À la Une

Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

À la Une

Dillard, François-Xavier – L’enfant dormira bientôt

Lorsque Michel Béjart avise les corps de deux nourrissons dans sa cave, il s’en prend violemment à Valérie, sa femme qui s’enfuit avec leur fils de 5ans, Hadrien. Et c’est l’accident !. Le garçon s’en sort avec les jambes brûlées, la mère gravement blessée. Après un passage à l’hôpital, Valérie est emprisonnée sur simple dénonciation de son mari (sans expertise psychiatrique ni mise en cause du mari !!!)
Si petit qu’il soit Hadrien a compris que son père a voulu détruire sa femme. Il cultive dès lors une haine féroce , démente, envers lui.
Pour se blanchir la conscience, Michel crée une fondation pour l’adoption. Or, quand deux nourrissons sont enlevés dans deux maternités différentes, la commissaire Jeanne Muller chargée de l’affaire remarque que les deux couples sont passés par cette fondation
En plus de cette enquête, Jeanne veille sur la jeune Samia .qu’elle a arraché au milieu de la prostitution pour la confier à un couple en deuil d’une enfant

D’une écriture simple, assujettie à l’action, ce livre est un roman de haine, celle des hommes, monstrueuse, irrépressible, et dirait-on même, constitutive de leur masculinité
Un roman de courage aussi, celui des femmes blessées, rendues folles, dévastées par la vie et les hommes
Un récit manichéen donc, caricatural même, sans nuances, sans pitié, sans justice

À la Une

de Roany, Céline – Les beaux mensonges

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où un étrange testament sème la confusion et où les mensonges ne sont beaux que de protéger les belles réputations

Superbement écrit et construit, ce livre frappe par son sérieux, son humanisme et sa tristesse en bruit de fond.
L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
– Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent aussi bien la bonté des femmes que les plus vils instincts des hommes
– Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

À la Une

Hawkins, Paula – Celle qui brûle

Un jeune homme installé depuis peu à bord d’une péniche, est sauvagement poignardé.Trois femmes pourraient avoir commis ce crime. Trois femmes profondément meurtries dans leur chair et leur âme, trahies au plus intime. Trois femmes terriblement fragiles et tellement fortes: La tante de la victime, Carla, Miriam, sa voisine dont le manuscrit a été volé par le mari de Carla pour produire un best-seller – quelques extraits entrecoupent d’ailleurs l’intrigue – et enfin Laura, celle avec qui l’homme avait passé sa dernière nuit.
L’inspecteur Barker et sa collègue tâtonnent tout au long de cette enquête où l’absence de preuves matérielles et la complexité psychologique des personnages ne leur permettront pas de résoudre l’affaire sans aide

Quand la trahison suprême ou la tragédie surgit dans une vie on peut choisir de refuser désormais la vie et ses opportunités au profit du seul horizon de la rancune, de l’amertume et même de la vengeance, mais on peut aussi, quand une main est tendue, choisir de reprendre doucement vie après une période de deuil,
Roman éminemment intime, il adopte le cours des nos pensées, passant d’une époque à l’autre, d’un souvenir à l’autre, donnant ainsi à chaque personnage son épaisseur, dévoilant ainsi le pourquoi de ses actions et de ses passions
Comme dans son premier roman, Paule Hawkins déploie une grande tendresse et une immense compassion envers ses personnages en proie à la solitude de leurs déchirements et de leurs obscurités
(VO : A slow fire burning)

Merci aux éditions Sonatine et à NetGalley pour cette lecture

À la Une

Nieto, Patrick – Etat de légitime violence

Nadia Benhabib, nouvelle secrétaire à l’industrie Lacombe, est priée de rester plus tard un soir et se fait violer par son patron. Dévastée, elle hésite pourtant à porter plainte car quelle chance a-t-elle de la voir honorée quand les employés préfèrent se taire et que de nombreux policiers font copain-copain avec le patron prodigue?
Seul le capitaine Malavoy, récemment arrivé de Paris après qu’un drame l’a brisé, prend la déposition de la jeune femme à coeur et veut à tout prix établir la vérité .
Nadia vit seule avec son jeune fils, elle s’est toujours battue pour vivre sans aides ni assistances, et se retrouve à présent sans emploi. Sans compter le choc, la honte de n’avoir pu empêcher l’horreur, le dégoût de soi, la colère vaine, le renfermement progressif, la peur constante d’être agressée
Quelques temps plus tard, un meurtre a lieu 

