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Vargas, Fred – L’homme aux cercles bleus

Premier Fred Vargas lu, au moment où Adamsberg rencontre Danglard, quand d’emblée et tout naturellement s’engagent de savoureuses joutes verbales entre un commissaire singulièrement dépourvu d’ego mais largement pourvu en intuition et son coéquipier furieusement cartésien jusqu’à ce que l’alcool ait raison de sa raison.
Pendant ce temps un homme trace de grands cercles bleus au centre duquel gît un objet déchu, couvercle, trombone, cannette etc. La grandeur de ces cercles conduit Adamsberg à prédire leur usage à des fins funestes et en effet, un beau matin, une femme trône au centre de l’un d’eux, égorgée.
L’enquête se fera sans heurts et sans surprise, toute la qualité du livre reposant sur les dialogues entre les deux policiers, puis avec Mathilde l’océanographe en escale à terre afin d’y prendre un bain de foule. Belle et fantasque, elle n’a peur de rien et se rit de tout, elle est la seule à avoir vu, de loin, le petit homme aux craies bleues.
Léger et facile, c’est un roman policier idéal pour une reprise de lecture après une anorexie livresque

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Indridason, Arnaldur – La voix

Gudlaudur, le portier d’un l’hôtel de luxe, est découvert poignardé dans la petite cave où l’hôtel lui permettait de loger. Le cadavre, revêtu de l’habit du Père Noël, a été surpris en pleine relation sexuelle
Cet homme décrit comme solitaire, silencieux et sans joie touche profondément Erlendur qui voit en lui un compagnon de tristesse et de solitude.
Dès lors le commissaire entend pénétrer la vie de ce portier auquel nul ne prêtait attention. Ainsi apprend-il qu’enfant, Gudlaudur possédait une voix sublime enregistrée sur deux disques fort recherchés, mais aussi qu’il en bavait avec son père qui l’obligeait à travailler sans relâche sa voix (la voix de son père). Jusqu’ au drame. Drame qui rappelle à Erlendur celui qui a crucifié sa jeunesse et le ravage toujours, le plongeant dans la mélancolie

Si l’intrigue est classique et sans surprises, si le style est parfois maladroit, à moins qu’il ne s’agisse de la traduction, l’ouvrage a l’intérêt de nous démontrer que l’insouciance de l’ enfant est un mythe. Les enfants sensibles prennent en charge leurs parents, s’efforcent de les satisfaire, les protègent et se culpabilisent ou se dévastent lorsqu’ils n’y parviennent pas

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Merle, Olivier – Dans l’ombre du loup

A Abidjan. deux enfants et leur mère sont abattus d’une balle durant leur sommeil. Il semble que le mari ait alors loué une voiture pour disparaître définitivement
Quelques années plus tard, à Rennes, Kerdegat, un PDG riche et arrogant, exige de la police qu’elle recherche l’auteur de lettres anonymes et d’appels téléphoniques muets qu’il reçoit à minuit onze précises. L’enquête est confiée au commandant Grimm, un homme renfermé, climato-pessimiste et pétri de contradictions, ainsi qu à ses trois équipiers qui se complètent à merveille
L’affaire prend un tour plus sérieux quand un sac poubelle contenant les restes d’un corps de femme sans tête est déposé sur le perron des Kerdegat.
Qui est-elle? Ce geste est-il en lien avec les sinistres appels et lettres?
Ces questions conduiront les policiers dans un club sado-masochiste, sur un chantier aux horreur et, après plusieurs fausses pistes, dans un traquenard d’envergure

L’écriture possède une certaine beauté qui a la modestie de se laisse oublier,
les personnages détiennent une réelle épaisseur, de celle qui les amène à se révéler à eux-mêmes, tout en restant plongés dans l’action.
Enfin l’intrigue retient constamment l’intérêt et si les pistes semblent partir en tous sens, l’auteur, tel un marionnettiste, maîtrise parfaitement les ficelles de son sujet
Mon seul regret est que ce livre ne possède pas l’indispensable dimension d’un sens qui le dépasserait et le rendrait dès lors inoubliable

Merci NetGalley et aux éditions XO pour cette lecture

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Bonnot, Xavier-Marie – Les vagues reviennent toujours au rivage

Retraité de la police à Marseille, Michel De Palma ne s’intéresse désormais plus qu’à son voilier et au violon, jusqu’ ce qu’il apprenne le suicide douteux de celle qu’il aima jadis, Thalia, une médecin qui a voué sa vie aux migrants, ceux échoués dans le camp de Moria à Lesbos, ceux repêchés dans la Mare Nostrum, ceux partout refoulés avec une haine grandissante jusqu’à Marseille, ultime étape de son voyage en Humanisme
A l’insu de la police, De Palme pénètre chez Thalia et se saisit de dossiers s’y trouvant encore, parmi lesquels un manuscrit consignant le calvaire d’ une jeune syrienne, Amira, que Thalia avait pris sous son aile.
De Palma mettra alors ses pas dans ceux de Thalia comme en un pèlerinage. tandis qu’à Marseille la police enquête dans le milieu des identitaires

