L’empreinte

Alexandria entreprend des études de droit dans l’idée de combattre la peine de mort. Lors d’un stage, on lui présente une vidéo où Ricky Langley, un pédophile récidiviste, décrit le viol et le meurtre d’un garçon de 6 ans. Profondément écoeurée, l’auteure se surprend à vouloir condamner cet homme à mort. Aussitôt elle arrête son cursus et s’oriente vers l’écriture, elle qui ne cherche pas la justice mais la vérité
Pour percer le mystère de sa violence, Alexandria reprend l’histoire de Ricky depuis ses débuts dans la vie, la découverte de ses tendances, son combat pour se faire enfermer ou traiter, la surdité de tous face à ses appels éplorés.
Et la jeune femme comprend alors que ce parcours résonne, et détonne, avec celui de cet homme qui la violait régulièrement alors qu’elle était enfant, de cet homme qui n’en conçut jamais aucun remords et demeura impuni.
Contrainte au silence, elle ne disposait pas d’autre voix que celle d’un corps dévasté et d’une âme anémiée jusqu’à ce que s’ouvre, enfin la voix de ce livre où elle se recrée, laborieusement, un corps, une histoire et une vie

Magnifiquement écrit, ce roman d’une vie qui passe des ténèbres du silence à l’éclaircie de sa construction narrative est d’un courage et d’une sincérité qui forcent l’admiration

À la Une

Jonquet, Thierry – Mygale

Ce livre se présente sous forme de courtes scènes apparemment sans liens.
Il y a Richard Lafargue; ce brillant chirurgien esthétique séquestre Eve, une femme superbe, dans son luxueux manoir où elle s’adonne au piano et à la peinture Régulièrement il l’oblige à se prostituer de la façon la plus abjecte puis l’entoure de prévenances.
Il y a Alex, un voyou pas très futé, en cavale depuis un braquage qui a mal tourné. Il vit dans une cache d’où il ne sort qu’avec crainte.
Il y a Vincent qui, 4 ans plus tôt, fut pourchassé, capturé et enchaîné par un inconnu qu’il surnomme la mygale
Et puis, il y a Viviane, enfermée dans un hôpital psychiatrique et sujette à de violentes crises autodestructrices
Le destin de ces 5 personnes est lié, pour le pire.

Malgré son écriture plutôt médiocre, ce livre parvient fort bien à distiller une ambiance faite d’attirance et de répulsion, ce genre d’effet que produit la mygale. Nous sommes donc dans un livre mygale dans lequel 5 personnes sont emprisonnées, tout comme nous.
Et, sans être féministe, il est plus que vexant d’apprendre qu’être femme peut être considéré comme un châtiment !

À la Une

Persson Giolito, Malin – Rien de plus grand

Des coups de feu. Une salle de classe avec, semble-t-il, 5 morts, l’un d’eux tenant encore son fusil, et Maja, intacte, un fusil à la main. Que s’est-il donc passé ? Interpellée, la jeune fille passera 9 mois en maison d’arrêt avant que son procès ne débute.
C’est elle qui relate ce qui s’y dit, ce qu’elle ressent, ce dont elle se souvient quand, entre les audiences, elle retourne en cellule
Elle avait à peine 18 ans quand elle a été élue petite amie par Sebastian, un jeune homme gravement perturbé mais adulé en tant que fils de la plus grosse fortune de Suède. Au cours des fêtes somptueuses qu’il organise, les jeunes du lycée noient leurs peurs dans l’alcool, la drogue et le sexe
Peu à peu, gorgé de drogues et écrasé par son père, Sebastian entre dans une spirale de haine, de folie et de chantage dans laquelle il piège Maja.
Au fil du procès, Maja s’interroge et doute, est-elle coupable ou non ? Elle hésite et réfléchit car si l’inculpée tremble, pleure, s’accable d ce qui s’y dit, en même temps elle analyse avec une grande maturité ce qui s’y tait : les préjugés qui farcissent chaque témoignage, chaque regard ; les grands principes brandis mais foulés chaque jour aux pieds ; la fausseté fondamentale de tout jugement qui se pose depuis l’extérieur sans rien connaître de l’intime du sujet.
Remarquable, ce livre est néanmoins lent car il chemine au rythme de la pensée

À la Une

Eklund, Sigge – Dans le labyrinthe

Quand Magda, âgée de 11 ans, disparaît, ses parents sont effondrés. Huit mois plus tard, le désespoir et la culpabilité rongent toujours tant Asa, la mère de Magda que Martin, son père.
Asa, psychologue, a construit sa vie sur une adhésion totale à la théorie d’Alice Miller tandis que Martin s’étant édifié par opposition à son père et à sa culpabilité d’enfant, est devenu un homme excessivement agressif.
Autour du couple des parents gravitent deux autres personnes : Tom l’indécis qui, une fois engagé par Martin, aspire à devenir comme lui ou plutôt à devenir lui, et Katja, enfant adoptée et ex-compagne de Tom, qui a fondé son existence sur le couple attraction-rejet
Ainsi donc Magda l’absente prend place au centre d’un labyrinthe dans les couloirs duquel ces quatre personnes, égarées et aveugles jusque là, vont être amenées à saisir qu’elles se sont jusqu’alors fourvoyées en fuyant leur culpabilité, en oblitérant leur détresse, en se cachant cette vérité sur soi qui désillusionne, et libère

Ce roman dont la forme épouse celle d’un labyrinthe avec ses passages d’une époque à l’autre, ses digressions et ses courts-circuits, est une belle traversée de cet autre labyrinthe qu’est notre psyché dont les impasses et les fausses pistes se nomment mensonges, dénis, ego ou illusion.
Ceux qui parviendront à une clairière n’obtiendront pas une réponse comme dans une enquête, parce que la question aura disparu

À la Une

French, Nicci – Au pays des vivants

Une jeune femme s’éveille, elle sent qu’elle est ligotée, une cagoule sur la tête. sur un sol froid. Comment est-elle arrivée ici ? Tapi dans l’ombre., son ravisseur ricane et lui apprend qu’elle mourra dans quelques jours, comme les autres. Une nuit, Abbie – tel est son nom – risque tout… et s’évade
Á l’hôpital, elle réalise qu’elle a tout oublié des jours précédant son enlèvement. Cette amnésie, due à un coup violent reçu à la tête, conduit les médecins et la police à penser qu’elle a rêvé son rapt durant sa période commotionnelle.
Quand elle sort de l’hôpital, Abbie est terrifiée, son kidnappeur va vouloir l’éliminer. Et quand elle revient chez son compagnon, celui-ci lui apprend qu’elle l’a quitté. Abbie est sidérée, elle ne s’en souvient absolument pas! Elle va alors, avec courage, avec détermination, reparcourir les jours et les heures qui l’ont amené jusqu’au lieu de son rapt.

Dans ce récit, Abbie doit affronter seule sa peur de mourir par la main de l’inconnu qu’elle a fui, et, de plus, elle doit reparcourir ce qu’elle fut avant qu’elle ne s’oublie. N’est-ce pas là le trajet que doit endurer tout homme pour devenir lui-même ? Original et captivant, ce livre bénéficie en outre d’une belle écriture.