La première partie de ce roman montre que le viol détruit les femmes au plus intime et montre également le courage qu’il leur faut pour déposer plainte, un courage puisé dans l’outrage personnel et dans le désir de protéger les victimes à venir.
La seconde partie, qui débute avec le meurtre, va conduire Malavoy et son adjointe, plus intuitifs et probes que leurs collègues, à travers fausses preuves, mensonges et rebondissements, dans une enquête policière plus classique
Un livre qui attire l’attention sur l’abomination qu’est le viol et les multiples freins à ce qu’une véritable justice soit rendue

À la Une

Penny, Louise – Le beau mystère

Perdu dans la forêt québecoise, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups abrite 24 moines vivant en autarcie et en silence sauf lorsqu’ils entonnent les sublimes chants grégoriens qu’ils étudient avec passion dans un vieux recueil noté en neumes, ces premiers signes de la notation musicale basés sur les mouvements de la main du chef de choeur
Quand le chef de choeur est trouvé mort, les reclus doivent, pour la première fois, ouvrir leur porte aux inspecteurs Gamache et Beauvoir
Et comme dans le chant grégorien où chaque phrase est reprise par une voix différente, les fêlures qui désunissent les moines se répercutent dans les fondations du vieux monastère et retentissent même sur les deux inspecteurs, brisant leur amitié

Dans ce très beau livre, on entend la magnificence des chants grégoriens, on éprouve cette élévation d’âme qu’ils inspirent, on assiste aux très riches dialogues que Gamache, cet homme de coeur et d’esprit, entretient principalement avec l’abbé, cet homme de grande foi et de peu d’ego.
L’enquête en huis-clos progresse au rythme de la vie monacale, aussi ce roman se lit-il lentement et, selon notre disposition, il se savoure ou agace

Neumes

(vo : The beautiful mystery)

À la Une

Schemer, Franck – Le palais des innocents

Dans un village d’Alsace, chaque année à la même date, un enfant est tué et brûlé par un autre enfant qui deviendra la victime de l’année suivante. Depuis cinq ans le commissaire Cornière, grand boulimique et esprit la mordant, cherche en vain à démêler ce casse-tête où l’enfant assassin, traumatisé et mutique, n’écrit que ceci: « C’est la sorcière qui donne et qui sourit »
Cornière est aidé par Olivia, une jeune fille du village dont le père s’est suicidé et la mère a perdu la raison. Elle est aujourd’hui hébergée, avec son petit frère surdoué, par un oncle radin qui ne les loge qu’à contrecoeur
Tous deux s’emploient à trouver qui est cette dite sorcière, comment elle parvient à forcer les enfants à tuer aussi sauvagement et pour quelle raison elle convoquecette mise en scène macabre

Une très belle écriture, une intrigue originale et captivante et un roman qui n’est policier que pour être davantage psychologique, font de ce livre une vraie découverte
Si certains personnages sont caricaturaux au point de déranger la lecture au début, ce n’est là qu’un procédé pour nous inviter à ne pas nous fier aux apparences, ces trompe-l’oeil destinés à cacher les profondes souffrances psychologiques et la sensibilité de ces personnages.

