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George, Elizabeth – Anatomie d’un crime

Pour les enfants Campbell, la vie est pavée de souffrances: un père abattu devant sa fille, une mère cloîtrée dans un hôpital psychiatrique, suivis d’une grand-mère dotée d’un mari alcoolique et qui, un beau jour, les dépose, tels des sacs poubelle, sur le trottoir de sa fille Kendra. Cette dernière, célibataire par choix, ne s’attend pas à un tel cadeau-fardeau.
Ness, 15ans, exprime sa révolte dans le sexe, la drogue et l’agressivité; Joël,12ans, protège son petit frère Toby perdu dans ce monde qui l’effraie.
Grand solitaire, Joël devient vite la proie d’une bande de loubards. Mais quand ces derniers s’en prennent à Toby, Joël, affolé, est prêt à tout pour éviter le naufrage mental de son petit frère
Si Kendra se soucie réellement de ses neveux, elle est cependant débordée par leurs problèmes qu’ils s’emploient d’ailleurs à lui taire, car telle est la loi des quartiers pauvres et malfamés

Un roman sublime, poignant, mais infiniment triste.
L’auteure, tout comme Kendra, entoure les enfants d’une immense, et impuissante, tendresse. Impuissante parce que leur blessure intime est si profonde, si indicible qu’elle ne eut s’exprimer que dans la rage l’effondrement ou le naufrage .
Quand le monde est violence, que faire de sa tendresse? Quand tout est désespoir, comment croire à une issue qui ne soit cruelle?

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Grebe, Camilla – L’archipel des larmes

Quatre époques avec quatre policières s’efforçant de découvrir le visage d’un tueur qui s’introduit chez des jeunes femmes célibataires et, en présence de leur enfant, les tabasse avec une violence rare, puis les crucifie au sol. On nomme ce monstre « le tueur des bas-fonds » car il choisit des femmes démunies dont il bafoue la féminité et la maternité.
Ces quatre policières, quoique débutantes, ou du moins peu gradées, sont extrêmement douées mais leur talent se heurte, parce que femmes, au dédain, à la dépréciation systématique et à l’ostracisme de leur supérieur
Elles doivent encore, en plus, faire face à de profondes désillusions dans leur couple.
Si ce sont ces femmes flics qui chaque fois approchent au plus près la vérité du tueur, c’est sans doute parce que, délivrées de ces préjugés et postures qui limitent l’ouverture d’esprit de certains hommes et certaines gradées, elles parviennent à s’insérer dans d’autres schémas de pensée et d’action. Chacune d’elles laissera d’ailleurs une trace qui guidera la suivante dans son enquête

L’auteure nous empoigne par la main et le coeur à la suite de ses quatre héroïnes qui se succèdent et nous relatent, chacune dans la langue de sa sensibilité, leur acharnement à sauver les futures victimes et percer le mystère du monstre, leurs réflexions, la traversée de leurs peurs, leurs doutes, leurs désespoirs,
L’enquête durera 75 ans et on se demandera avec l’auteure si les mentalités auront changé. mais le peuvent-elles tant que l’homme ne s’appréciera, lui et les autres, qu’en termes de plus ou moins, inférieur ou supérieur, plus petit ou plus grand, bref tant qu’il ne se déterminera que mathématiquement ?

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Coquery, Guillaume – Oskal

Une toute jeune équipe naît à Saint-Gaudens. A sa tête Damien Sergent, moins chef que responsable de son équipe, s’adjoint son ami Fredo, Sandrine la battante et Yannis le geek.
Ils sont appelés dans un cirque car Irina, une jeune danseuse russe, s’est donné la mort par balle. Cependant un examen plus sérieux démontre qu’il s’agit d’un assassinat, et même d’un double meurtre en lien avec la disparition d’une jeune femme qui vivait auparavant à Besançon, tout comme Irina, C’est là également que la femme de Fredo s’est évaporée il y a tant d’années, le laissant inconsolable et meurtri. L’équipe s’y rend donc mais tombe sur un mur de silence, de preuves disparues et d’obstacles musclés.
Dès lors l’enquête se complexifie en une véritable toile d’araignée aux fils emmêlés, une toile dans laquelle l’équipe traversera bien des zones de turbulences mais en ressortira soudée, prête à poursuivre son oeuvre de justice

Remarquable est que les policiers ne sont ici ni caricaturaux ni univoques, ils n’arborent pas ces postures irritantes, mais, et c’est le défaut de cette qualité, ils manquent de cette étoffe faite d’âme et de paradoxes qui nous donne le sentiment d’une réelle présence, unique, opaque et prodigieuse
Par ailleurs l’intrigue est complexe à souhait, vrai labyrinthe où les sorties se ramifient, abouchent sur des trompe-l’oeil et où, quand on pensait tout deviner, on ne frôlait en fait que la plume de l’oiseau s’envolant.
Quant à l’écriture, elle se fait discrète, tout au service de l’intrigue dont on attend la suite ..

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Delcroix, Angélina – Synopsix

Mallory la rebelle, l’impulsive, fut, dès ses 18 ans, reniée par son père.
Après avoir galéré dans la rue, elle accepte un emploi de serveuse mais s’accroche sans cesse à une patronne teigneuse. Aussi quand elle reçoit une invitation à un jeu qui consiste à résoudre un crime encore non élucidé, assorti d’une somme rondelette, elle s’y jette les yeux fermés. Droguée, elle est alors emmenée, en plein l’hiver, dans un manoir délabré sans eau ni électricité. Cinq autres participants vont progressivement échouer en ce lieu morbide où les nuits sont parsemées de cris et de vents violents. Très vite, la méfiance s’installe entre les six protagonistes, les consignes qui leur sont transmises suintent de menaces, la peur grimpe, grandit encore quand ils sont confrontés aux scènes de crime tellement réelles
Mais désormais toute fuite s’avère impossible, voire même dangereuse.
Pendant ce temps, une écrivaine réécrit le scénario de son livre à paraître…

Si à l’instar de ses précédents romans, l’écriture et le rythme sont toujours excellents, l’histoire, bien construite mais fortement tirée par les cheveux, exige du lecteur une bonne dose de crédulité et de bonne volonté,
Et la fin qui devait faire choc, laisse encore plus interloqué.

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de Roany, Céline – Vena Amoris

En pénétrant dans une grange où gît une jeune femme éventrée, Céleste Ibar voit surgir un gendarme gradé qui l’accuse de ce meurtre. Emmenée manu militari et questionnée, Céleste, éprouvée jusqu’à l’âme, raconte…
…Comment elle fut envoyée, avec son fidèle coéquipîer Ithri, dans cette région sauvage et marécageuse de la Brière suite au meurtre d’une jeune femme mutilée aux lieux de sa féminité avec, non loin d’elle, une alliance d’homme. Or, ce crime est en tous points similaire à celui d’une jeune femme découverte quelques mois plus tôt, toujours non identifiée
C’est affligée d’un gendarme d’abord accueilli avec réticence puis accepté et même apprécié que Céleste et son équipe vont suivre les pistes ouvertes par l’étrange modus operandi du meurtrier et par ce qui se dessine comme la typologie de ses victimes
Tandis que, dans cette nature ombrageuse, les chemins s’ouvrent sur des cabanes obscures et des restaurants de luxe, Céleste est confrontée à d’autres pressions liées à un ancien procès où la légitime défense prononcée en sa faveur se voit remise en question. De quoi raviver sa culpabilité dont on sait depuis Lacan que « Ce n’est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité » 

Si l’on retrouve l’écriture superbe et le sérieux du travail de Céline de Roany, ses personnages se sont largement étoffés et colorés, Céleste en particulier est bouleversante quand la culpabilité, le doute et la douleur la poussent à s’éloigner de ceux dont elle a un besoin essentiel et à s’armer de dureté, cet envers de sa fragilité.
On se réjouit déjà de suivre ailleurs ce personnage tourmenté, contrasté et d’une rectitude absolue.
Notons aussi cette absence totale de préjugés qui descelle, entre autres, les grilles où s’enferment d’ordinaire nos conceptions de la féminité, de la maternité et de la filiation

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Garcia Sáens de Urturi, Eva – Le silence de la ville blanche

Pays Basque Espagnol.  Dans une cathédrale en réfection, les ouvriers tombent sur deux cadavres nus, la main posée sur la joue de l’autre, asphyxiés par les piqûres d’abeilles introduite dans leur bouche.
Cette mise en scène rappelle d’autres crimes commis 20 ans plus tôt où l’eguzkilore (la fleur de chardon) basque, l’âge des victimes et le lieu de leur exécution constituaient des symboles énigmatiques
Or Tasio, l’auteur présumé de ces crimes est toujours incarcéré. A-t-il donc été condamné à tort, lui qui fut arrêté par son propre frère jumeau Ignatio, alors policier ?
En apartés nous revenons sur le passé des jumeaux, au temps où le noble statut de leurs parents cachait bien des secrets et des souffrances.
Tandis que les fêtes locales battent leur plein, les inspecteurs Unai Lopez de Ayala, surnommé Kraken et Estibaliz Ruiz de Gauna tentent de démêler cette véritable toile d’araignée constituée de leurres, de fausses pistes et d’écueils dans lesquels le maître d’oeuvre, un tueur machiavélique et multiface, les entraîne et les piège