À la Une

Abel, Barbara – Et les vivants autour

Depuis 4 ans, Jeanne est plongée dans un coma profond nécessitant une assistance respiratoire. Depuis 4 ans, Jérôme, son époux, s’est fait un devoir de lui demeurer fidèle.
Le père de Jeanne, Gilbert, est un homme dur, patron impitoyable et dictateur familial, il considère tout et chacun comme de la valetaille.
Micheline, sa mère, est la femme d’intérieur parfaite, soumise et pétrie de religiosité. Elle macère néanmoins un dépit chargé d’amertume.
Charlotte, aînée de Jeanne mais seconde dans le coeur de ses parents, s’est toujours sacrifiée pour obtenir l’amour de sa mère d’abord puis de son mari.
La famille se divise sur le maintien en vie de Jeanne quand une surprise de taille va faire vaciller les défenses de chacun, révélant leurs rancoeurs, leurs mensonges, leur abjection et dévoilant leur part d’ombre

Mais comme souvent chez cette auteure, la part d’ombre qui vit à l’abri de nos consciences surgit brusquement pour occuper toute la place, étouffant la part belle. Et l’on reste pantois et incrédule quand on assiste à une inversion totale des attitudes et des émotions de chacun, quand seul le pire de ce qu’on porte en soi prend possession du soi tout entier. Ce côté caricatural nous interdit d’y croire totalement, d’y plonger, de vibrer à l’unisson des personnages. Dommage

À la Une

Hart, Rob – MotherCloud

MotherCloud, superstructure de vente en ligne, s’est édifiée sur la ruine des commerces et la privatisation des biens publics, ce qui lui valut la vassalité des États
Parvenu en fin de vie, Gibson, son fondateur, se congratule une dernière fois, et avec la meilleure mauvaise foi, d’avoir été un bienfaiteur en pliant le monde aux lois du marché. Voyons donc :
À l’embauche, chacun reçoit un polo dont la couleur indique la nature du travail – la caste – ainsi qu’une montre à la fois GPS, contrôleur des tâches, des cadences, des déplacements etc. Nul ne peut s’en défaire sans déclencher une alarme. Logé petitement, invité à dépenser, vous reversez en fait votre salaire à Cloud puisqu’il s’impose comme seul fournisseur de biens.
Paxton, nommé à la sécurité, désire être apprécié de ses supérieurs. Zinnia, assignée à courir les commandes dans d’énormes entrepôts s’est en réalité infiltrée pour percer les secrets de l’entreprise. Malgré leurs objectifs opposés un lien fort se tisse entre eux, or MotherCloud se méfie des liens

La référence au système Amazon est claire quoique poussée au bout de sa logique. Occasion de rappeler que nous avons toujours le choix « N oublie pas que la liberté t’appartient jusqu’à ce que tu y renonces » Il est si facile, si tentant d’y renoncer
Occasion aussi de dénoncer la perversité de ce système, mais avec des arguments rabâchés et en développant une intrigue sans grand intérêt.

À la Une

de Roany, Céline – Special K

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une très riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où le spécial K (kétamine), cet anesthésiant hallucinatoire, joue un rôle majeur.

Très bien écrit, ce livre frappe par son sérieux et sa tristesse en bruit de fond. L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent des êtres déchirés, esclaves de leur passion ou de leur réputation, qui l’admirent ou l’envient
Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

À la Une

Robotham, Michaël -Traquées

Joe O’Loughlin, un psychologue renommé, est mandé par la police afin de dissuader une femme, terrifiée et nue, de sauter d’un pont. Elle tremble, le téléphone vissé à l’oreille. S’approchant, Joe entend une voix lui intimer de sauter, et elle saute.
Terriblement choqué, Joe est convaincu qu’il s’agit d’un crime, mais la police classe l’affaire comme suicide jusqu’à ce qu’avec Darcy, la fille de la morte, Joe reconstitue les faits et recueille des preuves
Quand une seconde femme est retrouvée nue, pendue par un bras et laissant derrière elle une enfant, Joe comprend la méthode du criminel
Et dès lors, la police sait qui est ce meurtrier. Issu des services secrets extrêmement doué et intelligent, il se glisse partout tel une ombre et a déserté l’armée lorsque sa femme et sa fille l’ont quitté.
Bien que la collaboration de Joe soit essentielle à la police, sa femme refuse qu’il s’engage ainsi au péril de leurs vies et de celles de leurs deux filles, mais Joe se sent déjà assez diminué par les avancées de son Parkinson, il ne peut en plus agir en lâche et démériter aux yeux de cette très belle femme qu’il aime

Narré par deux voix, celle du psychologue et celle du tueur, ce thriller se démarque par son déroulement purement psychologique puisque tuer ou capturer ne sont ici affaire que de maniement mental
On retiendra aussi le beau personnage de Joe, probe généreux, aimant et qui souffre, seul, son humiliation et sa peur d’une déchéance physique, A lire

À la Une

Bayer, William – Le rêve des chevaux brisés

David Weiss réalise, avec une intuition stupéfiante, des portraits-robots pour la police. Lorsqu’un journal lui demande de dessiner un procès interdit de photos, David accepte mais uniquement parce que ce procès se tient à Calista, sa ville natale, là où s’est déroulé 26 ans plus tôt, le double assassinat jamais élucidé de la riche Barbara et de Tom, son amant, meurtre qui a entraîné la ruine de son enfance et le suicide de son père.
David connaissait Tom puisqu’il était son professeur mais aussi Barbara, mère de deux garçons de son école et patiente de son père psychanalyste, un père fasciné par la dame et son « rêve des chevaux brisés » grâce à l’interprétation duquel il rêvait de se bâtir un nom
Aidé d’un policier et de son amie, David va reparcourir ce drame et démêler les fils de cet imbroglio tissé autour de Barbara, cette riche parvenue qui cachait sa profonde détresse derrière une libido déchaînée et de multiples amants et de Tom, cet innocent égaré parmi les loups

Ce policier psychologique remarquablement construit et d’une belle facture classique présente des personnages qui prennent peu à peu forme et épaisseur sous le double crayon de David et de l’auteur pour déployer une étonnante complexité
Il n’y a ni sang, ni trépidation dans cette quête qui nous montre comment les passions ordinaires nous font passer à côté de nos vies


À la Une

Sardou, Romain – Personne n'y échappera

Au moment où Frank Franklin, brillant professeur d’écriture, intègre la splendide université de Durrisdeer, le colonel Sheridan et son équipe déterrent 24 cadavres gisant dans une fosse. Ces victimes ont été tuées d’une balle dans le coeur ou sont décédées suite à d’effroyables sévices.
C’est alors que brusquement le FBI s’annonce, embarque dossiers et corps sans aucune explication et exige le silence absolu, assorti de menaces, sur cette affaire.
Contrarié, Sheridan, décide de poursuivre discrètement ses investigations. Il s’évertue à trouver le point commun entre ces victimes pour finalement en constater un : Ben O. Boz dont les livres décrivent avec précision les tortures dont étaient marqués plusieurs cadavres emportés par le FBI
C’est là que Sheridan fait appel à Frank Franklin afin de confirmer ou non sa théorie. Franklin hésite longuement. Et si, pour s’en assurer, il usait de son statut de jeune écrivain pour tenter de rencontrer Ben O.Boz ?

Rarement a-t-on vu tueur aussi parfait, aussi cruel, aussi redoutablement intelligent et même si, très vite, on connaît son identité, jamais le FBI ni la police n’ont pu l’acculer à commettre une faute ni à manquer d’alibis alors même qu’il opère absolument seul.
L’intelligence machiavélique de Ben O.Boz est le sujet de ce livre magistral qui, jusqu’au final, nous mènera par le bout du nez

À la Une

Tackian , Niko – La nuit n’est jamais complète

Depuis l’aube, Jimmy et sa fille Arielle roulent en plein désert quand ils tombent sur un barrage policier où attendent trois autres hommes. En effet, la route est traversée par une gigantesque faille. Fatigués, ils décident de dormir sur place mais le lendemain les véhicules refusent de bouger. Furieux, résignés, déterminés, ils décident alors explorer les environs en quête d’une âme qui vive, et les ravitaille
Le hasard les conduit sur une mine de charbon désaffectée avec, aux abords, quelques maisonnettes abandonnées où, mal à l’aise ils s’installent néanmoins.
Leurs nuits sont peuplées de murmures, de hurlements et d’approches feutrées, leurs jours accablés de chaleur génèrent une sourde menace de violence dont seule la jeune Arielle, gardienne d’humanité au sein de ce groupe, se tient éloignée.
Mais la menace croît, le danger rôde, les tentatives pour échapper à ce lieu avortent toutes comme sous le coup d’une malédiction..

Dystopie ou récit fantasmagorique ? Allégorie ou cauchemar ? Sans doute un peu de tout cela dans ce roman que l’on imagine bien sur grand écran et qu’on ne peut lâcher, ravis, effrayés, épouvantés et finalement renversés quand notre vision captivée devient Vision libérée

À la Une

Chevalier, Séverine – Les mauvaises

C’est l’histoire d’un petit village au coeur du Massif Central, de son viaduc et de son usine qui fait vivre les hommes. C’est l’histoire de trois amis, trois enfants qui dissonent dans ce lieu où chacun se doit d’être lisse malgré les ravages intérieurs, les détresses, les peurs et les pleurs ravalés.
Il y a Roberto, 15 ans, qui vit avec son père et son grand-père aujourd’hui grabataire mais qui abusait d’elle lorsqu’il était vaillant et elle petite. La rumeur la dit facile. Il y a Ouafa l’étrangère issue des banlieues parisiennes,, la sauvageonne au coeur tendre. Et il y a Oé, cet étrange garçon de onze ans qui devient fou dès qu’on le touche et qui ne comprend rien au monde des grands
La forêt est leur monde, l’unique respiration de ce trio abandonné..
Or un jour – et c’est là le début du livre – Roberto se pend tout en haut du viaduc et, la veille de son enterrement, son corps disparaît.
Dès ce jour tel un reproche ou une annonce faite au village, ce seront les rêves, les promesses, les terres et les destins qui, sans bruit, s’anéantiront.

