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Renand, Antoine – Fermer les yeux

Tassi est gendarme et fort porté sur la boisson jusqu’au jour où, ivre, il provoque un accident qui tuera sa fille. Couvert par ses supérieurs, il garde son poste mais noie sa culpabilité dans l’alcool au point de perdre sa femme partie avec son fils, et de bâcler son travail.
Un jour, une jeune fille de la région disparaît. S’en revenant d’une vaine battue, le gendarme aperçoit en contrebas un homme près d’un trou. Curieux, il descend et tombe sur le marginal de la région portant dans les bras la jeune fille recherchée, morte suppliciée. Tassi menotte l’homme hébété et lui soutire des aveux après des jours d’interrogatoires soutenus.
Cet homme, Gabin Lepage, écologiste avant l’heure et détesté de tous, sera condamné après un procès expéditif
14 ans plus tard, la gendarmerie déterre une jeune fille ayant subi les mêmes tortures que la première. Quand Tassi, entre-temps retraité et sobre, veut signaler ces similitudes, on lui rit au nez Déterminé à se racheter et à disculper Lepage, Tasse appelle l’avocate en charge de la révision de son procès ainsi que Nathan Rey, un écrivain spécialiste des tueurs en série. Libérer l’innocent et traquer le véritable tueur seront leurs priorités.

Libéré de son côté Spiderman de l’Empathie, Renand creuse davantage ses personnages, nous offrant des tueurs toujours monstrueux, mais davantage crédibles, et des personnages aux nombreuses couches, où la lâcheté peut s’ouvrir sur le courage, et le courage cacher la noirceur.
Bien écrit et agréable à lire, ce livre reste néanmoins peu original dans sa thématique et dans sa dénonciation de la gendarmerie

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Jonquet, Thierry – Mygale

Ce livre se présente sous forme de courtes scènes apparemment sans liens.
Il y a Richard Lafargue; ce brillant chirurgien esthétique séquestre Eve, une femme superbe, dans son luxueux manoir où elle s’adonne au piano et à la peinture Régulièrement il l’oblige à se prostituer de la façon la plus abjecte puis l’entoure de prévenances.
Il y a Alex, un voyou pas très futé, en cavale depuis un braquage qui a mal tourné. Il vit dans une cache d’où il ne sort qu’avec crainte.
Il y a Vincent qui, 4 ans plus tôt, fut pourchassé, capturé et enchaîné par un inconnu qu’il surnomme la mygale
Et puis, il y a Viviane, enfermée dans un hôpital psychiatrique et sujette à de violentes crises autodestructrices
Le destin de ces 5 personnes est lié, pour le pire.

Malgré son écriture plutôt médiocre, ce livre parvient fort bien à distiller une ambiance faite d’attirance et de répulsion, ce genre d’effet que produit la mygale. Nous sommes donc dans un livre mygale dans lequel 5 personnes sont emprisonnées, tout comme nous.
Et, sans être féministe, il est plus que vexant d’apprendre qu’être femme peut être considéré comme un châtiment !

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Robotham, Michaël -Traquées

Joe O’Loughlin, un psychologue renommé, est mandé par la police afin de dissuader une femme, terrifiée et nue, de sauter d’un pont. Elle tremble, le téléphone vissé à l’oreille. S’approchant, Joe entend une voix lui intimer de sauter, et elle saute.
Terriblement choqué, Joe est convaincu qu’il s’agit d’un crime, mais la police classe l’affaire comme suicide jusqu’à ce qu’avec Darcy, la fille de la morte, Joe reconstitue les faits et recueille des preuves
Quand une seconde femme est retrouvée nue, pendue par un bras et laissant derrière elle une enfant, Joe comprend la méthode du criminel
Et dès lors, la police sait qui est ce meurtrier. Issu des services secrets extrêmement doué et intelligent, il se glisse partout tel une ombre et a déserté l’armée lorsque sa femme et sa fille l’ont quitté.
Bien que la collaboration de Joe soit essentielle à la police, sa femme refuse qu’il s’engage ainsi au péril de leurs vies et de celles de leurs deux filles, mais Joe se sent déjà assez diminué par les avancées de son Parkinson, il ne peut en plus agir en lâche et démériter aux yeux de cette très belle femme qu’il aime

Narré par deux voix, celle du psychologue et celle du tueur, ce thriller se démarque par son déroulement purement psychologique puisque tuer ou capturer ne sont ici affaire que de maniement mental
On retiendra aussi le beau personnage de Joe, probe généreux, aimant et qui souffre, seul, son humiliation et sa peur d’une déchéance physique, A lire

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Sardou, Romain – Personne n'y échappera