Une belle qualité d’écriture.
Des personnages nuancés mais peu attachants, avec quelque chose de froid et de figé en eux.
Une intrigue prenante et complexe, chargée d’un passé qui lui donne de la profondeur, mais par moments trop profuse.
Au final donc, un très bon premier livre, et une auteure à suivre

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Minier, Bernard – La Vallée

Martin Servaz en est à sa troisième compagne, la première l’ayant quitté et la seconde, Marianne, ayant été enlevée 8 ans plus tôt.
Un jour pourtant cette dernière l’appelle à l’aide, elle a réussi à s’échapper, se sait poursuivie mais ne peut lui donner comme indication qu’une route et des hauteurs dans lesquelles, ô chance, Servaz reconnaît aussitôt un village des Pyrénées. Il s’y rend donc mais ses recherches ne mènent à rien.
Par contre, il retrouve une ancienne collègue chargée d’enquêter sur deux meurtres atroces. Bien que suspendu de ses fonctions Martin décide de l’assister, espérant ainsi trouver une piste vers Marianne.
Lorsque des enfants s’enténèbrent, que les victimes s’avèrent avoir été suivies par une psychiatre déjantée, que le village est coupé du monde suite à un éboulement suspect et qu’un troisième meurtre survient, la tension atteint son zénith

Un roman peu crédible. L’auteur doit pousser, tirer et forcer pour faire entrer dans le même trou ces meurtres odieux, la disparition de Marianne, l’enquête d’un suspendu d’enquête, et plusieurs scènes d’héroïsme dignes des BD de notre enfance censées persuader le public que Servaz mérite bien de réintégrer son poste.
Quant à l’écriture, elle est correcte mais les métaphores peu réussies.

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Grebe, Camilla & Traff, Asa – Ça aurait pu être le paradis

Siri Bergman est psychologue au sein d’un cabinet où travaillent également son amie Aina ainsi qu’un collègue plus âgé, Sven.
Elle y reçoit entre autres une jeune femme borderline ainsi qu’une femme d’affaire souffrant d’anorexie, et les entend d’autant mieux qu’elle-même souffre notamment de la peur du noir
À moins de quarante ans, elle est déjà veuve, son mari s’étant donné la mort suite à la fausse couche qu’elle a enduré.
Par la suite, Siri est demeurée dans cette maison isolée située en bord de mer qu’ils avaient aménagé ensemble, noyant son deuil dans l’alcool.
Le suspense s’installe lorsque Siri s’aperçoit que quelqu’un a pénétré dans sa maison, il croît encore quand une de ses patientes se noie près de chez elle, avec, non loin, une lettre qui la désigne comme l’instigatrice de ce suicide, puis ce sont des traces de sang devant sa porte et cette présence qu’elle sent guetter dans la nuit..
Qui donc cherche à lui nuire ainsi? Et pourquoi?

Ce n’est pas tant la réponse à cette question qui importe dans ce livre, mais l’instauration progressive de la menace, le soupçon que nourrit Siri envers son entourage, et l’alternance de ses émotions contradictoires avec les pensées du criminel tapi dans l’ombre
Ce roman est donc, pour les amateurs de ces policiers nordiques éprouvants, une fort agréable promenade en bord de mer

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Paris B.A. – Le dilemme

Depuis le jour de son mariage, modeste et discret puisque ses riches parents l’on bannie, elle, son mari de couleur et sa grossesse pré-maritale,
Livia rêve d’une fête somptueuse pour ses 40 ans.
Enfin le jour tant attendu est arrivé ! Il fait beau, les décorateurs s’activent, le jardin resplendit, mais Livia s’inquiète, rongée par un secret qu’elle détient depuis peu et qu’elle devra révéler à Adam, au risque de le briser
Adam est également inquiet : Leur fille, Marnie, devait faire la surprise de venir de Hong Kong où elle étudie, pour assister à la fête de sa mère. Ce trajet nécessitait de changer d’avion au Caire, or, par hasard, Adam entend qu’un avion a explosé en décollant du Caire. De plus en plus angoissé, Adam ne veut toutefois rien dire à sa femme pour ne pas gâcher sa soirée et puis qui sait ? Marnie a peut-être manqué cet avion ?

Un couple qui, sous le prétexte d’une fête intouchable, tait l’essentiel, voilà déjà de quoi nous faire grincer des dents. Mais l’auteur gâche encore ce qui reste de notre fête de lecture en ne faisant qu’effleurer une problématique familiale pesante au profit d’atermoiements exaspérants
Côté écriture, c’est correct sans plus

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Loubry, Jérôme – De soleil et de sang

2010 Haïti. L’inspecteur Simon Belage et son adjoint sont confrontés aux meurtres de deux couples dont les corps ont été mutilés selon un rituel propre au vaudou, la religion régnante. Résolument non croyant, Simon ne voit dans ces rites qu’ une mascarade destinée à masquer d’autres desseins
Au cours de ses recherches, Simon déterre une photo datée de 2004 montrant les victimes réunies autour de Baby Doc lors de l’inauguration d’un orphelinat, « la Tombe joyeuse », aujourd’hui abandonné.
En 2004 donc, six enfants présentant une différence furent enlevés de force et enfermés à la Tombe joyeuse.
Il faut savoir que l’île se distingue par sa pauvreté, sa corruption et son trafic d’enfants qui, vendus par des parents désespérés ou carrément volés, se retrouvent dans de tels orphelinats afin d’être achetés à prix d’or.

L’auteur a un réel talent pour imbiber son livre des senteurs de cette île, de sa chaleur, de sa violence toujours prête à exploser et de l’immense pauvreté de son peuple abandonné
Il dénonce également ce commerce d’enfants qui, bien qu’ayant famille, sont vendus à de riches européens croyant les adopter ou à d’aussi riches autochtones en tant qu’ esclaves
Le seul côté faible de ce roman est sa partie policière plutôt inconsistante

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Redondo, Dolores – Le gardien invisible

Lorsque le corps d’une jeune fille est découvert dans la forêt d’Elizondo, l’inspectrice Amaia Salazar y est envoyée en vertu de ses origines au coeur même de ce village. Certes cette promotion la flatte et l’idée de revenir loger chez sa tante tant aimée la réjouit, mais ce lieu porte également le sceau d’une angoisse où s’engouffrent de terrifiants cauchemars.
Avec des sentiments mitigés Amaia retrouve ses soeurs. Flora, dure et dominatrice, a repris la biscuiterie familiale tandis que la fragile Ros se reconstruit après avoir quitté mari et emploi
Entre-temps d’autres meurtres similaires surviennent, avec la même mise en scène où des jeunes filles considérées comme délurées sont disposées dans une attitude virginale, le pubis orné d’un biscuit régional
Dans ce pays basque, les croyances sont légion et ces meurtres sont d’emblée attribuées au basajaun, ce gardien invisible qui pourtant protège la forêt et fuit les hommes. Il est en effet difficile d’admettre quun tueur aussi monstrueux puisse être un humain, habitant du village de surcroît
L’enquête piétine et les cauchemars d’Amaia s’intensifient, peut-être est-il là, le véritable gardien invisible qui entrave l’enquête et paralyse l’înspectrice, l’empêchant d’accéder à ce qui la ronge ?

Un splendide roman psychologique, infiniment touchant, dont il semble même que le côté policier ne soit que le tremplin, et la part la plus déficiente.

