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Loubière, Sophie – Cinq cartes brûlées

Depuis sa naissance, Laurence souffre de la cruauté et des humiliations constantes de Thierry, son frère aîné, tandis que les parents, aveugles à la destruction de leur fille, se disputent
Alors, affamée de douceurs, Laurence devient la grosse Lolotte. Son obésité abrite sa souffrance mais l’expose davantage aux attaques de son frère. Elle est sa force et sa faiblesse. Elle est son cri de détresse rendu visible, et que nul n’entend
Quand les parents se séparent après que le père est suspecté d’attouchements sur sa fille, père et frère lui feront bien comprendre qu’elle est seule fautive et qu’ils ne lui pardonneront jamais ce qu’elle a raconté au juge
Alors Laurence, en plus de sa boulimie, entretiendra une dépendance à son frère. Dans les persécutions de Thierry,, elle cherche et trouve sa punition, son expiation des fautes qu’on lui attribue.
Au travers des autres opportunités de sa vie, Laurence, sans cesse détruite, chaque fois se reconstruira, vaille que vaille…

Avec Laurence ce sont les femmes, toutes les femmes qui sont bafouées souffrent, endurent, trinquent, n’en peuvent plus…
Dans ces mots superbes, cette écriture habitée, on sent une auteure dont la force est vulnérabilité, dont la combativité est fragilité dans une unité qu’illustrent ces images lenticulaires qui changent selon le point de vue porté sur elles,

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Ablow, Keith – Psychopathe

Psychiatre prodigieux, Jonah possède une capacité d’empathie fusionnelle à l’autre hors du commun grâce à laquelle il s’approprie les souffrances non conscientes de ses patients afin de les en délivrer. Dans les périodes où il n’exerce pas, car il ne travaille que comme intérimaire, Jonah voyage et, au fil des rencontres, se nourrit des confidences et de l’âme des autres ou, à défaut, de leur sang, car il tue ceux qui ne lui donnent pas leur vérité intime.
Frank Clevenger est un expert psychiatre célèbre qui a plongé dans diverses addictions jusqu’au jour où il adopte Billy, l’adolescent rescapé grâce à son intervention, des violences familiales effroyables
Mais un jour celui qu’on nomme le tueur des autoroutes s’effraie de l’avidité de ses démons intérieurs, aussi adresse-t-il une lettre publique à Clevenger en lui demandant de l’aider, mais aussi de s’exposer lui-même.
Et Clevenger accepte, tandis que le FBI guette

Dans ce roman exceptionnel et intense, il est question des séquelles d’une enfance brisée par un parent violent car les deux psychiatres furent des enfants battus, humiliés et saccagés mais ils ont géré ce passé bien différemment.
Ce livre nous présente ensuite des séances de psychothérapie absolument bouleversantes, avec des échanges d’une profondeur que je n’ ai rencontrée nulle part ailleurs, mais il nous montre également les dangers du pouvoir thérapeutique quand il se met au service, même inconscient, du thérapeute

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Landay, William – Défendre Jacob

Dans la petite ville tranquille de Newton, le drame survient sous la forme du cadavre de Ben, un jeune adolescent par trois fois poignardé. Après des jours de recherches infructueuses, le procureur adjoint chargé de l’affaire, Andrew Barber, et son ami policier interrogent les élèves du cycle de Ben, parmi lesquels figure Jacob, le fils d’Andrew
Au fil de l’enquête, certains indices conduisent à suspecter Jacob, si bien qu’Andrew, dessaisi de l’affaire, s’acharnera à prouver l’innocence de son fils car il ne peut ni ne veut concevoir sa culpabilité.
Ostracisée par la communauté, la famille Barber se replie sur elle-même et, tandis que Jacob demeure froid et détaché et qu’Andrew se fige dans sa volonté de ne rien savoir, sa femme, Laurie, ne cesse de douter, de s’interroger et de se culpabiliser, portant à elle seule la charge morale de cette accusation.
Quelques mois plus tard débute le procès de Jacob…

Ce roman serait une splendeur de finesse et de sensibilité s’il n’y avait, à un moment, cette absurdité d’un « gêne de la violence » qui occupe d’inutiles pages. Autrement l’écriture fort belle, les personnages profondément humains puisqu’aussi irritants qu’attachants, et la magistrale, la terrible finale, rendent ce livre hautement recommandable

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Slater K.L. – Elle ou moi

Amber, une belle jeune femme, vit dans une chambre misérable en attendant de séduire Ben, ce veuf un peu naïf qui réside dans une belle villa avec ses deux petits garçons, non pas qu’elle soit charmée par lui, mais pour une raison obscure qui tient peut-être à l’assurance du confort, mais peut-être à un autre dessein
Judi, la mère de Ben a toujours pris soin de ses petits-enfants dès leur sortie d’école jusqu’au retour de leur père. Elle s’investit totalement auprès de sa descendance d’autant plus qu’Henri, son mari, la fuit pour se livrer à de bien sombres loisirs. Aussi, quand Ben présente sa nouvelle fiancée à ses parents, Judi ressent-elle d’emblée de l’hostilité envers cette jeune femme séductrice et sournoise, hostilité qui devient haine quand Amber prend en mains l’éducation des garçons et contrarie systématiquement les habitudes de Judi Mais Judi ne compte pas se laisser faire …

Un excellent thriller psychologique où deux femmes vont se livrer un sourd combat sous des dehors pleins d’une hypocrite bonne foi. Le portrait de Judi, la mère, est particulièrement réussi dans la complexité de ses paradoxes et le final, un peu expéditif, est un beau coup de massue

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Benichou, Pierre J.B. – Rouge Eden

Moscou 1933 Timofey Bogaïevski, un physicien renommé, est arrêté suite au vol de ses papiers. Humilié, maltraité, affamé, il est condamné parce que la police soviétique ne peut s’être trompée. Transporté de longues semaines dans un train semblable à ceux qui transporteront les juifs, il y noue une amitié courte mais lumineuse avec Izaak, un homme sage et érudit. Le train s’arrête enfin sur un blog de glace dénudé, l’ile de Nazino,
Floride 1911 Will Birdy passe la nuit d’avant son exécution en compagnie d’un pasteur. Dans l’espoir d’un ultime acquittement, Will raconte comment il a violé et assassiné des dizaines de jeunes femmes sans se sentir coupable puisqu’il fut la proie d’une force mauvaise qui parfois triompha de lui alors qu’en d’autres temps, il fut un homme respecté et admiré. En effet Will est un formidable acteur doté d’une érudition exceptionnelle qu’il a toujours mise au service de ses pulsions

Qu’est-ce qui lie ces deux récits ? Bien plus que le fait anecdotique mentionné en fin de livre, ce qui les lie-différencie est que Timofey voue sa vie à un idéal de liberté tandis que Will la voue à satisfaire ses pulsions.
Ce livre magnifiquement écrit marque par la beauté de ses réflexions, la force des émotions qu’il nous fait vivre et le rappel de ce régime dont le Goulag fut l’incarnation

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Collette, Sandrine – Les larmes noires sur la terre

Moe, une jeune femme native des îles, aspire à une vie meilleure. Aussi, quand Rodolphe la courtise et lui fait miroiter la vie à Paris, elle le suit pour se retrouver dans une banlieue sordide avec un mari qui la méprise, boit et la frappe. Alors Moe s’enfuit avec son nouveau-né, et au terme d’une lutte acharnée pour survivre dans une société vile et cupide, elle est emmenée de force dans le centre dit les Casses, placée avec son jeune fils dans une carcasse de voiture et contrainte de travailler dans les champs pour payer ce logement. Moe espère s’échapper de cette prison à ciel ouvert, mais en sortir coûte une fortune
Par chance, Moe échoue dans un cercle de cinq femmes unies par un pacte de partage et d’entraide garanti par Ada, la vieille afghane guérisseuse dotée d’une autorité que tous respectent. Elle préserve ses filles de tous les dangers qui rôdent dans ces lieux, jusqu’à un certain point…

Malheurs, violences, terreurs ont pavé les enfers qu’ont vécu les femmes réunies autour de Moe, ces femmes magnifiques, bouleversantes qui éclatent comme un diamant noir dans ce roman de douleur écrit avec des hoquets de sanglot, des complaintes désespérées mais également avec des chants d’amour et des danses d’espoir

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Roch, Elsa – Le baiser de l'ogre

Lorsqu’un soir la policière Brugguer reçoit un message, elle fonce aussitôt vers le lieu indiqué pour y découvrir un homme la tête explosée d’une balle. A ce moment là quelqu’un lui tire dans le dos. Gravement blessée, elle appelle son chef, Marsac, et, avant d’être emmenée aux urgences, le supplie de taire sa présence sur les lieux et de protéger sa petite fille d’un danger. Marsac promet le silence au risque de se mettre à dos son équipe, puis se rend auprès de la petite Liv, 3 ans, qui, dans sa version autiste, ne parle pas mais éveille en lui une tendresse et un émerveillement dont il ne se croyait plus capable
Entre-temps l’enquête démontre que l’homme mort était un ogre, un prédateur d’enfants qui ne se refusait aucun vice ni aucune abomination.
Mais quelle vérité Brugguer défend-elle si farouchement, vérité à laquelle fait écho le mutisme de Liv ?

