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Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

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Hauuy, Vincent – Le tricycle rouge

Il a fallu cinq ans au profileur Noah Wallace pour émerger du terrible crash avec le tueur qu’il pourchassait, accident dans lequel il a perdu femme et mémoire et qui lui a laissé des terribles douleurs, des trous de conscience et des visions à la vérité indécidable
Dès le retour en fonction de Noah, le tueur-bourreau, pourtant déclaré mort dans l’accident, se remet à ses crimes monstrueux  Il mutile ses victimes et les dispose en tableaux qui sont autant d’énigmes adressées à Noah afin de ranimer ses souvenirs d’enfance, une enfance que l’on devine atroce et donc profondément enfouie
Par ailleurs Sophie Lavallée, une journaliste investiguant sur les personnes disparues est sur la piste d’une fillette évaporée il y a 20 ans, mais tous ceux qui l’aident dans cette entreprise meurent brutalement

Pour le fond, ce livre montre à quelles monstruosités peuvent se livrer les hommes d’argent et de pouvoir lorsque leur position leur assure l’impunité
Pour la forme, le dispositif d’écriture déroute mais s’explique, ce sont des fragments, des flashes, des bouts de scène dispersés tels les bris d’un miroir fracassé dans lequel la conscience de Noah se cherche
Pour l’écriture enfin, il y a quelques phrases ampoulées ou tarabiscotées, ainsi que des maladresses pardonnables dans un premier roman

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Loubry, Jérôme – Les soeurs de Montmorts

Julien Perrault vient d’être nommé chef de police à Montmorts, un village cossu doté d’ équipements dernier cri fournis gracieusement par le maire et propriétaire de ce village
Aux temps où l’altérité se nommait sorcellerie, de nombreuses femmes furent jetées du haut de ce Mont-morts, et comme l’Histoire ne s’efface pas mais imprègne les esprits, la jeune fille du maire qui souffrait d’une maladie orpheline a également été précipitée aux bas de la montagne.
Étrangement, depuis l’arrivée de Julien on dirait que les sorcières ont entrepris de se venger, se saisissant de l’esprit des habitants pour les inciter à tuer et se tuer avec violence.
S’agit-il vraiment de l’oeuvre des sorcières ? D’un magnétisme des lieux ou comme le pense Julien d’un habitant du village utilisant un stratagème machiavélique?

Parmi les qualités de ce roman j’ai aimé l’équipe des policiers fort attachants puisque fragiles autant que courageux; l’intrigue captivante judicieusement maîtrisée ; ce questionnement sur la notion de sorcière ; la faculté de l’auteur à déboulonner nos pronostics et suppositions les plus ingénieux, croyions-nous naïvement; et puis enfin cette question qui ne cessera de hanter nos consciences tant que nous demeurerons humains : La fin justifie-t-elle les moyens ?
Parmi les défauts je ne relève que des points subjectifs: Beaucoup de questions restées en suspens et puis si élaborée soit-elle je ne parviens pas à aimer cette fin qui heurte mes valeurs et convictions



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Hiltunen, Simo – Si vulnérable

L’enfance de Lauri Kivi ne fut que violences, cris et coups. Aussi le jour où, adulte, il se surprend à battre sa femme et mettre la vie de son nouveau-né en danger, il s’enfuit, horrifié, pour les protéger de lui-même
Devenu chroniqueur judiciaire, Kivi est chargé d’interviewer les voisins et proches d’hommes qui ont tués femme et enfants avant de se suicider. Comment comprendre un tel geste? Et étant donné leur nombre, ces crimes familiaux procèdent-ils d’une contagion mentale ou d’un tueur extérieur?
Si l’enquête est captivante, ce qui frappe surtout dans ce livre est la richesse des interrogations que celle-ci éveille : Une famille qui vit de violence et dans la violence engendre-t-elle nécessairement une progéniture violente, ou chacun a-t-il toujours le choix ? Que faire de la tristesse, du manque et de la rage accumulée au cours d’une enfance violentée? Faut-il l’étouffer en se durcissant d’une carapace, lui donner libre cours ou pardonner ou du moins tenter de comprendre l’origine de cette cette violence parentale ?
Sensible et douloureux, ce grand livre nous rendra, peut-être, plus vulnérables

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Leban, Damien – Je suis le crépuscule