Un roman superbement écrit. Un livre qui magnifie, et pleure, les solitudes, les silences, l’infinie perte des choses et des hommes

À la Une

Barker, J.D. – Le quatrième singe

Dans un sanctuaire au Japon se trouve une sculpture qui représente trois singes se couvrant les oreilles, les yeux et la bouche. Ils illustrent les trois règles : ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal. Le tueur aux 4 singes prend pour victime un proche de celui qui outrepasse un dernier impératif : ne pas faire le mal. À celui-là il envoie successivement trois petits paquets contenant une oreille, puis les yeux, puis la langue de l’être cher avant d’en abandonner la dépouille
L’inspecteur Porter poursuit ce tueur depuis des années quand enfin on découvre, dans les poches d’un homme s’étant donné la mort, le journal du tueur ainsi qu’un petit paquet contenant une oreille
S’agit-il de notre homme ?
À qui cette oreille appartient-elle ? Où donc est détenue la personne captive qui risque à présent de mourir de faim et de soif?
Et ce journal, dans lequel le tueur raconte son enfance et explique pourquoi il se devait d’accomplir ces crimes, est-il un piège destiné à l’inspecteur Porter ou la vérité ?

Avec un tueur redoutablement intelligent et un inspecteur désespérément courageux assisté par deux collèges amis, ce thriller passionnant, intelligent et d’une construction sans fautes mérite d’être lu par tous les amateurs du genre.

À la Une

Minni, Salvatore – Anamnèse

Marie est une psychanalyste reconnue, chaque nuit, elle s’épuise dans de terribles cauchemars jonchés de crimes, de couteaux et d’agonies qui débordent sur ses jours et la plongent dans un stress constant assorti de pertes de conscience.
Entre ses cauchemars ont lieu des scènes éparses: Un de ses patients devient une bête de crime après la mort de sa femme et de sa fille. Un certain Paul aborde Marie en la nommant Vanessa et veut se venger d’elle parce qu’elle l’aurait laissé endosser un crime sordide. Son amie fidèle, Sophie, s’éprend étonnamment de ce Paul qui prétend alors ne vouloir aucun mal à Marie-Vanessa. Son père, spécialiste du Tibet, aurait eu des liaisons qui minaient sa femme malade. Au Tibet une petite fille est assassinée par les soldats chinois
Si tout ce méli-mélo s’explique en finale, il n’est pas sûr que l’explication soit moins cauchemardesque pour Marie que ses songes, ni que nous soyons convaincus et satisfaits d’un final qui nous laisse étourdis et choqués

Dans ce livre, nous sommes nous-mêmes en plein cauchemar avec ces amis qui se changent en ennemis, ces sauts absurdes d’un personnage à l’autre, ces invraisemblances telles que : un avocat interrompt les assises afin de proposer à son client une défense évidente et basique ; une non-jumelle devient jumelle à la page suivante ; une scène de crime présentée comme réelle est déclarée imaginaire ensuite etc.
Et la pirouette finale ne justifie, hélas, qu’une petite part de ces incohérences


À la Une

Flynn, Gillian – Les apparences

Amy et Nick forment un couple heureux.  Hélas, tous deux perdent leur emploi et ils se voient contraints de quitter New-York pour s’installer dans le Missouri natal de Nick où sa mère se meurt d’un cancer.
Le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparaît. Des traces de lutte et le sang d’Amy maladroitement nettoyé font pressentir un meurtre, peut-être bien commis par Nick dont les alibis concernant cette journée fatale empestent le mensonge.
Nick tente de démontrer son innocence, mais de tous côtés surgissent de nouvelles preuves qui l’accablent,
Alternativement nous accompagnons Nick qui se débat et s’enrage dans une monstrueuse toile d’araignée et Amy dont le journal intime nous révèle combien elle souffrait de voir son mari devenir un autre.
L’enquête piétine entre inculpations et disculpations, les témoins interrogés tirent à hue et à dia et nous balançons de même, innocentant tantôt Nick, tantôt Amy
Mais le jeu de piste est loin d’être terminé

Un livre fort original où le couple Nick et Amy, indissociablement amants-ennemis, joue au mille-feuille puisque l’ apparence est un masque derrière lequel se cache un autre masque à l’effigie de l’apparence.
Dans ce formidable roman qui nous piège, nous retourne et nous manipule avec une intelligence redoutable, nous sommes bien en finale la véritable proie de ce livre, une proie consentante et ravie d’avoir été aussi bien bernée

À la Une

Loubière, Sophie – Cinq cartes brûlées

Depuis sa naissance, Laurence souffre de la cruauté et des humiliations constantes de Thierry, son frère aîné, tandis que les parents, aveugles à la destruction de leur fille, se disputent
Alors, affamée de douceurs, Laurence devient la grosse Lolotte. Son obésité abrite sa souffrance mais l’expose davantage aux attaques de son frère. Elle est sa force et sa faiblesse. Elle est son cri de détresse rendu visible, et que nul n’entend
Quand les parents se séparent après que le père est suspecté d’attouchements sur sa fille, père et frère lui feront bien comprendre qu’elle est seule fautive et qu’ils ne lui pardonneront jamais ce qu’elle a raconté au juge
Alors Laurence, en plus de sa boulimie, entretiendra une dépendance à son frère. Dans les persécutions de Thierry,, elle cherche et trouve sa punition, son expiation des fautes qu’on lui attribue.
Au travers des autres opportunités de sa vie, Laurence, sans cesse détruite, chaque fois se reconstruira, vaille que vaille…

Avec Laurence ce sont les femmes, toutes les femmes qui sont bafouées souffrent, endurent, trinquent, n’en peuvent plus…
Dans ces mots superbes, cette écriture habitée, on sent une auteure dont la force est vulnérabilité, dont la combativité est fragilité dans une unité qu’illustrent ces images lenticulaires qui changent selon le point de vue porté sur elles,

À la Une

Ablow, Keith – Psychopathe

Psychiatre prodigieux, Jonah possède une capacité d’empathie fusionnelle à l’autre hors du commun grâce à laquelle il s’approprie les souffrances non conscientes de ses patients afin de les en délivrer. Dans les périodes où il n’exerce pas, car il ne travaille que comme intérimaire, Jonah voyage et, au fil des rencontres, se nourrit des confidences et de l’âme des autres ou, à défaut, de leur sang, car il tue ceux qui ne lui donnent pas leur vérité intime.
Frank Clevenger est un expert psychiatre célèbre qui a plongé dans diverses addictions jusqu’au jour où il adopte Billy, l’adolescent rescapé grâce à son intervention, des violences familiales effroyables
Mais un jour celui qu’on nomme le tueur des autoroutes s’effraie de l’avidité de ses démons intérieurs, aussi adresse-t-il une lettre publique à Clevenger en lui demandant de l’aider, mais aussi de s’exposer lui-même.
Et Clevenger accepte, tandis que le FBI guette

Dans ce roman exceptionnel et intense, il est question des séquelles d’une enfance brisée par un parent violent car les deux psychiatres furent des enfants battus, humiliés et saccagés mais ils ont géré ce passé bien différemment.
Ce livre nous présente ensuite des séances de psychothérapie absolument bouleversantes, avec des échanges d’une profondeur que je n’ ai rencontrée nulle part ailleurs, mais il nous montre également les dangers du pouvoir thérapeutique quand il se met au service, même inconscient, du thérapeute

