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Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

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Molloy, Aimée – Bonne nuit mon ange

Un jeune couple, Sam Statler et Annie Potter, vient habiter dans le village natal de Sam, là où sa mère, cette femme qui lui a tout donné après que son mari l’a quittée, a été placée. Très amoureux, le couple joue à se séduire et de re-séduire grâce à des jeux de rôles surprenants et au final assez drôles
Sam est psychothérapeute et se voit presqu’offrir un bureau au sous-sol d’une splendide maison victorienne, cabinet qu’il meuble somptueusement, fort de l’argent que sa mère lui a assuré bientôt recevoir de son père. Néanmoins il y a un hic: Juste au dessus du bureau de consultation, une conduite d’aération permet à une une oreille curieuse d’entendre tout ce qui se dit lors des échanges thérapeutiques.
Et puis un jour d’orage, Sam quitte son bureau pour se rendre à un rendez-vous et disparaît. Accident, fuite, enlèvement? L’enquête est lancée

L’auteure se joue de nous, nous déroute et nous surprend avec ses tours de passe-passe ses semi-vérités et ses faux-semblants, reflets ou rappels de ces jeux de séduction auxquels se livre le couple Sam-Annie
La seconde partie du roman, celle qui débute lorsque le psychologue disparaît, est nettement moins captivante et devient même franchement ennuyeuse
Bref un livre facile et agréable à lire mais que j’ai été contente d’avoir terminé en vitesse
(Titre original : Goodnight beautiful)

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Berger, Marie – « Sauvez-moi »

15 janvier 2020, le virus covid19 fait son entrée en France. Lors d’une soirée à l’ Elysée, la femme d’un attaché au ministère des droits des femmes, passe secrètement un mot écrit sur un morceau de papier toilette, un mot qui dit « sauvez-moi ». Interpellée, la réceptrice transmet le mot à qui de droit jusqu’à Pierre, un policier de grande confiance, qui est chargé de rassembler une équipe non officielle pour évaluer si danger réel il y a et d’où il provient
Pierre va, d’amis en amis, réunir quelques êtres profondément blessés par la vie et qui, tous, aspirent à réparer ce qui n’a pu l’être dans leur passé. Parmi eux Justin un ancien policier et Justice son épouse synergologue, Mila la psychologue, Raphaël le hackeur et Charlie le bi-genre
Le groupe qui s’est baptisé Horus, dissèque les vidéos publiques du couple, il suit leurs déplacements, les met sur écoute téléphonique etc.
15 mars 2020, le confinement est annoncé et le groupe des 5, hormis Pierre que le cancer ronge, décide de s’installer tous ensemble dans le vaste appartement situé sous celui du couple en question, un avantage dû au prestige de la personne anonyme qui a missionné le groupe

Les personnages composant l’équipe de sauvetage ont affiné leur sensibilité et enrichi leur complexité au feu des souffrances passées, et cette alliance des sensibilités crée une véritable tendresse entre eux.
On s’étonne qu’il s’agisse d’un premier roman tant l ‘écriture, très aboutie, reflète une belle maturité et si le thème de cette intrigue est très fréquenté, il apparaît ici comme totalement renouvelé du fait de cette enquête secrètement menée et de son impact sur chaque membre du groupe
Au final je recommande vivement ce roman intense, profond et passionnant

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Lloyd, Ellery – Suivie

Emmy était dans la mode avant de devenir mère. Comme elle éprouve toujours le besoin d’un public admiratif ainsi que celui d’argent, elle crée une chaîne instagram sur les aléas de la maternité, chaîne parrainée par une agente experte dans l’art de rentabiliser le créneau « maman »
Pour obtenir une vaste audience Emmy joue à la mère qui a déjà tout vécu et parle toujours vrai en toute spontanéité. Bien évidemment toutes ses apparitions et annonces sont planifiées, répétées et contrôlées par son agente. La course aux likes étant sans fin, Emmy va mettre en scène ses enfants, sources d’émotions positives, et s’instaurer conseillère en science infuse pour toute question mère-enfant
Cependant quelqu’un, dans l’ombre, attend l’heure de sa vengeance
La fin est absolument écoeurante, mais pas dans le sens où on le prévoyait

Ce roman rappelle que se donner, soi et sa famille, en spectacle sur la toile, comporte le risque de devenir la cible de personnes malfaisantes
Mais il montre aussi que l’influenceuse est un danger quand elle donne des conseils vite fait pour rassurer ou plaire sans en mesurer les conséquences ou quand plus aucun secret ne tient face à la rentabilité de son exposition
Je me suis souvent ennuyée avec ce livre un peu vain qui se lit vite étant donné son son écriture très moyenne
(VO : Peopke like her)

Merci NetGalley et HugoThriller pour cette lecture

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Laurent, Agnès – Rendors-toi tout va bien

Un mauvais jour, Guillaume est intercepté par la police et mis en garde à vue. Surpris, persuadé qu’il y a eu erreur, Guillaume se voit harcelé de questions: Où est sa femme Christelle? N’est-elle pas à la maison ou partie faire des courses? Non elle est introuvable. On le soupçonne de l’avoir tuée, d’ailleurs les preuves contre lui s’empilent et les voisins sont trop contents d’ajouter de l’huile sur le feu
Guillaume ne comprend rien, tout allait bien, il rentrait, mangeait, s’affalait dans son confort sans prêter attention ni à sa femme ni à ses filles, sûr d’être un bon mari, un bon père
Pendant ce temps Christelle roule au hasard, elle fuit, tous sens perdus, lourde de secrets, écrasée de souffrances, de solitude, de vide

