Sigurdardottir, Lilja – Froid comme l’enfer

Aurora et Isafold sont islandaises par leur père, anglaises par leur mère. Les soeurs sont en froid depuis qu’Isafold, battue par son islandais de Björn, a plusieurs fois fait venir sa soeur d’Angleterre pour l’aider à fuir avant de finalement revenir chez son bourreau.
Un soir, Aurore reçoit un appel affolé de sa mère : depuis 15 jours, Isafold ne donne plus signe de vie. De mauvais gré, Aurora part en Islande rechercher sa soeur. Mais personne ne sait où elle est.
Aux étages voisins d’Isafold et Björn vivent un homme obsédé par les poils et par ce couple bruyant, et une femme âgée qui héberge un clandestin recherché par la police

Lilja Sigeurdardottir, connue pour écrire des romans policiers, nous offre donc un semblant d’enquête menée par la soeur de la disparue, soeur d’ailleurs plus occupée à coincer un escror financier qu’à interroger les proches très fermés d’Isafold. On dirait que l’auteure désire sortir de la zone polar et se diriger vers le roman pur, si bien que la recherche d’Isafold tombe à l’eau tandis que les états d’âme d’Aurore et des voisins de la disparue occupent l’avant-plan.
Ce fut donc, à tous égards, un roman mitigé

Merci à NetGalley et aux Editions Métaillé pour cette lecture

Gain, Patrice – De silence et de loup

Suite au décès de sa fille Zora âgée de six ans, et au suicide de sa compagne, Anna accepte d’accompagner, en tant que journaliste bénévole, une équipe de scientifiques chargée d’étudier les risques liés à la fonte du pergélisol au nord de la Sibérie. Le grand atout d’Anna étant qu’elle parle couramment le russe.
Sacha, le frère d’Anna, s’est, quant à lui, retiré dans le sombre monastère des chartreux, espérant y rencontrer la paix et l’oubli.
Lors d’une promenade hors de l’enceinte du monastère, une dame lui remet un colis dans lequel Sasha découvre le journal de sa soeur. Elle y dit les tempêtes effroyables , le froid meurtrier, la violence des éléments et des hommes, les pièges de la banquise mais aussi ceux de la corruption et de la trahison, toutes souffrances au miroir desquelles Anna distinguera une vérité qu’elle se refusait à voir auparavant
L’immense peine qu’Anne fuyait en quittant la France pour la pays de la blancheur,, voilà qu’elle la retrouve, transformée, éclairée par la pureté des lieux, avec toujours cet homme prédateur de la femme et de la terre, toutes deux liées dans une même acceptation jusqu’à la révolte qui vous explose au visage, telles ces poches de gaz de méthane tapies sous la banquise, ou tel ce carnet d’Anna envoyé au frère
Un roman superbe et qui plonge dans l’essentiel, là où l’être privé de tout, raclé jusqu’ l’os, reste seul dans la lumière de la dure vérité

Leclerc Nicolas – La bête en cage

Samuel est un éleveur bovin travailleur mais que l’incendie de son étable a mis sur la paille. Son oncle l’ai bien aidé mais en contrepartie il se doit d’accepter un changement de cocaïne que l’oncle, maire de la bourgade, et son fils, livreront ensuite pour un réseau kosovar. Or cette fois-ci la cargaison n’arrive pas. Inquiets, Samuel et son oncle cherchent et trouvent la voiture du cousin livreur au fond d’un ravin. Le jeune homme est décédé et la drogue a disparu
Dans cette région montagneuse où la plupart des habitants tirent le diable par la queue, la perspective de mettre la main sur cette drogue; car oui, les secrets s’éventent vite quand on vit dans une petite bourgade, presque entre soi; va réveiller la laideur des uns, et le courage de quelques autres.