Le major Bruno Heisen doit écourter ses vacances pour affronter un monstre à deux têtes : L’une, nommée, l’Ogre s’en prend à des couples avec une violence et une rage extrêmes, l’autre, plus intime, se nomme cancer.
Des reculs temporels – en italiques – interrompent le récit pour aller à la rencontre d’enfants maltraités, principalement d’une petite fille violentée et abusée dont le sort nous étreint d’autant plus que ni l’école ni le voisinage ne veulent voir son immense détresse
L’enquête piétine d’abord, pour s’élancer ensuite. Soutenu par sa coéquipière et amie, Bruno Heisen va épuiser ses forces dans la poursuite de l’Ogre et de ceux qui le relayent après qu’il a été abattu. Soutenu par sa fille Lea, il va endurer avec courage son traitement chimiothérapeutique.
Car il est évident que ces deux tueurs sont intimement liés pour le major qui ne triomphera du premier qu’en luttant jusqu’au bout contre le second

Sensible et attentif à l’humain, l’auteur n’offre des scènes pénibles que pour dire l’intensité d’une souffrance destructrice ou pour dénoncer les abus de parents dénués du moindre élan d’amour.
La question de la parentalité est insoluble puisque proclamer un droit à la parentalité serait une ingérence teintée de cruauté. Le seul registre d’action se situe donc en aval, là où la lâcheté ne devrait plus avoir lieu d’être
Il faut noter aussi que l’auteur en-visage le moindre personnage, même passager, comme un être émouvant dans la richesse de ses pensées et de ses projets, si petits soient-ils.

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Valenheler, Laurine – Ils se marièrent et il y eut beaucoup de sang

Maël et Yohann, lieutenants à la Section criminelle, s’aiment tendrement et passionnément. Un jour, des membres de la cause LGTB leur apportent un dossier révélant une série de meurtres de couples homosexuels sciemment ignorés par une police majoritairement machiste
Les commandants de l’équipe dont ils font partie acceptent de mener cette enquête avec l’aide d’un capitaine de la Brigade des crimes sériels
Dès lors les meurtres d’hommes en couple se poursuivent avec une mise en scène de plus en plus sadique et toujours cette signature, un triangle rose, attestant la haine effrénée de l’exécuteur envers les hommes qui s’aiment.
Une haine qui rappelle douloureusement à Maël et Yohann tout ce qu’ils ont déjà subi comme détestations et comme violences dans le passé

Outre une enquête palpitante, et peu importe qu’on devine rapidement qui est le tueur, ça n’y change rien, outre une écriture savoureuse, ce livre porte principalement une question née d’une indignation : Pourquoi les homosexuels suscitent-ils une haine si vive et si répandue? Et le roman répond : Soit parce qu’ils sont, eux ou d’autres minorités, désignés comme coupables des maux de nos vies; soit parce qu’ils incarnent cette question angoissante qu’il faut écraser en les écrasant : Qu’est ce que être un homme si on ne peut plus le définir par sa relation sexuée à la femme ?
Alors oui, ce roman présente quelques défauts et erreurs, mais la jeunesse de l’auteure et la passion qui l’anime les excusent amplement

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Paris, B.A. – Le cercle de Finsbury

Alice a quitté sa belle campagne pour suivre Leo, en effet, son compagnon leur a déniché une maison cossue dans le Cercle de Finsbury, un quartier londonien huppé et verdoyant où tous se connaissent et se fréquentent.
Un jour un détective privé aborde Alice, il enquête sur le meurtre de Nina assassinée dans cette maison même il y a un an. Choquée par cette nouvelle, Alice fustige Leo qui lui a caché ce drame par crainte qu’elle ne refuse d’habiter cette maison (voie royale pour la faire doublement fuir)
Ce mensonge introduit une brisure dans leur couple et une brisure dans le coeur d’Alice car sa soeur, tuée dans un accident, s’appelait aussi Nina
Dès lors, la jeune femme ne cesse d’interroger ses voisins sur Nina et ce meurtre violent, mais ses questions gênent ou irritent. Que taisent-ils donc tous? Alice partage ses recherches avec le détective privé qui l’encourage
Et quelle est cette ombre qui, de nuit, s’ infiltre dans sa maison ?

