Köping, Mattias – Le Manufacturier


Voyez comme aujourd’hui croît le nationalisme au nom duquel, à l’instar du Dieu de jadis toujours récupérable, les pires abominations sont admises et justifiées. Alors les sadiques, les psychopathes, les monstres tout poil se réveillent, s’adonnent à leurs pire penchants et en tirent gloire et avantages.
Ainsi cette fureur qui s’empara des serbes orthodoxes et des croates catholiques dans les années 90, semant des charniers derrière eux, menant une guerre faite de crimes de guerre, creusant des marques indélébiles où se ressourceront la haine, la vengeance, le ressentiment, dans une spirale sans fin.
Lorsque la paix est signée, les tortionnaires fuient ou se cachent sous de fausses identités où telles des hyènes ils attendent en s’aiguisant les dents.
Mais certains hommes s’en indignent et consacrent leur vie à poursuivre et punir les criminels de guerre, ce qui gène tant les corrompus au pouvoir que les criminels recyclés.

2017. Vous allez rencontrer le capitaine Radiche, un flic glacial, cruel et détestable ; Irena, une avocate serbe qui fut victime des horreurs croates mais a sublimé sa haine en réclamant justice pour toutes les victimes ; Milovan, un enfant adopté en France qui connut les mêmes atrocités qu’Irena mais causées par les serbes ; et enfin le manufacturier, un homme à l’identité mystérieuse qui pratique les pires tortures imaginables pour en jouir et les vendre en ligne

Un thriller renversant, magistralement écrit et construit mais extrêmement, atrocement dur. Un livre désespérant, d’une noirceur qui exclut toute lumière. Un roman qui démontre l’éternel retour du même Mal absolu.

Kishi, Yusuke – La leçon du mal

Traduction : Diane Durochers


Hasumi, professeur d’anglais dans le lycée privé Shinko, parvient à résoudre rondement et avec succès tous les problèmes et conflits survenus dans l’école. Adoré par ses élèves, apprécié par la plupart de ses collègues, il n’y a véritablement qu’une élève, Reika, et le chien de ses voisins qui se défient de lui.
Parmi le staff des professeurs sérieusement entamés, Reika redoute et se méfie surtout d’Hasumi parce qu’usant de ses charmes, il tisse la toile au coeur de laquelle il englue ses victimes.
Totalement dénué d’empathie, Hasumi a appris, tout jeune encore, à imiter les expressions liées aux sentiments, et comme il possède un don d’acteur effarant, il parvient aisément à tromper son entourage.
Il ne jouit pas tant, comme la plupart des psychopathes, de faire souffrir et de tuer ses victimes, non, sa vraie jouissance c’est de berner les autres et de les voir ensuite se dépêtrer dans la confusion et la peur.
Face à la naïveté et l’aveuglement de tous, Hasumi prendra de plus en plus de risques, sûr de demeurer impuni.
Un roman qui malheureusement, au lieu d’aller vers plus de nuances et de profondeur, verse dans l’excès et l’invraisemblance, sinon dans la farce.

Hiltunen, Pekka – Sans visage

Traduction : Taina Tervonen

Touchée par le sort d’une jeune femme dont le corps, passé sous un rouleau compresseur, s’est vu exposé dans la City, Lia Pajada, jeune graphiste finlandaise, veut rendre son nom et sa dignité à cette femme que la presse dénomme « sans visage »
Lia se lie bientôt d’amitié avec Mari, une femme à l’intelligence et à l’intuition hors normes. Graduellement, Lia apprend que son amie consacre sa vie à faire obstacle à l’injustice et la violence.
Ainsi, aidée de quelques amis remarquables, Mari s évertue à faire tomber le leader d’un parti d’extrême droite propageant la haine et la violence. Lia assiste son amie et entreprend des fouilles en vue de déterrer le passé de cet homme vénéneux.
Mais Lia se sent toujours en devoir de réhabiliter la femme sans nom dont l’ADN s’est révélé d’origine balte. Lia se renseigne alors sur la victime dans les bars et épiceries baltes où elle ne reçoit que silence et hostilité avant d’en ressortir, suivie par un homme qui a tout l’air d’un tueur au solde de la mafia.

Entre le monde de l’extrême droite qui rassemble surtout de jeunes hommes en mal de virilité et de domination et le monde de la prostitution où la femme est vue comme une esclave sexuelle, il y a une continuité de vie, de politique et de moeurs que les deux amies veulent combattre.
Mais elles s’opposent dans leur manière de mener ce combat : Mila estime que la fin justifie les moyens, Lia considère que les moyens doivent se conformer aux principes de leur fin.
Ce roman particulièrement actuel allie l’intelligence à l’émotion et j’en attends la suite avec impatience.