L’auteur nous offre ici un roman constitué surtout d’actions, au détriment d’autres possibilités que l’auteur possède mais ne déploie que parcimonieusement
Ainsi, alors même que le début annonçait un certain travail psychologique, on passe la majeure partie du texte dans une cadence (de style cowboys et indiens) de plus en plus effrénée jusqu’au calme final d’après la tempête.
J’attends donc le prochain opus avec bon espoir

Rivault, Alexandra – Collisions

Rose-Marie, mère de trois enfants proches de l’envol, vit à côté d’un mari qui la dévalorise et la méprise au point qu’elle est devenue incapable d’initiative. Aziz est un petit trafiquant à la suite de son frère emprisonné. Nick est devenu tueur à gages afin d’amasser l’argent qui, pense-t-il, lui fera, reconquérir son amour de jeunesse
Un soir, Rose-Marie prend la voiture de son fils Maxime pour le ramener d’unel soirée quand, sur un chemin de campagne peu éclairé, elle a un accident, première collision qui précipitera toutes les autres

Ces trois vies si différentes vont toutes converger autour du personnage de Maxime, cet adolescent quelconque qui, sans le savoir, fera surgir le pire de ces trois êtres, comme s’il était, malgré lui, leur trou noir
Cette convergence intéressante est néanmoins desservie par des personnages sans grand relief, assez stéréotypés, par quelques réactions improbables, quelques scènes rocambolesques et par une écriture honnête mais peu remarquable

Un très grand merci à Mathilde des Éditions de la Rémanence pour cette lecture

Marpeau, Elsa – L’âme du fusil

Philippe, quinquagénaire au chômage, s’ennuie pendant que sa femme trime et que son fils est au lycée, jusqu’au jour où il voit le nouveau voisin nager nu dans le lac. Notre homme se met alors à l’espionner sous le prétexte d’une juste méfiance envers ce jeune parisien oisif venu parmi les rudes campagnards.
Dès lors le voisin devient le centre de sa vie, il l’épie sans cesse et sa nudité suscite en lui un désir qu’il enfouit vite sous une couche de colère, ou déplace en « ce n’est lui que je désire mais le belle amante que je lui attribue »
La même pulsion incite Philippe à inviter son voisin afin de l’exhiber, telle une conquête, devant ses potes et sa femme; et lui, le Lucien parisien fait le beau, subjugue l’assemblée, leur apprend à jouer au poker
Et Philippe, toujours en proie à sa fascination, ne veut rien voir des signes avant-coureurs du drame

Présentée comme écrite par Philippe, cette confession est celle d’un homme qui, par manque de langage, par facilité aussi, se laisse conduire par ses pulsions et ses fantasmes, créant ainsi une chaîne de réactions désastreuses
Véritable cas d’école pour un psychanalyste, ce livre riche et profond est tel une tragédie où les forces obscures se jouent des hommes et guident leurs destins.
L’écriture est fort belle mais les nombreuses pages vouées à la chasse me sont passées par dessus la tête

Hinault, Caroline – Solak

Tout au Nord, Solak est un drapeau et quelques baraques dressées dans l’infini glacé, un lieu néanmoins gardé par deux militaires au passé trouble et un géologue qui étudie la glace profonde et apprécie la poésie
Or voilà qu’arrive un tout jeune soldat déposé par hélicoptère, c’est «le gamin» dont le regard en pic de glace, le mutisme et le mystère dérangent les deux militaires, surtout Roq, cet homme abject qui n’aime rien tant que boire et dépecer les animaux qu’il abat avec une jubilation féroce
Outre Roq, il y a Piotr le narrateur de cette histoire. Sous sa rugosité désabusée, Piotr cache une culpabilité qu’il paye chaque jour depuis qu’il a demandé d’être envoyé sur cet invivable îlot de glace
Novembre s’amène et avec lui la longue Nuit boréale

Ce livre est une merveille d’écriture avec cette langue qui s’enfouit dans les tons les plus bas et atteint les plus sublimes coloratures, avec cette inventivité de phrasés et d’images surprenante pour un premier roman, avec ces pages qu’on lit et relit en s’en émerveillant
Un livre tout en atmosphère où l’attente d’un drame est palpable, monte et descend au gré du temps et des échanges, où cependant, quoiqu’on élucubre, rien ne peut se deviner de ce qu’il adviendra
Magnifique !

Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

Molloy, Aimée – Bonne nuit mon ange

Un jeune couple, Sam Statler et Annie Potter, vient habiter dans le village natal de Sam, là où sa mère, cette femme qui lui a tout donné après que son mari l’a quittée, a été placée. Très amoureux, le couple joue à se séduire et de re-séduire grâce à des jeux de rôles surprenants et au final assez drôles
Sam est psychothérapeute et se voit presqu’offrir un bureau au sous-sol d’une splendide maison victorienne, cabinet qu’il meuble somptueusement, fort de l’argent que sa mère lui a assuré bientôt recevoir de son père. Néanmoins il y a un hic: Juste au dessus du bureau de consultation, une conduite d’aération permet à une une oreille curieuse d’entendre tout ce qui se dit lors des échanges thérapeutiques.
Et puis un jour d’orage, Sam quitte son bureau pour se rendre à un rendez-vous et disparaît. Accident, fuite, enlèvement? L’enquête est lancée

L’auteure se joue de nous, nous déroute et nous surprend avec ses tours de passe-passe ses semi-vérités et ses faux-semblants, reflets ou rappels de ces jeux de séduction auxquels se livre le couple Sam-Annie
La seconde partie du roman, celle qui débute lorsque le psychologue disparaît, est nettement moins captivante et devient même franchement ennuyeuse
Bref un livre facile et agréable à lire mais que j’ai été contente d’avoir terminé en vitesse
(Titre original : Goodnight beautiful)

Berger, Marie – « Sauvez-moi »

15 janvier 2020, le virus covid19 fait son entrée en France. Lors d’une soirée à l’ Elysée, la femme d’un attaché au ministère des droits des femmes, passe secrètement un mot écrit sur un morceau de papier toilette, un mot qui dit « sauvez-moi ». Interpellée, la réceptrice transmet le mot à qui de droit jusqu’à Pierre, un policier de grande confiance, qui est chargé de rassembler une équipe non officielle pour évaluer si danger réel il y a et d’où il provient
Pierre va, d’amis en amis, réunir quelques êtres profondément blessés par la vie et qui, tous, aspirent à réparer ce qui n’a pu l’être dans leur passé. Parmi eux Justin un ancien policier et Justice son épouse synergologue, Mila la psychologue, Raphaël le hackeur et Charlie le bi-genre
Le groupe qui s’est baptisé Horus, dissèque les vidéos publiques du couple, il suit leurs déplacements, les met sur écoute téléphonique etc.
15 mars 2020, le confinement est annoncé et le groupe des 5, hormis Pierre que le cancer ronge, décide de s’installer tous ensemble dans le vaste appartement situé sous celui du couple en question, un avantage dû au prestige de la personne anonyme qui a missionné le groupe

Les personnages composant l’équipe de sauvetage ont affiné leur sensibilité et enrichi leur complexité au feu des souffrances passées, et cette alliance des sensibilités crée une véritable tendresse entre eux.
On s’étonne qu’il s’agisse d’un premier roman tant l ‘écriture, très aboutie, reflète une belle maturité et si le thème de cette intrigue est très fréquenté, il apparaît ici comme totalement renouvelé du fait de cette enquête secrètement menée et de son impact sur chaque membre du groupe
Au final je recommande vivement ce roman intense, profond et passionnant

Lloyd, Ellery – Suivie

Emmy était dans la mode avant de devenir mère. Comme elle éprouve toujours le besoin d’un public admiratif ainsi que celui d’argent, elle crée une chaîne instagram sur les aléas de la maternité, chaîne parrainée par une agente experte dans l’art de rentabiliser le créneau « maman »
Pour obtenir une vaste audience Emmy joue à la mère qui a déjà tout vécu et parle toujours vrai en toute spontanéité. Bien évidemment toutes ses apparitions et annonces sont planifiées, répétées et contrôlées par son agente. La course aux likes étant sans fin, Emmy va mettre en scène ses enfants, sources d’émotions positives, et s’instaurer conseillère en science infuse pour toute question mère-enfant
Cependant quelqu’un, dans l’ombre, attend l’heure de sa vengeance
La fin est absolument écoeurante, mais pas dans le sens où on le prévoyait

Ce roman rappelle que se donner, soi et sa famille, en spectacle sur la toile, comporte le risque de devenir la cible de personnes malfaisantes
Mais il montre aussi que l’influenceuse est un danger quand elle donne des conseils vite fait pour rassurer ou plaire sans en mesurer les conséquences ou quand plus aucun secret ne tient face à la rentabilité de son exposition
Je me suis souvent ennuyée avec ce livre un peu vain qui se lit vite étant donné son son écriture très moyenne
(VO : Peopke like her)

Merci NetGalley et HugoThriller pour cette lecture

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