Au moment où Frank Franklin, brillant professeur d’écriture, intègre la splendide université de Durrisdeer, le colonel Sheridan et son équipe déterrent 24 cadavres gisant dans une fosse. Ces victimes ont été tuées d’une balle dans le coeur ou sont décédées suite à d’effroyables sévices.
C’est alors que brusquement le FBI s’annonce, embarque dossiers et corps sans aucune explication et exige le silence absolu, assorti de menaces, sur cette affaire.
Contrarié, Sheridan, décide de poursuivre discrètement ses investigations. Il s’évertue à trouver le point commun entre ces victimes pour finalement en constater un : Ben O. Boz dont les livres décrivent avec précision les tortures dont étaient marqués plusieurs cadavres emportés par le FBI
C’est là que Sheridan fait appel à Frank Franklin afin de confirmer ou non sa théorie. Franklin hésite longuement. Et si, pour s’en assurer, il usait de son statut de jeune écrivain pour tenter de rencontrer Ben O.Boz ?

Rarement a-t-on vu tueur aussi parfait, aussi cruel, aussi redoutablement intelligent et même si, très vite, on connaît son identité, jamais le FBI ni la police n’ont pu l’acculer à commettre une faute ni à manquer d’alibis alors même qu’il opère absolument seul.
L’intelligence machiavélique de Ben O.Boz est le sujet de ce livre magistral qui, jusqu’au final, nous mènera par le bout du nez

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Barker, J.D. – Le quatrième singe

Dans un sanctuaire au Japon se trouve une sculpture qui représente trois singes se couvrant les oreilles, les yeux et la bouche. Ils illustrent les trois règles : ne pas voir le mal, ne pas entendre le mal, ne pas dire le mal. Le tueur aux 4 singes prend pour victime un proche de celui qui outrepasse un dernier impératif : ne pas faire le mal. À celui-là il envoie successivement trois petits paquets contenant une oreille, puis les yeux, puis la langue de l’être cher avant d’en abandonner la dépouille
L’inspecteur Porter poursuit ce tueur depuis des années quand enfin on découvre, dans les poches d’un homme s’étant donné la mort, le journal du tueur ainsi qu’un petit paquet contenant une oreille
S’agit-il de notre homme ?
À qui cette oreille appartient-elle ? Où donc est détenue la personne captive qui risque à présent de mourir de faim et de soif?
Et ce journal, dans lequel le tueur raconte son enfance et explique pourquoi il se devait d’accomplir ces crimes, est-il un piège destiné à l’inspecteur Porter ou la vérité ?

Avec un tueur redoutablement intelligent et un inspecteur désespérément courageux assisté par deux collèges amis, ce thriller passionnant, intelligent et d’une construction sans fautes mérite d’être lu par tous les amateurs du genre.

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Gustawsson, Johana – Sang

Espagne avant 1953. Cinq petites filles nées de femmes de résistants engrossées par les franquistes, puis abattues après leur naissance. Cinq petites filles parquées dans un orphelinat religieux, soudées dans cet enfer de la perversité et finalement séparées en 53 lorsque l’une d’elles est frappée à mort et que sa petite soeur, choquée, est transférée dans un asile.
Suède année 2016 la profileuse surdouée, Emily Roy, et la douce écrivaine, Alexis Castells apprennent, bouleversées, que les parents et la soeur d’Aliénor, la jeune stagiaire d’Emily qui souffre du syndrome d’Asperger, ont été poignardés et leurs langues tranchées.
Ils géraient une clinique de procréation médicalement assistée dont les résultats dépassaient de loin ceux des autres cliniques. L’enquête s’attache à découvrir la raison de tels scores en même temps qu’elle exhume d’autres meurtres similaires…

C’est une histoire de la douleur, celle dont on veut se couper en se coupant des autres, celle que l’on porte dans son coeur et qui fermente toutes les reconnaissances et tous les amours, et celle que l’on entretient pour cultiver la haine
C’est un roman d’émotions, telle cette perception d’une mère perdue avant d’avoir été connue « Simplement une étrange sensation qui bruissait au niveau de sa poitrine et la mettait en joie tout en la rendant triste »
Douleur et douceur s’entrelacent toujours dans l’oeuvre de l’auteure, mais davantage encore dans ce livre, ce fado qui pleure des larmes de sang

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Koudero, Michaël – Des visages et des morts (ou Les enfants d'Érostrate)

Quand l’inspecteur Milan apprend que son ami d’enfance a été torturé, il demande à collaborer avec la capitaine Laura Esposito chargée de l’affaire. Prévoyant sa mort, l’ami avait déposé en lieu sûr une vidéo qui montre le supplice et la mort d’ une jeune femme.
Le corps d’une autre victime exécutée avec la même cruauté conduit les deux français en Belgique où opère le commissaire Adami. Ce dernier, plus âgé, tremble quand il réalise que les visages et les tortures infligées à ces femmes sont en tous points pareils à ceux des femmes détruites 24 ans plus tôt par « Le Borgne » aujourd’hui frappé d’un handicap
Pourquoi imiter à ce point les crimes du Borgne ? Comment le lien s’est-il instauré entre l’emprisonné et son copycat ?
Questionné, Le borgne se rengorge d’avoir acquis la reconnaissance. D’ailleurs qui mieux que la presse aura suscité cet engouement pour lui, le désormais célèbre tueur ? Désormais chaque frustré pourra se forger une notoriété en reproduisant ses crimes