Ce récit extrêmement bien documenté nous donne à voir, sous un prétexte policier, la violence de l’extrême droite qui fleurit aux abords de la Méditerranée et organise l’abattage de tout étranger-dépourvu-de-tout, sans être inquiétée par les autorités locales
L’Europe est divisée, nous démontre l’auteur, non seulement entre autochtones et migrants, mais également entre défenseurs des Lumières et partisans de la Haine
Un livre intelligent, bien écrit, avec des personnages douloureux, blessés dans leurs aspirations et profondément seuls

Merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour ce livre

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Horst, Jorn Lier – L’usurpateur

Line Wisting, journaliste à VG, est bouleversée quand elle apprend qu’un homme mort depuis six mois a été découvert assis devant sa télé. Choquée par un tel délaissement, elle entreprend d’investiguer sur cet homme afin de lui offrir une place en ce monde
A quelques distances de là, un inconnu, mort également depuis six mois, est étendu dans une sapinière. L’inspecteur William Wisting, père de Line, est chargé de l’affaire. Or il s’avère que cet inconnu, dont on découvre qu’il est américain, était arrivé en Norvège sur la trace d’un tueur en série recherché depuis 20 ans par la FBI. Prévenue celle-ci envoie ses agents travailler avec Wisting
Au cours de cette enquête laborieuse et souvent décourageante, en plein coeur de l’ hiver nordique où il faut chaque jour dégager sa voiture, la racler, lui pelleter une sortie, on apprend qu’un « homme des cavernes » désigne quelqu’un qui endosse l’identité d’un tiers récemment décédé et suffisamment isolé pour que l’usurpation passe inaperçue

Dans les livres de cet auteur, Line s’empare d’un sujet qui semble n’avoir rien à voir avec l’enquête de son père, mais au cours de leurs recherches, leurs routes finissent, comme l’on s’y attend, par converger.
Père et fille nous attachent du fait de l’immense respect qu’ils portent aux autres, de cette solitude triste qu’ils assument en silence et de cette douceur mélancolique qui est la musique propre à l’auteur

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Sjöwall M. & Wahlöö P. – L’homme au balcon

Un homme, à son balcon, observe la rue des heures durant. Soudain son regard accroche une petite fille et la suit des yeux. Sa voisine d’en face, qui l’épie, surprend ce regard et en avertit la police mais celle-ci n’en fait aucun cas.
Pourtant bientôt une, puis deux fillettes disparaissent alors qu’elles jouaient dans des parcs de Stockholm. Elles seront retrouvées peu après violées et assassinées.
L’équipe en charge de l’affaire, dirigée par Martin Beck, est réduite à ses traits saillants, tels les nains du conte, il y a Beck le calme, Larsson le râleur, Rönn l’enrhumé, Melander la mémoire et Kollberg le gentil costaud.
L’enquête piétine jusqu’au moment où l’appel du tout début leur revient en mémoire, initiant une longue chasse à l’homme qui permet aux auteurs de montrer à quel point la capitale souffre aujourd’hui de la crise du logement, d’une pauvreté affligeante et d’une immixtion de la drogue qui asservit jusqu’aux très jeunes adolescents
L’écriture est basique et l’enquête assez pauvre, l’intérêt de ce policier étant purement historique puisque ces auteurs sont considérés comme les pionniers du polar nordique

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Indridason, Arnaldur – Les nuits de Reykjavik

1970 Erlendur et ses collègues effectuent des rondes de nuit. Loin des grandes gueules avinées et égocentriques, le jeune sergent se montre d’une nature calme et solitaire avec, en bruit de fond, une lancinante tristesse.
Au cours de ces tournées, il rencontre de nombreux clochards, dont Hannibal, celui dont, tout au début, nous est relatée la mort par noyade
Depuis lors, Erlendur reste soucieux, sans cesse il ressasse les paroles de cet SDF qu’il a plusieurs fois cueilli dans la rue, frigorifié ou blessé, et mis à l’abri. Il se sentait proche de cet homme dont la mort lui paraît suspecte, aussi, en dehors de son service, va -t-il enquêter auprès de ceux qui l’ont connu.
Et l’on voit alors Erlendur, ce grand taiseux, ne pas lâcher la grappe à son interlocuteur et l’interroger encore et encore jusqu’à se faire vertement rembarrer
Ainsi, petit à petit, Erlendur tisse le fil d’une toile plus complexe qu’il n’y paraissait et son enquête progresse tranquillement, comme on se promène le long d’un chemin sous le vent d’une douce nostalgie, d’une compassion discrète et d’un fatalisme poétique

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Grebe, Camilla – L’archipel des larmes