Ce roman poétique, tramé de lumière et de ténèbres, gravite tout entier autour du silence.
Il y a le silence destructeur que tout ogre impose aux enfants, leur rendant ainsi indicible l’infamie subie
Il y a le silence du secret chez la policière, un secret qui ne cherche nullement à dissimuler, mais à se protéger et à protéger son enfant
Il y a enfin le silence de la petite Liv qui, tel celui de la psychanalyste, engage l’autre à entrer en vérité et dans cette vérité à redécouvrir le chemin de l’amour

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Gustawsson, Johana – Sang

Espagne avant 1953. Cinq petites filles nées de femmes de résistants engrossées par les franquistes, puis abattues après leur naissance. Cinq petites filles parquées dans un orphelinat religieux, soudées dans cet enfer de la perversité et finalement séparées en 53 lorsque l’une d’elles est frappée à mort et que sa petite soeur, choquée, est transférée dans un asile.
Suède année 2016 la profileuse surdouée, Emily Roy, et la douce écrivaine, Alexis Castells apprennent, bouleversées, que les parents et la soeur d’Aliénor, la jeune stagiaire d’Emily qui souffre du syndrome d’Asperger, ont été poignardés et leurs langues tranchées.
Ils géraient une clinique de procréation médicalement assistée dont les résultats dépassaient de loin ceux des autres cliniques. L’enquête s’attache à découvrir la raison de tels scores en même temps qu’elle exhume d’autres meurtres similaires…

C’est une histoire de la douleur, celle dont on veut se couper en se coupant des autres, celle que l’on porte dans son coeur et qui fermente toutes les reconnaissances et tous les amours, et celle que l’on entretient pour cultiver la haine
C’est un roman d’émotions, telle cette perception d’une mère perdue avant d’avoir été connue « Simplement une étrange sensation qui bruissait au niveau de sa poitrine et la mettait en joie tout en la rendant triste »
Douleur et douceur s’entrelacent toujours dans l’oeuvre de l’auteure, mais davantage encore dans ce livre, ce fado qui pleure des larmes de sang

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Boudou, Noël – Benzos

Depuis son adolescence Nick Power ne parvient plus à dormir sans somnifères, ces fameux benzos, mais aujourd’hui sa dépendance est telle qu’il en avale tout au long de la journée avec force alcools et joints.
L’arrivée d’un couple d’amis invités pour la semaine donne à Nick l’occasion de boire et se doper en joyeuse compagnie, mais comme sa femme a dû s’absenter, Nick s’abrutit en forçant sur les doses.
Étrangement, le lendemain ses amis annoncent derechef leur venue comme s’ils n’étaient pas déjà arrivés la veille, et cela recommence encore le surlendemain. Que se passe-t-il ? Devient-il fou ? Pour juguler cette crainte Nick engloutit davantage de benzos, si bien qu’outre sa temporalité distordue ce sont ses fantasmes qui envahissent de plus en plus sa réalité .
En surprenant par hasard un sms envoyé par sa femme à ses amis, Nick se demande si toutes ces confusions ne sont pas le fruit d’une machination…

Mais comment est-il possible qu’une femme aimante et des amis fidèles puissent seulement imaginer un tel scénario, en prétendant avoir les meilleures intentions, de ces sortes d’intentions qui, comme on le sait, pavent l’enfer ?
L’indignation, la révolte que l’on ne cesse d’éprouver en apprenant l’expérience folle dont le héros fait l’objet obstruent toute possibilité de s’accorder avec un livre qui est d’autant plus décevant que son aîné était bouleversant

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Bakowski, Solène – Miracle

Quand, Laure âgée de 21 ans, apprend qu’un cancer lui mesure sa vie, tous ses espoirs d’avenir s’écroulent 
Mais en découvrant le voilier de son père perdu en mer, Laure se reprend à rêver : elle va restaurer ce bateau et traverser l’Atlantique seule
Pour recueillir les fonds nécessaires, elle poste un message sur les réseaux sociaux et voit s’élever une nuée d enthousiastes, dont le plus touché – le plus touchant – est le jeune Lucas hospitalisé pour un cancer avancé. Avec lui, Laure découvre le vrai sens de son entreprise et une amitié intense.
Au retour de son périple, elle apprend le prodige de sa guérison. Mais Laure, adulée parce que mourante, sera haïe parce que ressuscitée : Rage chez la mère de Lucas hélas décédé, stupidité, suivisme et une mélasse de frustrations fomenteront ce cocktail de haine qui s’abattra sur la jeune femme tel une tempête capable de la projeter à l’eau

Quel est donc ce Miracle dont se titre ce livre et qui, d’ailleurs, traverse l’oeuvre entière de l’auteure? C’est celui de pouvoir traverser la souffrance la plus noire et même y sombrer sans jamais céder sur sa ferveur à aimer.
Mais la douleur aspire à s’oublier dans une haine commune, dans une masse aveuglée de colère qui enfante le Mal à l’instar du cancer dont la prolifération engendre la Mort.
Afin de fréquenter les réseaux sociaux sans nuire, il faut sans doute, comme Laure, posséder le courage de demeurer seul et celui d’endosser toujours déjà notre part de culpabilité
Ce roman écrit avec sensibilité et poésie dispense la beauté rare des ces livres qui nous rendent meilleurs

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Leduc, Frank – Cléa

Au Vatican le pape Urbain XIV baptise des fidèles lorsque soudain il semble tomber à terre devant une jeune fille blonde. Il est évacué en urgence tandis que les gardes suisses récupèrent de force tous les appareils photos des témoins de cette scène. Seule une vidéo échappera à la fouille
Quelques jours plus tard Urbain XIV doit démissionner, une rumeur le déclare atteint de démence et un nouveau pape est aussitôt élu. Ce dernier fait appel à un historien spécialiste des textes sacrés, connu pour son scepticisme éclairé.
Avec intelligence, érudition, et quelques maladresses, ce livre examine comment réagirait le monde actuel, et l’église instituée en particulier, si un nouveau prophète, un Jésus féminin, se manifestait aujourd’hui, porteur d’un message transcendant rénové. (Enfin c’est l’idée car l’auteur n’invente en fait rien qui ne soit déjà connu)
Et la réponse ne surprend pas : Tout se déroulerait pareillement qu’avec Jésus, hormis le contexte où entreraient en scène la police, la télévision, et des méthodes plus élaborées pour dissimuler la vérité
Un roman intéressant, bien écrit, qui vaut la peine malgré ses quelques défauts

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Miloszewski, Zygmunt – Les impliqués

Dans un ancien monastère de Varsovie se tient une session de thérapie dite « de la constellation familiale » aux effets étonnants. Or la nuit suivant une première journée thérapeutique fort éprouvante, l’un des participants, Henry Telak, est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil.
Ce crime est-il dû à un dérapage chez un des patients? Ou à un cambriolage qui aurait mal tourné ?
L’affaire est confiée au procureur Teodore Szacki. Il faut savoir qu’en Pologne c’est au procureur de mener l’enquête et d’interroger les suspects.
Sazcki est un homme intelligent mais il est en proie à de constantes contradictions : lâche et courageux, menteur aspirant à la vérité, accroché à la loi dont il voudrait également se départir au nom de la justice, fuyant sa femme qu’il aime et flirtant avec une sotte qui lui donne l’illusion du changement, il devra surtout se démener et fouiller le passé de la victime qu’il découvrira fortement lié à celui du communisme dont l’influence se fait toujours sentir et dont les plaies ne se sont pas encore cicatrisées

Un livre à l’ambiance sombre et désabusée, mais un roman intéressant et subtil qui se déploie autour de ce procureur à la personnalité richement nuancée. Et donc un auteur à suivre.