À la Une

Landay, William – Défendre Jacob

Dans la petite ville tranquille de Newton, le drame survient sous la forme du cadavre de Ben, un jeune adolescent par trois fois poignardé. Après des jours de recherches infructueuses, le procureur adjoint chargé de l’affaire, Andrew Barber, et son ami policier interrogent les élèves du cycle de Ben, parmi lesquels figure Jacob, le fils d’Andrew
Au fil de l’enquête, certains indices conduisent à suspecter Jacob, si bien qu’Andrew, dessaisi de l’affaire, s’acharnera à prouver l’innocence de son fils car il ne peut ni ne veut concevoir sa culpabilité.
Ostracisée par la communauté, la famille Barber se replie sur elle-même et, tandis que Jacob demeure froid et détaché et qu’Andrew se fige dans sa volonté de ne rien savoir, sa femme, Laurie, ne cesse de douter, de s’interroger et de se culpabiliser, portant à elle seule la charge morale de cette accusation.
Quelques mois plus tard débute le procès de Jacob…

Ce roman serait une splendeur de finesse et de sensibilité s’il n’y avait, à un moment, cette absurdité d’un « gêne de la violence » qui occupe d’inutiles pages. Autrement l’écriture fort belle, les personnages profondément humains puisqu’aussi irritants qu’attachants, et la magistrale, la terrible finale, rendent ce livre hautement recommandable

À la Une

Slater K.L. – Elle ou moi

Amber, une belle jeune femme, vit dans une chambre misérable en attendant de séduire Ben, ce veuf un peu naïf qui réside dans une belle villa avec ses deux petits garçons, non pas qu’elle soit charmée par lui, mais pour une raison obscure qui tient peut-être à l’assurance du confort, mais peut-être à un autre dessein
Judi, la mère de Ben a toujours pris soin de ses petits-enfants dès leur sortie d’école jusqu’au retour de leur père. Elle s’investit totalement auprès de sa descendance d’autant plus qu’Henri, son mari, la fuit pour se livrer à de bien sombres loisirs. Aussi, quand Ben présente sa nouvelle fiancée à ses parents, Judi ressent-elle d’emblée de l’hostilité envers cette jeune femme séductrice et sournoise, hostilité qui devient haine quand Amber prend en mains l’éducation des garçons et contrarie systématiquement les habitudes de Judi Mais Judi ne compte pas se laisser faire …

Un excellent thriller psychologique où deux femmes vont se livrer un sourd combat sous des dehors pleins d’une hypocrite bonne foi. Le portrait de Judi, la mère, est particulièrement réussi dans la complexité de ses paradoxes et le final, un peu expéditif, est un beau coup de massue

À la Une

Benichou, Pierre J.B. – Rouge Eden

Moscou 1933 Timofey Bogaïevski, un physicien renommé, est arrêté suite au vol de ses papiers. Humilié, maltraité, affamé, il est condamné parce que la police soviétique ne peut s’être trompée. Transporté de longues semaines dans un train semblable à ceux qui transporteront les juifs, il y noue une amitié courte mais lumineuse avec Izaak, un homme sage et érudit. Le train s’arrête enfin sur un blog de glace dénudé, l’ile de Nazino,
Floride 1911 Will Birdy passe la nuit d’avant son exécution en compagnie d’un pasteur. Dans l’espoir d’un ultime acquittement, Will raconte comment il a violé et assassiné des dizaines de jeunes femmes sans se sentir coupable puisqu’il fut la proie d’une force mauvaise qui parfois triompha de lui alors qu’en d’autres temps, il fut un homme respecté et admiré. En effet Will est un formidable acteur doté d’une érudition exceptionnelle qu’il a toujours mise au service de ses pulsions

Qu’est-ce qui lie ces deux récits ? Bien plus que le fait anecdotique mentionné en fin de livre, ce qui les lie-différencie est que Timofey voue sa vie à un idéal de liberté tandis que Will la voue à satisfaire ses pulsions.
Ce livre magnifiquement écrit marque par la beauté de ses réflexions, la force des émotions qu’il nous fait vivre et le rappel de ce régime dont le Goulag fut l’incarnation

À la Une

Collette, Sandrine – Les larmes noires sur la terre

Moe, une jeune femme native des îles, aspire à une vie meilleure. Aussi, quand Rodolphe la courtise et lui fait miroiter la vie à Paris, elle le suit pour se retrouver dans une banlieue sordide avec un mari qui la méprise, boit et la frappe. Alors Moe s’enfuit avec son nouveau-né, et au terme d’une lutte acharnée pour survivre dans une société vile et cupide, elle est emmenée de force dans le centre dit les Casses, placée avec son jeune fils dans une carcasse de voiture et contrainte de travailler dans les champs pour payer ce logement. Moe espère s’échapper de cette prison à ciel ouvert, mais en sortir coûte une fortune
Par chance, Moe échoue dans un cercle de cinq femmes unies par un pacte de partage et d’entraide garanti par Ada, la vieille afghane guérisseuse dotée d’une autorité que tous respectent. Elle préserve ses filles de tous les dangers qui rôdent dans ces lieux, jusqu’à un certain point…

Malheurs, violences, terreurs ont pavé les enfers qu’ont vécu les femmes réunies autour de Moe, ces femmes magnifiques, bouleversantes qui éclatent comme un diamant noir dans ce roman de douleur écrit avec des hoquets de sanglot, des complaintes désespérées mais également avec des chants d’amour et des danses d’espoir

À la Une

Roch, Elsa – Le baiser de l'ogre

Lorsqu’un soir la policière Brugguer reçoit un message, elle fonce aussitôt vers le lieu indiqué pour y découvrir un homme la tête explosée d’une balle. A ce moment là quelqu’un lui tire dans le dos. Gravement blessée, elle appelle son chef, Marsac, et, avant d’être emmenée aux urgences, le supplie de taire sa présence sur les lieux et de protéger sa petite fille d’un danger. Marsac promet le silence au risque de se mettre à dos son équipe, puis se rend auprès de la petite Liv, 3 ans, qui, dans sa version autiste, ne parle pas mais éveille en lui une tendresse et un émerveillement dont il ne se croyait plus capable
Entre-temps l’enquête démontre que l’homme mort était un ogre, un prédateur d’enfants qui ne se refusait aucun vice ni aucune abomination.
Mais quelle vérité Brugguer défend-elle si farouchement, vérité à laquelle fait écho le mutisme de Liv ?

Ce roman poétique, tramé de lumière et de ténèbres, gravite tout entier autour du silence.
Il y a le silence destructeur que tout ogre impose aux enfants, leur rendant ainsi indicible l’infamie subie
Il y a le silence du secret chez la policière, un secret qui ne cherche nullement à dissimuler, mais à se protéger et à protéger son enfant
Il y a enfin le silence de la petite Liv qui, tel celui de la psychanalyste, engage l’autre à entrer en vérité et dans cette vérité à redécouvrir le chemin de l’amour

À la Une

Gustawsson, Johana – Sang

Espagne avant 1953. Cinq petites filles nées de femmes de résistants engrossées par les franquistes, puis abattues après leur naissance. Cinq petites filles parquées dans un orphelinat religieux, soudées dans cet enfer de la perversité et finalement séparées en 53 lorsque l’une d’elles est frappée à mort et que sa petite soeur, choquée, est transférée dans un asile.
Suède année 2016 la profileuse surdouée, Emily Roy, et la douce écrivaine, Alexis Castells apprennent, bouleversées, que les parents et la soeur d’Aliénor, la jeune stagiaire d’Emily qui souffre du syndrome d’Asperger, ont été poignardés et leurs langues tranchées.
Ils géraient une clinique de procréation médicalement assistée dont les résultats dépassaient de loin ceux des autres cliniques. L’enquête s’attache à découvrir la raison de tels scores en même temps qu’elle exhume d’autres meurtres similaires…

C’est une histoire de la douleur, celle dont on veut se couper en se coupant des autres, celle que l’on porte dans son coeur et qui fermente toutes les reconnaissances et tous les amours, et celle que l’on entretient pour cultiver la haine
C’est un roman d’émotions, telle cette perception d’une mère perdue avant d’avoir été connue « Simplement une étrange sensation qui bruissait au niveau de sa poitrine et la mettait en joie tout en la rendant triste »
Douleur et douceur s’entrelacent toujours dans l’oeuvre de l’auteure, mais davantage encore dans ce livre, ce fado qui pleure des larmes de sang

