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Grebe, Camilla & Traff, Asa – Ça aurait pu être le paradis

Siri Bergman est psychologue au sein d’un cabinet où travaillent également son amie Aina ainsi qu’un collègue plus âgé, Sven.
Elle y reçoit entre autres une jeune femme borderline ainsi qu’une femme d’affaire souffrant d’anorexie, et les entend d’autant mieux qu’elle-même souffre notamment de la peur du noir
À moins de quarante ans, elle est déjà veuve, son mari s’étant donné la mort suite à la fausse couche qu’elle a enduré.
Par la suite, Siri est demeurée dans cette maison isolée située en bord de mer qu’ils avaient aménagé ensemble, noyant son deuil dans l’alcool.
Le suspense s’installe lorsque Siri s’aperçoit que quelqu’un a pénétré dans sa maison, il croît encore quand une de ses patientes se noie près de chez elle, avec, non loin, une lettre qui la désigne comme l’instigatrice de ce suicide, puis ce sont des traces de sang devant sa porte et cette présence qu’elle sent guetter dans la nuit..
Qui donc cherche à lui nuire ainsi? Et pourquoi?

Ce n’est pas tant la réponse à cette question qui importe dans ce livre, mais l’instauration progressive de la menace, le soupçon que nourrit Siri envers son entourage, et l’alternance de ses émotions contradictoires avec les pensées du criminel tapi dans l’ombre
Ce roman est donc, pour les amateurs de ces policiers nordiques éprouvants, une fort agréable promenade en bord de mer

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Redondo, Dolores – Le gardien invisible

Lorsque le corps d’une jeune fille est découvert dans la forêt d’Elizondo, l’inspectrice Amaia Salazar y est envoyée en vertu de ses origines au coeur même de ce village. Certes cette promotion la flatte et l’idée de revenir loger chez sa tante tant aimée la réjouit, mais ce lieu porte également le sceau d’une angoisse où s’engouffrent de terrifiants cauchemars.
Avec des sentiments mitigés Amaia retrouve ses soeurs. Flora, dure et dominatrice, a repris la biscuiterie familiale tandis que la fragile Ros se reconstruit après avoir quitté mari et emploi
Entre-temps d’autres meurtres similaires surviennent, avec la même mise en scène où des jeunes filles considérées comme délurées sont disposées dans une attitude virginale, le pubis orné d’un biscuit régional
Dans ce pays basque, les croyances sont légion et ces meurtres sont d’emblée attribuées au basajaun, ce gardien invisible qui pourtant protège la forêt et fuit les hommes. Il est en effet difficile d’admettre quun tueur aussi monstrueux puisse être un humain, habitant du village de surcroît
L’enquête piétine et les cauchemars d’Amaia s’intensifient, peut-être est-il là, le véritable gardien invisible qui entrave l’enquête et paralyse l’înspectrice, l’empêchant d’accéder à ce qui la ronge ?

Un splendide roman psychologique, infiniment touchant, dont il semble même que le côté policier ne soit que le tremplin, et la part la plus déficiente.

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Fel, Jeremy – Les loups à leur porte

Qu’est ce que le Mal radical ? C’est celui qui l’on rejoint lorsque l’on s’empare de l’autre comme d’un objet pour le détruire avec la jubilation perverse de qui a transgressé les lois du vivant
Tel est Walter, celui dont l’ombre froide plane sur les scènes de ce livre dès lors angoissant, tendu, insoutenable. Lui donc, et quelques autres.
Qu’est ce que le Bien absolu ? C’est celui de qui a rencontré le Mal absolu, en a souffert au plus profond de son âme et de son coeur et qui, pourtant, jamais n’abdique une parcelle de son désir du bien, et, n’abdiquant pas, le réalise
Telle est Marie-Beth, subissant le Mal, le fuyant, s’y opposant sans répit, . Elle, et un autre.
Au départ, ce livre s’offre comme une multitude de petites scènes apparemment sans lien. On s’y perd, on est désorienté, un peu submergé.
Et puis certains personnages, parfois même secondaires, reviennent plus tard dans une autre scène, sur un autre lieu, pour un autre rôle et même, pour l’un d’eux, sous un autre nom.
Vient ensuite le tournant décisif ensuite duquel les scènes éparses deviennent chapitres, les chapitres se lient, se déploient . Et le livre, comme les vies, reprend son rythme
Une oeuvre magistrale, tramée comme une composition musicale

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Harper, Jane – Lost man

L’Outback australien, où la chaleur atteint 45°, où la déshydratation est rapide et les cancers de la peau inévitables, où les voisins habitent à plus de 300 kilomètres. Dans ce semi désert, les frères Bright, Nathan et Bub attendent la police près du corps de leur frère Cameron, mort de soif à neuf kilomètres de sa voiture pourtant chargée de vivres et de boissons.
Pourquoi est-il parti si loin à pied sans même une bouteille d’eau? Que venait-il faire dans ce coin alors que Bud l’attendait loin de là pour une réparation?
C’est Nathan, l’aîné, celui que la vie a le plus éprouvé, celui qui fut ostracisé, forcé d’apprendre à vivre seul dans un désert affectif et social et dans une terre ingrate, qui, logé pour l’occasion dans la ferme familiale, s’acharnera à découvrir le mystère entourant cette mort.
Car le silence de Nathan, imposé par sa solitude forcée, ce silence qui a nourri sa droiture et son courage sera seul capable de s’opposer au silence du secret, de la peur et de la duplicité