Merci aux Editions de la Rémanence ainsi qu’à NetGalley pour cette lecture

À la Une

Denjean, Céline – Le cercle des mensonges

Un jeune homme est précipité du haut d’un immeuble après avoir été forcé de confesser son suicide, Or ce jeune homme fréquentait le milieu SDF et se souciait particulièrement de la disparition de plusieurs d’entre eux dont il était proche
Par ailleurs, le corps d’une brillante microbiologiste est découvert dans la forêt.
Deux équipes sans liens, celle d’Eloïse Bouquet de la gendarmerie et celle d’Urbain Malot de la PJ, vont se charger chacune d’un de ces crimes pour en suivre le tracé tortueux jusqu’à son origine monstrueuse
En outre, Eloïse veut capturer l’insaisissable criminelle responsable de la mort de son conjoint trois ans plus tôt. C’est Amanda, une journaliste redoutablement futée, qui mène les recherches jusqu’au moment où Eloïse prend la relève, accepte d’utiliser les méthodes abjectes qui lui ont fait horreur lorsqu’elle en était victime et outrepasse ses droits de gendarme

L’auteure élabore une intrigue d’une grande complexité avec, en plus, deux équipes partant chacune d’un autre entrée de ce labyrinthe infernal. Jamais pourtant nous ne nous y perdons car des lanternes s’allument tout au long du trajet de notre progression
Malheureusement, les personnages, réduits à quelques traits de caractère, manquent de profondeur et de nuances,. Quant à Eloïse, partagée entre enquête et quête, entre devoir et passion, elle manque de concentration dans l’un et de déontologie dans l’autre

À la Une

Ferey, Caryl – Lëd

Norilsk est une des villes les plus froides du monde (jusqu’à – 60°) et des plus polluées avec ses mines de nickel, seules richesses de la région.
Deux morts suspectes, celle d’un nomade se déplaçant avec ses rennes, et celle d’une jeune étudiante, sont décrétées non reliées par le chef de la police, mais Boris, un policier muté à Norilsk car son honnêteté gênait, est persuadé du contraire, il va donc enquêter seul, à l’insu de son chef. Boris puise sa force dans l’amour de sa femme hélas gravement malade.
En effet, seuls l’amour, la poésie et l’amitié permettent de survivre dignement en ces lieux et, pour beaucoup, de supporter le travail dans les mines. L’amitié a ainsi réuni quelques couples soudés dans l’entraide et le goût de la vérité.
Toutefois, dans un régime où la corruption règne en maître, de telles valeurs constituent une menace, une forme de résistance politique. Elles seront donc écrasées, mais non sans y puiser leur ultime glorification


L’écriture de Caryl Ferey est sidérante de force et de beauté, elle est souffle de chaleur humaine, tempête arctique dévastatrice, poésie au coeur d’un monde détruit qui lui inspire colère et fatalisme, elle est amour envers ces hommes brisés qu’elle pleure et embrasse, elle est étoile filante dans une nuit sans fin.

À la Une

Raabe, Mélanie – Le piège

Linda Conrads est une célèbre auteure qui vit recluse dans sa vaste maison depuis le jour où, 11 ans auparavant, elle tomba sur le corps poignardé de sa soeur et surprit le visage de son meurtrier juste avant qu’il ne s’enfuie
Or un soir en regardant la télévision, elle voit un journaliste en qui elle reconnaît l’assassin de sa soeur. Elle décide alors de lui tendre un piège: d’abord elle écrit un roman policier détaillant l’assassinat de sa soeur et la vaine enquête policière, en suite de quoi elle invite le journaliste à un interview exclusif durant lequel elle espère lui soutirer des aveux ainsi que le motif de son crime.
Mais au cours de l’interview, elle réalise qu’elle s’est peut-être égarée, qu’ elle a peut-être tué elle-même sa soeur détestée, transférant ensuite sa culpabilité sur un visage pris au hasard 
À moins qu’elle ne disculpe le journaliste sous le coup de l’attrait? À moins qu’elle ne soit devenue folle à force de solitude?
Original, captivant, déconcertant, ce livre serait une totale réussite s’il ne pêchait par quelques outrances et quelques contradictions. Mais on peut lui pardonner ces défauts tant il nous intrigue et nous fait sortit des normes de tout genre