McFadden, Freida – La femme de ménage

Titre original : The housemaid
Traduction : Karine Forestier


A sa sortie de prison, et sans travail, Millie, à 27 ans, vit dans sa vieille voiture. Aux abois, elle postule chez une richissime dame prête à l’engager. Millie est ravie même si elle doit dormir dans un minuscule cagibi meublé d’un mince lit de camp et doté d’un verrou à l’extérieur de sa porte.
Son employeure, Nina, est une grosse dondon avec un Andrew de mari hyper sexy et une fllle, Cecelia, d’emblée hostile à Millie et toujours vêtue de robes à dentelles démodées. Il y a encore un jardinier qui semble vouloir avertir Millie d’un « pericolo ».
Au fil des jours, Millie est troublée : la maison est chaque jour d’une saleté inimaginable, Nina prétend avoir dit ce qu’elle n’avait jamais dit et vice versa. Seul Andrew paraît normal,t avenant et même pluôt arriré par la belle Millie.

Une histoire où les apparences sont tout ce qu’il y a de trompeur, où vous irez de surprises en surprises, et c’est déjà une raison de s’y précipiter mais en plus ce livre se termine de façon percutante ce qui est assez rare pour être signalé.
Bon il y a bien un petit côté excessif, un peu trop de coïncidences inespérables, mais si vous êtes prêts à un zeste de naïveté, vous verrez, ce roman est absolument jubilatoire

Querbalec, Emilie – Les Chants de Nüying 

En 2563 des chants évoquant ceux des baleines sont détectés sur Nüying, une exoplanète située à vingt-quatre années-lumière de la Terre.
Brume, la spécialiste des langages marins rêve d’une fusion d’entente avec cette entité chantante tandis que William, son ami cybernéticien, rêve d’une fusion totale avec Brume.
Le cargo-monde à destination de Nüying abrite des spécialistes Terriens et Sélènes, mais ces derniers subissent une discrimination qui poussera nombre d’entre eux vers la secte de l’Eveil inaugurée par un moine tibétain et dont le but est l’éternité céleste, contrairement au financier chinois du cargo dont le but est l’immortalité terrestre par transfert de sa mémoire numérisée sur un clone.
Des scissions dans l’équipage et des déboires techniques font s’échouer le cargo sur Nüying, cette planète de l’Imprévisible absolu.

J’ai trouvé ce roman d’une richesse, d’une intelligence et d’une sensibilité admirable. Au fil de ses pages, de nombreuses questions surgissent, telles que : Notre être équivaut-il au total de notre mémoire conscience numérisée?
Le thème qui court tel un fil d’or tout au long de ce livre est celui du sens que les personnages donnent à leur voyage, un sens qui ne se réalisera que s’il dépasse la sphère de l’ego, de l’intéressement personnel et ne s’accomplira pas selon notre idée de sa réalisation, mais tout autrement, en s’abandonnant à l’Autre

Chambers, Becky – Apprendre, si par bonheur

Titre original : To be taught, if fortunate
Traduction : Marie Surgers

Voici un texte adressé par Ariadne à la Terre éloignée de 14 années lumière, Terre qui, après avoir envoyé une multitude de nouvelles désastreuses, s’est tue.
Ariadne est l’une des 4 scientifiques partis en expédition vers différentes planètes. Lors de leurs voyages, ils sont régénérés, ce qui avec la vitesse de leur vaisseau, ralentit leur vieillissement.
Ils parviennent d’abord sur Aecor, une planète de glace sous laquelle des organismes inconnus s’illuminent la nuit. Ils visitent ensuite trois autres planètes aux vies et à la nature étonnantes, le plus souvent il sont émerveillés, parfois effrayés, mais toujours infiniment respectueux des êtres qui s’y sont adaptés
Mais ensuite, que faire quand plus aucun message, plus aucune instruction ne provient de la Terre ? Comment agir dans le respect de l’éthique, de la dignité humaines et avec le consentement de tous ?

Ce roman est une splendide et authentique utopique parce que jamais il n’envisage de conquérir ou d’exploiter ce que ces planètes ont à offrir, les scientifiques observent, recueillent des données, se recueillent devant ces étonnants paysages, s’entraident et s’aiment profondément.
Face à ce foisonnement de vies étrangères la difficulté est surtout langagière car notre langue est intrinsèquement liée à la terre, et les comparaisons ont vite atteint leur limite et nous sommes bien pauvres dans nos capacités d’en rendre compte
La fin est bouleversante et admirable

Meyer, Deon – L’année du lion

Afrique du Sud, quelques mois après la Fièvre qui a emporté 90% de la population mondiale. Willem Storm et son fils de13 ans, Nico, roulent à bord d’un camion remorque dans lequel ils entassent vivres et carburant glanés çà et là. Mais les dangers parsèment leur route : chiens attaquant en meute, hommes armés, manque d’électricité, d’eau, de carburant. Et la solitude. Naît alors chez Willem le rêve de rassembler les hommes autour du barrage de Vanderkloof qu’il rejoint, dispersant des avis sur son trajet.
Ce sont des êtres gravement éprouvés qui s’annoncent, se racontent et s’installent en ce lieu petit à petit aménagé. Jusqu’à fonder ensemble Amanzi (eau dans la langue vernaculaire) une démocratie qui choisit Willem, cet homme érudit et bon, comme président.
L’histoire des premières années d’Amanzi est rapportée par Nico, le fils de Willem. Elle est celle de l’évolution d’une société en même temps que celle de la formation du jeune homme, pleine de douleurs, de haine et de guerres, mais aussi d’amour, de compassion et de tolérance

Ce livre est une magnifique épopée où le rêve d’une communauté juste et bonne se heurte aux éternelles passions humaines .
Il renouvelle également le mythe fondateur de l’homme, cet être issu de la destruction et de la création, qui ne peut penser qu’en classes et distinctions, vecteurs de haine, qui ne ne peut vivre qu’en liens et partages, sources d’amour

Tahtieazym, Luca – Il était une fois dans le brouillard

11 septembre 2001. A cette date qui signifie un changement de monde, se lève, à La Rochelle, mais également partout dans le monde, un brouillard épais, dépouillant le paysage de perspective et de couleurs.
On suit les mésaventures des habitants d’un immeuble où habite Agathe la misanthrope qui, ce 11 septembre, doit aller chercher ses tout jeunes neveux dont le père vient d’être renversé par une voiture nageant dans le brouillard. Au passage, elle recueille Félix le clochard à la jambe souffrante et Ornicar, le bon chien égaré. Puis, comme le smog semble s’installer, les locataires de l’immeuble rassemblent leurs tempéraments contrastés afin d’organiser leur vie devenue survie dès lors que les hôpitaux sont fermés, les communications coupées et qu’ il faut s’encorder pour aller quérir des ravitaillements, tâtant les murs et craignant les bandes agressives.
Dans cette réalité nouvelle où chacun se voit ramené à sa condition essentielle, chaque protagoniste révélera la vraie couleur de son âme teintée, comme le brouillard, du blanc le plus pur au gris le plus sombre .

Une histoire originale et passionnante malgré quelques longueurs, des personnages dotés d’ une certaine épaisseur, et une écriture étonnante avec son vocabulaire somptueux qui rend hommage à la richesse de la langue française.

%d blogueurs aiment cette page :