À la Une

Boudou, Noël – Benzos

Depuis son adolescence Nick Power ne parvient plus à dormir sans somnifères, ces fameux benzos, mais aujourd’hui sa dépendance est telle qu’il en avale tout au long de la journée avec force alcools et joints.
L’arrivée d’un couple d’amis invités pour la semaine donne à Nick l’occasion de boire et se doper en joyeuse compagnie, mais comme sa femme a dû s’absenter, Nick s’abrutit en forçant sur les doses.
Étrangement, le lendemain ses amis annoncent derechef leur venue comme s’ils n’étaient pas déjà arrivés la veille, et cela recommence encore le surlendemain. Que se passe-t-il ? Devient-il fou ? Pour juguler cette crainte Nick engloutit davantage de benzos, si bien qu’outre sa temporalité distordue ce sont ses fantasmes qui envahissent de plus en plus sa réalité .
En surprenant par hasard un sms envoyé par sa femme à ses amis, Nick se demande si toutes ces confusions ne sont pas le fruit d’une machination…

Mais comment est-il possible qu’une femme aimante et des amis fidèles puissent seulement imaginer un tel scénario, en prétendant avoir les meilleures intentions, de ces sortes d’intentions qui, comme on le sait, pavent l’enfer ?
L’indignation, la révolte que l’on ne cesse d’éprouver en apprenant l’expérience folle dont le héros fait l’objet obstruent toute possibilité de s’accorder avec un livre qui est d’autant plus décevant que son aîné était bouleversant

À la Une

Bakowski, Solène – Miracle

Quand, Laure âgée de 21 ans, apprend qu’un cancer lui mesure sa vie, tous ses espoirs d’avenir s’écroulent 
Mais en découvrant le voilier de son père perdu en mer, Laure se reprend à rêver : elle va restaurer ce bateau et traverser l’Atlantique seule
Pour recueillir les fonds nécessaires, elle poste un message sur les réseaux sociaux et voit s’élever une nuée d enthousiastes, dont le plus touché – le plus touchant – est le jeune Lucas hospitalisé pour un cancer avancé. Avec lui, Laure découvre le vrai sens de son entreprise et une amitié intense.
Au retour de son périple, elle apprend le prodige de sa guérison. Mais Laure, adulée parce que mourante, sera haïe parce que ressuscitée : Rage chez la mère de Lucas hélas décédé, stupidité, suivisme et une mélasse de frustrations fomenteront ce cocktail de haine qui s’abattra sur la jeune femme tel une tempête capable de la projeter à l’eau

Quel est donc ce Miracle dont se titre ce livre et qui, d’ailleurs, traverse l’oeuvre entière de l’auteure? C’est celui de pouvoir traverser la souffrance la plus noire et même y sombrer sans jamais céder sur sa ferveur à aimer.
Mais la douleur aspire à s’oublier dans une haine commune, dans une masse aveuglée de colère qui enfante le Mal à l’instar du cancer dont la prolifération engendre la Mort.
Afin de fréquenter les réseaux sociaux sans nuire, il faut sans doute, comme Laure, posséder le courage de demeurer seul et celui d’endosser toujours déjà notre part de culpabilité
Ce roman écrit avec sensibilité et poésie dispense la beauté rare des ces livres qui nous rendent meilleurs

À la Une

Leduc, Frank – Cléa

Au Vatican le pape Urbain XIV baptise des fidèles lorsque soudain il semble tomber à terre devant une jeune fille blonde. Il est évacué en urgence tandis que les gardes suisses récupèrent de force tous les appareils photos des témoins de cette scène. Seule une vidéo échappera à la fouille
Quelques jours plus tard Urbain XIV doit démissionner, une rumeur le déclare atteint de démence et un nouveau pape est aussitôt élu. Ce dernier fait appel à un historien spécialiste des textes sacrés, connu pour son scepticisme éclairé.
Avec intelligence, érudition, et quelques maladresses, ce livre examine comment réagirait le monde actuel, et l’église instituée en particulier, si un nouveau prophète, un Jésus féminin, se manifestait aujourd’hui, porteur d’un message transcendant rénové. (Enfin c’est l’idée car l’auteur n’invente en fait rien qui ne soit déjà connu)
Et la réponse ne surprend pas : Tout se déroulerait pareillement qu’avec Jésus, hormis le contexte où entreraient en scène la police, la télévision, et des méthodes plus élaborées pour dissimuler la vérité
Un roman intéressant, bien écrit, qui vaut la peine malgré ses quelques défauts

À la Une

Miloszewski, Zygmunt – Les impliqués

Dans un ancien monastère de Varsovie se tient une session de thérapie dite « de la constellation familiale » aux effets étonnants. Or la nuit suivant une première journée thérapeutique fort éprouvante, l’un des participants, Henry Telak, est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil.
Ce crime est-il dû à un dérapage chez un des patients? Ou à un cambriolage qui aurait mal tourné ?
L’affaire est confiée au procureur Teodore Szacki. Il faut savoir qu’en Pologne c’est au procureur de mener l’enquête et d’interroger les suspects.
Sazcki est un homme intelligent mais il est en proie à de constantes contradictions : lâche et courageux, menteur aspirant à la vérité, accroché à la loi dont il voudrait également se départir au nom de la justice, fuyant sa femme qu’il aime et flirtant avec une sotte qui lui donne l’illusion du changement, il devra surtout se démener et fouiller le passé de la victime qu’il découvrira fortement lié à celui du communisme dont l’influence se fait toujours sentir et dont les plaies ne se sont pas encore cicatrisées

Un livre à l’ambiance sombre et désabusée, mais un roman intéressant et subtil qui se déploie autour de ce procureur à la personnalité richement nuancée. Et donc un auteur à suivre.

À la Une

Koudero, Michaël – Des visages et des morts (ou Les enfants d'Érostrate)

Quand l’inspecteur Milan apprend que son ami d’enfance a été torturé, il demande à collaborer avec la capitaine Laura Esposito chargée de l’affaire. Prévoyant sa mort, l’ami avait déposé en lieu sûr une vidéo qui montre le supplice et la mort d’ une jeune femme.
Le corps d’une autre victime exécutée avec la même cruauté conduit les deux français en Belgique où opère le commissaire Adami. Ce dernier, plus âgé, tremble quand il réalise que les visages et les tortures infligées à ces femmes sont en tous points pareils à ceux des femmes détruites 24 ans plus tôt par « Le Borgne » aujourd’hui frappé d’un handicap
Pourquoi imiter à ce point les crimes du Borgne ? Comment le lien s’est-il instauré entre l’emprisonné et son copycat ?
Questionné, Le borgne se rengorge d’avoir acquis la reconnaissance. D’ailleurs qui mieux que la presse aura suscité cet engouement pour lui, le désormais célèbre tueur ? Désormais chaque frustré pourra se forger une notoriété en reproduisant ses crimes

Une bonne idée un peu maladroitement exposée, une écriture qui se cherche encore et des personnages aux caractères assez convenus, toutes choses pardonnables quand il s’agit d’un premier livre. Un auteur à suivre donc…

À la Une

Luis, Sergio – Court-circuit

« Vous qui entrez ici, perdez toute espérance »
Antoine roule dans la nuit glacée quand une jeune femme lui fait signe, elle se dit poursuivie et bientôt en effet une voiture les percute violemment. Blessé et enfermé par ses ravisseurs, Antoine sera acculé à un choix monstrueux.
Depuis des mois les inspecteurs Mathieu Anselme et Clément Prista sont aux abois : plus de dix disparitions ont eu lieu sur leur secteur et aucune piste ne se profile. Ces Évaporateurs, comme la presse les nomme, opèrent avec une maîtrise effrayante
Parallèlement, Elodie, une dame paraplégique clouée dans un fauteuil roulant est suspectée d’avoir poignardé une amie avant d’être prise en flagrant délit du même crime sur un inconnu. Étrangement, le lendemain elle ne se souvient de rien.
Chaque jour, au sortir de l’école, Jules, le fils de Mathieu Anselme, se rend au chevet de sa mère hospitalisée pour une anorexie sévère tandis que son inspecteur de père les délaisse et ne rentre qu’au coeur de la nuit.
Plus loin dans le temps, on rencontre encore un savant fou que sa femme fuit en emportant ses nourrissons
Au final ces fragments épars s’enchevêtreront telles les pièces d’un puzzle, même si rien n’aura été sauvé

Dans les ténèbres de ce roman percent deux éclaircies : la belle écriture et la présence du jeune Jules

