À la Une

French, Nicci – Au pays des vivants

Une jeune femme s’éveille, elle sent qu’elle est ligotée, une cagoule sur la tête. sur un sol froid. Comment est-elle arrivée ici ? Tapi dans l’ombre., son ravisseur ricane et lui apprend qu’elle mourra dans quelques jours, comme les autres. Une nuit, Abbie – tel est son nom – risque tout… et s’évade
Á l’hôpital, elle réalise qu’elle a tout oublié des jours précédant son enlèvement. Cette amnésie, due à un coup violent reçu à la tête, conduit les médecins et la police à penser qu’elle a rêvé son rapt durant sa période commotionnelle.
Quand elle sort de l’hôpital, Abbie est terrifiée, son kidnappeur va vouloir l’éliminer. Et quand elle revient chez son compagnon, celui-ci lui apprend qu’elle l’a quitté. Abbie est sidérée, elle ne s’en souvient absolument pas! Elle va alors, avec courage, avec détermination, reparcourir les jours et les heures qui l’ont amené jusqu’au lieu de son rapt.

Dans ce récit, Abbie doit affronter seule sa peur de mourir par la main de l’inconnu qu’elle a fui, et, de plus, elle doit reparcourir ce qu’elle fut avant qu’elle ne s’oublie. N’est-ce pas là le trajet que doit endurer tout homme pour devenir lui-même ? Original et captivant, ce livre bénéficie en outre d’une belle écriture.

À la Une

de Roany, Céline – Special K

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une très riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où le spécial K (kétamine), cet anesthésiant hallucinatoire, joue un rôle majeur.

Très bien écrit, ce livre frappe par son sérieux et sa tristesse en bruit de fond. L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent des êtres déchirés, esclaves de leur passion ou de leur réputation, qui l’admirent ou l’envient
Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

À la Une

Bayer, William – Le rêve des chevaux brisés

David Weiss réalise, avec une intuition stupéfiante, des portraits-robots pour la police. Lorsqu’un journal lui demande de dessiner un procès interdit de photos, David accepte mais uniquement parce que ce procès se tient à Calista, sa ville natale, là où s’est déroulé 26 ans plus tôt, le double assassinat jamais élucidé de la riche Barbara et de Tom, son amant, meurtre qui a entraîné la ruine de son enfance et le suicide de son père.
David connaissait Tom puisqu’il était son professeur mais aussi Barbara, mère de deux garçons de son école et patiente de son père psychanalyste, un père fasciné par la dame et son « rêve des chevaux brisés » grâce à l’interprétation duquel il rêvait de se bâtir un nom
Aidé d’un policier et de son amie, David va reparcourir ce drame et démêler les fils de cet imbroglio tissé autour de Barbara, cette riche parvenue qui cachait sa profonde détresse derrière une libido déchaînée et de multiples amants et de Tom, cet innocent égaré parmi les loups

Ce policier psychologique remarquablement construit et d’une belle facture classique présente des personnages qui prennent peu à peu forme et épaisseur sous le double crayon de David et de l’auteur pour déployer une étonnante complexité
Il n’y a ni sang, ni trépidation dans cette quête qui nous montre comment les passions ordinaires nous font passer à côté de nos vies


À la Une

Miloszewski, Zygmunt – Les impliqués

Dans un ancien monastère de Varsovie se tient une session de thérapie dite « de la constellation familiale » aux effets étonnants. Or la nuit suivant une première journée thérapeutique fort éprouvante, l’un des participants, Henry Telak, est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil.
Ce crime est-il dû à un dérapage chez un des patients? Ou à un cambriolage qui aurait mal tourné ?
L’affaire est confiée au procureur Teodore Szacki. Il faut savoir qu’en Pologne c’est au procureur de mener l’enquête et d’interroger les suspects.
Sazcki est un homme intelligent mais il est en proie à de constantes contradictions : lâche et courageux, menteur aspirant à la vérité, accroché à la loi dont il voudrait également se départir au nom de la justice, fuyant sa femme qu’il aime et flirtant avec une sotte qui lui donne l’illusion du changement, il devra surtout se démener et fouiller le passé de la victime qu’il découvrira fortement lié à celui du communisme dont l’influence se fait toujours sentir et dont les plaies ne se sont pas encore cicatrisées

Un livre à l’ambiance sombre et désabusée, mais un roman intéressant et subtil qui se déploie autour de ce procureur à la personnalité richement nuancée. Et donc un auteur à suivre.