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Koudero, Michaël – Des visages et des morts (ou Les enfants d'Érostrate)

Quand l’inspecteur Milan apprend que son ami d’enfance a été torturé, il demande à collaborer avec la capitaine Laura Esposito chargée de l’affaire. Prévoyant sa mort, l’ami avait déposé en lieu sûr une vidéo qui montre le supplice et la mort d’ une jeune femme.
Le corps d’une autre victime exécutée avec la même cruauté conduit les deux français en Belgique où opère le commissaire Adami. Ce dernier, plus âgé, tremble quand il réalise que les visages et les tortures infligées à ces femmes sont en tous points pareils à ceux des femmes détruites 24 ans plus tôt par « Le Borgne » aujourd’hui frappé d’un handicap
Pourquoi imiter à ce point les crimes du Borgne ? Comment le lien s’est-il instauré entre l’emprisonné et son copycat ?
Questionné, Le borgne se rengorge d’avoir acquis la reconnaissance. D’ailleurs qui mieux que la presse aura suscité cet engouement pour lui, le désormais célèbre tueur ? Désormais chaque frustré pourra se forger une notoriété en reproduisant ses crimes

Une bonne idée un peu maladroitement exposée, une écriture qui se cherche encore et des personnages aux caractères assez convenus, toutes choses pardonnables quand il s’agit d’un premier livre. Un auteur à suivre donc…

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Luis, Sergio – Court-circuit

« Vous qui entrez ici, perdez toute espérance »
Antoine roule dans la nuit glacée quand une jeune femme lui fait signe, elle se dit poursuivie et bientôt en effet une voiture les percute violemment. Blessé et enfermé par ses ravisseurs, Antoine sera acculé à un choix monstrueux.
Depuis des mois les inspecteurs Mathieu Anselme et Clément Prista sont aux abois : plus de dix disparitions ont eu lieu sur leur secteur et aucune piste ne se profile. Ces Évaporateurs, comme la presse les nomme, opèrent avec une maîtrise effrayante
Parallèlement, Elodie, une dame paraplégique clouée dans un fauteuil roulant est suspectée d’avoir poignardé une amie avant d’être prise en flagrant délit du même crime sur un inconnu. Étrangement, le lendemain elle ne se souvient de rien.
Chaque jour, au sortir de l’école, Jules, le fils de Mathieu Anselme, se rend au chevet de sa mère hospitalisée pour une anorexie sévère tandis que son inspecteur de père les délaisse et ne rentre qu’au coeur de la nuit.
Plus loin dans le temps, on rencontre encore un savant fou que sa femme fuit en emportant ses nourrissons
Au final ces fragments épars s’enchevêtreront telles les pièces d’un puzzle, même si rien n’aura été sauvé

Dans les ténèbres de ce roman percent deux éclaircies : la belle écriture et la présence du jeune Jules

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Sigurdardottir, Yrsa – Indésirable

Odinn est un homme qui fuit. Il a fui sa femme et sa fille Run jusqu’au jour où la mère de la petite se défenestre. Cette mort est-elle accidentelle ou criminelle ? Run rêve chaque nuit de sa mère en colère contre elle tandis qu’Odinn redoute d’avoir causé cette chute, ayant bu plus que de raison cette nuit là. Père et fille préfèrent fuir la question et tout oublier, mais des bruits, des murmures, des émanations de ces craintes enfouies viennent alors angoisser leur quotidien,
Suite au décès d’une collègue, Odinn est chargé de vérifier si les jeunes délinquants mineurs placés dans le foyer de Krokur y étaient bien traités. Mais à part quelques photos et le fait que deux jeunes y périrent asphyxiés dans une voiture dont le pot d’échappement était bouché, il ne reste plus grand chose pour témoigner de la vie détestable dans ce foyer fermé depuis 40 ans,
A cette époque, Aldis y travaillait comme jeune ménagère sous la tutelle féroce d’un couple fanatique et impitoyable. Malheureuse et solitaire, elle s’était laissé séduire par un des délinquants, Einar, un monstre au visage d’ange qui bouleversa sa vie .
C’est auprès d’Aldis qu’Odinn parviendra au terme de son enquête

Le personnage principal de ce roman est l’ambiance, une ambiance de sourde menace amplifiée par cet hiver islandais tout en pénombre et en ombres, avec cette neige qui écrase le paysage, ce froid grinçant et ces êtres habités de silence.
L’intrigue est bien menée et le roman convainquant, mais hélas, les personnages manquent de profondeur

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Giebel, Karine – Ce que tu as fait de moi

Commandant à la brigarde des stups, Richard est admiré par son équipe et aimé des siens.
Quand Laetitia,une stagiaire attirante, mais vulnérable, se présente, Richard sent le monstre s’éveiller en lui: puisqu’elle tient tant à ce poste, elle ne pourra y rester que si elle le laisse la violer. Passé ce cap, Richard bascule du côté de la noirceur absolue. Désormais capable du pire pour exercer sa volonté de jouir du corps de l’autre en l’écrasant, il ne vit plus que pour ces moments abominables
Quant à Laetitia, elle préfère supporter ces viols qu’elle abomine et par lesquels elle se sent déchoir plutôt que de reconnaître que ce métier ne lui convient pas. Terrorisée, harcelée, traquée par ce monstre, jamais elle ne consent à ces rapports sexuels, et si jouissance il y a, elle s’apparenterait bien plutôt à une transe de haine.
Ce que chacun d’eux nomme amour ou passion est tout autre chose, et nous le sentons bien. Il s’agit, tout à l’inverse, de l’entrée dans ce trou noir que Lacan nomme Jouissance et qui est le point à ne pas atteindre sous peine de destruction, le point démoniaque, ce point où nous disparaissons comme être humains tandis que se lève une jubilation monstrueuse. Et cela ne peut que dégoûter, effrayer, horrifier les êtres humains que nous sommes tant que nous évitons ce point d’horreur en nous
C’est ce que Giebel nous donne à voir tout en ne le reconnaissant pas.
Un livre insupportable à lire mais intéressant à analyser

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Chaparro, Carme – Je ne suis pas un monstre

« Monstre » désigne cette monstration , cette mise en scène pléthorique de soi sous forme de selfies, de téléréalité etc. « Je ne suis pas » est la formule de dénégation connue depuis Freud comme une vérité méconnue sur soi qui ne peut se révéler que sous la forme négative
Ana Aren est inspectrice à la brigade des mineurs, elle se morfond encore de n’avoir jamais retrouvé le petit Nicolas disparu deux ans auparavant et enlevé, selon la rumeur, par le Slender Man. Or voici qu’un enfant en tous points semblable disparaît en plein centre commercial. Dès lors pour Ana, plus rien n’existe que la traque de ce Slender Man. Un second insuccès lui serait fatal
Inès Grau, une amie d’Ana, est journaliste à la télévision. Elle doit couvrir l’événement et, pressée par son patron, use de tous les moyens pour informer son public sur l’enquête en cours.
Tandis qu’Ana et son équipe travaillent nuit et jour, un troisième enfant disparaît dans le même centre commercial

Ce livre met en avant le contraste entre le chagrin infini des mères terrifiées, mutilées de leur enfant, repliées sur leur douleur et le tapage indécent des médias avides d’effets spéciaux à renouveler sans cesse dans un flux broyant les êtres et leurs drames
Mais hélas ce livre reste en superficie et ses révélations finales sont décevantes

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Favan, Claire – Inexorable

Alexandra et Victor ont un fils, Milo qui adule son père. Mais une nuit, la police surgit et menotte Victor sous les yeux effarés de sa femme et la rage de son fils.
Depuis cet instant la colère ne quitte plus Milo. A la moindre frustration, il frappe et agresse ses camarades. Les enseignantes tentent de le calmer, mais en vain. La direction se plaint auprès d’Alexandra déjà exténuée par un travail exigeant et qui, chaque jour, redoute les appels de l’école. Elle sermonne son fils, le supplie, le fait suivre par une psy, mais rien ne change.
Quand enfin Victor sort de prison et jure à sa femme de s’amender, elle se reprend à espérer. Milo s’épanouit. Mais hélas, l’enfer est proche…
Dix ans plus tard, lorsque des jeunes filles sont assassinées avec une violence rare, toutes ayant récemment été vues avec Milo, la police le soupçonne en premier lieu