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Lupton, Rosamund – À toi ma soeur

Quand Béatrice apprend que Tess, sa soeur, s’est suicidée, elle quitte tout pour gagner Londres au plus vite. Impossible que Tess se soit donné la mort, comme l’affirme la police, elle toujours si joyeuse, si optimiste! Et puis elle lui aurait confié ses désarrois, elles se disaient tout !
Même quand elle apprend que Tess a accouché avant terme d’un fils mort-né, même quand le psychiatre déclare qu’elle souffrait d’une psychose postnatale, Béatrice reste convaincue qu’il s’agit d’un assassinat et décide de mener l’enquête, seule s’il le faut, jusqu’au bout
Dans ce livre qui est une longue lettre adressée à sa soeur, avec son amour, avec sa culpabilité, avec sa foi totale en cette petite soeur lumineuse, Béatrice relate son parcours vers la vérité du meurtre, mais aussi vers celle d’une vie tellement plus riche à laquelle le deuil l’unit peu à peu
Car si les deux soeurs ont vécu les mêmes effondrements – la mort du petit frère atteint de mucoviscidose, la fuite du père – Béatrice, par crainte de souffrir encore, s’est enfermée dans une vie stricte et rangée tandis que Tess vivait au jour le jour dans la générosité et l’abondance de vie

Quand un livre allie ainsi la finesse des émotions, la richesse de l’intrigue et la beauté de l’écriture, mieux vaut lui laisser la parole :
« J’ai jeté ainsi dans ta tombe tout ce que nous avions partagé, les racines solides, les tiges, les feuilles, et les douces et jolies fleurs de cette relation qui unit deux soeurs. Et je suis restée au bord, si affaiblie que j’ai cru ne plus pouvoir vivre. »

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Fel, Jeremy – Les loups à leur porte

Qu’est ce que le Mal radical ? C’est celui qui l’on rejoint lorsque l’on s’empare de l’autre comme d’un objet pour le détruire avec la jubilation perverse de qui a transgressé les lois du vivant
Tel est Walter, celui dont l’ombre froide plane sur les scènes de ce livre dès lors angoissant, tendu, insoutenable. Lui donc, et quelques autres.
Qu’est ce que le Bien absolu ? C’est celui de qui a rencontré le Mal absolu, en a souffert au plus profond de son âme et de son coeur et qui, pourtant, jamais n’abdique une parcelle de son désir du bien, et, n’abdiquant pas, le réalise
Telle est Marie-Beth, subissant le Mal, le fuyant, s’y opposant sans répit, . Elle, et un autre.
Au départ, ce livre s’offre comme une multitude de petites scènes apparemment sans lien. On s’y perd, on est désorienté, un peu submergé.
Et puis certains personnages, parfois même secondaires, reviennent plus tard dans une autre scène, sur un autre lieu, pour un autre rôle et même, pour l’un d’eux, sous un autre nom.
Vient ensuite le tournant décisif ensuite duquel les scènes éparses deviennent chapitres, les chapitres se lient, se déploient . Et le livre, comme les vies, reprend son rythme
Une oeuvre magistrale, tramée comme une composition musicale

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Harper, Jane – Lost man

L’Outback australien, où la chaleur atteint 45°, où la déshydratation est rapide et les cancers de la peau inévitables, où les voisins habitent à plus de 300 kilomètres. Dans ce semi désert, les frères Bright, Nathan et Bub attendent la police près du corps de leur frère Cameron, mort de soif à neuf kilomètres de sa voiture pourtant chargée de vivres et de boissons.
Pourquoi est-il parti si loin à pied sans même une bouteille d’eau? Que venait-il faire dans ce coin alors que Bud l’attendait loin de là pour une réparation?
C’est Nathan, l’aîné, celui que la vie a le plus éprouvé, celui qui fut ostracisé, forcé d’apprendre à vivre seul dans un désert affectif et social et dans une terre ingrate, qui, logé pour l’occasion dans la ferme familiale, s’acharnera à découvrir le mystère entourant cette mort.
Car le silence de Nathan, imposé par sa solitude forcée, ce silence qui a nourri sa droiture et son courage sera seul capable de s’opposer au silence du secret, de la peur et de la duplicité

De l’émotion. De l’émotion par delà les mots quand ces paysages fabuleux, ces déserts de sable rouge où poussent quelques herbes pour un bétail disséminé, nous saisissent, nous réduisent au silence.
De l’émotion à demi mot quand l’auteure prend le temps de nous faire ressentir ses personnages dans les replis de leurs âmes et les tourments de leurs coeurs. Et nous amène ainsi à les aimer

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Kerr, Philip – L’été de cristal

Berlin 1936. Bernie Gunther est détective privé. Cet homme froid, insensible et cynique, est chargé par des hauts fonctionnaires du Reich d’enquêter sur un vol de bijoux et sur la disparition d’un sbire de Goering. Si Bernie, qui a le ricanement facile, se gausse des puissants, il n’hésite cependant pas à les servir quand une belle somme est à la clé.
Il se prétend anti-nazi parce qu’il ne met aucune conviction dans le salut hitlérien et les mascarades désormais obligatoires, mais il incarne l’esprit nazi puisqu’il se pense bien plus malin et supérieur aux autres et qu’il use de tous les moyens, mensonges, corruption, chantages, manipulations, afin de plier les autres, tels de vulgaires instruments, à ses propres fins.
La dernière partie du livre, qui vise sans doute à rétablir Bernie dans notre estime, est un montage aberrant car il fait fi des méthodes directes et expéditives de la gestapo

Alors oui c’est bien dit, le propos est intelligent, le climat de défiance généralisée propre à l’Allemagne d’avant guerre est bien rendu, il y a, pour ainsi dire, de la longueur et de la largeur dans ce livre mais il manque l’essentiel : de la profondeur et de la hauteur

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Mayeras, Maud – Hématome

Amnésique, sans nom, elle se réveille dans une chambre d’hôpital avec, à ses côtés, Karter, ce compagnon dont elle n’a aucun souvenir. Au cours de ces jours de souffrance, Emma, car tel est son nom, apprend qu’elle a été agressée et violée avec une sorte de harpon qui a détruit son foetus.
Forcée de quitter l’hôpital, la jeune femme part, guidée par Karter, dans leur appartement où son chat handicapé l’accueille en fête.
L’amnésie a jeté Emma dans une grande désolation, cependant des flashs lui parviennent, vestiges d’un passé inquiétant qu’elle offre à Karter et qu’il lui rend dans un contexte rassurant
Quand elle ose enfin se regarder dans un miroir, Emma découvre les ailes tatouées sur son dos et brusquement Trax, son ami tatoueur, son amour, lui revient en mémoire. Où est-il? Son évocation met Karter en fureur.
Mais bientôt, d’autres bribes de souvenir ressurgissent: sa toxicomane, son ami qui l’en sauve, sa clinique vétérinaire, l’échec et la ruine, un père en vie.
Remise sur pied, Emma décide d’aller revoir ce père et cette clinique.

Un suspense palpitant où les questions obtiennent des réponses suscitant d’autres questions, où la vérité se glisse entre intuitions, allusions et non-dits. Malheureusement cette intrigue, assortie d’une fort belle écriture, s’échoue dans un final fracassant et démesuré

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Ellory, R.J. – Les neufs cercles

1974. John Gaines, vétéran du Vietnam, est nommé shérif dans le Mississippi. Chaque jour il lutte tant contre la folie que contre l’insensibilité qui menacent les survivants de cette guerre immonde et insensée dont l’horreur hante ses rêves.
Aussi, quand le cadavre d’une adolescente disparue vingt ans plus tôt est découvert, préservé par la boue et avec, à la place du coeur, un serpent enroulé sur lui-même, John sent qu’il devra traverser à nouveau les cercles de l’enfer passant par un ancien de la guerre du Japon amoureux fou de la jeune morte et traversant le clan (klan) riche et influent que fréquentait la jeune fille à l’époque.
Ce clan est celui des 4 enfants Wade dont aujourd’hui l’aînée s’est rangée et dont l’aîné s’est donné les pleins pouvoirs sur les affaires familiales, sur sa jeune soeur rebelle et sur le benjamin marginal
Cette enquête où chaque pas met John en danger puisque le klan tout entier, soutenu en haut lieu, élimine les importuns en toute impunité, est aussi le lieu où John éprouve son vrai courage, non plus celui de la peur, mais celui de la lutte pour la justice et la vérité, quoi qu’il en coûte.
Ainsi seulement John se rachètera-t-il du péché d’avoir été contraint de participer à cette guerre monstrueuse et d’en être revenu vivant
Un très grand livre

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Job, Armel – Baigneuse nue sur un rocher

Nous sommes en1957, dans un petit village de l’Ardenne belge.
José Cohen, peintre juif, s’y était réfugié en 1940, fuyant Liège et rejoignant la résistance où siégeaient un curé joyeusement iconoclaste et retors, Teddy, jeune prodige gay, Clément, le trousseur de jupons détesté de tous et Léopold, l’ombrageux charcutier.
En 1957, Thérèse, la fille du charcutier, a 16 ans. Elle travaille dans la boutique de ses parents quand José y entre et propose de réaliser son portrait. Ravie, la jeune fille accepte de poser pour un chaste portrait, puis de se laisser peindre nue sur un rocher au bord de la rivière. José lui promet de n’exposer cette peinture que loin, à Liège. Hélas, un journaliste a vent de l’affaire et s’en gausse dans le journal local.
Et c’est le scandale !
Et le déchirement des surfaces sous lesquelles resurgissent les infamies, les lâchetés, les basses vengeances que la guerre avait autorisées et qui ont marqué chaque villageois de leur sceau délétère

Avec son écriture savoureuse et poétique, avec sa tendre ironie et son immense compassion pour la faiblesse humaine, Armel Job nous conduit à ne jamais juger mais à accompagner ceux qui étouffent sous leurs déceptions et leurs souffrances et ne trouvent d’air qu’en blessant leurs semblables

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Colize, Paul – Toute la violence des hommes

Vukovar 1991 Alors que les serbes pilonnent la ville, le petit Nikola Stankovic, 8 ans, se réfugie avec ses parents dans les caves de la ville où il restera près de trois mois, affamé, glacé, terrifié par les terribles événements de la guerre qui le saisissent au plus intime de son être.
Bruxelles de nos jours. D’immenses fresques ultra-violentes émergent, au petit matin, sur des surfaces inaccessibles. Personne ne connaît l’identité ou le visage de cet artiste prodigieux, sauf le lecteur : il s’agit de Nikola, celui-là même qui est accusé d’avoir occis une jeune croate, Ivanka, à coups de couteau : les caméras l’ont repéré sortant de chez elle et ses chaussures sont imprégnées du sang de la jeune femme.
Confrontée au mutisme du jeune homme, la justice le place en EDS (Établissement de Défense Sociale) afin de déterminer si l’accusé est responsable de ses actes ou non. Ne pas l’être l’entraînerait en unité psychiatrique fermée, sans défense et sans terme, le pire donc. Sous ses allures de Folcoche, Pauline Derval, la psychiatre directrice de l’EDS, comprend vite que son patient, privé de mots, parle en peignant.

