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Loubry, Jérôme – De soleil et de sang

2010 Haïti. L’inspecteur Simon Belage et son adjoint sont confrontés aux meurtres de deux couples dont les corps ont été mutilés selon un rituel propre au vaudou, la religion régnante. Résolument non croyant, Simon ne voit dans ces rites qu’ une mascarade destinée à masquer d’autres desseins
Au cours de ses recherches, Simon déterre une photo datée de 2004 montrant les victimes réunies autour de Baby Doc lors de l’inauguration d’un orphelinat, « la Tombe joyeuse », aujourd’hui abandonné.
En 2004 donc, six enfants présentant une différence furent enlevés de force et enfermés à la Tombe joyeuse.
Il faut savoir que l’île se distingue par sa pauvreté, sa corruption et son trafic d’enfants qui, vendus par des parents désespérés ou carrément volés, se retrouvent dans de tels orphelinats afin d’être achetés à prix d’or.

L’auteur a un réel talent pour imbiber son livre des senteurs de cette île, de sa chaleur, de sa violence toujours prête à exploser et de l’immense pauvreté de son peuple abandonné
Il dénonce également ce commerce d’enfants qui, bien qu’ayant famille, sont vendus à de riches européens croyant les adopter ou à d’aussi riches autochtones en tant qu’ esclaves
Le seul côté faible de ce roman est sa partie policière plutôt inconsistante

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Meyer, Deon – L’année du lion

Afrique du Sud, quelques mois après la Fièvre qui a emporté 90% de la population mondiale. Willem Storm et son fils de13 ans, Nico, roulent à bord d’un camion remorque dans lequel ils entassent vivres et carburant glanés çà et là. Mais les dangers parsèment leur route : chiens attaquant en meute, hommes armés, manque d’électricité, d’eau, de carburant. Et la solitude. Naît alors chez Willem le rêve de rassembler les hommes autour du barrage de Vanderkloof qu’il rejoint, dispersant des avis sur son trajet.
Ce sont des êtres gravement éprouvés qui s’annoncent, se racontent et s’installent en ce lieu petit à petit aménagé. Jusqu’à fonder ensemble Amanzi (eau dans la langue vernaculaire) une démocratie qui choisit Willem, cet homme érudit et bon, comme président.
L’histoire des premières années d’Amanzi est rapportée par Nico, le fils de Willem. Elle est celle de l’évolution d’une société en même temps que celle de la formation du jeune homme, pleine de douleurs, de haine et de guerres, mais aussi d’amour, de compassion et de tolérance

Ce livre est une magnifique épopée où le rêve d’une communauté juste et bonne se heurte aux éternelles passions humaines .
Il renouvelle également le mythe fondateur de l’homme, cet être issu de la destruction et de la création, qui ne peut penser qu’en classes et distinctions, vecteurs de haine, qui ne ne peut vivre qu’en liens et partages, sources d’amour

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Hart, Rob – MotherCloud

MotherCloud, superstructure de vente en ligne, s’est édifiée sur la ruine des commerces et la privatisation des biens publics, ce qui lui valut la vassalité des États
Parvenu en fin de vie, Gibson, son fondateur, se congratule une dernière fois, et avec la meilleure mauvaise foi, d’avoir été un bienfaiteur en pliant le monde aux lois du marché. Voyons donc :
À l’embauche, chacun reçoit un polo dont la couleur indique la nature du travail – la caste – ainsi qu’une montre à la fois GPS, contrôleur des tâches, des cadences, des déplacements etc. Nul ne peut s’en défaire sans déclencher une alarme. Logé petitement, invité à dépenser, vous reversez en fait votre salaire à Cloud puisqu’il s’impose comme seul fournisseur de biens.
Paxton, nommé à la sécurité, désire être apprécié de ses supérieurs. Zinnia, assignée à courir les commandes dans d’énormes entrepôts s’est en réalité infiltrée pour percer les secrets de l’entreprise. Malgré leurs objectifs opposés un lien fort se tisse entre eux, or MotherCloud se méfie des liens

La référence au système Amazon est claire quoique poussée au bout de sa logique. Occasion de rappeler que nous avons toujours le choix « N oublie pas que la liberté t’appartient jusqu’à ce que tu y renonces » Il est si facile, si tentant d’y renoncer
Occasion aussi de dénoncer la perversité de ce système, mais avec des arguments rabâchés et en développant une intrigue sans grand intérêt.

Tahtieazym, Luca – Il était une fois dans le brouillard

11 septembre 2001. A cette date qui signifie un changement de monde, se lève, à La Rochelle, mais également partout dans le monde, un brouillard épais, dépouillant le paysage de perspective et de couleurs.
On suit les mésaventures des habitants d’un immeuble où habite Agathe la misanthrope qui, ce 11 septembre, doit aller chercher ses tout jeunes neveux dont le père vient d’être renversé par une voiture nageant dans le brouillard. Au passage, elle recueille Félix le clochard à la jambe souffrante et Ornicar, le bon chien égaré. Puis, comme le smog semble s’installer, les locataires de l’immeuble rassemblent leurs tempéraments contrastés afin d’organiser leur vie devenue survie dès lors que les hôpitaux sont fermés, les communications coupées et qu’ il faut s’encorder pour aller quérir des ravitaillements, tâtant les murs et craignant les bandes agressives.
Dans cette réalité nouvelle où chacun se voit ramené à sa condition essentielle, chaque protagoniste révélera la vraie couleur de son âme teintée, comme le brouillard, du blanc le plus pur au gris le plus sombre .

Une histoire originale et passionnante malgré quelques longueurs, des personnages dotés d’ une certaine épaisseur, et une écriture étonnante avec son vocabulaire somptueux qui rend hommage à la richesse de la langue française.