Carrisi, Donato – La maison sans souvenirs

Titre original : La casa senza ricordi
Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza


Pietro Gerber est psychologue hypnotiseur d’enfants en souffrance. Lui-même est englouti dans une misère affective qu’il fuit en se réfugiant dans l’imaginaire jusqu’à en perdre la notion du réel.
Huit mois plus tôt, une mère et son enfant se sont évaporés en plein bois. Aujourd’hui une femme, dans ce même bois, vient de tomber sur l’enfant mutique et figé. Afin d’amener l’enfant, Nikolin, à parler, Pietro est appelé par la juge et, sous hypnose, l’enfant dit avoir tué sa mère. Mais Pietro entend que l’enfant ne parle pas en son nom, qu’il est parlé par un autre qui, ayant hypnotisé Nikola, transmet sa propre histoire et adresser un message à Pietro. Mais ce dernier veut à tous prix libérer l’enfant de cet « affabulateur» (selon une malheureuse traduction car cet homme, capable de s’introduire dans l’esprit des autres, possède un talent d’hypnotiseur inouï et en mérite le titre.)

Quelle puissance dans ce livre qui justement démontre la puissance de l’esprit sur nos corps et nos actes, un esprit qui nous conduit à nous dépasser mais aussi à nous égarer.
Comme souvent chez l’auteur, il y a une histoire dans l’histoire, et tandis que la première est un leurre et la seconde une énigme, il y a encore une troisième dimension, celle de la vérité, ici adressée à Pietro Gerber et qu’il n’entendra que trop tard
Un livre redoutablement intelligent et profond.

Willingham, Stacy – Une lueur dans la nuit

Titre original : A Flicker In The Dark
Traduction : Elvis Roquand

Comment vivre quand, à 13 ans, vous apprenez que votre père est ce monstre qui a enlevé et tué 6 jeunes filles de 15 ans, dont votre amie ? Quand en plus, vous subissez l’opprobre des voisins s’acharnant contre vous comme si vous étiez complices ou infectés du même mal ? Chloé veut oublier ce passé qui lui laisse des peurs dévorantes et un abus de médicaments. Son frère aîné, séducteur-né devient hyperprotecteur envers elle. Et leur mère est sortie lourdement handicapée de son suicide manqué.
Vingt ans plus tard, Chloé va se marier quand des adolescentes disparaissent et meurent de façon étrangement similaire aux jeunes filles d’antan. Parallèlement à la police, Chloé veut découvrir qui est cet imitateur de son père. Mais l’assassin est roué et se joue de Chloé comme de la police

C’est un roman captivant, bien construit et riche en émotions.
Chloé va nous amener à soupçonner successivement tous les hommes qui l’entourent, mais sa lucidité est mise en doute par ses proches étant donné son abus de médicaments, par la police qui l’estime trop émotionnellement investie, par nous-mêmes également.
Bien qu’il pêche par ses longueurs, ce premier roman annonce une auteure prometteuse.

Rekulak, Jason – Hidden pictures

Traduction : Annaig Housnard

A la suite d’un drame, Mallory sombre dans la dépression et la dépendance jusqu’au jour où elle croise la route de Russell. Ce dernier l’aide à remonter la pente et à se faire engager comme nounou chez les très riches Maxwell, parents d’un petit Teddy de 5 ans. Elle pourra même, à sa grande joie, loger au fond du jardin dans un petit chalet réaménagé douillettement.
Teddy est chaleureux, tendre et plein d’imagination, mais il lève quelques inquiétudes chez sa nounou: énurétique, il refuse de jouer avec les gamins de son âge et surtout la main d’Anya, son amie imaginaire, prend parfois possession de la sienne pour dessiner une histoire effrayante.
Quand Mallory leur en parle, les parents de Teddy lui intiment de considérer ces petits travers comme inhérents à son âge.
Alors, pour libérer Teddy, Mallory va prêter sa main aux dessins/desseins d’Anya.

Ce roman démontre qu’une vérité occulte et indicible ressurgit toujours, quitte à recourir au paranormal, quitte à forcer une main à livrer son message codé et cela jusqu’à ce qu’elle soit enfin acceptée et comprise.
Si l’on excepte un passage de violences assez discordant avec l’ensemble de l’ouvrage, ce roman est très agréable à lire et sa finale, tout en délicatesse et en émotions, est remarquable.