Ce livre est un cri munchien, un appel désespéré de tous ces êtres qui se débattent avec les mots pour se dire, se sentent trop insignifiants pour prendre une parole difficile, surtout si cette parole, l’autre n’en veut pas
C’est un cri muet voué à déchirer le tissu d’indifférence de tous ces êtres qui, repliés sur leur petit ego, sourds à leur entourage, estiment que tout va bien s’ils leurs pulsions ont été comblées

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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Tuominen, Arttu – Le serment

Pour sa première enquête comme commissaire, Jari Paloviita semble chanceux: un homme en a poignardé un autre lors d’une soirée arrosée et il a déjà été intercepté Mais les noms des protagonistes frappent Jari et le ramènent à son enfance quand Rami, la victime, le tyrannisait sans cesse et qu’Antti, le tueur, était son meilleur ami, son défenseur, celui auquel un serment et une dette immense le lient à jamais.
Tiraillé entre sa carrière en plein essor, son ménage qui capote et les souvenirs d’enfance qui affluent, le commissaire atermoie, exige davantage de preuves, mais en finale, il devra bien choisir entre son devoir de justice et celui d’amitié.
Remarquant les réticences de son supérieur, Oksman, son adjoint misanthrope va mener sa petite enquête sur Jari, espérant ainsi le démettre de ses fonction en l’accusant d’un conflit d’intérêt

Dans une langue superbe et sensible Tuominen nous offre un roman poignant sur l’amitié entre deux garçons éprouvés dès leur plus jeune âge et qu’un drame terrible sépara à leur adolescence jusqu’à ces retrouvailles étranges où l’amitié de l’un comme de l’autre sera mise à l’épreuve du temps et de la vie.
Un livre inoubliable, à recommander

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Loubière, Sophie – De cendres et de larmes

Madeline, sapeur-pompier et Christian, son époux jardinier, forment, avec leurs trois enfants. une famille aimante et unie. Le seul pépin est cet appartement trop petit dont ils doivent se contenter faute de moyens. Aussi quand on offre à Christian un poste de gardien de cimetière avec le loisir d’habiter la vaste maison de fonction y siégeant, tous les cinq acceptent d’y vivre
Insidieusement, la proximité de la mort éveille chez Christian le besoin de plonger dans ses enfouissements pour les poser sur la toile; tandis que la maison dessine les souffrances et laideurs de son passé sur ses murs.
Une force mortifère semble planer sur les tombes et la demeure, réveillant les peurs et les détresses de ses hôtes, les menaçant.

L’auteure parvient , et c’est là tout son talent, à suggérer, à évoquer, à tourner autour de cet indicible des êtres, cet indicible qui est le mystère et la solitude de chacun, cet indicible qui est comme une sorte de trouée sans fond au coeur de chaque être et qui est sa noirceur et qui est sa lumière.

Merci à Fleuve éditions et à NetGalley

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Saule, Tristan – Mathilde ne dit rien

Mathilde est grande et massive, ancienne sportive ayant frôlé la notoriété, elle va où elle se doit d’aller, silencieuse et tranquille, ne craignant personne.
Sa seule peur, intime, est que le soleil ne soit mort et que les huit minutes restantes avant que le monde ne le réalise soient déjà entamées. Mais éteinte ne l’est-elle pas déjà, elle que des intermèdes du temps passé nous montre dans l’intensité d’un amour inconditionnel ?
Aujourd’hui Mathilde est travailleuse sociale. Elle aide au mieux les personnes à obtenir des aides financières vitales. Mais quand elle apprend la corruption et l’injustice pratiquées par ses collègues et cela alors que ses voisins spoiliés et risquant l’expulsion sont déboutés, elle se décide à prendre une voie qu’elle s’est toujours refusée, réveillant du même coup une ancienne blessure à la hanche

Un roman qui se lit dans une sorte de recueillement et la gorge nouée.
Un roman dont l’écriture s’accorde comme rarement avec son personnage et son thème
Un roman dont on ne peut parler sans lui faire de l’ombre et sacrifier son silence sacré

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Delareux, Vincent – Le cas Victor Sommer

Victor Sommer a 33 ans et vit seul avec sa mère, sans aucune relation sociale. En effet il n’a pas besoin de travailler puisque sa mère l’entretient afin qu’il s’occupe d’elle, de même il n’a nul besoin d’une femme ni d’amis ou de copains puisque maman doit lui suffire
Seuls ses rendez-vous avec le psychiatre lui sont concédés car depuis son enfance Victor fait d’effroyables cauchemars d’engloutissemnt, mais en consultation, plutôt que de parler, notre héros reste coincé dans des considérations triviales
Toutes les velléités de liberté de Victor se heurtent aux reproches maternels et avortent sous l’effet conjugué de l’inaptitude sociale et de la culpabilité
Mais un jour, suite à une dispute, sa mère disparaît
Pourra-t-il vivre sans elle ?

La langue est magnifique et le discours, tenu par Victor, est admirable dans la compréhension psychanalytique de cet homme
L’auteur nous montre comment un amour vorace, castrateur et possessif produit des cauchemars terrifiants, détruit la possibilité de relations sociales saines, et interdit à l’homme d’exister pour lui-même
On étouffe avec Victor pour qui toute issue est bloquée puisqu’il est incapable de se débrouiller dans la vie, incapable de travailler, d’aimer une femme, d’avoir des relations normales.


Merci à NetGalley et à Librinova pour cette lecture