À la Une

Sigurdardottir, Yrsa – Indésirable

Odinn est un homme qui fuit. Il a fui sa femme et sa fille Run jusqu’au jour où la mère de la petite se défenestre. Cette mort est-elle accidentelle ou criminelle ? Run rêve chaque nuit de sa mère en colère contre elle tandis qu’Odinn redoute d’avoir causé cette chute, ayant bu plus que de raison cette nuit là. Père et fille préfèrent fuir la question et tout oublier, mais des bruits, des murmures, des émanations de ces craintes enfouies viennent alors angoisser leur quotidien,
Suite au décès d’une collègue, Odinn est chargé de vérifier si les jeunes délinquants mineurs placés dans le foyer de Krokur y étaient bien traités. Mais à part quelques photos et le fait que deux jeunes y périrent asphyxiés dans une voiture dont le pot d’échappement était bouché, il ne reste plus grand chose pour témoigner de la vie détestable dans ce foyer fermé depuis 40 ans,
A cette époque, Aldis y travaillait comme jeune ménagère sous la tutelle féroce d’un couple fanatique et impitoyable. Malheureuse et solitaire, elle s’était laissé séduire par un des délinquants, Einar, un monstre au visage d’ange qui bouleversa sa vie .
C’est auprès d’Aldis qu’Odinn parviendra au terme de son enquête

Le personnage principal de ce roman est l’ambiance, une ambiance de sourde menace amplifiée par cet hiver islandais tout en pénombre et en ombres, avec cette neige qui écrase le paysage, ce froid grinçant et ces êtres habités de silence.
L’intrigue est bien menée et le roman convainquant, mais hélas, les personnages manquent de profondeur

À la Une

Giebel, Karine – Ce que tu as fait de moi

Commandant à la brigarde des stups, Richard est admiré par son équipe et aimé des siens.
Quand Laetitia,une stagiaire attirante, mais vulnérable, se présente, Richard sent le monstre s’éveiller en lui: puisqu’elle tient tant à ce poste, elle ne pourra y rester que si elle le laisse la violer. Passé ce cap, Richard bascule du côté de la noirceur absolue. Désormais capable du pire pour exercer sa volonté de jouir du corps de l’autre en l’écrasant, il ne vit plus que pour ces moments abominables
Quant à Laetitia, elle préfère supporter ces viols qu’elle abomine et par lesquels elle se sent déchoir plutôt que de reconnaître que ce métier ne lui convient pas. Terrorisée, harcelée, traquée par ce monstre, jamais elle ne consent à ces rapports sexuels, et si jouissance il y a, elle s’apparenterait bien plutôt à une transe de haine.
Ce que chacun d’eux nomme amour ou passion est tout autre chose, et nous le sentons bien. Il s’agit, tout à l’inverse, de l’entrée dans ce trou noir que Lacan nomme Jouissance et qui est le point à ne pas atteindre sous peine de destruction, le point démoniaque, ce point où nous disparaissons comme être humains tandis que se lève une jubilation monstrueuse. Et cela ne peut que dégoûter, effrayer, horrifier les êtres humains que nous sommes tant que nous évitons ce point d’horreur en nous
C’est ce que Giebel nous donne à voir tout en ne le reconnaissant pas.
Un livre insupportable à lire mais intéressant à analyser

À la Une

Chaparro, Carme – Je ne suis pas un monstre

« Monstre » désigne cette monstration , cette mise en scène pléthorique de soi sous forme de selfies, de téléréalité etc. « Je ne suis pas » est la formule de dénégation connue depuis Freud comme une vérité méconnue sur soi qui ne peut se révéler que sous la forme négative
Ana Aren est inspectrice à la brigade des mineurs, elle se morfond encore de n’avoir jamais retrouvé le petit Nicolas disparu deux ans auparavant et enlevé, selon la rumeur, par le Slender Man. Or voici qu’un enfant en tous points semblable disparaît en plein centre commercial. Dès lors pour Ana, plus rien n’existe que la traque de ce Slender Man. Un second insuccès lui serait fatal
Inès Grau, une amie d’Ana, est journaliste à la télévision. Elle doit couvrir l’événement et, pressée par son patron, use de tous les moyens pour informer son public sur l’enquête en cours.
Tandis qu’Ana et son équipe travaillent nuit et jour, un troisième enfant disparaît dans le même centre commercial

Ce livre met en avant le contraste entre le chagrin infini des mères terrifiées, mutilées de leur enfant, repliées sur leur douleur et le tapage indécent des médias avides d’effets spéciaux à renouveler sans cesse dans un flux broyant les êtres et leurs drames
Mais hélas ce livre reste en superficie et ses révélations finales sont décevantes

À la Une

Favan, Claire – Inexorable

Alexandra et Victor ont un fils, Milo qui adule son père. Mais une nuit, la police surgit et menotte Victor sous les yeux effarés de sa femme et la rage de son fils.
Depuis cet instant la colère ne quitte plus Milo. A la moindre frustration, il frappe et agresse ses camarades. Les enseignantes tentent de le calmer, mais en vain. La direction se plaint auprès d’Alexandra déjà exténuée par un travail exigeant et qui, chaque jour, redoute les appels de l’école. Elle sermonne son fils, le supplie, le fait suivre par une psy, mais rien ne change.
Quand enfin Victor sort de prison et jure à sa femme de s’amender, elle se reprend à espérer. Milo s’épanouit. Mais hélas, l’enfer est proche…
Dix ans plus tard, lorsque des jeunes filles sont assassinées avec une violence rare, toutes ayant récemment été vues avec Milo, la police le soupçonne en premier lieu

Il paraît que l’auteure a voulu critiquer la société broyant un enfant victime (!!). Peut-être que face à la violence d’un enfant, il convient plutôt de la lui faire comprendre avec sincérité et bonté, afin de le rendre responsable de ses actes.
Un roman très moyen avec néanmoins un beau portrait de femme courageuse mais débordée

À la Une

Staincliffe Cath – Lettres à l’assassin de ma fille

Ruth est divorcée et vit seule à Manchester où résident également sa fille Lizzie avec son mari Jack et leur fille Florence, 4 ans
Un soir, elle reçoit un appel affolé de Jack; en rentrant il a retrouvé Lizzie par terre, sauvagement assassinée. C’est un choc épouvantable pour Ruth qui accueille Jack et Florence chez elle le temps que la police ait examiné les lieux .
Quatre ans plus tard, en guise de thérapie pour liquider la haine et la rancoeur qui la ravagent et pourrissent sa vie, Ruth décide d’écrire au meurtrier. Elle va revivre les événements depuis sa sidération initiale, sa plongée dans un chagrin sans nom, puis, avec l’interpellation du meurtrier, l’horreur, la révolte, la haine et le désir de vengeance.
Le procès est particulièrement éprouvant parce que l’assassin nie jusqu’au bout sa violence, parce que son avocate réduit en bouillie les certitudes et sentiments des témoins à charge, et parce que Lizzie, leur amour, est traitée comme un simple corps-preuve.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, l’auteur nous propose un portrait de femme d’une grande générosité mais chez qui la douleur et la culpabilité d’une perte si violente auraient mené à la folie si elles ne s’étaient muées en haine

À la Une

Tahtieazym, Luca – Il était une fois dans le brouillard

11 septembre 2001. A cette date qui signifie un changement de monde, se lève, à La Rochelle, mais également partout dans le monde, un brouillard épais, dépouillant le paysage de perspective et de couleurs.
On suit les mésaventures des habitants d’un immeuble où habite Agathe la misanthrope qui, ce 11 septembre, doit aller chercher ses tout jeunes neveux dont le père vient d’être renversé par une voiture nageant dans le brouillard. Au passage, elle recueille Félix le clochard à la jambe souffrante et Ornicar, le bon chien égaré. Puis, comme le smog semble s’installer, les locataires de l’immeuble rassemblent leurs tempéraments contrastés afin d’organiser leur vie devenue survie dès lors que les hôpitaux sont fermés, les communications coupées et qu’ il faut s’encorder pour aller quérir des ravitaillements, tâtant les murs et craignant les bandes agressives.
Dans cette réalité nouvelle où chacun se voit ramené à sa condition essentielle, chaque protagoniste révélera la vraie couleur de son âme teintée, comme le brouillard, du blanc le plus pur au gris le plus sombre .