Monnehay, Max – Je suis le feu

Victor Caranne, psychologue dans une prison, travaille régulièrement avec la police de La Rochelle
Par deux fois, un homme a longuement épié une mère et son fils d’environ 10 ans avant de pénétrer dans leur domicile, d’attacher mère et enfant, et enfin de bander les yeux du petit avant d’égorger sa mère
Caranne cherche à comprendre pourquoi l’égorgeur met en place un tel scénario et le répète, non par plaisir, ressent-il, mais comme dans une névrose de répétition, dans le but de résoudre un problème intime.
Il faudra encore bien des erreurs et des morts, de quoi raviver laf culpabilité toujours à vif de Caranne, avant que la lumière ne surgisse

L’alternance de deux narrations, celle qui suit les agissements de Caranne – d’ailleurs trop tourmenté par ses failles personnelles pour être bon psychologue – et celle où le tueur se raconte, donne à l’intrigue un rythme actions-introspections intéressant.
Néanmoins de nombreux personnages caricaturaux, quelques coïncidences peu crédibles et certaines lourdeurs dans le style ont franchement refroidi mon appréciation

Charine, Marlène – Léonie

Léonie avait 19 ans quand elle fut séquestrée et violée par un homme qui malgré les chaînes et les verrous, veut croire qu’il l’aime, jusqu’à ce que, 6 ans plus tard, il meurre d’un arrêt cardiaque.
Loïc enquêtait comme policier sur la disparition de Léonie lorsqu’un terrible accident l’emprisonna dans une hémiplégie. Il sera veillé et encouragé par Diane, aide-vétérinaire pour des animaux en cage, qui l’a toujours protégé,
Le récit se poursuit en revenant sur les années de claustration de Léonie ainsi que sur celles de Loïc, dans une oscillation temporelle qui rend leurs émotions plus intenses et leurs réactions plausibles car si la cage est honnie, en sortir peut être effrayant et les mécanismes pour l’éviter nombreux et sophistiqués
Des corps déchiquetés retrouvés en forêt donneront ensuite lieu à une enquête peu intéressante et précipiteront des rencontres improbables, voire absurdes

La haine qui étouffe le haineux, l’amour qui étouffe l’aimé, la séquestration possessive, les limitations du corps blessé, et ces multiples, enfermements dont nous souffrons tout en nous y abritant, voilà bien un thème captivant développé de façon magistrale et avec cette belle écriture déjà appréciée auparavant chez l’auteure
Dommage qu’elle ait ensuite voulu poursuivre sur d’autres chemins,

Nordbo, Mads Peder – La fille sans peau

Un terrible accident a laissé Matthew veuf de sa femme enceinte d’une petite Emily, aussi, inconsolable, quitte-t-il le Danemark pour Nuuk au Groenland.
C’est donc lui que son journal envoie auprès de ce viking momifié qu’une faille a dégagé. Hélas, le lendemain, toutes ses photos ont disparu, la momie s’est envolée et le policier de garde est mort, éventré et éviscéré.
Or, dans les années 70, des meurtres similaires, jamais résolus, avaient été pratiqués sur des hommes soupçonnés d’abus sexuels envers leurs petites filles. Aidé par Tupaarnaq, une jeune femme révoltée par les nombreux abus d’enfants dans la région, Matthew va reprendre cette enquête qu’un policier avait été sur le point de résoudre jadis avant de disparaître mystérieusement

On peut déplorer que l’intrigue de ce roman soit fort simple, cependant il y a là de superbes peintures de ces paysages grandioses tout de pierre et de glace et d’autres, fort noires, de ces hommes violents et corrompus pour qui les femmes sont des servantes, les fillettes des objets sexuels et leurs ennemis pareils aux phoques qu’ils éventrent et dépiautent.
Toute cette violence s’inscrit néanmoins sur un fond de désolation, de tristesse et de solitude et c’est ce contraste là qui, dans ce livre, émeut et retient

Desforges Saffina – Paraphilia

Le corps de Rebecca, une petite fille abusée et tuée, suivi des corps de deux autres fillettes pareillement violentées alarme la police, mais le prédateur est habile, aussi, à défaut de pistes, deux policiers se saisissent d’un ancien pédophile qui servira de bouc émissaire tant à ces policiers bourreaux qu’à cette part de population qui aime tant hurler avec les loups.
Dans ce climat médiatique d’alerte, Greg Randall, un père sujet à des fantasmes pédophiles se met à s’en horrifier et va donc se faire soigner dans une clinique spécialisée aux méthodes fort douteuses.
Pendant ce temps, un journaliste, père de Rebecca, aidé d’ une étudiante profileuse surdouée et d’un jeune crack d’informatique mène une enquête parallèle à celle de la police qui s’égare dans de fausses pistes.

Malgré une écriture quelconque, ce roman démontrer avec beaucoup d’intelligence que les pédophiles ne forment pas un pack homogène : entre l’abuseur abject et l’homme sujet à des fantasmes dont la non réalisation est essentielle, il y a l’ancien pédophile attoucheur que la mère de Rebecca tentera de comprendre au cours de dialogues bouleversants
Et ce roman questionne : l’hyper médiatisation indignée/captivée  de la pédophilie ne risque-t-elle pas de stimuler ces penchants en latence chez certains? Et ne risque-t-elle pas d’amener la société à voir la pédophilie partout, interdisant dés lors aux hommes ces gestes naturels de tendresse envers les enfants ?

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