De l’émotion. De l’émotion par delà les mots quand ces paysages fabuleux, ces déserts de sable rouge où poussent quelques herbes pour un bétail disséminé, nous saisissent, nous réduisent au silence.
De l’émotion à demi mot quand l’auteure prend le temps de nous faire ressentir ses personnages dans les replis de leurs âmes et les tourments de leurs coeurs. Et nous amène ainsi à les aimer

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Lapena, Shari – Un assassin parmi nous

Le Mitchell’s Inn est un hôtel de luxe isolé dans la forêt montagneuse et conçu à l’ancienne. Ce week-end, il accueille dix clients en quête d’un repos hors du temps et du monde. Parmi eux un avocat, une écrivaine, trois couples et deux amies auxquels s’ajoutent père et fils qui tiennent la boutique
Nous sommes au coeur de l’hiver et bientôt la tempête se lève, provoquant une coupure d’électricité et rendant la route impraticable.
Quand le lendemain matin ils découvrent la jeune Dana fracassée au pied de l’escalier, le coup sur sa tête dénonçant un acte criminel, tous suspectent son fiancé. Hélas, sans réseau ni téléphone, impossible d’alerter la police.
La journée est inquiète et froide, et lorsqu’une deuxième victime est découverte, ils décident de demeurer ensemble dans le salon, ce qui leur permet de se surveiller les uns les autres, méfiants et effrayés.
C’est là, autour d’un feu de cheminée, que certains vont parler, livrer leurs secrets et leurs blessures, moments de grâce brutalement interrompus par la fuite paniquée de l’un d’entre eux dans la nuit glaciale

On pense bien sûr aux dix petits nègres d’Agatha Christie et s’il y a quelques similitudes, elles sont traitées fort différemment et s’en écartent bien vite.
L’écriture est belle, le texte prenant, mais hélas ce roman s’arrête trop vite, ne persévérant pas sur ses lignes de force et se précipitant vers une fin qui aurait mérité plus de soin et d’attention

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Abbott, Rachel – La disparue de Noël

C’est la nuit, Caroline conduit, Natasha, six ans, dort à l’arrière. Un ami l’appelle et lui dit de ne surtout pas s’arrêter, or une voiture barre la voie. Caroline la contourne, dérape et s’écrase. Quand les secours et David, le père de Natasha arrivent, la mère est morte et l’enfant a disparu.
Après des années de deuil, David épouse Emma. Ensemble, ils ont un fils de 18 mois, Ollie.
Six ans après le drame, Natasha resurgit d’on ne sait où et surprend Emma avec le petit Ollie. La jeune adolescente est devenue dure, méfiante, revêche, elle refuse absolument que la police soit avertie de son retour, retour tout provisoire d’ailleurs laisse-t-elle entendre. Enfin, elle s’en prend particulièrement à David, son père qu’elle accuse de la mort de sa mère. Seul Ollie, éperdu d’amour pour sa Tasha, parvient à toucher son coeur endurci.
1)Que s’est-il passé durant ces six années dont Natasha refuse de parler?
2)Qu’a-t-elle enduré pour éprouver tant de hargne et tant de terreur?
3)Dans quel but est-elle réapparue subitement aujourd’hu?

Ce thriller, qui s’annonce ainsi sous les meilleurs auspices, remplit largement ses promesses, offrant énormément d’émotions et des réponses inédites aux deux premières questions. Là où il y a quelques longueurs et digressions inutiles c’est dans la réponse, peu consistante d’ailleurs, à la dernière question.
Néanmoins ce livre mérite certainement d’être lu, et apprécié

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Robotham, Michaël -Traquées

Joe O’Loughlin, un psychologue renommé, est mandé par la police afin de dissuader une femme, terrifiée et nue, de sauter d’un pont. Elle tremble, le téléphone vissé à l’oreille. S’approchant, Joe entend une voix lui intimer de sauter, et elle saute.
Terriblement choqué, Joe est convaincu qu’il s’agit d’un crime, mais la police classe l’affaire comme suicide jusqu’à ce qu’avec Darcy, la fille de la morte, Joe reconstitue les faits et recueille des preuves
Quand une seconde femme est retrouvée nue, pendue par un bras et laissant derrière elle une enfant, Joe comprend la méthode du criminel
Et dès lors, la police sait qui est ce meurtrier. Issu des services secrets extrêmement doué et intelligent, il se glisse partout tel une ombre et a déserté l’armée lorsque sa femme et sa fille l’ont quitté.
Bien que la collaboration de Joe soit essentielle à la police, sa femme refuse qu’il s’engage ainsi au péril de leurs vies et de celles de leurs deux filles, mais Joe se sent déjà assez diminué par les avancées de son Parkinson, il ne peut en plus agir en lâche et démériter aux yeux de cette très belle femme qu’il aime

