Monnehay, Max – Je suis le feu

Victor Caranne, psychologue dans une prison, travaille régulièrement avec la police de La Rochelle
Par deux fois, un homme a longuement épié une mère et son fils d’environ 10 ans avant de pénétrer dans leur domicile, d’attacher mère et enfant, et enfin de bander les yeux du petit avant d’égorger sa mère
Caranne cherche à comprendre pourquoi l’égorgeur met en place un tel scénario et le répète, non par plaisir, ressent-il, mais comme dans une névrose de répétition, dans le but de résoudre un problème intime.
Il faudra encore bien des erreurs et des morts, de quoi raviver laf culpabilité toujours à vif de Caranne, avant que la lumière ne surgisse

L’alternance de deux narrations, celle qui suit les agissements de Caranne – d’ailleurs trop tourmenté par ses failles personnelles pour être bon psychologue – et celle où le tueur se raconte, donne à l’intrigue un rythme actions-introspections intéressant.
Néanmoins de nombreux personnages caricaturaux, quelques coïncidences peu crédibles et certaines lourdeurs dans le style ont franchement refroidi mon appréciation

Charine, Marlène – Léonie

Léonie avait 19 ans quand elle fut séquestrée et violée par un homme qui malgré les chaînes et les verrous, veut croire qu’il l’aime, jusqu’à ce que, 6 ans plus tard, il meurre d’un arrêt cardiaque.
Loïc enquêtait comme policier sur la disparition de Léonie lorsqu’un terrible accident l’emprisonna dans une hémiplégie. Il sera veillé et encouragé par Diane, aide-vétérinaire pour des animaux en cage, qui l’a toujours protégé,
Le récit se poursuit en revenant sur les années de claustration de Léonie ainsi que sur celles de Loïc, dans une oscillation temporelle qui rend leurs émotions plus intenses et leurs réactions plausibles car si la cage est honnie, en sortir peut être effrayant et les mécanismes pour l’éviter nombreux et sophistiqués
Des corps déchiquetés retrouvés en forêt donneront ensuite lieu à une enquête peu intéressante et précipiteront des rencontres improbables, voire absurdes

La haine qui étouffe le haineux, l’amour qui étouffe l’aimé, la séquestration possessive, les limitations du corps blessé, et ces multiples, enfermements dont nous souffrons tout en nous y abritant, voilà bien un thème captivant développé de façon magistrale et avec cette belle écriture déjà appréciée auparavant chez l’auteure
Dommage qu’elle ait ensuite voulu poursuivre sur d’autres chemins,

Nordbo, Mads Peder – La fille sans peau

Un terrible accident a laissé Matthew veuf de sa femme enceinte d’une petite Emily, aussi, inconsolable, quitte-t-il le Danemark pour Nuuk au Groenland.
C’est donc lui que son journal envoie auprès de ce viking momifié qu’une faille a dégagé. Hélas, le lendemain, toutes ses photos ont disparu, la momie s’est envolée et le policier de garde est mort, éventré et éviscéré.
Or, dans les années 70, des meurtres similaires, jamais résolus, avaient été pratiqués sur des hommes soupçonnés d’abus sexuels envers leurs petites filles. Aidé par Tupaarnaq, une jeune femme révoltée par les nombreux abus d’enfants dans la région, Matthew va reprendre cette enquête qu’un policier avait été sur le point de résoudre jadis avant de disparaître mystérieusement

On peut déplorer que l’intrigue de ce roman soit fort simple, cependant il y a là de superbes peintures de ces paysages grandioses tout de pierre et de glace et d’autres, fort noires, de ces hommes violents et corrompus pour qui les femmes sont des servantes, les fillettes des objets sexuels et leurs ennemis pareils aux phoques qu’ils éventrent et dépiautent.
Toute cette violence s’inscrit néanmoins sur un fond de désolation, de tristesse et de solitude et c’est ce contraste là qui, dans ce livre, émeut et retient

Desforges Saffina – Paraphilia

Le corps de Rebecca, une petite fille abusée et tuée, suivi des corps de deux autres fillettes pareillement violentées alarme la police, mais le prédateur est habile, aussi, à défaut de pistes, deux policiers se saisissent d’un ancien pédophile qui servira de bouc émissaire tant à ces policiers bourreaux qu’à cette part de population qui aime tant hurler avec les loups.
Dans ce climat médiatique d’alerte, Greg Randall, un père sujet à des fantasmes pédophiles se met à s’en horrifier et va donc se faire soigner dans une clinique spécialisée aux méthodes fort douteuses.
Pendant ce temps, un journaliste, père de Rebecca, aidé d’ une étudiante profileuse surdouée et d’un jeune crack d’informatique mène une enquête parallèle à celle de la police qui s’égare dans de fausses pistes.