Cette lecture facile ne brille pas par son originalité ni par sa profondeur, par contre elle nous plonge dans l’ambiance d’un quartier résidentiel clos où les familles se voient forcément, s’invitent donc souvent, mais se dissimulent l’essentiel
Le suspens se maintient grâce à l’alternance du soupçon et aux visites nocturnes. Certes la recette est connue mais elle se laisse savourer avec plaisir et constance avec, en finale, une belle révélation sur l’héroïne

Merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Hugo et compagnie




Chatfield, Tom – Bienvenue à Gomorrhe

Azi Bello est un hackeur passionné et génial. Son but est de s’ infiltrer dans les réseaux néo-nazis pour saper leurs projets. Mais un jour une Organisation l’embarque de force, avec pour mission de s’introduire dans Gomorrhe, cette branche la plus secrète et monstrueuse du darknet qu’utilise, entre autres, l’état islamiste. Et cela au péril de sa vie.
Protégé, caché successivement en Allemagne, en Grèce et aux USA, Azi devra échapper à diverses attaques dont il distingue mal la provenance tant tout est dissimulé, faux et piégé dans le monde du darknet
En parallèle, l’auteur nous emmène en Syrie auprès de jeunes djihadistes venus d’Europe, contraints de commettre les pires atrocités et soumis à un régime de terreur. L’un d’eux, désireux de s’enfuir, a entendu parler d’Azi

Pour le néophyte auquel le monde du piratage et de la technologie lourde échappe, la limite entre le réalité et l’imaginaire reste floue, aussi vaut-il mieux se laisser porter sans défiance dans cette aventure trépidante pour y trouver plaisir et acquérir, au passage, quelques connaissances .
Malgré quelques incohérences et une certaine superficialité, ce roman ouvre sur un paysage peu abordé et se voit porté par une écriture au rythme impeccable

Merci à NetGalley et à Hugo Thriller pour cette lecture

Lancien, Ludovic – Les oubliés de Dieu

Un matin on découvre le corps d’un médecin lacéré, déchiqueté, bafoué. Sa veuve dévoile à la police la passion morbide de son mari pour la tératologie, morbide puisqu’il collectionnait les photos de ces malades dans un carnet titré Gnadentod (mort miséricordieuse) le nom de ce programme nazi d’extermination des handicapés.
Cet attrait lugubre réveille certains souvenirs chez un policier, Gabriel, car jadis, avec un ami, il a pratiqué le tourisme noir, visitant ces lieux où les pires atrocités furent commises. Au même moment d’ailleurs, cet ami l’appelle, affolé, mais Gabriel écourte l’entretien pour se rendre auprès de sa femme qui se meurt du cancer
Parallèlement sa collègue, Noémie, également en proie à ses démons, se met en quête du lieu où le médecin exécuté approvisionnait sa collection.
Ce jeu de pistes nous mène vers le meurtrier, mais aussi dans l’enfer de ces malades considérés comme bêtes de foire, monstres répugnants, objets de jouissance, êtres pitoyables et parfois, comme êtres humains
La fin de ce livre est amère, car profondément injuste

Plus que l’enquête, assez brouillonne, et le style, parfois maladroit, le mérite de ce livre est d’aborder ces maladies orphelines comme l’acromégalie, la porphyrie, les enfants de Lune au coeur d’une société qui les rejette, les exploite ou les prend en pitié. Il met en avant leurs souffrances physiques, leur honte, leur répulsion d’eux-mêmes, leur faim d’amour, leur désespoir. Et nous force à nous interroger sur notre réaction face à cet autre radicalement autre

Merci à NetGalley ainsi qu’à Hugo poche suspense pour ce livre



Delcroix, Angélina – Synopsix

Mallory la rebelle, l’impulsive, fut, dès ses 18 ans, reniée par son père.
Après avoir galéré dans la rue, elle accepte un emploi de serveuse mais s’accroche sans cesse à une patronne teigneuse. Aussi quand elle reçoit une invitation à un jeu qui consiste à résoudre un crime encore non élucidé, assorti d’une somme rondelette, elle s’y jette les yeux fermés. Droguée, elle est alors emmenée, en plein l’hiver, dans un manoir délabré sans eau ni électricité. Cinq autres participants vont progressivement échouer en ce lieu morbide où les nuits sont parsemées de cris et de vents violents. Très vite, la méfiance s’installe entre les six protagonistes, les consignes qui leur sont transmises suintent de menaces, la peur grimpe, grandit encore quand ils sont confrontés aux scènes de crime tellement réelles
Mais désormais toute fuite s’avère impossible, voire même dangereuse.
Pendant ce temps, une écrivaine réécrit le scénario de son livre à paraître…

Si à l’instar de ses précédents romans, l’écriture et le rythme sont toujours excellents, l’histoire, bien construite mais fortement tirée par les cheveux, exige du lecteur une bonne dose de crédulité et de bonne volonté,
Et la fin qui devait faire choc, laisse encore plus interloqué.