À la Une

MacMillan, Gilly – Pour tout te dire

Lucy Harper est une auteure de romans policiers à succès, son mari Dan jalouse sa femme car ses textes à lui sont toujours refusés. Pendant que Lucy travaille à la dernière enquête d’Eliza Grey, il achète, à son insu, une maison au lieu même où, petite fille, elle a vécu un drame terrible puisqu’un soir, étant allée en forêt avec son petit frère, elle le perdra et ne le retrouvera jamais
Alertée, la police ne cesse dès lors de questionner la petite Lucy qui, accusée, acculée, s’embrouille, invente, se tait enfin. Seule Eliza, son unique amie, son amie imaginaire, lui vient en aide, lui dictant que dire et que taire. Toujours rationnelle, Eliza prend le relais quand Lucy perd les pédales et c’est elle encore qui sera l’héroïne de ses romans
Quand à son tour, Dan disparaît, la police va derechef suspecter Lucy qui décide de mener sa propre enquête, avec Eliza

Si cette trame psychologique est prometteuse et la prose de l’auteure superbe, les personnages son plats et creux et Lucy, le seul personnage consistant, se comporte trop souvent au petit bonheur la chance
Pire encore la raison pour laquelle Dan a acheté cette maison et celle de sa disparition se heurtent à un mur d’interrogations si bien que l’on sort bredouille de ce livre

À la Une

Knight, Renée – La confidente

Lorsque Christine est engagée comme secrétaire particulière de Mina Appleton, directrice d’une chaîne alimentaire, elle est si heureuse d’avoir obtenu ce poste qu’elle veut ne pas voir les malversations de sa patronne, fascinée qu’elle est par cette femme superbe qui lui offre son amitié
Manipulatrice redoutable, Mina joue avec les sentiments et faiblesses de sa secrétaire, navigue entre menaces latentes ou compliments délicats, mime la déception, le mépris, la tendresse ou l’estime selon le but à atteindre. Et Christine, envoûtée, délaisse peu à peu sa famille, ses amis, ses loisirs
Lorsqu’enfin Mina est traduite en justice pour escroqueries et Christine pour complicité, cette dernière, toujours en plein déni de réalité, ment sous serment afin de protéger sa patronne
Le procès se poursuit, Mina est décidée à le gagner, quoi qu’il en coûte
Quoi qu’il en coûte ?

Très bien écrit, l’installation psychologique des protagonistes est certes un peu longue mais avec pour résultat des personnages qui ont de la densité et qui nous irritent autant qu’ils nous attachent
Et si de temps en temps nous grinçons des dents, cet inconvénient se dissipe totalement avec le procès, magistral, et le dénouement, inattendu

À la Une

Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

À la Une

Charine, Marlène – Inconditionnelles

La capitaine Silke Valles et son équipe foncent dans une maison, abattent le geôlier et libèrent trois fillettes de 8 ans enfermées dans une cave depuis 10 jours pour deux d’entre elles et 3 jours pour la troisième.
L’auteure s’emploie dès lors à suivre les émotions et variations des trois mères. Garance, une femme de décision plutôt froide réalise soudain l’immensité de son amour pour sa fille. Quand Cora voit son enfant prostrée suite aux tortures subies, elle l’accueille dans la patience de son amour. Blandine la douce perd sa petite Mélie qui ne sortira jamais du coma dans lequel la police l’a trouvée, sa douleur n’aura dès lors plus pour langage que les cris et les sanglots
Bien que l’enquête soit déclarée close avec la mort du geôlier, Silke ressent et sait que le véritable prédateur des fillettes court toujours. C’est également l’avis de Garance bien décidée à lever le lièvre la première.
Un excellent thriller psychologique, fort bien écrit et qui nous met à l’épreuve du Mal : Sommes-nous capables de nous y abandonner? Et jusqu’où?





