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Grisham, John – Le couloir de la mort

1967. Mississippi. Trois hommes du KKK font exploser le cabinet d’un avocat juif défenseur des droits civiques, les deux petits jumeaux qui accompagnaient leur père sont pulvérisés, et l’avocat, amputé des deux jambes, inconsolable, se suicide
Seul parmi les trois complices, Sam Cayhall est pris, jugé et libéré par les tribunaux suprémacistes blancs jusqu’à l’abolition du ségrégationnisme où, rejugé, il est condamné à mort.
1991. Adam Hall, jeune avocat et petit-fils du condamné, veut défendre ce grand-père qu’il ne connaît pas. Le crime de Sam a dévasté sa famille: le père d’Adam a déménagé, changé de nom et finalement, il s’est suicidé; sa tante s’est réfugiée dans un mariage raté et dans l’alcool. C’est chez cette tante fragile et généreuse qu’Adam logera durant les quatre semaines qui lui restent pour se battre contre l’exécution de Sam,

Avec une immense compassion, ce livre décrit la détresse et la honte vécues par les proches d’un criminel. Il dénonce la cruauté de la peine de mort et des conditions de son attente, il dépeint l’abjection d’une presse qui souille tout ce qu’elle touche, il témoigne de la complexité du système judiciaire américain et souligne qu’en ces cours de justice, l’ambition, les préjugés et les querelles internes déterminent les décisions capitales. Il montre enfin comment un enfant plongé dans un discours de haine qui s’inscrit en lui comme un devoir, peut devenir un homme qui vit, tel le condamné à mort, enfermé dans une cage étroite sans fenêtres et sans joie.

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Gustawsson, Johanna – Te tenir la main pendant que tout brûle

2002 Québec Le lieutenant Maxine Grant, mère d’une adolescente et d’un nouveau-né, est requise chez son ancienne institutrice Pauline Caron qui a poignardé sauvagement son époux. L »équipe de Maxine découvre, dispersées dans la maison, sept mains séchées. Si les questions affluent, Pauline, muette, impénétrable, n’y répond pas,
1949 Québec. Lina, jeune adolescente, est la cible de deux pestes. Un jour, excédée, elle se venge. Sa mère lui intime alors de la rejoindre après l ‘école au Mad House où elle travaille. Lina y rencontre une vieille pensionnaire finaude qui l’introduit dans un monde obscur
1899 Paris. Lucienne est une femme bien née unie à un mari fortuné mais glacial. Deux petites filles sont nées de ce mariage. Une nuit leur maison flambe et les deux fillettes, introuvables, sont déclarées mortes. N’admettant pas leur mort, Lucienne entreprend un voyage au pays de la mort à travers les sciences occultes.

Un grand art de la narration et un suspense sans cesse relancé d’une femme à l’autre, d’un décèlement à un détournement. Un thème rarement aussi bien exploité sans l’excès qui l’accompagne habituellement. Et alors que ce roman, sombre dans son contenu, lumineux dans son écriture, parvient doucement à son final orchestré, surgit le cri d’une douleur sans nom et sans fond

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Jourdain, Hervé – Terminal 4

Zone de l’aéroport Roissy, la capitaine Lola et la brigadière Zoé interpellent un partisan de Daech quand elles voient les pompiers éteindre un incendie de voitures. Curieuse, Zoé s’approche et son regard tombe sur le corps calciné d’une jeune femme
Les voitures incendiées appartiennent à un réseau de chauffeurs chinois travaillant à bas prix, ce qui met en colère les taxis officiels
Malgré les zadistes, la directrice de l’aéroport lance la construction d’ un Terminal 4 destiné à élargir le champ d’aviation et certifie, chiffres à l’appui, que les émissions de CO2 diminuent. Par ailleurs, elle conteste le projet de loi sur la taxation du kérosène en brandissant le fameux chantage à : plus de coûts = pertes d’ emplois
La jeune femme décédée est identifiée comme Sabrina, l’assistante de la directrice de l’aéroport, Idéaliste, Sabrina désire vraiment réduire la pollution, aider les SDF vivant dans les parages de l’aéroport et sauver les jeunes migrants qui y sont surexploités
Qui donc a tué la jeune femme?

L’écriture est centrée sur le rythme des actions et non sur le côté littéraire. Certes, les thèmes complexes, les personnages duplices et l’intrigue retorse à souhait sont intéressants, mais tout cela est exposé d’un ton si sec et de façon si factuelle que le plaisir de lecture se perd rapidement
Tout au plus peut-on considérer ce livre comme le script d’un bon film

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Hayder, Mo – Tokyo

1990 En Angleterre, Grey, jeune fille que ses parents isolent du monde, tombe sur un livre qui mentionne l’existence d’un film secret sur les horreurs commises à Nankin en 1937. Or Grey a également un secret, une marque d’ignorance gravée sur son corps une ignorance qui fut qualifiée de Mal par ceux là même qui ont organisé cette ignorance. Grey se donne pour mission d’arracher à l’ignorance ce film sur les crimes odieux perpétrés par les japonais à Nankin,
Elle part à Tokyo où vit le détenteur du film, le vieux chinois Shi Chongming qui a vécu l’invasion japonaise, mais le vieil homme nie posséder ce film. Nullement découragée et en attendant de convaincre le vieil homme, Grey gagne sa vie dans un bar à hôtesses où elle doit amuser les clients attablés. Parmi eux, il y a un vieux Yakuza funeste accompagné d’une Nurse effrayante qui lui prépare un remède miraculeux, un remède qui intéresse énormément Shi Chongming