Avec sa langue toute en finesse, ses personnages complexes et contradictoires, comme nous le sommes tous, et son immense, son incomparable tendresse envers les hommes, Paul Colize signe ici sa plus belle oeuvre

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Meyer, Deon – L’année du lion

Afrique du Sud, quelques mois après la Fièvre qui a emporté 90% de la population mondiale. Willem Storm et son fils de13 ans, Nico, roulent à bord d’un camion remorque dans lequel ils entassent vivres et carburant glanés çà et là. Mais les dangers parsèment leur route : chiens attaquant en meute, hommes armés, manque d’électricité, d’eau, de carburant. Et la solitude. Naît alors chez Willem le rêve de rassembler les hommes autour du barrage de Vanderkloof qu’il rejoint, dispersant des avis sur son trajet.
Ce sont des êtres gravement éprouvés qui s’annoncent, se racontent et s’installent en ce lieu petit à petit aménagé. Jusqu’à fonder ensemble Amanzi (eau dans la langue vernaculaire) une démocratie qui choisit Willem, cet homme érudit et bon, comme président.
L’histoire des premières années d’Amanzi est rapportée par Nico, le fils de Willem. Elle est celle de l’évolution d’une société en même temps que celle de la formation du jeune homme, pleine de douleurs, de haine et de guerres, mais aussi d’amour, de compassion et de tolérance

Ce livre est une magnifique épopée où le rêve d’une communauté juste et bonne se heurte aux éternelles passions humaines .
Il renouvelle également le mythe fondateur de l’homme, cet être issu de la destruction et de la création, qui ne peut penser qu’en classes et distinctions, vecteurs de haine, qui ne ne peut vivre qu’en liens et partages, sources d’amour

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North Patterson, Richard – Degré de culpabilité

Dans une suite d’hôtel, Mary Carelli, la brillante journaliste, tue un écrivain célèbre d’une balle en plein coeur.. Choquée, elle appelle la police et explique qu’elle a tiré après avoir été frappée et presque violée, mais tant la médecin légiste que la police constatent plusieurs éléments contredisant cette version. Mary. demande alors à Christopher Paget, son ancien amant et père de leur fils, d’être son avocat, ce qu’il accepte après moult réticences
Il est assisté par Terri, une jeune avocate qui tout en se débattant dans un mariage de type mélasse, est capable d’une écoute si chaleureuse que certaines femmes, également blessées et humiliées par l’écrivain, acceptent de témoigner contre lui lors de l’audience préliminaire, ce long procès qui déterminera si Mary doit passer aux assises ou être relaxée
Conduit par une juge d’une grande intelligente, ce procès est aussi passionnant que redoutable dès lors que les avocats des deux parties luttent davantage pour des enjeux personnels que pour l’accusée et la victime

Ce livre d’une intelligence et d’une subtilité rares offre des portraits de femmes bouleversants ainsi qu’une intrigue d’une belle complexité où les couches de révélations semblent sans fin et la vérité finale inaccessible.
Bien qu’écrit il y 25 ans, ce livre pourrait être sorti aujourd’hui qu’on y croirait, à part le fait que les tests ADN n’existent pas encore

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Lapena, Shari – Un assassin parmi nous

Le Mitchell’s Inn est un hôtel de luxe isolé dans la forêt montagneuse et conçu à l’ancienne. Ce week-end, il accueille dix clients en quête d’un repos hors du temps et du monde. Parmi eux un avocat, une écrivaine, trois couples et deux amies auxquels s’ajoutent père et fils qui tiennent la boutique
Nous sommes au coeur de l’hiver et bientôt la tempête se lève, provoquant une coupure d’électricité et rendant la route impraticable.
Quand le lendemain matin ils découvrent la jeune Dana fracassée au pied de l’escalier, le coup sur sa tête dénonçant un acte criminel, tous suspectent son fiancé. Hélas, sans réseau ni téléphone, impossible d’alerter la police.
La journée est inquiète et froide, et lorsqu’une deuxième victime est découverte, ils décident de demeurer ensemble dans le salon, ce qui leur permet de se surveiller les uns les autres, méfiants et effrayés.
C’est là, autour d’un feu de cheminée, que certains vont parler, livrer leurs secrets et leurs blessures, moments de grâce brutalement interrompus par la fuite paniquée de l’un d’entre eux dans la nuit glaciale

On pense bien sûr aux dix petits nègres d’Agatha Christie et s’il y a quelques similitudes, elles sont traitées fort différemment et s’en écartent bien vite.
L’écriture est belle, le texte prenant, mais hélas ce roman s’arrête trop vite, ne persévérant pas sur ses lignes de force et se précipitant vers une fin qui aurait mérité plus de soin et d’attention

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Abbott, Rachel – La disparue de Noël

C’est la nuit, Caroline conduit, Natasha, six ans, dort à l’arrière. Un ami l’appelle et lui dit de ne surtout pas s’arrêter, or une voiture barre la voie. Caroline la contourne, dérape et s’écrase. Quand les secours et David, le père de Natasha arrivent, la mère est morte et l’enfant a disparu.
Après des années de deuil, David épouse Emma. Ensemble, ils ont un fils de 18 mois, Ollie.
Six ans après le drame, Natasha resurgit d’on ne sait où et surprend Emma avec le petit Ollie. La jeune adolescente est devenue dure, méfiante, revêche, elle refuse absolument que la police soit avertie de son retour, retour tout provisoire d’ailleurs laisse-t-elle entendre. Enfin, elle s’en prend particulièrement à David, son père qu’elle accuse de la mort de sa mère. Seul Ollie, éperdu d’amour pour sa Tasha, parvient à toucher son coeur endurci.
1)Que s’est-il passé durant ces six années dont Natasha refuse de parler?
2)Qu’a-t-elle enduré pour éprouver tant de hargne et tant de terreur?
3)Dans quel but est-elle réapparue subitement aujourd’hu?

Ce thriller, qui s’annonce ainsi sous les meilleurs auspices, remplit largement ses promesses, offrant énormément d’émotions et des réponses inédites aux deux premières questions. Là où il y a quelques longueurs et digressions inutiles c’est dans la réponse, peu consistante d’ailleurs, à la dernière question.
Néanmoins ce livre mérite certainement d’être lu, et apprécié

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Renand, Antoine – Fermer les yeux

Tassi est gendarme et fort porté sur la boisson jusqu’au jour où, ivre, il provoque un accident qui tuera sa fille. Couvert par ses supérieurs, il garde son poste mais noie sa culpabilité dans l’alcool au point de perdre sa femme partie avec son fils, et de bâcler son travail.
Un jour, une jeune fille de la région disparaît. S’en revenant d’une vaine battue, le gendarme aperçoit en contrebas un homme près d’un trou. Curieux, il descend et tombe sur le marginal de la région portant dans les bras la jeune fille recherchée, morte suppliciée. Tassi menotte l’homme hébété et lui soutire des aveux après des jours d’interrogatoires soutenus.
Cet homme, Gabin Lepage, écologiste avant l’heure et détesté de tous, sera condamné après un procès expéditif
14 ans plus tard, la gendarmerie déterre une jeune fille ayant subi les mêmes tortures que la première. Quand Tassi, entre-temps retraité et sobre, veut signaler ces similitudes, on lui rit au nez Déterminé à se racheter et à disculper Lepage, Tasse appelle l’avocate en charge de la révision de son procès ainsi que Nathan Rey, un écrivain spécialiste des tueurs en série. Libérer l’innocent et traquer le véritable tueur seront leurs priorités.

