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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Leban, Damien – Je suis le crépuscule

Le major Bruno Heisen doit écourter ses vacances pour affronter un monstre à deux têtes : L’une, nommée, l’Ogre s’en prend à des couples avec une violence et une rage extrêmes, l’autre, plus intime, se nomme cancer.
Des reculs temporels – en italiques – interrompent le récit pour aller à la rencontre d’enfants maltraités, principalement d’une petite fille violentée et abusée dont le sort nous étreint d’autant plus que ni l’école ni le voisinage ne veulent voir son immense détresse
L’enquête piétine d’abord, pour s’élancer ensuite. Soutenu par sa coéquipière et amie, Bruno Heisen va épuiser ses forces dans la poursuite de l’Ogre et de ceux qui le relayent après qu’il a été abattu. Soutenu par sa fille Lea, il va endurer avec courage son traitement chimiothérapeutique.
Car il est évident que ces deux tueurs sont intimement liés pour le major qui ne triomphera du premier qu’en luttant jusqu’au bout contre le second

Sensible et attentif à l’humain, l’auteur n’offre des scènes pénibles que pour dire l’intensité d’une souffrance destructrice ou pour dénoncer les abus de parents dénués du moindre élan d’amour.
La question de la parentalité est insoluble puisque proclamer un droit à la parentalité serait une ingérence teintée de cruauté. Le seul registre d’action se situe donc en aval, là où la lâcheté ne devrait plus avoir lieu d’être
Il faut noter aussi que l’auteur en-visage le moindre personnage, même passager, comme un être émouvant dans la richesse de ses pensées et de ses projets, si petits soient-ils.

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Valenheler, Laurine – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang

Maël et Yohann, lieutenants à la Section criminelle, s’aiment tendrement et passionnément. Un jour, des membres de la cause LGTB leur apportent un dossier révélant une série de meurtres de couples homosexuels sciemment ignorés par une police majoritairement machiste
Les commandants de l’équipe dont ils font partie acceptent de mener cette enquête avec l’aide d’un capitaine de la Brigade des crimes sériels
Dès lors les meurtres d’hommes en couple se poursuivent avec une mise en scène de plus en plus sadique et toujours cette signature, un triangle rose, attestant la haine effrénée de l’exécuteur envers les hommes qui s’aiment.
Une haine qui rappelle douloureusement à Maël et Yohann tout ce qu’ils ont déjà subi comme détestations et comme violences dans le passé

Outre une enquête palpitante, et peu importe qu’on devine rapidement qui est le tueur, ça n’y change rien, outre une écriture savoureuse, ce livre porte principalement une question née d’une indignation : Pourquoi les homosexuels suscitent-ils une haine si vive et si répandue? Et le roman répond : Soit parce qu’ils sont, eux ou d’autres minorités, désignés comme coupables des maux de nos vies; soit parce qu’ils incarnent cette question angoissante qu’il faut écraser en les écrasant : Qu’est ce que être un homme si on ne peut plus le définir par sa relation sexuée à la femme ?
Alors oui, ce roman présente quelques défauts et erreurs, mais la jeunesse de l’auteure et la passion qui l’anime les excusent amplement

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Paris, B.A. – Le cercle de Finsbury

Alice a quitté sa belle campagne pour suivre Leo, en effet, son compagnon leur a déniché une maison cossue dans le Cercle de Finsbury, un quartier londonien huppé et verdoyant où tous se connaissent et se fréquentent.
Un jour un détective privé aborde Alice, il enquête sur le meurtre de Nina assassinée dans cette maison même il y a un an. Choquée par cette nouvelle, Alice fustige Leo qui lui a caché ce drame par crainte qu’elle ne refuse d’habiter cette maison (voie royale pour la faire doublement fuir)
Ce mensonge introduit une brisure dans leur couple et une brisure dans le coeur d’Alice car sa soeur, tuée dans un accident, s’appelait aussi Nina
Dès lors, la jeune femme ne cesse d’interroger ses voisins sur Nina et ce meurtre violent, mais ses questions gênent ou irritent. Que taisent-ils donc tous? Alice partage ses recherches avec le détective privé qui l’encourage
Et quelle est cette ombre qui, de nuit, s’ infiltre dans sa maison ?