À la Une

French, Nicci – Lundi mélancolie

Freida Klein est une psychanalyste fine et douée. Solitaire, elle porte en elle une profonde et secrète tristesse.
D’un collègue en arrêt de travail, elle hérite un patient, Alan qui rêve toutes les nuits d’un fils qui lui ressemblerait et serait roux comme lui quand il était jeune, et comme le petit Matthew disparu à la sortie de l’école quelques jours plus tôt. Alan confesserait-il son crime par le biais de ses rêves ?
Son devoir éthique la pousse dès lors à faire part de ce soupçon à la police, mais l’inspecteur Karlsson n’y prête aucune valeur et remballe la jeune femme.
Dans la vie calme et réglée de Frieda Klein surgit un homme à tout faire, Josef, venu d’Ukraine pour s’enrichir avant de rentrer près de sa femme et ses enfants. Il deviendra un acolyte précieux dans l’enquête menée par Frieda Klein

Si l’intrigue est peu crédible et le rôle de la police déplorable, tout l’intérêt du livre converge sur la personnalité de la psychanalyste, de telle sorte que le mystère de sa vie intrigue davantage que celui de l’enquête. Enquête qui se conclut heureusement par une belle pirouette

À la Une

Barnaby, James – A bout de nerfs

TradeOption est une entreprise d’escroquerie financière située en Israël mais qui dispose d’un réseau mondial. C’est ainsi qu’à Londres, un homme, ruiné par ses soins, se suicide après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles. Quand Angelica, la nurse des petites filles, apprend ce drame, elle en est si déboussolée qu’elle accepte une offre d’emploi qu’un ami lui transmet : s’occuper de deux enfants dans un château en Ecosse. Conduite par son ami, Angelica est reçue en reine par un couple excentrique qui découche aussitôt, laissant la nurse seule avec les enfants. Or la nuit l’ orage tonne, les lumières s’éteignent et, le temps qu’ Angelica trouve des bougies, les enfants ont disparu. Soupçonnée par la police, la jeune femme fait, en désespoir de cause, appel à son oncle chargé des fraudes fiscales au FBI .

Un agréable divertissement qui ne casse rien et vis à vis duquel on reste assez extérieur, non réellement touché mais néanmoins curieux de connaître l’issue de cette intrigue. A lire à la plage

Hoag, Tami – Dieu reconnaîtra les siens

Andy Fallon, officier de la police des polices, est trouvé pendu dans sa chambre. Les patrons de la police concluent au suicide ou à l’accident lors d’un jeu érotique homosexuel, solutions bien pratiques pour étouffer l’affaire, mais ni Sam Kovac ni sa coéquipière Nikki Liska de la section des homicides  n’admettent ce verdict, d’autant plus que peu après c’est le père d’Andy, un ancien policier handicapé qui, abattu d’une balle, est déclaré mort par suicide. Les deux amis vont alors se lancer dans une enquête complexe et dangereuse où s’enfilent flics violemment homophobes, lieutenants au passé douteux qui au mieux culpabilisent, au pire pavoisent tels des héros et policiers sans scrupules avides de promotion

Dans ses livres, Tami Hoag entrelace actions, réflexions et émotions dans une riche, parfois trop riche, complexité . Il y a toujours chez elle, et chez ses héros, une solitude désespérée et un esprit tourmenté qui donnent une tonalité sombre à ses romans qui connaissent néanmoins des percées d’espoir vite éteintes . A lire pour ceux qui aiment plonger dans la tourmente