Libéré de son côté Spiderman de l’Empathie, Renand creuse davantage ses personnages, nous offrant des tueurs toujours monstrueux, mais davantage crédibles, et des personnages aux nombreuses couches, où la lâcheté peut s’ouvrir sur le courage, et le courage cacher la noirceur.
Bien écrit et agréable à lire, ce livre reste néanmoins peu original dans sa thématique et dans sa dénonciation de la gendarmerie

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Tahtieazym, Luca – Hier encor

1958  Elise et Simon vivent dans la peur constantede leur père dont la violence quotidienne est incontrôlable tandis que leur mère, bridée, s’empiffre devant la télévision.
Leur ami Romain vit à l’assistance, il aime Elise sans oser le lui dire et la suivra là où elle ira.
Ce soir ils ont décidé de s’enfuir, de traverser la France et de rejoindre le maquis, là où, dit-on, les résistants pouvaient vivre libres et cachés
Leur périple est éprouvant, bien au delà de ce qu’ils imaginaient, ils ont mal aux pieds, ils sont épuisés, ils ont faim, ils doivent se méfier de toute rencontre car ils peuvent tomber sur un ami de leur père ou sur des hommes abjects. Seuls leur courage, leur amour et le soin qu’ils prennent l’un de l’autre les préserveront du pire, cela ainsi que l’abnégation d’un chien errant qu’Elise adopte tôt dans leur errance.
Nous arrivons alors 20 ans plus tard, au moment où le père des enfants, Achille Laborie, engage un détective privé à qui il demande de rechercher Elise devenue invisible et de la lui livrer pieds et mains liés.

Bouleversant, palpitant, flamboyant dans l’écriture, intelligent dans sa menée, ce roman noir célèbre ces enfants qui ont traversé la violence, l’indifférence et l’abandon sans que leur loyauté, leur dignité et leur besoin infini d’aimer n’en soient entamés

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Niel, Colin – Seules les bêtes

Nous sommes dans les Causses, là où la vie des fermiers dispersés sur une terre aride génère solitude et désespoir.
Pour faire face au risque de suicide croissant, Alice, une assistante sociale, apporte soutien et aide aux fermiers fragilisés.
Mariée à Michel, un taiseux affairé par ses vaches et ses comptes, Alice cherche un peu d’amour auprès de Joseph, un berger fruste et sauvage qui bien vite lui interdira sa maison
Pendant ce temps la police se démène car Evelyne Ducat, la riche bourgeoise du lieu, n’ est jamais revenue de sa randonnée en solitaire. Est-ce la tourmente, ce grand vent d’hiver ou un dangereux assassin qui l’a ainsi emportée sans retour ?
Alice, Joseph, Michel, Maribé, une nomade en quête d’amour fusionnel et, en Afrique, Armand qui hameçonne les naïfs d’internet afin de leur soutirer l’argent qui amènera sa belle à l’aimer encore, prendront chacun la parole, cinq personnes liées à la disparition d’Evelyne, cinq solitudes fermées sur leur monde, sur leur vision propre de l’amour et du lien à l’autre

Dans une langue âpre et belle, emprunte de rudesse et de poésie, Colin Niel donne voix à chacun de ses personnages en s’effaçant pour les laisser dire et penser avec leurs mots, leur soif d’amour, leurs pauvres justifications au mal commis et leurs espoirs déjà marqués de désespérance

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Marzano-Lesnevich, Alexandria – L’empreinte

Alexandria entreprend des études de droit dans l’idée de combattre la peine de mort. Lors d’un stage, on lui présente une vidéo où Ricky Langley, un pédophile récidiviste, décrit le viol et le meurtre d’un garçon de 6 ans. Profondément écoeurée, l’auteure se surprend à vouloir condamner cet homme à mort. Aussitôt elle arrête son cursus et s’oriente vers l’écriture, elle qui ne cherche pas la justice mais la vérité
Pour percer le mystère de sa violence, Alexandria reprend l’histoire de Ricky depuis ses débuts dans la vie, la découverte de ses tendances, son combat pour se faire enfermer ou traiter, la surdité de tous face à ses appels éplorés.
Et la jeune femme comprend alors que ce parcours résonne, et détonne, avec celui de cet homme qui la violait régulièrement alors qu’elle était enfant, de cet homme qui n’en conçut jamais aucun remords et demeura impuni.
Contrainte au silence, elle ne disposait pas d’autre voix que celle d’un corps dévasté et d’une âme anémiée jusqu’à ce que s’ouvre, enfin la voix de ce livre où elle se recrée, laborieusement, un corps, une histoire et une vie

Magnifiquement écrit, ce roman d’une vie qui passe des ténèbres du silence à l’éclaircie de sa construction narrative est d’un courage et d’une sincérité qui forcent l’admiration

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Jonquet, Thierry – Mygale

Ce livre se présente sous forme de courtes scènes apparemment sans liens.
Il y a Richard Lafargue; ce brillant chirurgien esthétique séquestre Eve, une femme superbe, dans son luxueux manoir où elle s’adonne au piano et à la peinture Régulièrement il l’oblige à se prostituer de la façon la plus abjecte puis l’entoure de prévenances.
Il y a Alex, un voyou pas très futé, en cavale depuis un braquage qui a mal tourné. Il vit dans une cache d’où il ne sort qu’avec crainte.
Il y a Vincent qui, 4 ans plus tôt, fut pourchassé, capturé et enchaîné par un inconnu qu’il surnomme la mygale
Et puis, il y a Viviane, enfermée dans un hôpital psychiatrique et sujette à de violentes crises autodestructrices
Le destin de ces 5 personnes est lié, pour le pire.

Malgré son écriture plutôt médiocre, ce livre parvient fort bien à distiller une ambiance faite d’attirance et de répulsion, ce genre d’effet que produit la mygale. Nous sommes donc dans un livre mygale dans lequel 5 personnes sont emprisonnées, tout comme nous.
Et, sans être féministe, il est plus que vexant d’apprendre qu’être femme peut être considéré comme un châtiment !

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Persson Giolito, Malin – Rien de plus grand

Des coups de feu. Une salle de classe avec, semble-t-il, 5 morts, l’un d’eux tenant encore son fusil, et Maja, intacte, un fusil à la main. Que s’est-il donc passé ? Interpellée, la jeune fille passera 9 mois en maison d’arrêt avant que son procès ne débute.
C’est elle qui relate ce qui s’y dit, ce qu’elle ressent, ce dont elle se souvient quand, entre les audiences, elle retourne en cellule
Elle avait à peine 18 ans quand elle a été élue petite amie par Sebastian, un jeune homme gravement perturbé mais adulé en tant que fils de la plus grosse fortune de Suède. Au cours des fêtes somptueuses qu’il organise, les jeunes du lycée noient leurs peurs dans l’alcool, la drogue et le sexe
Peu à peu, gorgé de drogues et écrasé par son père, Sebastian entre dans une spirale de haine, de folie et de chantage dans laquelle il piège Maja.
Au fil du procès, Maja s’interroge et doute, est-elle coupable ou non ? Elle hésite et réfléchit car si l’inculpée tremble, pleure, s’accable de ce qui s’y dit, en même temps elle analyse avec une grande maturité ce qui s’y tait : les préjugés qui farcissent chaque témoignage, chaque regard ; les grands principes brandis mais foulés chaque jour aux pieds ; la fausseté fondamentale de tout jugement qui se pose depuis l’extérieur sans rien connaître de l’intime du sujet.
Remarquable, ce livre est néanmoins lent car il chemine au rythme de la pensée

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Eklund, Sigge – Dans le labyrinthe

Quand Magda, âgée de 11 ans, disparaît, ses parents sont effondrés. Huit mois plus tard, le désespoir et la culpabilité rongent toujours tant Asa, la mère de Magda que Martin, son père.
Asa, psychologue, a construit sa vie sur une adhésion totale à la théorie d’Alice Miller tandis que Martin s’étant édifié par opposition à son père et à sa culpabilité d’enfant, est devenu un homme excessivement agressif.
Autour du couple des parents gravitent deux autres personnes : Tom l’indécis qui, une fois engagé par Martin, aspire à devenir comme lui ou plutôt à devenir lui, et Katja, enfant adoptée et ex-compagne de Tom, qui a fondé son existence sur le couple attraction-rejet
Ainsi donc Magda l’absente prend place au centre d’un labyrinthe dans les couloirs duquel ces quatre personnes, égarées et aveugles jusque là, vont être amenées à saisir qu’elles se sont jusqu’alors fourvoyées en fuyant leur culpabilité, en oblitérant leur détresse, en se cachant cette vérité sur soi qui désillusionne, et libère

Ce roman dont la forme épouse celle d’un labyrinthe avec ses passages d’une époque à l’autre, ses digressions et ses courts-circuits, est une belle traversée de cet autre labyrinthe qu’est notre psyché dont les impasses et les fausses pistes se nomment mensonges, dénis, ego ou illusion.
Ceux qui parviendront à une clairière n’obtiendront pas une réponse comme dans une enquête, parce que la question aura disparu

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French, Nicci – Au pays des vivants

Une jeune femme s’éveille, elle sent qu’elle est ligotée, une cagoule sur la tête. sur un sol froid. Comment est-elle arrivée ici ? Tapi dans l’ombre., son ravisseur ricane et lui apprend qu’elle mourra dans quelques jours, comme les autres. Une nuit, Abbie – tel est son nom – risque tout… et s’évade
Á l’hôpital, elle réalise qu’elle a tout oublié des jours précédant son enlèvement. Cette amnésie, due à un coup violent reçu à la tête, conduit les médecins et la police à penser qu’elle a rêvé son rapt durant sa période commotionnelle.
Quand elle sort de l’hôpital, Abbie est terrifiée, son kidnappeur va vouloir l’éliminer. Et quand elle revient chez son compagnon, celui-ci lui apprend qu’elle l’a quitté. Abbie est sidérée, elle ne s’en souvient absolument pas! Elle va alors, avec courage, avec détermination, reparcourir les jours et les heures qui l’ont amené jusqu’au lieu de son rapt.