Cette lecture facile ne brille pas par son originalité ni par sa profondeur, par contre elle nous plonge dans l’ambiance d’un quartier résidentiel clos où les familles se voient forcément, s’invitent donc souvent, mais se dissimulent l’essentiel
Le suspens se maintient grâce à l’alternance du soupçon et aux visites nocturnes. Certes la recette est connue mais elle se laisse savourer avec plaisir et constance avec, en finale, une belle révélation sur l’héroïne

Merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Hugo et compagnie




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Chatfield, Tom – Bienvenue à Gomorrhe

Azi Bello est un hackeur passionné et génial. Son but est de s’ infiltrer dans les réseaux néo-nazis pour saper leurs projets. Mais un jour une Organisation l’embarque de force, avec pour mission de s’introduire dans Gomorrhe, cette branche la plus secrète et monstrueuse du darknet qu’utilise, entre autres, l’état islamiste. Et cela au péril de sa vie.
Protégé, caché successivement en Allemagne, en Grèce et aux USA, Azi devra échapper à diverses attaques dont il distingue mal la provenance tant tout est dissimulé, faux et piégé dans le monde du darknet
En parallèle, l’auteur nous emmène en Syrie auprès de jeunes djihadistes venus d’Europe, contraints de commettre les pires atrocités et soumis à un régime de terreur. L’un d’eux, désireux de s’enfuir, a entendu parler d’Azi

Pour le néophyte auquel le monde du piratage et de la technologie lourde échappe, la limite entre le réalité et l’imaginaire reste floue, aussi vaut-il mieux se laisser porter sans défiance dans cette aventure trépidante pour y trouver plaisir et acquérir, au passage, quelques connaissances .
Malgré quelques incohérences et une certaine superficialité, ce roman ouvre sur un paysage peu abordé et se voit porté par une écriture au rythme impeccable

Merci à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

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Lancien, Ludovic – Les oubliés de Dieu

Un matin on découvre le corps d’un médecin lacéré, déchiqueté, bafoué. Sa veuve dévoile à la police la passion morbide de son mari pour la tératologie, morbide puisqu’il collectionnait les photos de ces malades dans un carnet titré Gnadentod (mort miséricordieuse) le nom de ce programme nazi d’extermination des handicapés.
Cet attrait lugubre réveille certains souvenirs chez un policier, Gabriel, car jadis, avec un ami, il a pratiqué le tourisme noir, visitant ces lieux où les pires atrocités furent commises. Au même moment d’ailleurs, cet ami l’appelle, affolé, mais Gabriel écourte l’entretien pour se rendre auprès de sa femme qui se meurt du cancer
Parallèlement sa collègue, Noémie, également en proie à ses démons, se met en quête du lieu où le médecin exécuté approvisionnait sa collection.
Ce jeu de pistes nous mène vers le meurtrier, mais aussi dans l’enfer de ces malades considérés comme bêtes de foire, monstres répugnants, objets de jouissance, êtres pitoyables et parfois, comme êtres humains
La fin de ce livre est amère, car profondément injuste

Plus que l’enquête, assez brouillonne, et le style, parfois maladroit, le mérite de ce livre est d’aborder ces maladies orphelines comme l’acromégalie, la porphyrie, les enfants de Lune au coeur d’une société qui les rejette, les exploite ou les prend en pitié. Il met en avant leurs souffrances physiques, leur honte, leur répulsion d’eux-mêmes, leur faim d’amour, leur désespoir. Et nous force à nous interroger sur notre réaction face à cet autre radicalement autre

Merci à NetGalley ainsi qu’à Hugo poche suspense pour ce livre



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Delcroix, Angélina – Synopsix

Mallory la rebelle, l’impulsive, fut, dès ses 18 ans, reniée par son père.
Après avoir galéré dans la rue, elle accepte un emploi de serveuse mais s’accroche sans cesse à une patronne teigneuse. Aussi quand elle reçoit une invitation à un jeu qui consiste à résoudre un crime encore non élucidé, assorti d’une somme rondelette, elle s’y jette les yeux fermés. Droguée, elle est alors emmenée, en plein l’hiver, dans un manoir délabré sans eau ni électricité. Cinq autres participants vont progressivement échouer en ce lieu morbide où les nuits sont parsemées de cris et de vents violents. Très vite, la méfiance s’installe entre les six protagonistes, les consignes qui leur sont transmises suintent de menaces, la peur grimpe, grandit encore quand ils sont confrontés aux scènes de crime tellement réelles
Mais désormais toute fuite s’avère impossible, voire même dangereuse.
Pendant ce temps, une écrivaine réécrit le scénario de son livre à paraître…

Si à l’instar de ses précédents romans, l’écriture et le rythme sont toujours excellents, l’histoire, bien construite mais fortement tirée par les cheveux, exige du lecteur une bonne dose de crédulité et de bonne volonté,
Et la fin qui devait faire choc, laisse encore plus interloqué.