Caillot, Gilles – Je te hais

Marc Kasowski a vécu un passé atroce avec un père d’une telle violence qu’un jour il massacre sa femme et sa petite fille, cette petite soeur violée, dévastée que Marc n’a jamais protégée. Placé ensuite dans un orphelinat malfamé, Marc sera adopté par un couple, forcé ainsi d’abandonner sa jeune amie aux prises des violeurs de cet établissement
Marc s’est construit en devenant policier . Un jour, lors d’un braquage, son chef est abattu devant ses yeux tandis qu’il se contente de regarder ce drame. Blâmé par ses supérieurs, Marc va sentir s’écrouler son image de soi.
Peu de temps après la police recueille la lettre d’un kidnappeur d’enfants, lettre dans laquelle il décrit les abominations qu’il leur fait subir., lettre propre à déclencher un court-circuit dans l’esprit de Marc qui, démissionné temporairement, se lance à la poursuite d’un passé dont de larges pans se sont effacés.

Ce roman pose la question suivante : Quel est le sort de ces enfants qui ont regardé ou subi le pire dans leur enfance ? Gilles Caillot apporte ici une réponse psychiatrique extrêmement fouillée et percutante avec ce livre dur et perturbant, d’une logique psychologique étonnante et une fin bluffante

Lebel, Nicolas – Dans la brume écarlate

Dans la ville enfouie sous la brume, Le capitaine Mehrlicht, gouiailleur et grognon, enquête avec son équipe sur la disparition d’une jeune fille quand un pêcheur arrache à la Seine le corps nu et livide d’une jeune femme. Alertée, la police sidérée retire des eaux un cimetière de corps exsangues au cou marqué de deux trous. Serait-ce un vampire ?
Non loin de là dans un camp de réfugiés harcelé par les nationalistes et les CRS, Taleb le syrien s’affole d’avoir perdu sa jeune soeur. Quand il apprend qu’un infirmier du dispensaire l’a droguée et vendue à un grand homme noir, iln’a de cesse que de traquer cet homme pour sauver sa soeur
Seul Yvan le roumain, survivant des prisons de Ceausescu, a rencontré ce Monstre noir qui, jadis, a utilisé et tué sa femme. Depuis des années et à travers le monde, Yvan met toutes ses forces à venger l’amour de sa vie

Lebel est un révolté, un homme qui s’indigne du sort réservé aux femmes dans le monde, de l’immunité dont abusent ceux qui ont un pouvoir, de cet éternel besoin de rendre un groupe bouc émissaire responsable de nos frustrations et de nos difficultés
Malgré ces thématiques sérieuses, ce livre nous offre des moments de drôlerie, des envolées lyriques et surtout un travail de langage et d’écriture si époustouflant que chaque page devient un vrai bonheur

Cabanac, Cécile – Des poignards dans les sourires

Quand Catherine Renon rentre chez elle avec ses enfants après un séjour chez sa soeur atteinte d’un cancer avancé, elle découvre la maison désertée. Habituée aux escapades d’un mari infidèle, alcoolique et violent, elle ne s’inquiète pas, contrairement à ses enfants pour lesquels elle a toujours préservé l’image du père, et à sa belle-mère, marâtre qui exècre les femmes mais idolâtre son fils
Aussi, lorsqu’un tronc décapité et démembré est retrouvé et identifié par le capitaine Virginie Sevran et son coéquipier, ces derniers vont avoir bien du monde à soupçonner dans cette famille gravement dysfonctionnelle : la veuve du mort bien sûr, mais aussi les soeurs du défunt, ses demi-frères, son contremaître dont il a volé la maîtresse, la soeur de Catherine en phase terminale… Les deux enquêteurs mènent leurs interrogatoires avec un manque total de ménagement, ce qui les rend extrêmement antipathiques, bien que l’auteure veuille corriger ce regard par l’exposé de leur vie privée
Au final donc, un livre sans grande surprise, avec des personnages exaspérants, quelques illogismes et une écriture assez quelconque. Mais il s’agit d’un premier roman.