Une bonne idée un peu maladroitement exposée, une écriture qui se cherche encore et des personnages aux caractères assez convenus, toutes choses pardonnables quand il s’agit d’un premier livre. Un auteur à suivre donc…

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Luis, Sergio – Court-circuit

« Vous qui entrez ici, perdez toute espérance »
Antoine roule dans la nuit glacée quand une jeune femme lui fait signe, elle se dit poursuivie et bientôt en effet une voiture les percute violemment. Blessé et enfermé par ses ravisseurs, Antoine sera acculé à un choix monstrueux.
Depuis des mois les inspecteurs Mathieu Anselme et Clément Prista sont aux abois : plus de dix disparitions ont eu lieu sur leur secteur et aucune piste ne se profile. Ces Évaporateurs, comme la presse les nomme, opèrent avec une maîtrise effrayante
Parallèlement, Elodie, une dame paraplégique clouée dans un fauteuil roulant est suspectée d’avoir poignardé une amie avant d’être prise en flagrant délit du même crime sur un inconnu. Étrangement, le lendemain elle ne se souvient de rien.
Chaque jour, au sortir de l’école, Jules, le fils de Mathieu Anselme, se rend au chevet de sa mère hospitalisée pour une anorexie sévère tandis que son inspecteur de père les délaisse et ne rentre qu’au coeur de la nuit.
Plus loin dans le temps, on rencontre encore un savant fou que sa femme fuit en emportant ses nourrissons
Au final ces fragments épars s’enchevêtreront telles les pièces d’un puzzle, même si rien n’aura été sauvé

Dans les ténèbres de ce roman percent deux éclaircies : la belle écriture et la présence du jeune Jules

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Favan, Claire – Inexorable

Alexandra et Victor ont un fils, Milo qui adule son père. Mais une nuit, la police surgit et menotte Victor sous les yeux effarés de sa femme et la rage de son fils.
Depuis cet instant la colère ne quitte plus Milo. A la moindre frustration, il frappe et agresse ses camarades. Les enseignantes tentent de le calmer, mais en vain. La direction se plaint auprès d’Alexandra déjà exténuée par un travail exigeant et qui, chaque jour, redoute les appels de l’école. Elle sermonne son fils, le supplie, le fait suivre par une psy, mais rien ne change.
Quand enfin Victor sort de prison et jure à sa femme de s’amender, elle se reprend à espérer. Milo s’épanouit. Mais hélas, l’enfer est proche…
Dix ans plus tard, lorsque des jeunes filles sont assassinées avec une violence rare, toutes ayant récemment été vues avec Milo, la police le soupçonne en premier lieu

Il paraît que l’auteure a voulu critiquer la société broyant un enfant victime (!!). Peut-être que face à la violence d’un enfant, il convient plutôt de la lui faire comprendre avec sincérité et bonté, afin de le rendre responsable de ses actes.
Un roman très moyen avec néanmoins un beau portrait de femme courageuse mais débordée

Saussey, Jacques – Enfermé.e

Enfant, il est enfermé dans un corps qui ne correspond pas à son ressenti identitaire. En effet, né garçon, il s’éprouve et se vit comme une fille, mais ses comportements féminins suscitent la rage d’un père imperméable à l’altérité. Tenant tête au père, l’enfant se baptise du nom de Virginie et fuit ses parents dès sa majorité.
Virginie se lie alors à deux amis et se laisse entraîner dans un cambriolage qui se terminera par la mort pour eux et par la prison pour hommes pour elle. Et là, dans ce lieu sans foi ni loi, ce ne seront que viols, coups et tortures quotidiens durant 12 années, si bien que sa survie tient de l’invraisemblable
A sa sortie, recueillie par le père d’une codétenue également enfermée dans un corps d’homme, Virginie, missionnée par ce père, travaillera dans un home pour personnes âgées

Décrire, comme le fait l’auteur, le calvaire que subissent les personnes différentes est certes oeuvre nécessaire, mais ici il en fait vraiment trop !! Et pourquoi donc Virginie s’évertue-t-elle donc à afficher sa féminité dans cette prison d’hommes intolérants? Peut-être y a-t-il des sociétés de la terreur où la différence ne peut être pleinement vécue que dans l’intimité en attendant de créer un mouvement qui modifiera cette société ou nous en fera sortir
Un livre bien écrit mais qui ne m’a pas du tout convaincue