Une histoire originale et passionnante malgré quelques longueurs, des personnages dotés d’ une certaine épaisseur, et une écriture étonnante avec son vocabulaire somptueux qui rend hommage à la richesse de la langue française.

À la Une

French, Nicci – Lundi mélancolie

Freida Klein est une psychanalyste fine et douée. Solitaire, elle porte en elle une profonde et secrète tristesse.
D’un collègue en arrêt de travail, elle hérite un patient, Alan qui rêve toutes les nuits d’un fils qui lui ressemblerait et serait roux comme lui quand il était jeune, et comme le petit Matthew disparu à la sortie de l’école quelques jours plus tôt. Alan confesserait-il son crime par le biais de ses rêves ?
Son devoir éthique la pousse dès lors à faire part de ce soupçon à la police, mais l’inspecteur Karlsson n’y prête aucune valeur et remballe la jeune femme.
Dans la vie calme et réglée de Frieda Klein surgit un homme à tout faire, Josef, venu d’Ukraine pour s’enrichir avant de rentrer près de sa femme et ses enfants. Il deviendra un acolyte précieux dans l’enquête menée par Frieda Klein

Si l’intrigue est peu crédible et le rôle de la police déplorable, tout l’intérêt du livre converge sur la personnalité de la psychanalyste, de telle sorte que le mystère de sa vie intrigue davantage que celui de l’enquête. Enquête qui se conclut heureusement par une belle pirouette

À la Une

Cook, Thomas H. – Au lieu-dit du Noir-Étang

Henry est aujourd’hui un vieil homme à la vie solitaire et étriquée. Il vit dans le souvenir de cette dernière année au Chattam Collège, début du XXème siècle, alors que son père y était un directeur au coeur bon et dévoué que lui, adolescent, méprisait pour son manque de liberté et d’audace
Cette année là une nouvelle enseignante en arts plastiques, Mlle Channing, arrive avec un vent de liberté dans ses bagages. Elle est belle, racée, elle encourage Henry à dessiner, et surtout elle vit une idylle avec Leland Reed, un de ses collègues qui vit non loin d’elle avec femme et enfant
Dès lors, le couple adultérin va représenter pour Henry la quintessence de cette liberté dont il rêve, il surveille leurs moindres échanges muets et, quand Reed construit un bateau, Henry l’aide en imaginant déjà le couple gagner d’autres continents.
Et c’est alors le drame, le témoignage devant un tribunal, l’accusation, trois fardeaux dont Henry ne pourra jamais se défaire

Magnifique écriture pour un drame à l’ancienne riche en émotions.
«... si bien que je finis par penser que nous n’avions pas été créés à l’image de Dieu, mais à celle de Tantale, ce que nous désirons dansant perpétuellement devant nos yeux et demeurant éternellement hors de notre portée »

À la Une

Barnaby, James – A bout de nerfs

TradeOption est une entreprise d’escroquerie financière située en Israël mais qui dispose d’un réseau mondial. C’est ainsi qu’à Londres, un homme, ruiné par ses soins, se suicide après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles. Quand Angelica, la nurse des petites filles, apprend ce drame, elle en est si déboussolée qu’elle accepte une offre d’emploi qu’un ami lui transmet : s’occuper de deux enfants dans un château en Ecosse. Conduite par son ami, Angelica est reçue en reine par un couple excentrique qui découche aussitôt, laissant la nurse seule avec les enfants. Or la nuit l’ orage tonne, les lumières s’éteignent et, le temps qu’ Angelica trouve des bougies, les enfants ont disparu. Soupçonnée par la police, la jeune femme fait, en désespoir de cause, appel à son oncle chargé des fraudes fiscales au FBI .

Un agréable divertissement qui ne casse rien et vis à vis duquel on reste assez extérieur, non réellement touché mais néanmoins curieux de connaître l’issue de cette intrigue. A lire à la plage

À la Une

Hoag, Tami – Dieu reconnaîtra les siens

Andy Fallon, officier de la police des polices, est trouvé pendu dans sa chambre. Les patrons de la police concluent au suicide ou à l’accident lors d’un jeu érotique homosexuel, solutions bien pratiques pour étouffer l’affaire, mais ni Sam Kovac ni sa coéquipière Nikki Liska de la section des homicides  n’admettent ce verdict, d’autant plus que peu après c’est le père d’Andy, un ancien policier handicapé qui, abattu d’une balle, est déclaré mort par suicide. Les deux amis vont alors se lancer dans une enquête complexe et dangereuse où s’enfilent flics violemment homophobes, lieutenants au passé douteux qui au mieux culpabilisent, au pire pavoisent tels des héros et policiers sans scrupules avides de promotion

Dans ses livres, Tami Hoag entrelace actions, réflexions et émotions dans une riche, parfois trop riche, complexité . Il y a toujours chez elle, et chez ses héros, une solitude désespérée et un esprit tourmenté qui donnent une tonalité sombre à ses romans qui connaissent néanmoins des percées d’espoir vite éteintes . A lire pour ceux qui aiment plonger dans la tourmente

À la Une

Hespel, Patricia – La fille derrière la porte

Leurs enfances furent un enfer, ils sont aujourd’hui des adultes meurtris.
Emmy, ignorée et rejetée par un père veuf, sombre dans une grave dépression suite au départ de son mari qui lui retire la garde de ses enfants.
Léna, sa voisine, a choisi la domination absolue pour survivre à l’horreur absolue. Elle s’impose à Emmy et va peu à peu lui redonner confiance en elle, mais cette aide fait partie d’un Plan conçu de longue date. D’ailleurs Léna se laisse de plus en plus envahir par sa part violente, despotique et sans scrupules
Magnus enfin tente de se libérer des sévices endurés par les scarifications qu’il s’inflige. Il s’est lié à Léna à qui il a délégué tout pouvoir sur lui, mais plus Léna en abuse, plus Magnus veut s’en détacher.
Le danger guette, le piège se referme…

Ce thriller dévoile les troubles profonds que l’enfance outragée produit sur l’adulte : Emmy fragile et sans défense, Léna dure et contrôlante, Magnus soumis et lâche, tous trois sombreront d’abord dans ce pli d’enfance avant de s’en relever, ou de s’y enfoncer.
Ce livre, bien que bien écrit, n’est pas confortable à lire parce qu’oppressant, glauque, furieusement noir et parce qu’il nous mène loin, très loin dans les tréfonds de notre psychisme

À la Une

Saussey, Jacques – Enfermé.e

Enfant, il est enfermé dans un corps qui ne correspond pas à son ressenti identitaire. En effet, né garçon, il s’éprouve et se vit comme une fille, mais ses comportements féminins suscitent la rage d’un père imperméable à l’altérité. Tenant tête au père, l’enfant se baptise du nom de Virginie et fuit ses parents dès sa majorité.
Virginie se lie alors à deux amis et se laisse entraîner dans un cambriolage qui se terminera par la mort pour eux et par la prison pour hommes pour elle. Et là, dans ce lieu sans foi ni loi, ce ne seront que viols, coups et tortures quotidiens durant 12 années, si bien que sa survie tient de l’invraisemblable
A sa sortie, recueillie par le père d’une codétenue également enfermée dans un corps d’homme, Virginie, missionnée par ce père, travaillera dans un home pour personnes âgées

Décrire, comme le fait l’auteur, le calvaire que subissent les personnes différentes est certes oeuvre nécessaire, mais ici il en fait vraiment trop !! Et pourquoi donc Virginie s’évertue-t-elle donc à afficher sa féminité dans cette prison d’hommes intolérants? Peut-être y a-t-il des sociétés de la terreur où la différence ne peut être pleinement vécue que dans l’intimité en attendant de créer un mouvement qui modifiera cette société ou nous en fera sortir
Un livre bien écrit mais qui ne m’a pas du tout convaincue

À la Une

Delcroix, Angelina – Si je serais grande

La petite Eleanore a 6 ans et ses souvenirs d’enfant sont constamment niés par sa mère qui les déclare pures inventions et s’enrage devant leur persistance
Eleanore sera mise dans une école sélective usant de la violence, de la manipulation psychologique et de drogues afin que chaque enfant perde son identité et son âme d’abord et qu’il accède ensuite aux plus hautes fonctions, d’où il pourra bloquer toute action contre la secte satanique à laquelle il est voué
C’est la découverte d’un charnier d’enfants torturés, violés et sacrifiés qui mettra Joy Morel, enceinte de 4 mois, et son équipe sur la piste de ce réseau extrêmement dangereux puisque ses influences sont partout et ses méthodes radicales.