Dans ce récit, Abbie doit affronter seule sa peur de mourir par la main de l’inconnu qu’elle a fui, et, de plus, elle doit reparcourir ce qu’elle fut avant qu’elle ne s’oublie. N’est-ce pas là le trajet que doit endurer tout homme pour devenir lui-même ? Original et captivant, ce livre bénéficie en outre d’une belle écriture.

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Abel, Barbara – Et les vivants autour

Depuis 4 ans, Jeanne est plongée dans un coma profond nécessitant une assistance respiratoire. Depuis 4 ans, Jérôme, son époux, s’est fait un devoir de lui demeurer fidèle.
Le père de Jeanne, Gilbert, est un homme dur, patron impitoyable et dictateur familial, il considère tout et chacun comme de la valetaille.
Micheline, sa mère, est la femme d’intérieur parfaite, soumise et pétrie de religiosité. Elle macère néanmoins un dépit chargé d’amertume.
Charlotte, aînée de Jeanne mais seconde dans le coeur de ses parents, s’est toujours sacrifiée pour obtenir l’amour de sa mère d’abord puis de son mari.
La famille se divise sur le maintien en vie de Jeanne quand une surprise de taille va faire vaciller les défenses de chacun, révélant leurs rancoeurs, leurs mensonges, leur abjection et dévoilant leur part d’ombre

Mais comme souvent chez cette auteure, la part d’ombre qui vit à l’abri de nos consciences surgit brusquement pour occuper toute la place, étouffant la part belle. Et l’on reste pantois et incrédule quand on assiste à une inversion totale des attitudes et des émotions de chacun, quand seul le pire de ce qu’on porte en soi prend possession du soi tout entier. Ce côté caricatural nous interdit d’y croire totalement, d’y plonger, de vibrer à l’unisson des personnages. Dommage

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Hart, Rob – MotherCloud

MotherCloud, superstructure de vente en ligne, s’est édifiée sur la ruine des commerces et la privatisation des biens publics, ce qui lui valut la vassalité des États
Parvenu en fin de vie, Gibson, son fondateur, se congratule une dernière fois, et avec la meilleure mauvaise foi, d’avoir été un bienfaiteur en pliant le monde aux lois du marché. Voyons donc :
À l’embauche, chacun reçoit un polo dont la couleur indique la nature du travail – la caste – ainsi qu’une montre à la fois GPS, contrôleur des tâches, des cadences, des déplacements etc. Nul ne peut s’en défaire sans déclencher une alarme. Logé petitement, invité à dépenser, vous reversez en fait votre salaire à Cloud puisqu’il s’impose comme seul fournisseur de biens.
Paxton, nommé à la sécurité, désire être apprécié de ses supérieurs. Zinnia, assignée à courir les commandes dans d’énormes entrepôts s’est en réalité infiltrée pour percer les secrets de l’entreprise. Malgré leurs objectifs opposés un lien fort se tisse entre eux, or MotherCloud se méfie des liens

La référence au système Amazon est claire quoique poussée au bout de sa logique. Occasion de rappeler que nous avons toujours le choix « N oublie pas que la liberté t’appartient jusqu’à ce que tu y renonces » Il est si facile, si tentant d’y renoncer
Occasion aussi de dénoncer la perversité de ce système, mais avec des arguments rabâchés et en développant une intrigue sans grand intérêt.

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de Roany, Céline – Special K

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une très riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où le spécial K (kétamine), cet anesthésiant hallucinatoire, joue un rôle majeur.

Très bien écrit, ce livre frappe par son sérieux et sa tristesse en bruit de fond. L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent des êtres déchirés, esclaves de leur passion ou de leur réputation, qui l’admirent ou l’envient
Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

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Robotham, Michaël -Traquées

Joe O’Loughlin, un psychologue renommé, est mandé par la police afin de dissuader une femme, terrifiée et nue, de sauter d’un pont. Elle tremble, le téléphone vissé à l’oreille. S’approchant, Joe entend une voix lui intimer de sauter, et elle saute.
Terriblement choqué, Joe est convaincu qu’il s’agit d’un crime, mais la police classe l’affaire comme suicide jusqu’à ce qu’avec Darcy, la fille de la morte, Joe reconstitue les faits et recueille des preuves
Quand une seconde femme est retrouvée nue, pendue par un bras et laissant derrière elle une enfant, Joe comprend la méthode du criminel
Et dès lors, la police sait qui est ce meurtrier. Issu des services secrets extrêmement doué et intelligent, il se glisse partout tel une ombre et a déserté l’armée lorsque sa femme et sa fille l’ont quitté.
Bien que la collaboration de Joe soit essentielle à la police, sa femme refuse qu’il s’engage ainsi au péril de leurs vies et de celles de leurs deux filles, mais Joe se sent déjà assez diminué par les avancées de son Parkinson, il ne peut en plus agir en lâche et démériter aux yeux de cette très belle femme qu’il aime

Narré par deux voix, celle du psychologue et celle du tueur, ce thriller se démarque par son déroulement purement psychologique puisque tuer ou capturer ne sont ici affaire que de maniement mental
On retiendra aussi le beau personnage de Joe, probe généreux, aimant et qui souffre, seul, son humiliation et sa peur d’une déchéance physique, A lire

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Bayer, William – Le rêve des chevaux brisés

David Weiss réalise, avec une intuition stupéfiante, des portraits-robots pour la police. Lorsqu’un journal lui demande de dessiner un procès interdit de photos, David accepte mais uniquement parce que ce procès se tient à Calista, sa ville natale, là où s’est déroulé 26 ans plus tôt, le double assassinat jamais élucidé de la riche Barbara et de Tom, son amant, meurtre qui a entraîné la ruine de son enfance et le suicide de son père.
David connaissait Tom puisqu’il était son professeur mais aussi Barbara, mère de deux garçons de son école et patiente de son père psychanalyste, un père fasciné par la dame et son « rêve des chevaux brisés » grâce à l’interprétation duquel il rêvait de se bâtir un nom
Aidé d’un policier et de son amie, David va reparcourir ce drame et démêler les fils de cet imbroglio tissé autour de Barbara, cette riche parvenue qui cachait sa profonde détresse derrière une libido déchaînée et de multiples amants et de Tom, cet innocent égaré parmi les loups

Ce policier psychologique remarquablement construit et d’une belle facture classique présente des personnages qui prennent peu à peu forme et épaisseur sous le double crayon de David et de l’auteur pour déployer une étonnante complexité
Il n’y a ni sang, ni trépidation dans cette quête qui nous montre comment les passions ordinaires nous font passer à côté de nos vies


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Sardou, Romain – Personne n'y échappera

Au moment où Frank Franklin, brillant professeur d’écriture, intègre la splendide université de Durrisdeer, le colonel Sheridan et son équipe déterrent 24 cadavres gisant dans une fosse. Ces victimes ont été tuées d’une balle dans le coeur ou sont décédées suite à d’effroyables sévices.
C’est alors que brusquement le FBI s’annonce, embarque dossiers et corps sans aucune explication et exige le silence absolu, assorti de menaces, sur cette affaire.
Contrarié, Sheridan, décide de poursuivre discrètement ses investigations. Il s’évertue à trouver le point commun entre ces victimes pour finalement en constater un : Ben O. Boz dont les livres décrivent avec précision les tortures dont étaient marqués plusieurs cadavres emportés par le FBI
C’est là que Sheridan fait appel à Frank Franklin afin de confirmer ou non sa théorie. Franklin hésite longuement. Et si, pour s’en assurer, il usait de son statut de jeune écrivain pour tenter de rencontrer Ben O.Boz ?