Il paraît que l’auteure a voulu critiquer la société broyant un enfant victime (!!). Peut-être que face à la violence d’un enfant, il convient plutôt de la lui faire comprendre avec sincérité et bonté, afin de le rendre responsable de ses actes.
Un roman très moyen avec néanmoins un beau portrait de femme courageuse mais débordée

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Staincliffe Cath – Lettres à l’assassin de ma fille

Ruth est divorcée et vit seule à Manchester où résident également sa fille Lizzie avec son mari Jack et leur fille Florence, 4 ans
Un soir, elle reçoit un appel affolé de Jack; en rentrant il a retrouvé Lizzie par terre, sauvagement assassinée. C’est un choc épouvantable pour Ruth qui accueille Jack et Florence chez elle le temps que la police ait examiné les lieux .
Quatre ans plus tard, en guise de thérapie pour liquider la haine et la rancoeur qui la ravagent et pourrissent sa vie, Ruth décide d’écrire au meurtrier. Elle va revivre les événements depuis sa sidération initiale, sa plongée dans un chagrin sans nom, puis, avec l’interpellation du meurtrier, l’horreur, la révolte, la haine et le désir de vengeance.
Le procès est particulièrement éprouvant parce que l’assassin nie jusqu’au bout sa violence, parce que son avocate réduit en bouillie les certitudes et sentiments des témoins à charge, et parce que Lizzie, leur amour, est traitée comme un simple corps-preuve.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, l’auteur nous propose un portrait de femme d’une grande générosité mais chez qui la douleur et la culpabilité d’une perte si violente auraient mené à la folie si elles ne s’étaient muées en haine

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Tahtieazym, Luca – Il était une fois dans le brouillard

11 septembre 2001. A cette date qui signifie un changement de monde, se lève, à La Rochelle, mais également partout dans le monde, un brouillard épais, dépouillant le paysage de perspective et de couleurs.
On suit les mésaventures des habitants d’un immeuble où habite Agathe la misanthrope qui, ce 11 septembre, doit aller chercher ses tout jeunes neveux dont le père vient d’être renversé par une voiture nageant dans le brouillard. Au passage, elle recueille Félix le clochard à la jambe souffrante et Ornicar, le bon chien égaré. Puis, comme le smog semble s’installer, les locataires de l’immeuble rassemblent leurs tempéraments contrastés afin d’organiser leur vie devenue survie dès lors que les hôpitaux sont fermés, les communications coupées et qu’ il faut s’encorder pour aller quérir des ravitaillements, tâtant les murs et craignant les bandes agressives.
Dans cette réalité nouvelle où chacun se voit ramené à sa condition essentielle, chaque protagoniste révélera la vraie couleur de son âme teintée, comme le brouillard, du blanc le plus pur au gris le plus sombre .

Une histoire originale et passionnante malgré quelques longueurs, des personnages dotés d’ une certaine épaisseur, et une écriture étonnante avec son vocabulaire somptueux qui rend hommage à la richesse de la langue française.

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French, Nicci – Lundi mélancolie

Freida Klein est une psychanalyste fine et douée. Solitaire, elle porte en elle une profonde et secrète tristesse.
D’un collègue en arrêt de travail, elle hérite un patient, Alan qui rêve toutes les nuits d’un fils qui lui ressemblerait et serait roux comme lui quand il était jeune, et comme le petit Matthew disparu à la sortie de l’école quelques jours plus tôt. Alan confesserait-il son crime par le biais de ses rêves ?
Son devoir éthique la pousse dès lors à faire part de ce soupçon à la police, mais l’inspecteur Karlsson n’y prête aucune valeur et remballe la jeune femme.
Dans la vie calme et réglée de Frieda Klein surgit un homme à tout faire, Josef, venu d’Ukraine pour s’enrichir avant de rentrer près de sa femme et ses enfants. Il deviendra un acolyte précieux dans l’enquête menée par Frieda Klein

Si l’intrigue est peu crédible et le rôle de la police déplorable, tout l’intérêt du livre converge sur la personnalité de la psychanalyste, de telle sorte que le mystère de sa vie intrigue davantage que celui de l’enquête. Enquête qui se conclut heureusement par une belle pirouette

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Cook, Thomas H. – Au lieu-dit du Noir-Étang

Henry est aujourd’hui un vieil homme à la vie solitaire et étriquée. Il vit dans le souvenir de cette dernière année au Chattam Collège, début du XXème siècle, alors que son père y était un directeur au coeur bon et dévoué que lui, adolescent, méprisait pour son manque de liberté et d’audace
Cette année là une nouvelle enseignante en arts plastiques, Mlle Channing, arrive avec un vent de liberté dans ses bagages. Elle est belle, racée, elle encourage Henry à dessiner, et surtout elle vit une idylle avec Leland Reed, un de ses collègues qui vit non loin d’elle avec femme et enfant
Dès lors, le couple adultérin va représenter pour Henry la quintessence de cette liberté dont il rêve, il surveille leurs moindres échanges muets et, quand Reed construit un bateau, Henry l’aide en imaginant déjà le couple gagner d’autres continents.
Et c’est alors le drame, le témoignage devant un tribunal, l’accusation, trois fardeaux dont Henry ne pourra jamais se défaire

Magnifique écriture pour un drame à l’ancienne riche en émotions.
«... si bien que je finis par penser que nous n’avions pas été créés à l’image de Dieu, mais à celle de Tantale, ce que nous désirons dansant perpétuellement devant nos yeux et demeurant éternellement hors de notre portée »

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Barnaby, James – A bout de nerfs

TradeOption est une entreprise d’escroquerie financière située en Israël mais qui dispose d’un réseau mondial. C’est ainsi qu’à Londres, un homme, ruiné par ses soins, se suicide après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles. Quand Angelica, la nurse des petites filles, apprend ce drame, elle en est si déboussolée qu’elle accepte une offre d’emploi qu’un ami lui transmet : s’occuper de deux enfants dans un château en Ecosse. Conduite par son ami, Angelica est reçue en reine par un couple excentrique qui découche aussitôt, laissant la nurse seule avec les enfants. Or la nuit l’ orage tonne, les lumières s’éteignent et, le temps qu’ Angelica trouve des bougies, les enfants ont disparu. Soupçonnée par la police, la jeune femme fait, en désespoir de cause, appel à son oncle chargé des fraudes fiscales au FBI .

Un agréable divertissement qui ne casse rien et vis à vis duquel on reste assez extérieur, non réellement touché mais néanmoins curieux de connaître l’issue de cette intrigue. A lire à la plage

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Hoag, Tami – Dieu reconnaîtra les siens

Andy Fallon, officier de la police des polices, est trouvé pendu dans sa chambre. Les patrons de la police concluent au suicide ou à l’accident lors d’un jeu érotique homosexuel, solutions bien pratiques pour étouffer l’affaire, mais ni Sam Kovac ni sa coéquipière Nikki Liska de la section des homicides  n’admettent ce verdict, d’autant plus que peu après c’est le père d’Andy, un ancien policier handicapé qui, abattu d’une balle, est déclaré mort par suicide. Les deux amis vont alors se lancer dans une enquête complexe et dangereuse où s’enfilent flics violemment homophobes, lieutenants au passé douteux qui au mieux culpabilisent, au pire pavoisent tels des héros et policiers sans scrupules avides de promotion

Dans ses livres, Tami Hoag entrelace actions, réflexions et émotions dans une riche, parfois trop riche, complexité . Il y a toujours chez elle, et chez ses héros, une solitude désespérée et un esprit tourmenté qui donnent une tonalité sombre à ses romans qui connaissent néanmoins des percées d’espoir vite éteintes . A lire pour ceux qui aiment plonger dans la tourmente

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Hespel, Patricia – La fille derrière la porte