Un livre éprouvant, difficile, effroyable parfois du fait de sa thématique mais l’auteur a ce talent, et ce respect, de ne jamais s’attarder sur les souffrances infligées aux enfants, elles sont là mais derrière un voile de pudeur, contrairement au supplice d’un des membres de la secte.
Un livre passionnant dans son versant psychologique mais avec quelques longueurs et un peu trop d’action . A lire si l’on est en condition

À la Une

Gustawsson, Johana – Mör

Fin du XIXème siècle, dans les bas-fonds crasseux de Londres, des jeunes prostituées sont éventrées par le célèbre Jack dont les crimes s’arrêtent brutalement. Une amie de ces jeunes femmes, Freda, donnera naissance à une fille qui fuira ce monde de misère pour la Suède où elle établira sa descendance.
De nos jours, en Suède, la police retrouve le cadavre d’une femme étranglée et amputée de ses rondeurs. A Londres, Emily Roy, la profileuse, ainsi qu’Alexis Castells, son amie écrivaine, sont appelées afin d’enquêter sur la disparition d’une actrice réputée. Intuitivement Emily cherche alors et trouve les chaussures de l’actrice dans un sac plastique, avérant ainsi que le modus operandi de ces deux enlèvements dans deux pays éloignés correspond bien à celui du dépeceur de femmes déjà sous les verrous depuis dix ans. Le détenu serait-il innocent? S’agit-il d’un copycat? Et pourquoi donc une reprise de crimes similaires dix ans plus tard?

Tel un pont dont deux constructeurs dresseraient les pierres de part et d’autre d’un fleuve pour se rejoindre en une perfection étonnante, ainsi ce roman partant de périodes et de lieux éloignés s’achève en une perfection d’harmonie et d’intelligence.
Intelligentes en effet sont les héroïnes de ce livre, dominantes aussi, mais si telle est Emily Roy, son amie Alexis Castells illustre l’autre versant féminin, celui de l’émotion et de l’humour. Un livre à dévorer !

À la Une

Caillot, Gilles – Je te hais

Marc Kasowski a vécu un passé atroce avec un père d’une telle violence qu’un jour il massacre sa femme et sa petite fille, cette petite soeur violée, dévastée que Marc n’a jamais protégée. Placé ensuite dans un orphelinat malfamé, Marc sera adopté par un couple, forcé ainsi d’abandonner sa jeune amie aux prises des violeurs de cet établissement
Marc s’est construit en devenant policier . Un jour, lors d’un braquage, son chef est abattu devant ses yeux tandis qu’il se contente de regarder ce drame. Blâmé par ses supérieurs, Marc va sentir s’écrouler son image de soi.
Peu de temps après la police recueille la lettre d’un kidnappeur d’enfants, lettre dans laquelle il décrit les abominations qu’il leur fait subir., lettre propre à déclencher un court-circuit dans l’esprit de Marc qui, démissionné temporairement, se lance à la poursuite d’un passé dont de larges pans se sont effacés.

Ce roman pose la question suivante : Quel est le sort de ces enfants qui ont regardé ou subi le pire dans leur enfance ? Gilles Caillot apporte ici une réponse psychiatrique extrêmement fouillée et percutante avec ce livre dur et perturbant, d’une logique psychologique étonnante et une fin bluffante

À la Une

Lebel, Nicolas – Dans la brume écarlate

Dans la ville enfouie sous la brume, Le capitaine Mehrlicht, gouiailleur et grognon, enquête avec son équipe sur la disparition d’une jeune fille quand un pêcheur arrache à la Seine le corps nu et livide d’une jeune femme. Alertée, la police sidérée retire des eaux un cimetière de corps exsangues au cou marqué de deux trous. Serait-ce un vampire ?
Non loin de là dans un camp de réfugiés harcelé par les nationalistes et les CRS, Taleb le syrien s’affole d’avoir perdu sa jeune soeur. Quand il apprend qu’un infirmier du dispensaire l’a droguée et vendue à un grand homme noir, iln’a de cesse que de traquer cet homme pour sauver sa soeur
Seul Yvan le roumain, survivant des prisons de Ceausescu, a rencontré ce Monstre noir qui, jadis, a utilisé et tué sa femme. Depuis des années et à travers le monde, Yvan met toutes ses forces à venger l’amour de sa vie

Lebel est un révolté, un homme qui s’indigne du sort réservé aux femmes dans le monde, de l’immunité dont abusent ceux qui ont un pouvoir, de cet éternel besoin de rendre un groupe bouc émissaire responsable de nos frustrations et de nos difficultés
Malgré ces thématiques sérieuses, ce livre nous offre des moments de drôlerie, des envolées lyriques et surtout un travail de langage et d’écriture si époustouflant que chaque page devient un vrai bonheur

À la Une

Massé, Xavier – L’inconnue de l’équation

Des cris, puis des coups de feu et enfin une explosion d’où jaillit une flamme laissent un couple carbonisé et un fils entre la vie et la mort. Comment le couple si harmonieux que formaient Juliette et François en est-il arrivé là ?
Les deux rescapées de ce drame, une inspectrice qui était sur les lieux et la mère de François venue ramener leur fils, vont être interrogées séparément afin de recueillir leurs témoignages, témoignages essentiellement indirects, puisque l’inspectrice ne rapporte que les dires de François venu lui parler, et que c’est lui encore qui se confiait quotidiennement à sa mère.
Bien sûr les deux récits divergent et creusent des espaces de mystère. Qui dit vrai ? Et dans quelle mesure ? La police s’arrache les cheveux

Cette première partie du roman est passionnante et les dialogues policiers-témoins sont magistralement conduits
Par contre la seconde partie, où tout s’explique, bien qu’elle ne manque pas d’ingéniosité, pèche néanmoins par son invraisemblance – celle d’une chance inouïe et répétée – et surtout par un relâchement de l’écriture
Donc certainement un livre à conseiller mais sans crier au génie

À la Une

Delzongle, Sonja – Boréal

Artica est une unité postée non loin du pôle, elle abrite 7 scientifiques récemment venus y étudier les conséquences de la pollution et du réchauffement climatique particulièrement dramatiques en ces régions.
Lors d’une première sortie dans la nuit polaire, ils découvrent un cimetière de boeufs musqués saisis par milliers dans les glaces, la terreur inscrite dans le regard. Ils vont alors faire appel à Luv Svendsen, spécialiste des hécatombes animales, qui y voit le moyen d’échapper à une situation familiale étouffante
La disparition mystérieuse d’un membre de l’équipe, puis de ceux qui tentent de retrouver le disparu, et enfin de l’équipe entière capturée par des hommes dénaturés, les tremblements de terre gigantesques, la folie, la perdition, tous ces désastres sont le résultat de la cupidité des hommes et de leur négligence en matière de nucléaire.
Bien écrit, scientifiquement exact, mettant en scène des personnages dotés d’ombre et de lumière, Sonja Delzongle nous assène néanmoins un peu trop d’horreur là où celle des conditions climatiques suffisait

À la Une

Ruju, Pascale – Une affaire comme les autres

Dans une pièce, des caméras de surveillance et deux femmes face à face. L’une est une procureure adjointe extrêmement douée, l’autre est Annamaria, accusée d’avoir tué son mari
Annamaria va raconter comment elle tomba éperdument amoureuse de cet homme richissime, comment, très vite, elle perçut qu’il ne fallait lui poser aucune question sur ses activités, qu’elle ne devait surtout rien savoir si elle voulait préserver l’estime et l’amour qu’elle lui portait. Jusqu’au jour où elle prend conscience de ce qu’était réellement son mari, de ce qu’il n’y avait pas d’amour entre eux et du danger de le quitter. Jusqu’au jour où elle rencontre le grand amour, celui qui devait rester clandestin sous peine de mort.
La procureure entrecoupe cette narration en révélant à l’accusée que son mari était le chef d’une famille mafieuse, un chef impitoyable, brutal et avide d’argent. Qu’aucune atrocité ne le retenait, à tel point que même ses plus proches lieutenants ne lui furent point fidèles
Et puis viennent les questions : Avez-vous tué votre mari ? Quel est le nom de votre amour secret ?
Un huis-clos magnifique et une conclusion stupéfiante