À la Une

Charine, Marlène – Inconditionnelles

La capitaine Silke Valles et son équipe foncent dans une maison, abattent le geôlier et libèrent trois fillettes de 8 ans enfermées dans une cave depuis 10 jours pour deux d’entre elles et 3 jours pour la troisième.
L’auteure s’emploie dès lors à suivre les émotions et variations des trois mères. Garance, une femme de décision plutôt froide réalise soudain l’immensité de son amour pour sa fille. Quand Cora voit son enfant prostrée suite aux tortures subies, elle l’accueille dans la patience de son amour. Blandine la douce perd sa petite Mélie qui ne sortira jamais du coma dans lequel la police l’a trouvée, sa douleur n’aura dès lors plus pour langage que les cris et les sanglots
Bien que l’enquête soit déclarée close avec la mort du geôlier, Silke ressent et sait que le véritable prédateur des fillettes court toujours. C’est également l’avis de Garance bien décidée à lever le lièvre la première.
Un excellent thriller psychologique, fort bien écrit et qui nous met à l’épreuve du Mal : Sommes-nous capables de nous y abandonner? Et jusqu’où?





À la Une

Moor, Jessica – Les femmes qui craignaient les hommes

La petite ville de Windringham abrite un refuge où les femmes peuvent disparaître loin des hommes qui les ont détruites. Cette maison est dirigé par l’originale et courageuse Val aidée depuis peu par Katie, qui écoute et conseille les femmes avec tant d’empathie qu’elle pourrait avoir connu une expérience similaire. Quand Katie est retrouvée noyée dans la rivière, l’inspecteur Whitworth et son assistant pénètrent dans ce lieu où aucun homme n’est admis afin d’interroger les résidentes. Les policiers espèrent boucler l’affaire avec un suicide mais peut-être s’agit-il d’un meurtre ?
Mais les femmes se taisent et ne mentionnent qu’une ombre entr’aperçue auprès de Katie le soir de sa mort, ceci afin de mettre les policiers sur la bonne piste. Quelques femmes fuient ensuite le refuge

L’écriture de ce thriller tente de rejoindre le courant de pensées et d’ émotions de ces femmes marquées par l’enfer, qui se blâment d’avoir causé la violence de leurs compagnons, qui ne savent que faire de leur vie délivrée, qui sursautent devant tout car tout est peur et menace, et qui, après tant de souffrances et de coups, désirent glisser dans l’anéantissement, leur ultime issue de survie
Ce roman insiste aussi sur l’indifférence de l’entourage qui préfère se rassurer à bon compte, sur l’aveuglement révoltant de la police et la complaisance de la justice envers ces hommes mimant si bien le regret .
Á noter que la finale du livre est une petite bombe destructrice

Merci aux éditions Belfond et à NetGalley de m’avoir permis cette lecture

À la Une

Didier, Sébastien – Ce qu’il nous reste de Julie

Quand Sébastien, un auteur reconnu, déniche parmi les dernières parutions un roman dont le paysage est celui-même de son enfance et le personnage principal la Julie qu’il aima tant jadis et qui disparut un jour emportée par un tueur en série, il décide de rentrer dans ce village où, 20 ans plus tôt, il s’enivrait du bonheur d’une amitié à cinq, étoile à cinq branches dont Julie était le coeur.
En effet, seul un des trois amis, ou Julie elle-même, peut avoir initié ce roman où s’exposent des secrets qu’eux seuls connaissent. Pourtant, quand il les retrouve, Sébastien réalise qu’ils souffrent de n’avoir pu accomplir le deuil de Julie, faute de son corps jamais retrouvé, et qu’ils ignorent tout de ce roman dont l’auteure reste farouchement cachée
Cette souffrance, si liée à la sienne, détermine Sébastien à éclaircir ces mystères et à comprendre ce qu’il est arrivé à Julie, quoi qu’il en coûte.

Original et fascinant, ce roman nous fait vivre de belles heures durant lesquelles nous transitons d’une conjecture à l’autre, d’une affirmation à sa réfutation, d’un questionnement à un égarement et cela jusqu’à la toute fin, logique mais insoupçonnable
Les héros de cette histoire sont des êtres passionnés, presqu’excessifs comme si soudain, après 20 années d’un deuil impossible, il était urgent de conclure cette enquête jamais aboutie pour pouvoir enfin déposer, dans le recueil de soi, ce qu’il reste de Julie

Merci à l’auteur, à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

À la Une

Abbott, Rachel – Murder game

Jemma, la narratrice principale, et Matt, son époux, sont invités la veille du mariage de Lucas, un richissime ami de Matt. Deux autres amis de Lucas participent également, avec leurs compagnes, à cette soirée pré-maritale.
Apparaît alors Alex la soeur de Lucas. C’est une jeune femme éteinte et solitaire depuis l’horreur qu’elle subit à l’adolescence et dont nul n’ose parler.
Le lendemain, matin des noces, Alex est retrouvée noyée sur la plage,
Un an plus tard, Lucas convie les mêmes personnes à une soirée d’anniversaire. Comme il règne en maître sur les hommes dont il a fait la carrière, il leur enjoint de rejouer la soirée précédant la mort d’Alex. En effet, certain que l’un d’entr’eux l’a tuée, il est déterminé à le démasquer.
Alors que cette soirée bat son plein de morosité, la police s’annonce