Leurs enfances furent un enfer, ils sont aujourd’hui des adultes meurtris.
Emmy, ignorée et rejetée par un père veuf, sombre dans une grave dépression suite au départ de son mari qui lui retire la garde de ses enfants.
Léna, sa voisine, a choisi la domination absolue pour survivre à l’horreur absolue. Elle s’impose à Emmy et va peu à peu lui redonner confiance en elle, mais cette aide fait partie d’un Plan conçu de longue date. D’ailleurs Léna se laisse de plus en plus envahir par sa part violente, despotique et sans scrupules
Magnus enfin tente de se libérer des sévices endurés par les scarifications qu’il s’inflige. Il s’est lié à Léna à qui il a délégué tout pouvoir sur lui, mais plus Léna en abuse, plus Magnus veut s’en détacher.
Le danger guette, le piège se referme…

Ce thriller dévoile les troubles profonds que l’enfance outragée produit sur l’adulte : Emmy fragile et sans défense, Léna dure et contrôlante, Magnus soumis et lâche, tous trois sombreront d’abord dans ce pli d’enfance avant de s’en relever, ou de s’y enfoncer.
Ce livre, bien que bien écrit, n’est pas confortable à lire parce qu’oppressant, glauque, furieusement noir et parce qu’il nous mène loin, très loin dans les tréfonds de notre psychisme

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Saussey, Jacques – Enfermé.e

Enfant, il est enfermé dans un corps qui ne correspond pas à son ressenti identitaire. En effet, né garçon, il s’éprouve et se vit comme une fille, mais ses comportements féminins suscitent la rage d’un père imperméable à l’altérité. Tenant tête au père, l’enfant se baptise du nom de Virginie et fuit ses parents dès sa majorité.
Virginie se lie alors à deux amis et se laisse entraîner dans un cambriolage qui se terminera par la mort pour eux et par la prison pour hommes pour elle. Et là, dans ce lieu sans foi ni loi, ce ne seront que viols, coups et tortures quotidiens durant 12 années, si bien que sa survie tient de l’invraisemblable
A sa sortie, recueillie par le père d’une codétenue également enfermée dans un corps d’homme, Virginie, missionnée par ce père, travaillera dans un home pour personnes âgées

Décrire, comme le fait l’auteur, le calvaire que subissent les personnes différentes est certes oeuvre nécessaire, mais ici il en fait vraiment trop !! Et pourquoi donc Virginie s’évertue-t-elle donc à afficher sa féminité dans cette prison d’hommes intolérants? Peut-être y a-t-il des sociétés de la terreur où la différence ne peut être pleinement vécue que dans l’intimité en attendant de créer un mouvement qui modifiera cette société ou nous en fera sortir
Un livre bien écrit mais qui ne m’a pas du tout convaincue

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Delcroix, Angelina – Si je serais grande

La petite Eleanore a 6 ans et ses souvenirs d’enfant sont constamment niés par sa mère qui les déclare pures inventions et s’enrage devant leur persistance
Eleanore sera mise dans une école sélective usant de la violence, de la manipulation psychologique et de drogues afin que chaque enfant perde son identité et son âme d’abord et qu’il accède ensuite aux plus hautes fonctions, d’où il pourra bloquer toute action contre la secte satanique à laquelle il est voué
C’est la découverte d’un charnier d’enfants torturés, violés et sacrifiés qui mettra Joy Morel, enceinte de 4 mois, et son équipe sur la piste de ce réseau extrêmement dangereux puisque ses influences sont partout et ses méthodes radicales.

Un livre éprouvant, difficile, effroyable parfois du fait de sa thématique mais l’auteur a ce talent, et ce respect, de ne jamais s’attarder sur les souffrances infligées aux enfants, elles sont là mais derrière un voile de pudeur, contrairement au supplice d’un des membres de la secte.
Un livre passionnant dans son versant psychologique mais avec quelques longueurs et un peu trop d’action . A lire si l’on est en condition

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Gustawsson, Johana – Mör

Fin du XIXème siècle, dans les bas-fonds crasseux de Londres, des jeunes prostituées sont éventrées par le célèbre Jack dont les crimes s’arrêtent brutalement. Une amie de ces jeunes femmes, Freda, donnera naissance à une fille qui fuira ce monde de misère pour la Suède où elle établira sa descendance.
De nos jours, en Suède, la police retrouve le cadavre d’une femme étranglée et amputée de ses rondeurs. A Londres, Emily Roy, la profileuse, ainsi qu’Alexis Castells, son amie écrivaine, sont appelées afin d’enquêter sur la disparition d’une actrice réputée. Intuitivement Emily cherche alors et trouve les chaussures de l’actrice dans un sac plastique, avérant ainsi que le modus operandi de ces deux enlèvements dans deux pays éloignés correspond bien à celui du dépeceur de femmes déjà sous les verrous depuis dix ans. Le détenu serait-il innocent? S’agit-il d’un copycat? Et pourquoi donc une reprise de crimes similaires dix ans plus tard?

Tel un pont dont deux constructeurs dresseraient les pierres de part et d’autre d’un fleuve pour se rejoindre en une perfection étonnante, ainsi ce roman partant de périodes et de lieux éloignés s’achève en une perfection d’harmonie et d’intelligence.
Intelligentes en effet sont les héroïnes de ce livre, dominantes aussi, mais si telle est Emily Roy, son amie Alexis Castells illustre l’autre versant féminin, celui de l’émotion et de l’humour. Un livre à dévorer !

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Caillot, Gilles – Je te hais

Marc Kasowski a vécu un passé atroce avec un père d’une telle violence qu’un jour il massacre sa femme et sa petite fille, cette petite soeur violée, dévastée que Marc n’a jamais protégée. Placé ensuite dans un orphelinat malfamé, Marc sera adopté par un couple, forcé ainsi d’abandonner sa jeune amie aux prises des violeurs de cet établissement
Marc s’est construit en devenant policier . Un jour, lors d’un braquage, son chef est abattu devant ses yeux tandis qu’il se contente de regarder ce drame. Blâmé par ses supérieurs, Marc va sentir s’écrouler son image de soi.
Peu de temps après la police recueille la lettre d’un kidnappeur d’enfants, lettre dans laquelle il décrit les abominations qu’il leur fait subir., lettre propre à déclencher un court-circuit dans l’esprit de Marc qui, démissionné temporairement, se lance à la poursuite d’un passé dont de larges pans se sont effacés.

Ce roman pose la question suivante : Quel est le sort de ces enfants qui ont regardé ou subi le pire dans leur enfance ? Gilles Caillot apporte ici une réponse psychiatrique extrêmement fouillée et percutante avec ce livre dur et perturbant, d’une logique psychologique étonnante et une fin bluffante

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Lebel, Nicolas – Dans la brume écarlate

Dans la ville enfouie sous la brume, Le capitaine Mehrlicht, gouiailleur et grognon, enquête avec son équipe sur la disparition d’une jeune fille quand un pêcheur arrache à la Seine le corps nu et livide d’une jeune femme. Alertée, la police sidérée retire des eaux un cimetière de corps exsangues au cou marqué de deux trous. Serait-ce un vampire ?
Non loin de là dans un camp de réfugiés harcelé par les nationalistes et les CRS, Taleb le syrien s’affole d’avoir perdu sa jeune soeur. Quand il apprend qu’un infirmier du dispensaire l’a droguée et vendue à un grand homme noir, iln’a de cesse que de traquer cet homme pour sauver sa soeur
Seul Yvan le roumain, survivant des prisons de Ceausescu, a rencontré ce Monstre noir qui, jadis, a utilisé et tué sa femme. Depuis des années et à travers le monde, Yvan met toutes ses forces à venger l’amour de sa vie

Lebel est un révolté, un homme qui s’indigne du sort réservé aux femmes dans le monde, de l’immunité dont abusent ceux qui ont un pouvoir, de cet éternel besoin de rendre un groupe bouc émissaire responsable de nos frustrations et de nos difficultés
Malgré ces thématiques sérieuses, ce livre nous offre des moments de drôlerie, des envolées lyriques et surtout un travail de langage et d’écriture si époustouflant que chaque page devient un vrai bonheur

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Massé, Xavier – L’inconnue de l’équation