À la Une

Moor, Jessica – Les femmes qui craignaient les hommes

La petite ville de Windringham abrite un refuge où les femmes peuvent disparaître loin des hommes qui les ont détruites. Cette maison est dirigé par l’originale et courageuse Val aidée depuis peu par Katie, qui écoute et conseille les femmes avec tant d’empathie qu’elle pourrait avoir connu une expérience similaire. Quand Katie est retrouvée noyée dans la rivière, l’inspecteur Whitworth et son assistant pénètrent dans ce lieu où aucun homme n’est admis afin d’interroger les résidentes. Les policiers espèrent boucler l’affaire avec un suicide mais peut-être s’agit-il d’un meurtre ?
Mais les femmes se taisent et ne mentionnent qu’une ombre entr’aperçue auprès de Katie le soir de sa mort, ceci afin de mettre les policiers sur la bonne piste. Quelques femmes fuient ensuite le refuge

L’écriture de ce thriller tente de rejoindre le courant de pensées et d’ émotions de ces femmes marquées par l’enfer, qui se blâment d’avoir causé la violence de leurs compagnons, qui ne savent que faire de leur vie délivrée, qui sursautent devant tout car tout est peur et menace, et qui, après tant de souffrances et de coups, désirent glisser dans l’anéantissement, leur ultime issue de survie
Ce roman insiste aussi sur l’indifférence de l’entourage qui préfère se rassurer à bon compte, sur l’aveuglement révoltant de la police et la complaisance de la justice envers ces hommes mimant si bien le regret .
Á noter que la finale du livre est une petite bombe destructrice

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley de m’avoir permis cette lecture

À la Une

Didier, Sébastien – Ce qu’il nous reste de Julie

Quand Sébastien, un auteur reconnu, déniche parmi les dernières parutions un roman dont le paysage est celui-même de son enfance et le personnage principal la Julie qu’il aima tant jadis et qui disparut un jour emportée par un tueur en série, il décide de rentrer dans ce village où, 20 ans plus tôt, il s’enivrait du bonheur d’une amitié à cinq, étoile à cinq branches dont Julie était le coeur.
En effet, seul un des trois amis, ou Julie elle-même, peut avoir initié ce roman où s’exposent des secrets qu’eux seuls connaissent. Pourtant, quand il les retrouve, Sébastien réalise qu’ils souffrent de n’avoir pu accomplir le deuil de Julie, faute de son corps jamais retrouvé, et qu’ils ignorent tout de ce roman dont l’auteure reste farouchement cachée
Cette souffrance, si liée à la sienne, détermine Sébastien à éclaircir ces mystères et à comprendre ce qu’il est arrivé à Julie, quoi qu’il en coûte.

Original et fascinant, ce roman nous fait vivre de belles heures durant lesquelles nous transitons d’une conjecture à l’autre, d’une affirmation à sa réfutation, d’un questionnement à un égarement et cela jusqu’à la toute fin, logique mais insoupçonnable
Les héros de cette histoire sont des êtres passionnés, presqu’excessifs comme si soudain, après 20 années d’un deuil impossible, il était urgent de conclure cette enquête jamais aboutie pour pouvoir enfin déposer, dans le recueil de soi, ce qu’il reste de Julie

Merci à l’auteur, à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

À la Une

Abbott, Rachel – Murder game

Jemma, la narratrice principale, et Matt, son époux, sont invités la veille du mariage de Lucas, un richissime ami de Matt. Deux autres amis de Lucas participent également, avec leurs compagnes, à cette soirée pré-maritale.
Apparaît alors Alex la soeur de Lucas. C’est une jeune femme éteinte et solitaire depuis l’horreur qu’elle subit à l’adolescence et dont nul n’ose parler.
Le lendemain, matin des noces, Alex est retrouvée noyée sur la plage,
Un an plus tard, Lucas convie les mêmes personnes à une soirée d’anniversaire. Comme il règne en maître sur les hommes dont il a fait la carrière, il leur enjoint de rejouer la soirée précédant la mort d’Alex. En effet, certain que l’un d’entr’eux l’a tuée, il est déterminé à le démasquer.
Alors que cette soirée bat son plein de morosité, la police s’annonce

Mensonges, faux-semblants, simulacres et trompe-l’oeil mènent la danse dans ce jeu de l’oie où chacun passe par la case des secrets et celle des demi-vérités. Et si ce jeu créé par Lucas est à tout le moins suspect, il semble bien que seules Jemma la narratrice et Stephanie King la policière sont résolues à découvrir le fin mot de ces mystères, à leurs risques et périls mais à notre plus grand bonheur
Un brin de naïveté nous sera cependant nécessaire pour pouvoir pleinement jouir de ce suspense