Rarement a-t-on vu tueur aussi parfait, aussi cruel, aussi redoutablement intelligent et même si, très vite, on connaît son identité, jamais le FBI ni la police n’ont pu l’acculer à commettre une faute ni à manquer d’alibis alors même qu’il opère absolument seul.
L’intelligence machiavélique de Ben O.Boz est le sujet de ce livre magistral qui, jusqu’au final, nous mènera par le bout du nez

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Tackian , Niko – La nuit n’est jamais complète

Depuis l’aube, Jimmy et sa fille Arielle roulent en plein désert quand ils tombent sur un barrage policier où attendent trois autres hommes. En effet, la route est traversée par une gigantesque faille. Fatigués, ils décident de dormir sur place mais le lendemain les véhicules refusent de bouger. Furieux, résignés, déterminés, ils décident alors explorer les environs en quête d’une âme qui vive, et les ravitaille
Le hasard les conduit sur une mine de charbon désaffectée avec, aux abords, quelques maisonnettes abandonnées où, mal à l’aise ils s’installent néanmoins.
Leurs nuits sont peuplées de murmures, de hurlements et d’approches feutrées, leurs jours accablés de chaleur génèrent une sourde menace de violence dont seule la jeune Arielle, gardienne d’humanité au sein de ce groupe, se tient éloignée.
Mais la menace croît, le danger rôde, les tentatives pour échapper à ce lieu avortent toutes comme sous le coup d’une malédiction..

Dystopie ou récit fantasmagorique ? Allégorie ou cauchemar ? Sans doute un peu de tout cela dans ce roman que l’on imagine bien sur grand écran et qu’on ne peut lâcher, ravis, effrayés, épouvantés et finalement renversés quand notre vision captivée devient Vision libérée

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Chevalier, Séverine – Les mauvaises

C’est l’histoire d’un petit village au coeur du Massif Central, de son viaduc et de son usine qui fait vivre les hommes. C’est l’histoire de trois amis, trois enfants qui dissonent dans ce lieu où chacun se doit d’être lisse malgré les ravages intérieurs, les détresses, les peurs et les pleurs ravalés.
Il y a Roberto, 15 ans, qui vit avec son père et son grand-père aujourd’hui grabataire mais qui abusait d’elle lorsqu’il était vaillant et elle petite. La rumeur la dit facile. Il y a Ouafa l’étrangère issue des banlieues parisiennes,, la sauvageonne au coeur tendre. Et il y a Oé, cet étrange garçon de onze ans qui devient fou dès qu’on le touche et qui ne comprend rien au monde des grands
La forêt est leur monde, l’unique respiration de ce trio abandonné..
Or un jour – et c’est là le début du livre – Roberto se pend tout en haut du viaduc et, la veille de son enterrement, son corps disparaît.
Dès ce jour tel un reproche ou une annonce faite au village, ce seront les rêves, les promesses, les terres et les destins qui, sans bruit, s’anéantiront.

Un roman superbement écrit. Un livre qui magnifie, et pleure, les solitudes, les silences, l’infinie perte des choses et des hommes

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Barker, J.D. – Le quatrième singe

Dans un sanctuaire au Japon se trouve une sculpture qui représente trois singes se couvrant les oreilles, les yeux et la bouche. Ils illustrent les trois règles : ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal. Le tueur aux 4 singes prend pour victime un proche de celui qui outrepasse un dernier impératif : ne pas faire le mal. À celui-là il envoie successivement trois petits paquets contenant une oreille, puis les yeux, puis la langue de l’être cher avant d’en abandonner la dépouille
L’inspecteur Porter poursuit ce tueur depuis des années quand enfin on découvre, dans les poches d’un homme s’étant donné la mort, le journal du tueur ainsi qu’un petit paquet contenant une oreille
S’agit-il de notre homme ?
À qui cette oreille appartient-elle ? Où donc est détenue la personne captive qui risque à présent de mourir de faim et de soif?
Et ce journal, dans lequel le tueur raconte son enfance et explique pourquoi il se devait d’accomplir ces crimes, est-il un piège destiné à l’inspecteur Porter ou la vérité ?

Avec un tueur redoutablement intelligent et un inspecteur désespérément courageux assisté par deux collèges amis, ce thriller passionnant, intelligent et d’une construction sans fautes mérite d’être lu par tous les amateurs du genre.

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Minni, Salvatore – Anamnèse

Marie est une psychanalyste reconnue, chaque nuit, elle s’épuise dans de terribles cauchemars jonchés de crimes, de couteaux et d’agonies qui débordent sur ses jours et la plongent dans un stress constant assorti de pertes de conscience.
Entre ses cauchemars ont lieu des scènes éparses: Un de ses patients devient une bête de crime après la mort de sa femme et de sa fille. Un certain Paul aborde Marie en la nommant Vanessa et veut se venger d’elle parce qu’elle l’aurait laissé endosser un crime sordide. Son amie fidèle, Sophie, s’éprend étonnamment de ce Paul qui prétend alors ne vouloir aucun mal à Marie-Vanessa. Son père, spécialiste du Tibet, aurait eu des liaisons qui minaient sa femme malade. Au Tibet une petite fille est assassinée par les soldats chinois
Si tout ce méli-mélo s’explique en finale, il n’est pas sûr que l’explication soit moins cauchemardesque pour Marie que ses songes, ni que nous soyons convaincus et satisfaits d’un final qui nous laisse étourdis et choqués

Dans ce livre, nous sommes nous-mêmes en plein cauchemar avec ces amis qui se changent en ennemis, ces sauts absurdes d’un personnage à l’autre, ces invraisemblances telles que : un avocat interrompt les assises afin de proposer à son client une défense évidente et basique ; une non-jumelle devient jumelle à la page suivante ; une scène de crime présentée comme réelle est déclarée imaginaire ensuite etc.
Et la pirouette finale ne justifie, hélas, qu’une petite part de ces incohérences


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Flynn, Gillian – Les apparences

Amy et Nick forment un couple heureux.  Hélas, tous deux perdent leur emploi et ils se voient contraints de quitter New-York pour s’installer dans le Missouri natal de Nick où sa mère se meurt d’un cancer.
Le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparaît. Des traces de lutte et le sang d’Amy maladroitement nettoyé font pressentir un meurtre, peut-être bien commis par Nick dont les alibis concernant cette journée fatale empestent le mensonge.
Nick tente de démontrer son innocence, mais de tous côtés surgissent de nouvelles preuves qui l’accablent,
Alternativement nous accompagnons Nick qui se débat et s’enrage dans une monstrueuse toile d’araignée et Amy dont le journal intime nous révèle combien elle souffrait de voir son mari devenir un autre.
L’enquête piétine entre inculpations et disculpations, les témoins interrogés tirent à hue et à dia et nous balançons de même, innocentant tantôt Nick, tantôt Amy
Mais le jeu de piste est loin d’être terminé

Un livre fort original où le couple Nick et Amy, indissociablement amants-ennemis, joue au mille-feuille puisque l’ apparence est un masque derrière lequel se cache un autre masque à l’effigie de l’apparence.
Dans ce formidable roman qui nous piège, nous retourne et nous manipule avec une intelligence redoutable, nous sommes bien en finale la véritable proie de ce livre, une proie consentante et ravie d’avoir été aussi bien bernée

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Loubière, Sophie – Cinq cartes brûlées

Depuis sa naissance, Laurence souffre de la cruauté et des humiliations constantes de Thierry, son frère aîné, tandis que les parents, aveugles à la destruction de leur fille, se disputent
Alors, affamée de douceurs, Laurence devient la grosse Lolotte. Son obésité abrite sa souffrance mais l’expose davantage aux attaques de son frère. Elle est sa force et sa faiblesse. Elle est son cri de détresse rendu visible, et que nul n’entend
Quand les parents se séparent après que le père est suspecté d’attouchements sur sa fille, père et frère lui feront bien comprendre qu’elle est seule fautive et qu’ils ne lui pardonneront jamais ce qu’elle a raconté au juge
Alors Laurence, en plus de sa boulimie, entretiendra une dépendance à son frère. Dans les persécutions de Thierry,, elle cherche et trouve sa punition, son expiation des fautes qu’on lui attribue.
Au travers des autres opportunités de sa vie, Laurence, sans cesse détruite, chaque fois se reconstruira, vaille que vaille…

Avec Laurence ce sont les femmes, toutes les femmes qui sont bafouées souffrent, endurent, trinquent, n’en peuvent plus…
Dans ces mots superbes, cette écriture habitée, on sent une auteure dont la force est vulnérabilité, dont la combativité est fragilité dans une unité qu’illustrent ces images lenticulaires qui changent selon le point de vue porté sur elles,

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Ablow, Keith – Psychopathe

Psychiatre prodigieux, Jonah possède une capacité d’empathie fusionnelle à l’autre hors du commun grâce à laquelle il s’approprie les souffrances non conscientes de ses patients afin de les en délivrer. Dans les périodes où il n’exerce pas, car il ne travaille que comme intérimaire, Jonah voyage et, au fil des rencontres, se nourrit des confidences et de l’âme des autres ou, à défaut, de leur sang, car il tue ceux qui ne lui donnent pas leur vérité intime.
Frank Clevenger est un expert psychiatre célèbre qui a plongé dans diverses addictions jusqu’au jour où il adopte Billy, l’adolescent rescapé grâce à son intervention, des violences familiales effroyables
Mais un jour celui qu’on nomme le tueur des autoroutes s’effraie de l’avidité de ses démons intérieurs, aussi adresse-t-il une lettre publique à Clevenger en lui demandant de l’aider, mais aussi de s’exposer lui-même.
Et Clevenger accepte, tandis que le FBI guette