Des cris, puis des coups de feu et enfin une explosion d’où jaillit une flamme laissent un couple carbonisé et un fils entre la vie et la mort. Comment le couple si harmonieux que formaient Juliette et François en est-il arrivé là ?
Les deux rescapées de ce drame, une inspectrice qui était sur les lieux et la mère de François venue ramener leur fils, vont être interrogées séparément afin de recueillir leurs témoignages, témoignages essentiellement indirects, puisque l’inspectrice ne rapporte que les dires de François venu lui parler, et que c’est lui encore qui se confiait quotidiennement à sa mère.
Bien sûr les deux récits divergent et creusent des espaces de mystère. Qui dit vrai ? Et dans quelle mesure ? La police s’arrache les cheveux

Cette première partie du roman est passionnante et les dialogues policiers-témoins sont magistralement conduits
Par contre la seconde partie, où tout s’explique, bien qu’elle ne manque pas d’ingéniosité, pèche néanmoins par son invraisemblance – celle d’une chance inouïe et répétée – et surtout par une relâchement de l’écriture
Donc certainement un livre à conseiller mais sans crier au génie

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Flynn, Gillian – Les lieux sombres

Patty Day voit sa ferme ruinée suite aux dépenses de son mari noceur qui dès lors l’abandonne avec quatre enfants, Ben, Michelle, Debby et Libby,
Patty lutte pour tenir la ferme et nourrir ses enfants mais un jour tout s’écroule encore : Son créancier lui annonce que sa ferme va être saisie; des rumeurs prétendent que son fils abuse des petites filles et s’adonne au satanisme; son ex-mari revient en exigeant de l’argent
Et le soir survient le drame. Libby, la petite dernière de 7 ans entend des cris, une voix d’homme, une hache qui frappe, des coups de feu. Terrorisée elle s’enfuit par une fenêtre. Plus tard, interrogée sur le meurtre de sa mère et de ses soeurs, elle accusera son frère Ben
Aujourd’hui Libby, à trente ans, vit repliée sur elle-même. Elle se montre agressive et dure pour se remparder contre ce passé qui l’obsède, mais au fond d’elle s’entend une profonde tristesse et un grand besoin d’amour.
Quand une curieuse association qui révise les crimes anciens l’invite, elle accepte petit à petit de questionner la culpabilité de Ben et d’aller interroger ceux qui gravitaient autour de sa famille
Un livre au coeur de l’Amérique profonde, violente et revêche, avec ses personnages pleins de silence et de fureur, de petitesse et de grandeur. Magnifique !

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Ellis, David – La conspiration Kolarich

Tom Stoller, un SDF, est inculpé pour le meurtre d’une jeune femme quand on découvre sur lui l’arme du crime. Tom est un vétéran de la guerre d’Irak, il souffre d’un stress post-traumatique auquel s’ajoute une grave schizophrénie. Désespérée, la tante de Tom supplie l’avocat Kolarich de défendre son neveu et l’homme, touché, accepte. Avec son équipe il veut prouver soit la folie de Tom, soit son revécu hallucinatoire d’un moment de guerre, mais ces deux arguments sont refusés d’emblée par le juge. Résiliente, l’équipe Kolarich se penche alors sur le motif qui aurait conduit à l’assassinat de cette jeune femme et là, s’ouvre une piste insoupçonnée et très dangereuse
Voilà un thriller intelligent et bien mené. Agréable à lire il vaut surtout par les scènes du prétoire avec ses coups fourrés, ses feintes, ses jeux où finalement s’oublient la justice et l’homme à qui elle est due. Ce roman vaut également pour sa construction graduelle qui, lente et localisée au début, gagne en vitesse et en amplitude au cours de l’intrigue.

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Bakowski, Solène – Un sac

Voici l’histoire bouleversante d’Anna-Marie Caravelle, celle qui aujourd’hui pleure en déposant un sac au pied du Panthéon

Déjà quand la mère d’Anna-Marie, Elise, annonce sa naissance au père, ce dernier se suicide et sous le choc, Elise sombre dans un état catatonique
Monique Bonneuil, une voisine qui souffre de solitude, saute sur cette opportunité de compagnie. Elle s’occupe d’Elise, l’aide à accoucher chez elle, puis s’approprie l’enfant après s’être débarrassée de la mère en la confiant à un hôpital psychiatrique.
Pendant dix ans, elle enferme Anna-Marie dans son appartement, clôturant portes et volets pour la cacher de tous. Enfin, pour ses dix ans et sa première sortie, Monique emmène la petite à l’hôpital où végète sa mère toujours internée. Terrible rencontre puisque la petite va être confrontée au regard de haine et à la voix destructrice de sa mère folle, regard et voix qui habiteront désormais l’esprit malléable de l’enfant, scellant son destin entre enfermement dans l’amour et destruction dans la déception dévastatrice

Un livre d’une grande beauté avec son héroïne qui, telle un Icare, se brûle sans cesse les ailes au soleil de ses rêves. Un roman plein de compassion pour la différence, si excessive soit-elle. Une écriture poétique, musicale ,vibrante, superbe.

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Cabanac, Cécile – Des poignards dans les sourires

Quand Catherine Renon rentre chez elle avec ses enfants après un séjour chez sa soeur atteinte d’un cancer avancé, elle découvre la maison désertée. Habituée aux escapades d’un mari infidèle, alcoolique et violent, elle ne s’inquiète pas, contrairement à ses enfants pour lesquels elle a toujours préservé l’image du père, et à sa belle-mère, marâtre qui exècre les femmes mais idolâtre son fils
Aussi, lorsqu’un tronc décapité et démembré est retrouvé et identifié par le capitaine Virginie Sevran et son coéquipier, ces derniers vont avoir bien du monde à soupçonner dans cette famille gravement dysfonctionnelle : la veuve du mort bien sûr, mais aussi les soeurs du défunt, ses demi-frères, son contremaître dont il a volé la maîtresse, la soeur de Catherine en phase terminale… Les deux enquêteurs mènent leurs interrogatoires avec un manque total de ménagement, ce qui les rend extrêmement antipathiques, bien que l’auteure veuille corriger ce regard par l’exposé de leur vie privée
Au final donc, un livre sans grande surprise, avec des personnages exaspérants, quelques illogismes et une écriture assez quelconque. Mais il s’agit d’un premier roman.

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Loubry, Jérôme – Les refuges

Quand Sandrine apprend qu’elle hérite des effets de Suzanne, sa grand-mère jamais rencontrée, elle n’est guère enthousiaste, d’autant plus que la vieille dame vivait sur un îlot pluvieux où n’habitent plus que quelques personnes jadis engagées avec Suzanne afin d’accueillir dix enfants traumatisés par la seconde guerre mondiale
Parvenue sur l’île, Sandrine ressent un malaise, une inquiétude, une peur qui vont grandissant au fil des jours.
Puis, plus tard, on la retrouve sur le continent, hagarde, les vêtements trempés du sang d’un autre. La jeune psychiatre appelée auprès de Sandrine mettra alors tout son coeur à écouter son terrible récit.

Un refuge, c’est une histoire, un poème, un livre où s’évaporent les larmes.
C’est une île où débarquer quand advient l’insupportable.
C’est une grand-mère dont la chaleur console l’enfance blessée.
C’est la boisson dans laquelle s’oublie l’épreuve.
C’est l’espace dans lequel il nous est possible de vivre
C’est l’inépuisable force et l’inépuisable faiblesse de notre humanité
Lisez ce livre, il est captivant, intelligent, imprévisible, bouleversant, très bien écrit, et surtout il est ce refuge qui accueille tous les réfugiés que nous sommes

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Sadowski, Laura – La géométrie du tueur

Maître Clay’h a plongé dans une dépression alcoolisée après qu’une violente dispute avec sa fille Eve l’a fait fuir, et disparaître. Depuis, l’ avocat autrefois réputé traîne sa soûlerie dans les bureaux. Un soir de garde, on lui confie la défense du jeune Dante qui s’affole devant la plainte d’un riche ami l’accusant du vol de sa voiture ainsi que de coups et blessures. Hélas Clay’h néglige son travail et Dante, emprisonné, désespéré et abandonné, tente de se suicider
L’avocat ne sortira de son indifférence que le jour où la fille du Guetteur, ce tueur en série qui ligote savamment ses victimes avant de les torturer longuement, le supplie de rencontrer son père. Devant l’insistance de la jeune femme, Clay’h se rend au parloir où l’accusé lui propose un marché : s’il parvient à le faire acquitter, l’homme lui révélera la vérité sur Eve
Ainsi capturé et lié par l’ignoble pacte conclu avec celui dont la culpabilité ne fait bientôt plus aucun doute, Clay’h va renoncer à sa dignité et à toutes ses valeurs dans l’espoir de retrouver sa fille
Difficile d’accompagner un héros aussi vil, prêt à défendre un homme dont la libération signifierait le supplice d’autres victimes. Et ce ne sont ni les beaux portraits de femmes ni l’écriture bonne sans plus qui rachètent ce roman décevant

