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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Ellory, R.J. – Le carnaval des ombres

1959 Quand un cirque ambulant s’installe dans la petite ville du Kansas les habitants d’abord rétifs s’enchantent ensuite du talent des artistes, mais voilà qu un mort est découvert sous le carrousel. Fait étrange, l’affaire n’est pas confiée au shérif du lieu mais à un agent du FBI, Michael Travis,
Travis se voue totalement à son travail qui, avec le devoir et la loi, constituent les barrages qu’il a dressés contre les souffrances et terreurs de son enfance.
Questionnant les gens du cirque sur ce mort non identifié, Michael se voit interrogé lui-même sur ses défenses qui lui ferment l’esprit et le coeur en même temps qu’elles lui ferment l’accès à l’aboutissement de son enquête
Mais qui sont ces étranges personnages qui conduisent doucement, inexorablement Michael, à se libérer de ses démons qui ne le sont que d’être méconnus, ainsi qu’à remettre en question cette obéissance à ses supérieurs qui se doit d’être aveugle, mais aveugle à quoi ?

Oeuvre de grande maturité, ce roman philosophique, psychologique et politique possède certes les lenteurs et les répétitions qui sont inhérentes à tout changement radical de perspective sur soi et le monde quand il y a tant de résistances et de douleurs à traverser, tant de pertes à assumer avant de pouvoir enfin se libérer
L’écriture de R.J.Ellory touche et émerveille, sa beauté est intemporelle



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Tuominen, Arttu – Le serment

Pour sa première enquête comme commissaire, Jari Paloviita semble chanceux: un homme en a poignardé un autre lors d’une soirée arrosée et il a déjà été intercepté Mais les noms des protagonistes frappent Jari et le ramènent à son enfance quand Rami, la victime, le tyrannisait sans cesse et qu’Antti, le tueur, était son meilleur ami, son défenseur, celui auquel un serment et une dette immense le lient à jamais.
Tiraillé entre sa carrière en plein essor, son ménage qui capote et les souvenirs d’enfance qui affluent, le commissaire atermoie, exige davantage de preuves, mais en finale, il devra bien choisir entre son devoir de justice et celui d’amitié.
Remarquant les réticences de son supérieur, Oksman, son adjoint misanthrope va mener sa petite enquête sur Jari, espérant ainsi le démettre de ses fonction en l’accusant d’un conflit d’intérêt

Dans une langue superbe et sensible Tuominen nous offre un roman poignant sur l’amitié entre deux garçons éprouvés dès leur plus jeune âge et qu’un drame terrible sépara à leur adolescence jusqu’à ces retrouvailles étranges où l’amitié de l’un comme de l’autre sera mise à l’épreuve du temps et de la vie.
Un livre inoubliable, à recommander

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Raabe, Mélanie – Le piège

Linda Conrads est une célèbre auteure qui vit recluse dans sa vaste maison depuis le jour où, 11 ans auparavant, elle tomba sur le corps poignardé de sa soeur et surprit le visage de son meurtrier juste avant qu’il ne s’enfuie
Or un soir en regardant la télévision, elle voit un journaliste en qui elle reconnaît l’assassin de sa soeur. Elle décide alors de lui tendre un piège: d’abord elle écrit un roman policier détaillant l’assassinat de sa soeur et la vaine enquête policière, en suite de quoi elle invite le journaliste à un interview exclusif durant lequel elle espère lui soutirer des aveux ainsi que le motif de son crime.
Mais au cours de l’interview, elle réalise qu’elle s’est peut-être égarée, qu’ elle a peut-être tué elle-même sa soeur détestée, transférant ensuite sa culpabilité sur un visage pris au hasard 
À moins qu’elle ne disculpe le journaliste sous le coup de l’attrait? À moins qu’elle ne soit devenue folle à force de solitude?
Original, captivant, déconcertant, ce livre serait une totale réussite s’il ne pêchait par quelques outrances et quelques contradictions. Mais on peut lui pardonner ces défauts tant il nous intrigue et nous fait sortit des normes de tout genre

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MacMillan, Gilly – Pour tout te dire

Lucy Harper est une auteure de romans policiers à succès, son mari Dan jalouse sa femme car ses textes à lui sont toujours refusés. Pendant que Lucy travaille à la dernière enquête d’Eliza Grey, il achète, à son insu, une maison au lieu même où, petite fille, elle a vécu un drame terrible puisqu’un soir, étant allée en forêt avec son petit frère, elle le perdra et ne le retrouvera jamais
Alertée, la police ne cesse dès lors de questionner la petite Lucy qui, accusée, acculée, s’embrouille, invente, se tait enfin. Seule Eliza, son unique amie, son amie imaginaire, lui vient en aide, lui dictant que dire et que taire. Toujours rationnelle, Eliza prend le relais quand Lucy perd les pédales et c’est elle encore qui sera l’héroïne de ses romans
Quand à son tour, Dan disparaît, la police va derechef suspecter Lucy qui décide de mener sa propre enquête, avec Eliza

Si cette trame psychologique est prometteuse et la prose de l’auteure superbe, les personnages son plats et creux et Lucy, le seul personnage consistant, se comporte trop souvent au petit bonheur la chance
Pire encore la raison pour laquelle Dan a acheté cette maison et celle de sa disparition se heurtent à un mur d’interrogations si bien que l’on sort bredouille de ce livre