Dans ce roman exceptionnel et intense, il est question des séquelles d’une enfance brisée par un parent violent car les deux psychiatres furent des enfants battus, humiliés et saccagés mais ils ont géré ce passé bien différemment.
Ce livre nous présente ensuite des séances de psychothérapie absolument bouleversantes, avec des échanges d’une profondeur que je n’ ai rencontrée nulle part ailleurs, mais il nous montre également les dangers du pouvoir thérapeutique quand il se met au service, même inconscient, du thérapeute

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Landay, William – Défendre Jacob

Dans la petite ville tranquille de Newton, le drame survient sous la forme du cadavre de Ben, un jeune adolescent par trois fois poignardé. Après des jours de recherches infructueuses, le procureur adjoint chargé de l’affaire, Andrew Barber, et son ami policier interrogent les élèves du cycle de Ben, parmi lesquels figure Jacob, le fils d’Andrew
Au fil de l’enquête, certains indices conduisent à suspecter Jacob, si bien qu’Andrew, dessaisi de l’affaire, s’acharnera à prouver l’innocence de son fils car il ne peut ni ne veut concevoir sa culpabilité.
Ostracisée par la communauté, la famille Barber se replie sur elle-même et, tandis que Jacob demeure froid et détaché et qu’Andrew se fige dans sa volonté de ne rien savoir, sa femme, Laurie, ne cesse de douter, de s’interroger et de se culpabiliser, portant à elle seule la charge morale de cette accusation.
Quelques mois plus tard débute le procès de Jacob…

Ce roman serait une splendeur de finesse et de sensibilité s’il n’y avait, à un moment, cette absurdité d’un « gêne de la violence » qui occupe d’inutiles pages. Autrement l’écriture fort belle, les personnages profondément humains puisqu’aussi irritants qu’attachants, et la magistrale, la terrible finale, rendent ce livre hautement recommandable

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Slater K.L. – Elle ou moi

Amber, une belle jeune femme, vit dans une chambre misérable en attendant de séduire Ben, ce veuf un peu naïf qui réside dans une belle villa avec ses deux petits garçons, non pas qu’elle soit charmée par lui, mais pour une raison obscure qui tient peut-être à l’assurance du confort, mais peut-être à un autre dessein
Judi, la mère de Ben a toujours pris soin de ses petits-enfants dès leur sortie d’école jusqu’au retour de leur père. Elle s’investit totalement auprès de sa descendance d’autant plus qu’Henri, son mari, la fuit pour se livrer à de bien sombres loisirs. Aussi, quand Ben présente sa nouvelle fiancée à ses parents, Judi ressent-elle d’emblée de l’hostilité envers cette jeune femme séductrice et sournoise, hostilité qui devient haine quand Amber prend en mains l’éducation des garçons et contrarie systématiquement les habitudes de Judi Mais Judi ne compte pas se laisser faire …

Un excellent thriller psychologique où deux femmes vont se livrer un sourd combat sous des dehors pleins d’une hypocrite bonne foi. Le portrait de Judi, la mère, est particulièrement réussi dans la complexité de ses paradoxes et le final, un peu expéditif, est un beau coup de massue

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Benichou, Pierre J.B. – Rouge Eden

Moscou 1933 Timofey Bogaïevski, un physicien renommé, est arrêté suite au vol de ses papiers. Humilié, maltraité, affamé, il est condamné parce que la police soviétique ne peut s’être trompée. Transporté de longues semaines dans un train semblable à ceux qui transporteront les juifs, il y noue une amitié courte mais lumineuse avec Izaak, un homme sage et érudit. Le train s’arrête enfin sur un blog de glace dénudé, l’ile de Nazino,
Floride 1911 Will Birdy passe la nuit d’avant son exécution en compagnie d’un pasteur. Dans l’espoir d’un ultime acquittement, Will raconte comment il a violé et assassiné des dizaines de jeunes femmes sans se sentir coupable puisqu’il fut la proie d’une force mauvaise qui parfois triompha de lui alors qu’en d’autres temps, il fut un homme respecté et admiré. En effet Will est un formidable acteur doté d’une érudition exceptionnelle qu’il a toujours mise au service de ses pulsions

Qu’est-ce qui lie ces deux récits ? Bien plus que le fait anecdotique mentionné en fin de livre, ce qui les lie-différencie est que Timofey voue sa vie à un idéal de liberté tandis que Will la voue à satisfaire ses pulsions.
Ce livre magnifiquement écrit marque par la beauté de ses réflexions, la force des émotions qu’il nous fait vivre et le rappel de ce régime dont le Goulag fut l’incarnation

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Collette, Sandrine – Les larmes noires sur la terre

Moe, une jeune femme native des îles, aspire à une vie meilleure. Aussi, quand Rodolphe la courtise et lui fait miroiter la vie à Paris, elle le suit pour se retrouver dans une banlieue sordide avec un mari qui la méprise, boit et la frappe. Alors Moe s’enfuit avec son nouveau-né, et au terme d’une lutte acharnée pour survivre dans une société vile et cupide, elle est emmenée de force dans le centre dit les Casses, placée avec son jeune fils dans une carcasse de voiture et contrainte de travailler dans les champs pour payer ce logement. Moe espère s’échapper de cette prison à ciel ouvert, mais en sortir coûte une fortune
Par chance, Moe échoue dans un cercle de cinq femmes unies par un pacte de partage et d’entraide garanti par Ada, la vieille afghane guérisseuse dotée d’une autorité que tous respectent. Elle préserve ses filles de tous les dangers qui rôdent dans ces lieux, jusqu’à un certain point…

Malheurs, violences, terreurs ont pavé les enfers qu’ont vécu les femmes réunies autour de Moe, ces femmes magnifiques, bouleversantes qui éclatent comme un diamant noir dans ce roman de douleur écrit avec des hoquets de sanglot, des complaintes désespérées mais également avec des chants d’amour et des danses d’espoir

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Roch, Elsa – Le baiser de l'ogre

Lorsqu’un soir la policière Brugguer reçoit un message, elle fonce aussitôt vers le lieu indiqué pour y découvrir un homme la tête explosée d’une balle. A ce moment là quelqu’un lui tire dans le dos. Gravement blessée, elle appelle son chef, Marsac, et, avant d’être emmenée aux urgences, le supplie de taire sa présence sur les lieux et de protéger sa petite fille d’un danger. Marsac promet le silence au risque de se mettre à dos son équipe, puis se rend auprès de la petite Liv, 3 ans, qui, dans sa version autiste, ne parle pas mais éveille en lui une tendresse et un émerveillement dont il ne se croyait plus capable
Entre-temps l’enquête démontre que l’homme mort était un ogre, un prédateur d’enfants qui ne se refusait aucun vice ni aucune abomination.
Mais quelle vérité Brugguer défend-elle si farouchement, vérité à laquelle fait écho le mutisme de Liv ?

Ce roman poétique, tramé de lumière et de ténèbres, gravite tout entier autour du silence.
Il y a le silence destructeur que tout ogre impose aux enfants, leur rendant ainsi indicible l’infamie subie
Il y a le silence du secret chez la policière, un secret qui ne cherche nullement à dissimuler, mais à se protéger et à protéger son enfant
Il y a enfin le silence de la petite Liv qui, tel celui de la psychanalyste, engage l’autre à entrer en vérité et dans cette vérité à redécouvrir le chemin de l’amour

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Gustawsson, Johana – Sang

Espagne avant 1953. Cinq petites filles nées de femmes de résistants engrossées par les franquistes, puis abattues après leur naissance. Cinq petites filles parquées dans un orphelinat religieux, soudées dans cet enfer de la perversité et finalement séparées en 53 lorsque l’une d’elles est frappée à mort et que sa petite soeur, choquée, est transférée dans un asile.
Suède année 2016 la profileuse surdouée, Emily Roy, et la douce écrivaine, Alexis Castells apprennent, bouleversées, que les parents et la soeur d’Aliénor, la jeune stagiaire d’Emily qui souffre du syndrome d’Asperger, ont été poignardés et leurs langues tranchées.
Ils géraient une clinique de procréation médicalement assistée dont les résultats dépassaient de loin ceux des autres cliniques. L’enquête s’attache à découvrir la raison de tels scores en même temps qu’elle exhume d’autres meurtres similaires…

C’est une histoire de la douleur, celle dont on veut se couper en se coupant des autres, celle que l’on porte dans son coeur et qui fermente toutes les reconnaissances et tous les amours, et celle que l’on entretient pour cultiver la haine
C’est un roman d’émotions, telle cette perception d’une mère perdue avant d’avoir été connue « Simplement une étrange sensation qui bruissait au niveau de sa poitrine et la mettait en joie tout en la rendant triste »
Douleur et douceur s’entrelacent toujours dans l’oeuvre de l’auteure, mais davantage encore dans ce livre, ce fado qui pleure des larmes de sang