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Connely, Michael – La blonde en beton

Un soir, l’inspecteur Harry Bosch est appelé par une jeune prostituée affolée : elle a vu chez un client des indices prouvant qu’il est le Dollmaker, ce meurtrier qui maquille ses victimes issues de la porno/prostitution après les avoir affreusement torturées. Bosch se précipite alors et voyant l’homme saisir un objet caché, tire et le tue. Mais la veuve de cet homme nommé Church clame son innocence et poursuit Bosch en justice.
Le procès a lieu quatre ans plus tard; l’inspecteur est défendu par un avocat lourdaud commis d’office tandis qu’en face les Church sont représentés par la redoutable Honey Chandler.
Au cours du procès, le corps d’une jeune femme est découvert enfoui sous une dalle en béton, il porte la signature du Dollmaker, mais sa datation est postérieure à la mort de ce dernier. Pris de doute, Bosch revisite tous les dossiers et un détail l’amène à penser qu’il pourrait y avoir un imitateur.
Dès lors les séances du procès aux plaidoyers féroces alternent avec l’enquête menée par une équipe réduite travaillant en secret car des fuites ont eu lieu.
Les personnages de ce livre sont nuancés, le procès captivant, les pistes bien embrouillées, bref c’est un roman à conseiller sans toutefois être un chef d’oeuvre

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Nothomb, Amélie – Soif

Chère Amélie Nothomb,

Voici donc que votre maturité vous amène à repenser le calvaire du Christ, à le revivre depuis votre intériorité
Certes vous prenez quelques libertés avec les évangiles, ajoutant ou désignant comme erronées certaines phrases attribuées au Christ, mais pourquoi pas quand on sait que les évangiles sont des textes subjectifs et que la mémoire déforme forcément le dit (et non-dit) originel ?
J’ai aimé votre vision de l’incarnation, non pas l’extérieure, mais celle que vous appelez l’écorce, qui est écho empathique, vibration d’amour, soif comme reconnaissance anticipée envers le verre d’eau, envers la vie
La crucifixion vous horrifie. Cruauté contraire à l’amour, ce soi-disant sacrifice justifiera la violence des bourreaux comme la souffrance des sacrifiés sous la tutelle d’une religion abâtardie. C’est en quelque sorte une violence subie qui rachèterait la violence commise !
Quant à l’après-mort je ne vous y suis guère si elle consiste bien en une sorte d’autosatisfaction solitaire d’où tout désir, tout élan serait aboli.
Il n’empêche j’ai aimé votre livre, bien plus que ceux lus antérieurement, car si je vous connaissais spirituelle, je découvre aujourd’hui votre spiritualité

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Dazieri, Sandrone – Tu tueras le père

Quand la police constate la disparition d’un petit garçon de 6 ans et le meurtre de sa mère,, elle accuse automatiquement le père. Seul le chef de police Rovere met en doute cette thèse simpliste, il demande alors à Colomba Caselli, une commissaire et amie, d’enquêter sur ces crimes. Mais Colomba est sujette à de terribles crises de panique après avoir assisté et, pense-t-elle, suscité une explosion criminelle, elle refuse donc. Rovere l’amène alors à rencontrer Dante Torre, Dante a été enlevé tout enfant , enfermé dans un silo pendant plus de 10 ans et soumis à un dressage contrôlé d’une rare violence par celui qu’il appelle le Père 
Dante est aujourd’hui un homme terrorisé par la vie, les autres, les lieux clos et surtout ce Père qu’il sait toujours présent là, dehors. Cependant il a développé une faculté d’observation des autres hors norme et possède une intelligence redoutable. Et il est certain que le petit garçon a été enlevé par le Père
Colomba et Dante, ces deux être blessés et fragiles, acceptent finalement d’entrer dans ce véritable labyrinthe dont l’ombre s’épaissit à mesure qu’ils s’approchent de ce Minotaure qu’est le Père
Un thriller puissant et angoissant, terrible et magnifique

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Audic, Morgan – De bonnes raisons de mourir

Dans la zone fortement irradiée avoisinant Tchernobyl, nommément à Pripiat, un cadavre mutilé est découvert suspendu à la façade d’un immeuble. L’inspecteur Melnyk, dépêché sur les lieux, reconnaît en la victime le fils de Sokolov, un magnat du pétrole installé en Russie après l’explosion du réacteur en 1986. Melnyk tient à résoudre cette affaire car cela lui vaudra d’être muté à Kiev où sa femme rêve de vivre. De son côté, Sokolov recrute un homme sans scrupules, Rybalko, et lui offre une somme colossale afin qu’il découvre et abatte le meurtrier de son fils. Rybalko veut cet argent pour pouvoir offrir à sa fille l’opération qui lui rendrait l’ouïe
Très vite un autre corps, ayant subi le même étrange traitement, conduira les deux enquêteurs à se rencontrer et à collaborer, malgré leurs différences.
En fait dans ce roman l’enquête, assez surfaite, n’est qu’un prétexte afin d’exposer le Pripiat d’aujourd’hui, avec ses immeubles éventrés et désertés en place d’une ville florissante, avec tous ses enfants gravement cancéreux , avec sa corruption et sa population clandestine trafiquant des matériaux fortement irradiés
Prétexte aussi pour évoquer les conflits armés entre ukrainiens et pro russes en Crimée, ajoutant deuils et souffrances à ceux causés par les radiations. Ce qui fat de ce livre un thriller quelconque et un excellent documentaire vivant

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Sire, Cédric – Vindicta

Le livre s’ouvre sur l’entraînement d’une élite de soldats destinés à devenir des tueurs dépourvus de toute humanité afin qu’ils massacrent toujours l’ennemi jusqu’au dernier. Mais lorsque leur renommée de violence fera des vagues, leur chef devra démanteler leur unité.
Quelques années plus tard, quatre jeunes en mal d’argent braquent une bijouterie mais l’affaire tourne au désastre, les jeunes s’enfuient dans une voiture volée, foncent et heurtent une petite fille qui peu après décédera de ses blessures
Deux policiers ont tout vu mais leur chef leur interdit de s’occuper et même de mentionner ce drame qui ne ressort pas de leur compétence. Néanmoins l’un d’eu n’y tient plus, il se précipite vers la fillette agonisante et l’accompagne à l’hôpital où il rencontre la mère de l’enfant dont la douleur est sans limites.
C’est alors que des meurtres d’une violence extrême frappent ceux qui ont été mêlés à ce drame, tandis qu’un homme étrange, se glissant tel une ombre, a été entraperçu sur les lieux de ces crimes
Ce livre admirablement construit et qui ne comporte aucun défaut de logique (en soi une rareté) nous entraîne dans une spirale de suspense et d’horreur sans aucune rampe où nous retenir. Passionnant mais très violent

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Neuser, Marie – Délicieuse

Quand elle apprend que son mari en aime une autre, Martha, jusque là confite dans son confort, ne s’interroge nullement sur elle ou son couple, elle n’est pas davantage engloutie dans la souffrance ou le désespoir, non, elle prépare un enregistrement filmé, se place devant la caméra et, dans une longue incantation dramatique, exhibe la souffrance d’une femme trahie
Car en effet, Martha trame déjà la pire des vengeances. D’abord et parce que l’amour n’a jamais été ce qui anime la vie de ce couple, elle va user de la séduction à l’état brut afin de reconquérir son époux et ceci afin de le jeter ensuite, lui ainsi que son amante, dans le précipice machiavélique qu’elle a froidement élaboré
Quant à son tout jeune fils, il n’éveille pas grand chose chez Marthe sauf quand il s’agit de l’utiliser pour faire pression sur son mari,
Ce portrait d’une femme qui n’a jamais vécu que dans une sorte de simulation de bonne mère et d’épouse idéale, d’une femme dénuée de toute générosité mais guidée par un égoïsme rare, est proprement effroyable
Malgré la splendeur de son écriture, ce livre est profondément dérangeant