Merci aux éditions Belfond et à

À la Une

Draven, Beth – Hysteria

Elle se réveille dans un parc, barbouillée de sang, la mémoire vide. Emmenée à l’hôpital elle est reçue par Scott, un neurologue ostracisé suite à une dramatique faute professionnelle. Touché par la jeune femme mais rongé par la culpabilité, Scott s’enfuit plutôt que de la prendre en charge.
Dans cet l’hôpital froid et impersonnel, la jeune femme attend en vain le docteur Scott pour lui confier ses cauchemars et ses terreurs, ces scènes de violence et d’humiliation qui l’assaillent par flashes
Vient alors la police qui accuse la jeune femme d’un crime puisqu’elle était couverte d’un sang étranger. Et vient un homme riche et puissant qui se présente comme le mari de la jeune femme quand elle ne voit en lui qu’un inconnu dont elle se méfie
Olivia, puisqu’ainsi elle se nomme, est déterminée à se faire suivre par le docteur Scott. Finalement, ce dernier réussit à lui restituer sa mémoire sauf celle de ce trou noir, ce moment terrible dont elle est revenue couverte de sang et oublieuse de tout

Une belle surprise que ce livre peu plébiscité, avec son écriture délicate et travaillée, son bel équilibre entre l’intimité tourmentée d’Olivia et l’extériorité implacable des faits
Quelques petites inconséquences, non essentielles, et une fin trop précipitée dissonant avec le rythme narratif sont les seuls défauts de ce beau thriller qui nous conduit à être plus vigilants et à réserver davantage nos jugements

À la Une

Delaney J.P. – La femme parfaite

Imagine qu’un jour tu te réveilles à l’hôpital, ignorant ce qui t’est arrivé. Ton mari, Tim, t’annonce que tu es un robot dans lequel tous les souvenirs de sa femme, Abbie, ont été téléchargés. En effet Tim, ce génie de la robotique, t’a construire pareille à sa femme disparue. Dans quel but ?
Tu sais que tu n’es qu’un objet sophistiqué, pourtant tu éprouves tous les mouvements du coeur et de l’âme d’un être humain .
Tim et Abbie ont eu un fils, Danny, atteint du syndrome de Heller, une régression autistique incurable surgissant après quelques années. Tim lui a choisi une école où le dressage s’effectue par décharges électriques, ce qui ulcérait Abbie tout comme toi qui t’attaches profondément à cet enfant. Mais Tim est un homme autoritaire qui ne transige jamais et l’emporte toujours.
Tu perçois la souffrance d’Abbie et t’inquiètes donc de son sort; s’agit-il  d’un accident, un meurtre, un enlèvement, une fuite ? Curieusement ta/sa mémoire ne restitue rien à ce sujet, alors tu vas enquêter

Ce livre est passionnant. D’abord il nous met, grâce au tutoiement, dans une proximité totale avec ce qui nous serait autrement le plus étranger, un robot, tandis que le ton se fait extérieur pour relater le vie de la vraie Abbie
Ensuite ce livre pose des questions essentielles : Un robot peut-il avoir une âme ? Comme dit l’auteur : L’âme est-elle tributaire de la chair et du sang ?
Enfin que signifie être humain ? Alors que tant d’êtres humains agissent tels des robots, un robot doué de compassion ne serait-il pas humain ?

À la Une

Thomas, Bev – Envers et contre Tom

Ruth Hartland dirige un centre de thérapie des traumatismes dans lequel elle travaille comme psychothérapeute
Sa compétence est néanmoins traversée d’une faille : Il y a 18 mois son fils Tom, tout juste adulte, a brusquement disparu. Tom a toujours été un enfant solitaire, renfermé et asocial, raisons pour lesquelles Ruth l’a surprotégé et surinvesti, au détriment de la jumelle de Tom, et au détriment de son couple car son mari ne supporte plus l’obstruction qu’elle fait à l’autonomie de leur fils
Alors le jour où Dan, un patient ressemblant furieusement à Tom se présente, Ruth ne peut résister au désir de le prendre en charge, de lui accorder ce qu’elle refuse aux autres patients et d’outrepasser les limites thérapeutiques
Et bien sûr Dan, cet étrange jeune homme, va se jeter dans la faille de Ruth

Très agréable à lire, non dénué de propos intelligents et perspicaces, ce roman irrite cependant par l’acharnement que met Ruth à se dissimuler et à dénier sa passion maternelle envers et contre Tom
Car être une bonne mère ou une bonne thérapeute c’est d’abord et surtout savoir sacrifier ses propres pulsions et passions envers l’autre pour l’autre