Malgré une écriture quelconque, ce roman démontrer avec beaucoup d’intelligence que les pédophiles ne forment pas un pack homogène : entre l’abuseur abject et l’homme sujet à des fantasmes dont la non réalisation est essentielle, il y a l’ancien pédophile attoucheur que la mère de Rebecca tentera de comprendre au cours de dialogues bouleversants
Et ce roman questionne : l’hyper médiatisation indignée/captivée  de la pédophilie ne risque-t-elle pas de stimuler ces penchants en latence chez certains? Et ne risque-t-elle pas d’amener la société à voir la pédophilie partout, interdisant dés lors aux hommes ces gestes naturels de tendresse envers les enfants ?

Schepp, Emelie – Marquée à vie

Dans un container scellé, des émigrés étouffent en attendant d’aborder sur une terre d’accueil. Hélas, à leur sortie, c’est la mort qui les attend cependant que les enfants sont emmenés de force pour être dressés à devenir des bêtes à tuer
C’est le meurtre d’un haut fonctionnaire de l’immigration et des traces de pas d’enfant qui initient l’enquête dirigée par la jeune procureure Jana Berzelius, réputée insensible et glaciale, assistée d’une équipe aussi investie dans son travail que réticente dans ses autres engagements
Peu après un enfant est retrouvé mort, l’arme du crime à portée de main n’ayant pour seule identité qu’un nom de dieu gravé sur sa nuque. Or la procureure porte, et cache, également un nom de divinité marqué sur sa nuque

Ce livre se distingue par son style plutôt maladroit – à moins qu’il ne s’agisse d’un problème de traduction – par son originalité, sa construction intéressante, et surtout par la figure centrale de cette procureure à la fois froide et souffrant de l’être (et donc résolument différente de Salander à laquelle on la compare injustement), personnage riche et complexe qui éclipse l’équipe polic!ère empêtrée dans des considérations d’égos.
Un livre agréable à écouter et fort bien lu par Nicolas Justamon  

Laipsker, Alexis – Les poupées

Le commissaire Venturi est en butte avec la police des polices, malgré cela, le procureur, qui l’estime, le demande pour une affaire hors normes : Six corps d ‘hommes rendus lisses comme des mannequins sont disposés dans une chapelle désaffectée. Venturi accepte mais demande l’aide d’un psychologue du comportement criminel. Ce dernier est la jeune Olivia Montalbert dont l’esprit vif et affûté vient vite à bout des préjugés du commissaire. Elle réfléchit quand Venturi s’agite, consulte les membres de l’équipe quand Venturi les houspille, cherche un sens à ces crimes quand Venturi cherche l’action.
Plus au sud, une voyante rouée s’est installée dans un lieu reculé où elle se sent enfin à l’abri de l’homme qui la harcelait, mais bientôt des visions, des impressions étranges, des odeurs inquiétantes s’immiscent dans son intérieur

Bien que l’auteur ait une tendance à rendre ses personnages univoques et que la lumière ne soit pas faite sur tous les éléments de l’intrigue, il faut admirer le formidable personnage de la voyante, le parfait dosage d’étonnements, de recherches et d’actions dans ce roman qui ravira les amateurs de suspense haletant et de crimes bien glauques 

Carrisi, Donato – Je suis l’abysse

– Il y a l’homme qui nettoie, jadis enfant humilié, broyé, torturé, aujourd’hui adulte solitaire et sans joie, aussi démuni qu’un enfant et toujours en proie à la même instance cruelle
Il fouille les poubelles de femmes isolées, seule intimité qu’il s’accorde avec elles, avant que que la cruauté ne se saisisse de lui, et d’elles
– Il y a la fille à la mèche violette dont les riches parents n’ont pas le temps et qui, engluée dans un chantage cruel, veut se noyer mais l’homme qui nettoie la sauve avant de s’enfuir dès l’apparition des secours.
– Il y a la chasseuse de mouches, mère aimante et meurtrie, femme de douleur, elle défend les femmes battues et enquête sur cet homme étrange qui s’enfuit après avoir agit en héros

Ce roman bouleversant est une réflexion sensible sur l’origine du mal qui se trouve rarement dans les duretés de la vie et de l’entourage, mais réside en nous en puissance: c’est le Mal absolu auquel nous sommes libres de donner corps ou non et en acte: ce sont ces mauvaisetés qui vivent en nous comme des innéités et que nous combattons sans cesse à moins que nous y cédions sans cesse.
Parfois il arrive qu’un enfant naisse en enfer, là où ce qui devait être en puissance est déjà en acte sans qu’il n’ait été choisi, là donc où le combat est monstrueux, abyssal
Jamais un auteur ne m’a donné d’éprouver une telle compassion pour un tueur en série