Narré par deux voix, celle du psychologue et celle du tueur, ce thriller se démarque par son déroulement purement psychologique puisque tuer ou capturer ne sont ici affaire que de maniement mental
On retiendra aussi le beau personnage de Joe, probe généreux, aimant et qui souffre, seul, son humiliation et sa peur d’une déchéance physique, A lire

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Tackian , Niko – La nuit n’est jamais complète

Depuis l’aube, Jimmy et sa fille Arielle roulent en plein désert quand ils tombent sur un barrage policier où attendent trois autres hommes. En effet, la route est traversée par une gigantesque faille. Fatigués, ils décident de dormir sur place mais le lendemain les véhicules refusent de bouger. Furieux, résignés, déterminés, ils décident alors explorer les environs en quête d’une âme qui vive, et les ravitaille
Le hasard les conduit sur une mine de charbon désaffectée avec, aux abords, quelques maisonnettes abandonnées où, mal à l’aise ils s’installent néanmoins.
Leurs nuits sont peuplées de murmures, de hurlements et d’approches feutrées, leurs jours accablés de chaleur génèrent une sourde menace de violence dont seule la jeune Arielle, gardienne d’humanité au sein de ce groupe, se tient éloignée.
Mais la menace croît, le danger rôde, les tentatives pour échapper à ce lieu avortent toutes comme sous le coup d’une malédiction..

Dystopie ou récit fantasmagorique ? Allégorie ou cauchemar ? Sans doute un peu de tout cela dans ce roman que l’on imagine bien sur grand écran et qu’on ne peut lâcher, ravis, effrayés, épouvantés et finalement renversés quand notre vision captivée devient Vision libérée

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Minni, Salvatore – Anamnèse

Marie est une psychanalyste reconnue, chaque nuit, elle s’épuise dans de terribles cauchemars jonchés de crimes, de couteaux et d’agonies qui débordent sur ses jours et la plongent dans un stress constant assorti de pertes de conscience.
Entre ses cauchemars ont lieu des scènes éparses: Un de ses patients devient une bête de crime après la mort de sa femme et de sa fille. Un certain Paul aborde Marie en la nommant Vanessa et veut se venger d’elle parce qu’elle l’aurait laissé endosser un crime sordide. Son amie fidèle, Sophie, s’éprend étonnamment de ce Paul qui prétend alors ne vouloir aucun mal à Marie-Vanessa. Son père, spécialiste du Tibet, aurait eu des liaisons qui minaient sa femme malade. Au Tibet une petite fille est assassinée par les soldats chinois
Si tout ce méli-mélo s’explique en finale, il n’est pas sûr que l’explication soit moins cauchemardesque pour Marie que ses songes, ni que nous soyons convaincus et satisfaits d’un final qui nous laisse étourdis et choqués

Dans ce livre, nous sommes nous-mêmes en plein cauchemar avec ces amis qui se changent en ennemis, ces sauts absurdes d’un personnage à l’autre, ces invraisemblances telles que : un avocat interrompt les assises afin de proposer à son client une défense évidente et basique ; une non-jumelle devient jumelle à la page suivante ; une scène de crime présentée comme réelle est déclarée imaginaire ensuite etc.
Et la pirouette finale ne justifie, hélas, qu’une petite part de ces incohérences


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Flynn, Gillian – Les apparences

Amy et Nick forment un couple heureux.  Hélas, tous deux perdent leur emploi et ils se voient contraints de quitter New-York pour s’installer dans le Missouri natal de Nick où sa mère se meurt d’un cancer.
Le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparaît. Des traces de lutte et le sang d’Amy maladroitement nettoyé font pressentir un meurtre, peut-être bien commis par Nick dont les alibis concernant cette journée fatale empestent le mensonge.
Nick tente de démontrer son innocence, mais de tous côtés surgissent de nouvelles preuves qui l’accablent,
Alternativement nous accompagnons Nick qui se débat et s’enrage dans une monstrueuse toile d’araignée et Amy dont le journal intime nous révèle combien elle souffrait de voir son mari devenir un autre.
L’enquête piétine entre inculpations et disculpations, les témoins interrogés tirent à hue et à dia et nous balançons de même, innocentant tantôt Nick, tantôt Amy
Mais le jeu de piste est loin d’être terminé

Un livre fort original où le couple Nick et Amy, indissociablement amants-ennemis, joue au mille-feuille puisque l’ apparence est un masque derrière lequel se cache un autre masque à l’effigie de l’apparence.
Dans ce formidable roman qui nous piège, nous retourne et nous manipule avec une intelligence redoutable, nous sommes bien en finale la véritable proie de ce livre, une proie consentante et ravie d’avoir été aussi bien bernée