Mensonges, faux-semblants, simulacres et trompe-l’oeil mènent la danse dans ce jeu de l’oie où chacun passe par la case des secrets et celle des demi-vérités. Et si ce jeu créé par Lucas est à tout le moins suspect, il semble bien que seules Jemma la narratrice et Stephanie King la policière sont résolues à découvrir le fin mot de ces mystères, à leurs risques et périls mais à notre plus grand bonheur
Un brin de naïveté nous sera cependant nécessaire pour pouvoir pleinement jouir de ce suspense

Merci aux éditions Belfond et à

À la Une

Draven, Beth – Hysteria

Elle se réveille dans un parc, barbouillée de sang, la mémoire vide. Emmenée à l’hôpital elle est reçue par Scott, un neurologue ostracisé suite à une dramatique faute professionnelle. Touché par la jeune femme mais rongé par la culpabilité, Scott s’enfuit plutôt que de la prendre en charge.
Dans cet l’hôpital froid et impersonnel, la jeune femme attend en vain le docteur Scott pour lui confier ses cauchemars et ses terreurs, ces scènes de violence et d’humiliation qui l’assaillent par flashes
Vient alors la police qui accuse la jeune femme d’un crime puisqu’elle était couverte d’un sang étranger. Et vient un homme riche et puissant qui se présente comme le mari de la jeune femme quand elle ne voit en lui qu’un inconnu dont elle se méfie
Olivia, puisqu’ainsi elle se nomme, est déterminée à se faire suivre par le docteur Scott. Finalement, ce dernier réussit à lui restituer sa mémoire sauf celle de ce trou noir, ce moment terrible dont elle est revenue couverte de sang et oublieuse de tout

Une belle surprise que ce livre peu plébiscité, avec son écriture délicate et travaillée, son bel équilibre entre l’intimité tourmentée d’Olivia et l’extériorité implacable des faits
Quelques petites inconséquences, non essentielles, et une fin trop précipitée dissonant avec le rythme narratif sont les seuls défauts de ce beau thriller qui nous conduit à être plus vigilants et à réserver davantage nos jugements

À la Une

Delaney J.P. – La femme parfaite

Imagine qu’un jour tu te réveilles à l’hôpital, ignorant ce qui t’est arrivé. Ton mari, Tim, t’annonce que tu es un robot dans lequel tous les souvenirs de sa femme, Abbie, ont été téléchargés. En effet Tim, ce génie de la robotique, t’a construire pareille à sa femme disparue. Dans quel but ?
Tu sais que tu n’es qu’un objet sophistiqué, pourtant tu éprouves tous les mouvements du coeur et de l’âme d’un être humain .
Tim et Abbie ont eu un fils, Danny, atteint du syndrome de Heller, une régression autistique incurable surgissant après quelques années. Tim lui a choisi une école où le dressage s’effectue par décharges électriques, ce qui ulcérait Abbie tout comme toi qui t’attaches profondément à cet enfant. Mais Tim est un homme autoritaire qui ne transige jamais et l’emporte toujours.
Tu perçois la souffrance d’Abbie et t’inquiètes donc de son sort; s’agit-il  d’un accident, un meurtre, un enlèvement, une fuite ? Curieusement ta/sa mémoire ne restitue rien à ce sujet, alors tu vas enquêter

Ce livre est passionnant. D’abord il nous met, grâce au tutoiement, dans une proximité totale avec ce qui nous serait autrement le plus étranger, un robot, tandis que le ton se fait extérieur pour relater le vie de la vraie Abbie
Ensuite ce livre pose des questions essentielles : Un robot peut-il avoir une âme ? Comme dit l’auteur : L’âme est-elle tributaire de la chair et du sang ?
Enfin que signifie être humain ? Alors que tant d’êtres humains agissent tels des robots, un robot doué de compassion ne serait-il pas humain ?

À la Une

Thomas, Bev – Envers et contre Tom

Ruth Hartland dirige un centre de thérapie des traumatismes dans lequel elle travaille comme psychothérapeute
Sa compétence est néanmoins traversée d’une faille : Il y a 18 mois son fils Tom, tout juste adulte, a brusquement disparu. Tom a toujours été un enfant solitaire, renfermé et asocial, raisons pour lesquelles Ruth l’a surprotégé et surinvesti, au détriment de la jumelle de Tom, et au détriment de son couple car son mari ne supporte plus l’obstruction qu’elle fait à l’autonomie de leur fils
Alors le jour où Dan, un patient ressemblant furieusement à Tom se présente, Ruth ne peut résister au désir de le prendre en charge, de lui accorder ce qu’elle refuse aux autres patients et d’outrepasser les limites thérapeutiques
Et bien sûr Dan, cet étrange jeune homme, va se jeter dans la faille de Ruth