Collet, Magali – Les yeux d’Iris

La veille de leurs examens de fin d’année, Fred et Morgane, frère et soeur, sont appelés par leur soeur Iris, dépressive depuis des années et en attente constante de réconfort. Les étudiants, stressés par les épreuves du lendemain, rabrouent Iris. La nuit suivante, Iris se suicide, Fred et Morgane portent désormais une culpabilité qui fait fuir Morgane en Irlande et plombe la vie de Fred.
Quelques années plus tard, Morgane est appelée par Julie, son amante qu’un viol monstrueux vida de son âme et de son amour. Rentrée en France au nom d’une promesse jamais précisée qu’elle avait faite, avec Fred et Audrey, Morgane découvre, avec horreur, une Julie complètement changée et installée avec un parfait salaud riche aux as
Qu’attend Julie de ses amis, et en particulier de Morgane?

Difficile d’éprouver la moindre empathie pour ces personnages froids, calculateurs, et pour certains, violents ou carrément machiavéliques
L’intrigue de roman est peu crédible car qui voudrait se venger au point d’être prêt à tremper chaque jour dans l’abjection pour y parvenir? C’est vraiment inconcevable.
Et tenir une promesse se peut-il quand l’impensable en est le conduit ?
Outre ce scénario somme toute aberrant, on trouve de nombreux clichés assez déplaisants tels que : les hommes plient toujours les femmes à leur volonté, par la manipulation, le chantage ou la force. Les femmes elles, sont sottes et naïves et quand elles ne le sont plus, quand un viol atroce ou une trahison absolue les dégrisent, elles deviennent dures ou sombrent dans la dépression
Une déception

Hayder, Mo – L’homme du soir

Un enfant de 8 ans est enlevé et l’inspecteur Jack Caffery, mandé sur les lieux, soupçonne une histoire de pédophilie; en effet les enfants du voisinage parlent d’un troll rôdant dans le parc. Le lendemain l’enfant est retrouvé ligoté dans un arbre du parc, violé et décédé
Cette affaire ranime l’obsession de Caffery pour son frère Ewan disparu alors que tous deux n’ avaient pas dix ans, Jack a toujours soupçonné son voisin, déjà condamné pour actes de pédophilie, d’être le ravisseur, le violeur et l’assassin de son frère. Et cette certitude l’obsède tant qu’il refuse de déménager, au grand dam de sa compagne qui en souffre, mais Jack n’entend que son obsession
Un soir, l’inspecteur aperçoit son voisin pendu chez lui, il entre et fouille la maison en quête de traces de son frère, en vain. Pourtant une lettre l’attend chez lui, son voisin lui a laissé un drôle de cadeau
Tout au long du récit, Jack Caffery est mû par cette attraction- répulsion pour le mal qu’il imagine infligé à son frère (on se demande même s’il ne serait pas déçu qu’Ewan n’ait rien subi de tout cela) Son obstination, sa rage sont telles qu’elles l’amènent à enfreindre toutes les règles et à s’entêter sur de fausses pistes, tandis que l’autre enquête, celle du troll sévissant autour du parc, semble au point mort
Malsain et lassant

Gustawsson, Johanna – Te tenir la main pendant que tout brûle

2002 Québec Le lieutenant Maxine Grant, mère d’une adolescente et d’un nouveau-né, est requise chez son ancienne institutrice Pauline Caron qui a poignardé sauvagement son époux. L »équipe de Maxine découvre, dispersées dans la maison, sept mains séchées. Si les questions affluent, Pauline, muette, impénétrable, n’y répond pas,
1949 Québec. Lina, jeune adolescente, est la cible de deux pestes. Un jour, excédée, elle se venge. Sa mère lui intime alors de la rejoindre après l ‘école au Mad House où elle travaille. Lina y rencontre une vieille pensionnaire finaude qui l’introduit dans un monde obscur
1899 Paris. Lucienne est une femme bien née unie à un mari fortuné mais glacial. Deux petites filles sont nées de ce mariage. Une nuit leur maison flambe et les deux fillettes, introuvables, sont déclarées mortes. N’admettant pas leur mort, Lucienne entreprend un voyage au pays de la mort à travers les sciences occultes.

Un grand art de la narration et un suspense sans cesse relancé d’une femme à l’autre, d’un décèlement à un détournement. Un thème rarement aussi bien exploité sans l’excès qui l’accompagne habituellement. Et alors que ce roman, sombre dans son contenu, lumineux dans son écriture, parvient doucement à son final orchestré, surgit le cri d’une douleur sans nom et sans fond

%d blogueurs aiment cette page :