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Knight, Renée – La confidente

Lorsque Christine est engagée comme secrétaire particulière de Mina Appleton, directrice d’une chaîne alimentaire, elle est si heureuse d’avoir obtenu ce poste qu’elle veut ne pas voir les malversations de sa patronne, fascinée qu’elle est par cette femme superbe qui lui offre son amitié
Manipulatrice redoutable, Mina joue avec les sentiments et faiblesses de sa secrétaire, navigue entre menaces latentes ou compliments délicats, mime la déception, le mépris, la tendresse ou l’estime selon le but à atteindre. Et Christine, envoûtée, délaisse peu à peu sa famille, ses amis, ses loisirs
Lorsqu’enfin Mina est traduite en justice pour escroqueries et Christine pour complicité, cette dernière, toujours en plein déni de réalité, ment sous serment afin de protéger sa patronne
Le procès se poursuit, Mina est décidée à le gagner, quoi qu’il en coûte
Quoi qu’il en coûte ?

Très bien écrit, l’installation psychologique des protagonistes est certes un peu longue mais avec pour résultat des personnages qui ont de la densité et qui nous irritent autant qu’ils nous attachent
Et si de temps en temps nous grinçons des dents, cet inconvénient se dissipe totalement avec le procès, magistral, et le dénouement, inattendu

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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Marsons, Angela – Nos monstres

Kim Stone est une chef inspectrice au passé criblé de traumatismes sévères qu’elle enfouit dans le travail et une dureté d’apparence.
Parmi les enquêtes qui lui sont confiées, celle d’une jeune femme, Ruth, qui a sauvagement poignardé son violeur sorti de prison, l’intrigue particulièrement. En effet depuis quelques mois Ruth était suivie par une psychiatre, Alexandra Thorne, dont Kim perçoit aussitôt la dangerosité
Redoutablement intelligente, Alexandra se joue de ses patients en réveillant leurs monstres et en les incitant au crime. Quand la psychiatre réalise que Kim a percé son jeu, elle utilise son statut pour enquêter sur le passé douloureux de l’inspectrice, un passé dont l’étalage narquois lui serait fatal. De son côté Kim fouille le passé d’Alexandra afin de faire tomber cette femme nuisible, mais la doctoresse s’est forgé une réputation sans failles et personne ne suit donc Kim dans son enquête

L’auteure nous offre un duel psychologique original et prenant, ponctué d’enquêtes impliquant ou non la psychiatre. On s’étonne toutefois que parmi ceux qui la fréquentent, seule Kim la dure, celle qui n’a d’égards pour personne, ait ressenti la noirceur cachée derrière la belle apparence de la dame.
Une fort bonne lecture et un intéressant portrait de sociopathe

Merci à Belfond noir et à NetGalley pour cette lecture

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Coquery, Guillaume – Vakarm

D’abord, il y a un vol colossal de parfums de luxe doublé d’un assassinat, un vol à rebondissements dont le déroulé, complexe et astucieux, forme la trame policière de ce roman
Pour résoudre ces crimes, il y a une équipe de policiers liés par une réelle amitié, mais dont le chef, Damien Sergent, est à l’article de la mort suite à une tentative d’assassinat
Puis, il y a ces enfants qui toujours subissent : Tom l’enfant de Damien recueilli par Sandrine amie et remplaçante du capitaine hospitalisé; Illianka qui assiste à ce qu’elle ne devrait jamais voir; Jason l’enfant volé depuis 3 ans par son mafieux de père, et Adrien l’enfant merveilleux détruit après qu’un camion l’eut percuté violemment 15 ans auparavant
Ensuite, il y a ces femmes admirables, douces et fortes, sensibles et courageuses, dont les épreuves rabotent les duretés de coeur et qui, avec le temps, se libèrent de la colère vengeresse qui asservit les hommes, en pardonnant et, peut-être, en se pardonnant
Enfin il y a l’écriture de l’auteur, d’une beauté et d’une sensibilité qui s’affinent avec l’expérience, et ce don de toucher, au delà de l’histoire policière, à l’humain dans toute sa complexité

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Lapena, Shari – Une voisine encombrante

Aylesford est un quartier que l’on imagine pareil à celui des Desperate housewives, avec ses épouses au foyer, ses maris très occupés, dans la même boîte pour la plupart, et ses ados écervelés, ainsi Rayleigh, qui s’introduit dans les maisons pour visiter les ordinateurs et Adam, son copain, qui se saoule chaque soir
Quand Amanda, la jeune et capiteuse voisine, est retrouvée morte au fond d’un lac, le crâne défoncé par des coups de marteau, les inspecteurs Webb et Moen, lui vif et subtil et elle plutôt maternelle, viennent interroger les voisins. Bientôt les policiers se retrouvent devant un enchevêtrement de mensonges, de vérités déformées, d’aveux suivis de rétractations, chacun couvant ses secrets, presque tous détenant une bonne raison de vouloir se débarrasser de l’encombrante voisine
Si ce huis-clos en plein air nous plonge, pour notre plus grand plaisir, dans un véritable labyrinthe de fausses-pistes, si la révélation finale est inattendue, le véritable propos de cet roman est plus profond car il interroge et met à l’épreuve l’authenticité des liens d’amour et d’amitié

Merci à NetGalley et aux Presses de la Cité pour ce livre