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Ramezi, Guillaume – L’important n’est pas la chute

Thomas Laverne, est un chef d’entreprise richissime pour lequel seuls l’argent et le pouvoir comptent. Or un jour ce passionné de parachutisme saute .. et s’écrase. Bien que vivant, il est dans un état grave et l’on découvre vite que son équipement a été saboté. Mais par qui ? Il a tant d’ennemis.
La femme de Laverne va user de son influence pour que l’enquête soit confiée à Camille Lambert, celle-là même qui, auparavant, avait dirigé les recherches après la disparition de la petite Héloïse Laverne, rentrée chez elle quelques mois plus tard, ravagée, mutique, détruite, marquée par d’atroces sévices sexuels.
Camille et son équipe se lancent d’abord sur la piste d’un homme barbu présent dans l’avion avec Laverne avant que tous deux ne sautent. Cette piste les mènera dans un véritable labyrinthe aux entrelacs truffés de scènes violentes, de pulsions sordides, de vengeances, de morts et d’abominations
Dans ce fort bon polar, si le et même les coupables sont facilement décelables, cela ne nuit en rien au plaisir de suivre cette intrigue captivante et intelligemment menée

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Utroi, Wendall – La tête du lapin bleu

Ava connaît une vie heureuse entre un époux et deux enfants adorables, jusqu’à ce qu’un accident d’une rare violence précipite leur voiture dans un lac sombre et profond. Malgré ses efforts, Ava n’a pas la force de porter ses deux enfants inconscients jusqu’à terre, elle est contrainte d’en lâcher un. Suite à cet abandon forcé, elle portera une culpabilité écrasante à laquelle s ‘ajoute une colère aveuglante quand elle apprendra la trahison dont elle fut l’objet
Désormais, Ava se laissera guider par cette culpabilité autodestructrice ainsi que par des accès de colère noire ; deux voix qui vont, de mauvaises décisions en violences inconsidérées, la noyer de plus en plus profondément dans l’enfer
Il lui faudra atteindre le fond et y rencontrer l’amitié véritable pour enfin redonner sens et valeur à sa vie
Wendall Utroi est un auteur magnifique, son écriture est très belle, sa vision sincère et pure, sa question est celle de la vie dans sa vérité ultime, celle que seule l’épreuve peut mettre au jour

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Koch, Emily – Il était une fois mon meurtre

Alex jeune journaliste féru d’escalade vit en couple avec Bea. Lors d’une montée, il fait une terrible chute qui le plonge dans le coma, puis dans un locked-in syndrom d’où il perçoit, entend et comprend tout sans que personne ne le réalise faute de réactions de sa part
Immobilisé, Alex devient, pour ses proches, le confident idéal, celui qui accepte tout et ne juge jamais. Mais il souffre de ne pouvoir rassurer ceux qu’il aime, ni hurler contre les médecins qui le manipulent sans égards. Délesté ainsi de tout, Alex souhaite mourir D’ailleurs, après deux ans de ce que tous perçoivent comme un coma, on parle de cesser ses soins
Jusqu’à ce que l’alarme sonne : il apprend que sa chute était en fait une tentative de meurtre, mais surtout sa Bea adorée est suivie, se sent menacée, vit dans la peur. Alors Alex veut à tous prix manifester sa présence
Parce que ce livre se déroule du seul point de vue d’Alex et de ce qu’il perçoit, parce qu’il déploie une très belle écriture en même temps qu’une belle profondeur, il mérite vraiment d’être lu, et relu.

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Morin, Maxime – Veux-tu dîner avec moi ?

Maxence a donné sa démission comme flic suite à son échec face à un tueur et dépeceur d’enfants qu’il n’a jamais pu identifier et suite au long et pénible combat de sa femme contre le cancer. Le jour de l’enterrement de celle-ci, il se  réveille dans un bus en compagnie de huit autres otages et de deux hommes cagoulés et armés. Comment est-il arrivé là ? Impossible de s’en souvenir. Et où les mène donc ce bus ?
Étonnamment, chacun des otages est reconduit à son domicile mais, à peine sortis du bus, ils sont pris de convulsions démentielles, parfois même mortelles.
Maxence tente de comprendre le sens de ces enlèvements suivis de remise en liberté sanctionnées de crises, il s’interroge sur le lien entre otages et ravisseurs qui, pour certains, semblent le connaître alors même qu’il ne les reconnaît pas, il se demande enfin d’où viennent ces maux de tête épouvantables et cette amnésie liée à sa capture?
Après ce long périple où chacun est déposé chez lui, Maxence se retrouve enfin seul, dernier occupant de ce bus macabre.
C’est alors que l’histoire prend un tournant totalement inattendue et… absolument effroyable !!
Surprise et originalité donc pour ce thriller fort bien écrit et d’un suspense à la croissance exponentielle

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Feuz, Nicolas – Horrora borealis

Dans ce roman particulièrement peu crédible et mal écrit, on n’est à aucun moment touché par l’un des personnages, captivé par le suspens ou conquis par les rebondissements qui n’ont aucune logique ni aucun sens.
On y rencontre, entre autres absurdités, un homme qui, se croyant à tort poursuivi, se réfugie dans la foule d’un festival de musique, s’empare d’un revolver et tue à tout-va avant de se saisir d’un otage, cette prise d’otage conduisant la police à une négociation équivalant à une longue psychanalyse où resurgissent peu à peu les souvenirs refoulés du tueur; une jeune fille qui accouche seule dans la nature hivernale lapone où la température descend sous les moins 20 degrés; cette même jeune fille courant nue toujours par moins 20 degrés et cela sur de longs kilomètres; un jeune homme minable qui sans raison aucune s’empare d’une hache venue à point nommé et massacre tout ce qui bouge autour de lui avec la précision d’un bourreau moyenâgeux affecté à la torture des fâcheux etc.
Un livre sans aucun intérêt donc.

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Delzongle, Sonja – Boréal

Artica est une unité postée non loin du pôle, elle abrite 7 scientifiques récemment venus y étudier les conséquences de la pollution et du réchauffement climatique particulièrement dramatiques en ces régions.
Lors d’une première sortie dans la nuit polaire, ils découvrent un cimetière de boeufs musqués saisis par milliers dans les glaces, la terreur inscrite dans le regard. Ils vont alors faire appel à Luv Svendsen, spécialiste des hécatombes animales, qui y voit le moyen d’échapper à une situation familiale étouffante
La disparition mystérieuse d’un membre de l’équipe, puis de ceux qui tentent de retrouver le disparu, et enfin de l’équipe entière capturée par des hommes dénaturés, les tremblements de terre gigantesques, la folie, la perdition, tous ces désastres sont le résultat de la cupidité des hommes et de leur négligence en matière de nucléaire.
Bien écrit, scientifiquement exact, mettant en scène des personnages dotés d’ombre et de lumière, Sonja Delzongle nous assène néanmoins un peu trop d’horreur là où celle des conditions climatiques suffisait

À la Une

Ruju, Pascale – Une affaire comme les autres

Dans une pièce, des caméras de surveillance et deux femmes face à face. L’une est une procureure adjointe extrêmement douée, l’autre est Annamaria, accusée d’avoir tué son mari
Annamaria va raconter comment elle tomba éperdument amoureuse de cet homme richissime, comment, très vite, elle perçut qu’il ne fallait lui poser aucune question sur ses activités, qu’elle ne devait surtout rien savoir si elle voulait préserver l’estime et l’amour qu’elle lui portait. Jusqu’au jour où elle prend conscience de ce qu’était réellement son mari, de ce qu’il n’y avait pas d’amour entre eux et du danger de le quitter. Jusqu’au jour où elle rencontre le grand amour, celui qui devait rester clandestin sous peine de mort.
La procureure entrecoupe cette narration en révélant à l’accusée que son mari était le chef d’une famille mafieuse, un chef impitoyable, brutal et avide d’argent. Qu’aucune atrocité ne le retenait, à tel point que même ses plus proches lieutenants ne lui furent point fidèles
Et puis viennent les questions : Avez-vous tué votre mari ? Quel est le nom de votre amour secret ?
Un huis-clos magnifique et une conclusion stupéfiante