Staincliffe Cath – Lettres à l’assassin de ma fille

Ruth est divorcée et vit seule à Manchester où résident également sa fille Lizzie avec son mari Jack et leur fille Florence, 4 ans
Un soir, elle reçoit un appel affolé de Jack; en rentrant il a retrouvé Lizzie par terre, sauvagement assassinée. C’est un choc épouvantable pour Ruth qui accueille Jack et Florence chez elle le temps que la police ait examiné les lieux .
Quatre ans plus tard, en guise de thérapie pour liquider la haine et la rancoeur qui la ravagent et pourrissent sa vie, Ruth décide d’écrire au meurtrier. Elle va revivre les événements depuis sa sidération initiale, sa plongée dans un chagrin sans nom, puis, avec l’interpellation du meurtrier, l’horreur, la révolte, la haine et le désir de vengeance.
Le procès est particulièrement éprouvant parce que l’assassin nie jusqu’au bout sa violence, parce que son avocate réduit en bouillie les certitudes et sentiments des témoins à charge, et parce que Lizzie, leur amour, est traitée comme un simple corps-preuve.

Avec beaucoup de sensibilité et de justesse, l’auteur nous propose un portrait de femme d’une grande générosité mais chez qui la douleur et la culpabilité d’une perte si violente auraient mené à la folie si elles ne s’étaient muées en haine

Nothomb, Amélie – Soif

Chère Amélie Nothomb,

Voici donc que votre maturité vous amène à repenser le calvaire du Christ, à le revivre depuis votre intériorité
Certes vous prenez quelques libertés avec les évangiles, ajoutant ou désignant comme erronées certaines phrases attribuées au Christ, mais pourquoi pas quand on sait que les évangiles sont des textes subjectifs et que la mémoire déforme forcément le dit (et non-dit) originel ?
J’ai aimé votre vision de l’incarnation, non pas l’extérieure, mais celle que vous appelez l’écorce, qui est écho empathique, vibration d’amour, soif comme reconnaissance anticipée envers le verre d’eau, envers la vie
La crucifixion vous horrifie. Cruauté contraire à l’amour, ce soi-disant sacrifice justifiera la violence des bourreaux comme la souffrance des sacrifiés sous la tutelle d’une religion abâtardie. C’est en quelque sorte une violence subie qui rachèterait la violence commise !
Quant à l’après-mort je ne vous y suis guère si elle consiste bien en une sorte d’autosatisfaction solitaire d’où tout désir, tout élan serait aboli.
Il n’empêche j’ai aimé votre livre, bien plus que ceux lus antérieurement, car si je vous connaissais spirituelle, je découvre aujourd’hui votre spiritualité

Utroi, Wendall – La tête du lapin bleu

Ava connaît une vie heureuse entre un époux et deux enfants adorables, jusqu’à ce qu’un accident d’une rare violence précipite leur voiture dans un lac sombre et profond. Malgré ses efforts, Ava n’a pas la force de porter ses deux enfants inconscients jusqu’à terre, elle est contrainte d’en lâcher un. Suite à cet abandon forcé, elle portera une culpabilité écrasante à laquelle s ‘ajoute une colère aveuglante quand elle apprendra la trahison dont elle fut l’objet
Désormais, Ava se laissera guider par cette culpabilité autodestructrice ainsi que par des accès de colère noire ; deux voix qui vont, de mauvaises décisions en violences inconsidérées, la noyer de plus en plus profondément dans l’enfer
Il lui faudra atteindre le fond et y rencontrer l’amitié véritable pour enfin redonner sens et valeur à sa vie
Wendall Utroi est un auteur magnifique, son écriture est très belle, sa vision sincère et pure, sa question est celle de la vie dans sa vérité ultime, celle que seule l’épreuve peut mettre au jour

Reardon, Bryan – Jake

Jake est un garçon calme, réfléchi et soucieux des autres. Il grandit au sein d’une famille aimante et équilibrée
Alors qu’il a 17 ans, un garçon de sa classe pénètre dans l’école avec un fusil et abat 13 jeunes avant de se suicider. Or seul Jake fréquentant de loin en loin ce garçon et seul Jake reste introuvable après ce drame. De là à le soupçonner d’être complice du tueur il n’y a qu’un pas que les médias et la foule franchissent avec toute la férocité jubilatoire qu’une mort évitée leur inspire
Postée devant la maison de Jake, la masse déverse sa haine tandis que les médias s’efforcent de trouver l’Explication qui rassurerait les gens en prouvant que quelque chose chez Jake ou sa famille les différencie bien d’eux tous
Défouler la haine et conjurer la peur en faisant fi de toute compassion et de toute vérité, telle est la fonction des médias, elle qui tue mieux qu’un tueur
Un livre d’une belle finesse psychologique et d’une belle intelligence de notre humanité

Delacourt, Grégoire – Mon Père

Le synopsis est simple : Un père explose de colère contre un prêtre qu’il soupçonne d’avoir abusé sexuellement de son jeune fils, Sa fureur l’entraîne à la violence, puis à la torture sur la personne de ce prêtre
Ce livre, nonobstant ses qualités littéraires qui ne m’ont pas frappée et sa thématique de dénonciation, est un tissu de sophismes, ces faux raisonnements et dévoiements de la vérité qui visent à semer la confusion et opérer l’inversion des valeurs
L’auteur nous abreuve ainsi de comparaisons entre l’enfant abusé et Isaac, le fils d’Abraham qui font injure aussi bien au texte ancien qu’ à l’enfant victime d’abus sexuels. Ainsi par exemple : Comparer le silence d’Isaac qui accorde toute sa confiance au père, à l’indicible et muette souffrance de l’enfant soumis à la perversion d’un prêtre, est une tromperie et un abus de texte
Tel un Torquemada moderne, le père de l’enfant use de la torture pour extorquer des aveux précis, qui, comme la psychanalyse nous l’a appris, reproduisent verbalement l’acte pédophile et nous laissent donc suspecter un voyeurisme malsain chez le père.
Enfin la vengeance est confondue avec la justice, et la justice avec l’injustice
Au final, comble de la perversion, non sexuelle mais mentale, l’enfant n’aura pas été soulagé et son violeur n’aura pas été inquiété
La vengeance et la colère ne réparent rien, seul le pardon imploré par le fautif lui-même et accepté par la victime elle-même le peut; aucun intermédiaire ne pouvant s’arroger le droit de se substituer au fautif ou à sa victime, sauf à parodier ce moment de grâce

Harris, Robert – Conclave

Le pape est mort. Il revient donc aux 117 cardinaux officiels de s’ enfermer en la Chapelle Sixtine afin d élire son successeur
Au dernier moment un 118 ème cardinal se présente, il a été nommé par le pape en grand secret parce qu’il exerce dans des zones à hauts risques. Humble et timide, ce cardinal manifeste une grande spiritualité
Parmi les candidats les plus papables, têtes de liste aux premiers tours, certains ont commis des malversations qui les rendent inéligibles comme le prouve l’enquête menée par le Doyen du collège des cardinaux, tandis que d’autres, par leur lâcheté ou leur présomption teintée de violence, perdent progressivement des voix
Si bien qu’en finale le Doyen qui n’était gratifié que de quelques voix au premier tout, semble devenir le candidat unique au huitième tour..
Captivant, intelligent, instructif, original et plus qu’agréable à lire, ce roman est tout simplement formidable