Mo Hayder excelle à créer des atmosphères. Dans ce roman plane une menace sournoise, rendue encore plus inquiétante par la culture japonaise mystérieuse et impénétrable. Aussi, à notre désir de savoir se mêle la crainte de savoir. Le thème du livre tourne en effet autour de la question de l’ignorance et du savoir qui rejoint celle du bien et du mal,
Les personnages vivent davantage dans la sensation que dans l’émotion. Complexes et subtils, ils se refusent à toute identification, mais, tragiques, ils inspirent crainte et pitié,

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Gazalé, Olivia – Le mythe de la virilité

Dès que l homme comprend son rôle dans la fécondation, la femme jadis maîtresse de l’engendrement est ravalée à un réceptacle passif , devenant sujette à ces extensionrs de pensée: sujet et objet, raison et passion, maîtrise et lascivité etc.
En contrepartie, l’homme est désormais contraint de prouver sa virilité s’il ne veut déchoir dans l’ impuissance, l’ homosexualité féminisante ou la défaite.
La monstration de la virilité était relativement aisée quand l’épouse non-impudique ne s’adonnait à des rapports que reproducteurs et surtout sans jouissance, mais le dernier siècle occidental exige en plus des hommes qu’ils fassent jouir la femme, dernière prescription hautement angoissante.
Aussi les moments entre hommes sont-ils si reposants, il suffit de raconter des exploits inexistants ou de faire du bruit, des vents, des rots, des crachats puissants, bref d’exhiber les signaux d’une puissance imaginaire

Chaque époque refonde les codes de la virilité en se basant sur une distanciation d’avec la femme qui incarnera toujours LA menace à la puissance virile
Pour échapper à cette dictature des sexes il faudrait cesser de percevoir l’humanité selon une binarité d’être imposant une binarité de conduites soi-disant naturelles et imprescriptibles alors que, bien sûr, la parole a toujours déjà aboli le naturel au profit d’un social variable

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Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

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Renand, Antoine – S’adapter ou mourir

Ambre,17 ans, ne supporte plus sa mère et fugue avec son compagnon. Ils sont invités à faire halte chez Baptiste avec qui Ambre a longuement discute en ligne. Mais Baptiste est en réalité un psychopathe qui a prévu d’emprisonner Ambre pour en faire son esclave.Arthur, 40 ans, sans ressources après deux films ignorés et une récente séparation, accepte un travail de modérateur au sein d’un réseau social. Il doit regarder, effacer et signaler – sans que cela donne lieu à une suite – des vidéos d’une terrible violence. Ce mitraillage d’horreurs éveillera Arthur à sa propre noirceur et c’est en exerçant, avec ses trois amis, la violence envers les violents qu’il reprend goût à la vie
Avec un courage inouï pour son jeune âge, Ambre endure les viols et l’asservissement quotidien sans jamais y consentir, Et c’est dans l’amour qu’elle puise, au fil des ans, la force de tenir bon et l’inaltérable détermination à fuir

Ambre est l’image inversée d’Arthur. Tandis qu’elle veut fuir l’obscurité pour enfin vivre, Arthur ne se sent vivre qu’en elle. Tandis qu’ Ambre préserve sa douceur, sa droiture et sa capacité à aimer au coeur même de l’esclavage monstrueux qu’elle subit, Arthur, par sa fonction, découvre sa propre violence qu’il choisit contre l’amour, et pour la jouissance.
Ce livre reformule une question fondamentale: comment lutter contre la violence qui s’affiche partout comme une fierté? Faut-il la combattre en rajoutant la sienne à celle qui déjà règne? La refuser en dressant un mur de non-violence face à elle? Y a–t-il une autre voie?
Un roman qui prête à discussions, bien écrit et bien construit, psychologiquement parfait,

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Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

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Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

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Dillard, François-Xavier – L’enfant dormira bientôt

Lorsque Michel Béjart avise les corps de deux nourrissons dans sa cave, il s’en prend violemment à Valérie, sa femme qui s’enfuit avec leur fils de 5ans, Hadrien. Et c’est l’accident !. Le garçon s’en sort avec les jambes brûlées, la mère gravement blessée. Après un passage à l’hôpital, Valérie est emprisonnée sur simple dénonciation de son mari (sans expertise psychiatrique ni mise en cause du mari !!!)
Si petit qu’il soit Hadrien a compris que son père a voulu détruire sa femme. Il cultive dès lors une haine féroce , démente, envers lui.
Pour se blanchir la conscience, Michel crée une fondation pour l’adoption. Or, quand deux nourrissons sont enlevés dans deux maternités différentes, la commissaire Jeanne Muller chargée de l’affaire remarque que les deux couples sont passés par cette fondation
En plus de cette enquête, Jeanne veille sur la jeune Samia .qu’elle a arraché au milieu de la prostitution pour la confier à un couple en deuil d’une enfant

D’une écriture simple, assujettie à l’action, ce livre est un roman de haine, celle des hommes, monstrueuse, irrépressible, et dirait-on même, constitutive de leur masculinité
Un roman de courage aussi, celui des femmes blessées, rendues folles, dévastées par la vie et les hommes
Un récit manichéen donc, caricatural même, sans nuances, sans pitié, sans justice