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Garcia Sáens de Urturi, Eva – Le silence de la ville blanche

Pays Basque Espagnol.  Dans une cathédrale en réfection, les ouvriers tombent sur deux cadavres nus, la main posée sur la joue de l’autre, asphyxiés par les piqûres d’abeilles introduite dans leur bouche.
Cette mise en scène rappelle d’autres crimes commis 20 ans plus tôt où l’eguzkilore (la fleur de chardon) basque, l’âge des victimes et le lieu de leur exécution constituaient des symboles énigmatiques
Or Tasio, l’auteur présumé de ces crimes est toujours incarcéré. A-t-il donc été condamné à tort, lui qui fut arrêté par son propre frère jumeau Ignatio, alors policier ?
En apartés nous revenons sur le passé des jumeaux, au temps où le noble statut de leurs parents cachait bien des secrets et des souffrances.
Tandis que les fêtes locales battent leur plein, les inspecteurs Unai Lopez de Ayala, surnommé Kraken et Estibaliz Ruiz de Gauna tentent de démêler cette véritable toile d’araignée constituée de leurres, de fausses pistes et d’écueils dans lesquels le maître d’oeuvre, un tueur machiavélique et multiface, les entraîne et les piège

Une belle qualité d’écriture.
Des personnages nuancés mais peu attachants, avec quelque chose de froid et de figé en eux.
Une intrigue prenante et complexe, chargée d’un passé qui lui donne de la profondeur, mais par moments trop profuse.
Au final donc, un très bon premier livre, et une auteure à suivre

Mayeras, Maud – Hématome

Amnésique, sans nom, elle se réveille dans une chambre d’hôpital avec, à ses côtés, Karter, ce compagnon dont elle n’a aucun souvenir. Au cours de ces jours de souffrance, Emma, car tel est son nom, apprend qu’elle a été agressée et violée avec une sorte de harpon qui a détruit son foetus.
Forcée de quitter l’hôpital, la jeune femme part, guidée par Karter, dans leur appartement où son chat handicapé l’accueille en fête.
L’amnésie a jeté Emma dans une grande désolation, cependant des flashs lui parviennent, vestiges d’un passé inquiétant qu’elle offre à Karter et qu’il lui rend dans un contexte rassurant
Quand elle ose enfin se regarder dans un miroir, Emma découvre les ailes tatouées sur son dos et brusquement Trax, son ami tatoueur, son amour, lui revient en mémoire. Où est-il? Son évocation met Karter en fureur.
Mais bientôt, d’autres bribes de souvenir ressurgissent: sa toxicomane, son ami qui l’en sauve, sa clinique vétérinaire, l’échec et la ruine, un père en vie.
Remise sur pied, Emma décide d’aller revoir ce père et cette clinique.

Un suspense palpitant où les questions obtiennent des réponses suscitant d’autres questions, où la vérité se glisse entre intuitions, allusions et non-dits. Malheureusement cette intrigue, assortie d’une fort belle écriture, s’échoue dans un final fracassant et démesuré

Renand, Antoine – Fermer les yeux

Tassi est gendarme et fort porté sur la boisson jusqu’au jour où, ivre, il provoque un accident qui tuera sa fille. Couvert par ses supérieurs, il garde son poste mais noie sa culpabilité dans l’alcool au point de perdre sa femme partie avec son fils, et de bâcler son travail.
Un jour, une jeune fille de la région disparaît. S’en revenant d’une vaine battue, le gendarme aperçoit en contrebas un homme près d’un trou. Curieux, il descend et tombe sur le marginal de la région portant dans les bras la jeune fille recherchée, morte suppliciée. Tassi menotte l’homme hébété et lui soutire des aveux après des jours d’interrogatoires soutenus.
Cet homme, Gabin Lepage, écologiste avant l’heure et détesté de tous, sera condamné après un procès expéditif
14 ans plus tard, la gendarmerie déterre une jeune fille ayant subi les mêmes tortures que la première. Quand Tassi, entre-temps retraité et sobre, veut signaler ces similitudes, on lui rit au nez Déterminé à se racheter et à disculper Lepage, Tasse appelle l’avocate en charge de la révision de son procès ainsi que Nathan Rey, un écrivain spécialiste des tueurs en série. Libérer l’innocent et traquer le véritable tueur seront leurs priorités.

Libéré de son côté Spiderman de l’Empathie, Renand creuse davantage ses personnages, nous offrant des tueurs toujours monstrueux, mais davantage crédibles, et des personnages aux nombreuses couches, où la lâcheté peut s’ouvrir sur le courage, et le courage cacher la noirceur.
Bien écrit et agréable à lire, ce livre reste néanmoins peu original dans sa thématique et dans sa dénonciation de la gendarmerie