Quatre époques avec quatre policières s’efforçant de découvrir le visage d’un tueur qui s’introduit chez des jeunes femmes célibataires et, en présence de leur enfant, les tabasse avec une violence rare, puis les crucifie au sol. On nomme ce monstre « le tueur des bas-fonds » car il choisit des femmes démunies dont il bafoue la féminité et la maternité.
Ces quatre policières, quoique débutantes, ou du moins peu gradées, sont extrêmement douées mais leur talent se heurte, parce que femmes, au dédain, à la dépréciation systématique et à l’ostracisme de leur supérieur
Elles doivent encore, en plus, faire face à de profondes désillusions dans leur couple.
Si ce sont ces femmes flics qui chaque fois approchent au plus près la vérité du tueur, c’est sans doute parce que, délivrées de ces préjugés et postures qui limitent l’ouverture d’esprit de certains hommes et certaines gradées, elles parviennent à s’insérer dans d’autres schémas de pensée et d’action. Chacune d’elles laissera d’ailleurs une trace qui guidera la suivante dans son enquête

L’auteure nous empoigne par la main et le coeur à la suite de ses quatre héroïnes qui se succèdent et nous relatent, chacune dans la langue de sa sensibilité, leur acharnement à sauver les futures victimes et percer le mystère du monstre, leurs réflexions, la traversée de leurs peurs, leurs doutes, leurs désespoirs,
L’enquête durera 75 ans et on se demandera avec l’auteure si les mentalités auront changé. mais le peuvent-elles tant que l’homme ne s’appréciera, lui et les autres, qu’en termes de plus ou moins, inférieur ou supérieur, plus petit ou plus grand, bref tant qu’il ne se déterminera que mathématiquement ?

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de Roany, Céline – Vena Amoris

En pénétrant dans une grange où gît une jeune femme éventrée, Céleste Ibar voit surgir un gendarme gradé qui l’accuse de ce meurtre. Emmenée manu militari et questionnée, Céleste, éprouvée jusqu’à l’âme, raconte…
…Comment elle fut envoyée, avec son fidèle coéquipîer Ithri, dans cette région sauvage et marécageuse de la Brière suite au meurtre d’une jeune femme mutilée aux lieux de sa féminité avec, non loin d’elle, une alliance d’homme. Or, ce crime est en tous points similaire à celui d’une jeune femme découverte quelques mois plus tôt, toujours non identifiée
C’est affligée d’un gendarme d’abord accueilli avec réticence puis accepté et même apprécié que Céleste et son équipe vont suivre les pistes ouvertes par l’étrange modus operandi du meurtrier et par ce qui se dessine comme la typologie de ses victimes
Tandis que, dans cette nature ombrageuse, les chemins s’ouvrent sur des cabanes obscures et des restaurants de luxe, Céleste est confrontée à d’autres pressions liées à un ancien procès où la légitime défense prononcée en sa faveur se voit remise en question. De quoi raviver sa culpabilité dont on sait depuis Lacan que « Ce n’est pas le mal, mais le bien, qui engendre la culpabilité » 

Si l’on retrouve l’écriture superbe et le sérieux du travail de Céline de Roany, ses personnages se sont largement étoffés et colorés, Céleste en particulier est bouleversante quand la culpabilité, le doute et la douleur la poussent à s’éloigner de ceux dont elle a un besoin essentiel et à s’armer de dureté, cet envers de sa fragilité.
On se réjouit déjà de suivre ailleurs ce personnage tourmenté, contrasté et d’une rectitude absolue.
Notons aussi cette absence totale de préjugés qui descelle, entre autres, les grilles où s’enferment d’ordinaire nos conceptions de la féminité, de la maternité et de la filiation

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Minier, Bernard – La Vallée

Martin Servaz en est à sa troisième compagne, la première l’ayant quitté et la seconde, Marianne, ayant été enlevée 8 ans plus tôt.
Un jour pourtant cette dernière l’appelle à l’aide, elle a réussi à s’échapper, se sait poursuivie mais ne peut lui donner comme indication qu’une route et des hauteurs dans lesquelles, ô chance, Servaz reconnaît aussitôt un village des Pyrénées. Il s’y rend donc mais ses recherches ne mènent à rien.
Par contre, il retrouve une ancienne collègue chargée d’enquêter sur deux meurtres atroces. Bien que suspendu de ses fonctions Martin décide de l’assister, espérant ainsi trouver une piste vers Marianne.
Lorsque des enfants s’enténèbrent, que les victimes s’avèrent avoir été suivies par une psychiatre déjantée, que le village est coupé du monde suite à un éboulement suspect et qu’un troisième meurtre survient, la tension atteint son zénith

Un roman peu crédible. L’auteur doit pousser, tirer et forcer pour faire entrer dans le même trou ces meurtres odieux, la disparition de Marianne, l’enquête d’un suspendu d’enquête, et plusieurs scènes d’héroïsme dignes des BD de notre enfance censées persuader le public que Servaz mérite bien de réintégrer son poste.
Quant à l’écriture, elle est correcte mais les métaphores peu réussies.