Très agréable à lire, non dénué de propos intelligents et perspicaces, ce roman irrite cependant par l’acharnement que met Ruth à se dissimuler et à dénier sa passion maternelle envers et contre Tom
Car être une bonne mère ou une bonne thérapeute c’est d’abord et surtout savoir sacrifier ses propres pulsions et passions envers l’autre pour l’autre

À la Une

Grebe, Camilla & Traff, Asa – Ça aurait pu être le paradis

Siri Bergman est psychologue au sein d’un cabinet où travaillent également son amie Aina ainsi qu’un collègue plus âgé, Sven.
Elle y reçoit entre autres une jeune femme borderline ainsi qu’une femme d’affaire souffrant d’anorexie, et les entend d’autant mieux qu’elle-même souffre notamment de la peur du noir
À moins de quarante ans, elle est déjà veuve, son mari s’étant donné la mort suite à la fausse couche qu’elle a enduré.
Par la suite, Siri est demeurée dans cette maison isolée située en bord de mer qu’ils avaient aménagé ensemble, noyant son deuil dans l’alcool.
Le suspense s’installe lorsque Siri s’aperçoit que quelqu’un a pénétré dans sa maison, il croît encore quand une de ses patientes se noie près de chez elle, avec, non loin, une lettre qui la désigne comme l’instigatrice de ce suicide, puis ce sont des traces de sang devant sa porte et cette présence qu’elle sent guetter dans la nuit..
Qui donc cherche à lui nuire ainsi? Et pourquoi?

Ce n’est pas tant la réponse à cette question qui importe dans ce livre, mais l’instauration progressive de la menace, le soupçon que nourrit Siri envers son entourage, et l’alternance de ses émotions contradictoires avec les pensées du criminel tapi dans l’ombre
Ce roman est donc, pour les amateurs de ces policiers nordiques éprouvants, une fort agréable promenade en bord de mer

À la Une

Redondo, Dolores – Le gardien invisible

Lorsque le corps d’une jeune fille est découvert dans la forêt d’Elizondo, l’inspectrice Amaia Salazar y est envoyée en vertu de ses origines au coeur même de ce village. Certes cette promotion la flatte et l’idée de revenir loger chez sa tante tant aimée la réjouit, mais ce lieu porte également le sceau d’une angoisse où s’engouffrent de terrifiants cauchemars.
Avec des sentiments mitigés Amaia retrouve ses soeurs. Flora, dure et dominatrice, a repris la biscuiterie familiale tandis que la fragile Ros se reconstruit après avoir quitté mari et emploi
Entre-temps d’autres meurtres similaires surviennent, avec la même mise en scène où des jeunes filles considérées comme délurées sont disposées dans une attitude virginale, le pubis orné d’un biscuit régional
Dans ce pays basque, les croyances sont légion et ces meurtres sont d’emblée attribuées au basajaun, ce gardien invisible qui pourtant protège la forêt et fuit les hommes. Il est en effet difficile d’admettre quun tueur aussi monstrueux puisse être un humain, habitant du village de surcroît
L’enquête piétine et les cauchemars d’Amaia s’intensifient, peut-être est-il là, le véritable gardien invisible qui entrave l’enquête et paralyse l’înspectrice, l’empêchant d’accéder à ce qui la ronge ?

Un splendide roman psychologique, infiniment touchant, dont il semble même que le côté policier ne soit que le tremplin, et la part la plus déficiente.

À la Une

Fel, Jeremy – Les loups à leur porte

Qu’est ce que le Mal radical ? C’est celui qui l’on rejoint lorsque l’on s’empare de l’autre comme d’un objet pour le détruire avec la jubilation perverse de qui a transgressé les lois du vivant
Tel est Walter, celui dont l’ombre froide plane sur les scènes de ce livre dès lors angoissant, tendu, insoutenable. Lui donc, et quelques autres.
Qu’est ce que le Bien absolu ? C’est celui de qui a rencontré le Mal absolu, en a souffert au plus profond de son âme et de son coeur et qui, pourtant, jamais n’abdique une parcelle de son désir du bien, et, n’abdiquant pas, le réalise
Telle est Marie-Beth, subissant le Mal, le fuyant, s’y opposant sans répit, . Elle, et un autre.
Au départ, ce livre s’offre comme une multitude de petites scènes apparemment sans lien. On s’y perd, on est désorienté, un peu submergé.
Et puis certains personnages, parfois même secondaires, reviennent plus tard dans une autre scène, sur un autre lieu, pour un autre rôle et même, pour l’un d’eux, sous un autre nom.
Vient ensuite le tournant décisif ensuite duquel les scènes éparses deviennent chapitres, les chapitres se lient, se déploient . Et le livre, comme les vies, reprend son rythme
Une oeuvre magistrale, tramée comme une composition musicale