Lebarbier, Sophie – Les liens mortifères.

Léonie est une psychologue sujette à l’embonpoint et à quelques entraves psychologiques dans sa vie.
Sa soeur aînée, Ingrid, a fui la maison au décès de leur père adoré et épouse peu après Victor, un producteur de séries et un homme toxique qu’elle finira par quitter. Léonie a vécu le départ de sa soeur comme un abandon qui déchira sa jeune adolescence.
Après un long silence, Ingrid lui envoie un mot lui demandant de se rendre dans un lieu où Léonie découvre un nourrisson seul et affamé. Aussitôt appelée, la commandante Fennetaux fait analyser l’ADN du nouveau-né qui correspond bien à celui d’Ingrid ainsi qu’à celui d’un homme fiché comme dangereux.
Quand le corps outragé d’Ingrid sera découvert dans la forêt, Léonie et Fennetaux vont unir leurs compétences et leurs fragilités pour résoudre ce drame aux origines moyenâgeuses en même temps qu’elles perceront quelques mystères de leurs âmes.

Les chapitres alternent entre l’enquête et ce passé d’il y a 70 ans quand une communauté vivait ainsi qu’au Moyen-Âge et dans la croyance en Halaïde, la sorcière-guérisseuse des temps anciens qui délivra les villageois d’une horde meurtrière et fut dès lors pourchassée par ces mêmes villageois effrayés par son pouvoir. Réfugiée en son arbre protecteur, elle y perdit la vie devant ses poursuivants qui vécurent hantés par cette vision.
Bien écrit, c’est un premier roman accrocheur dont les quelques incohérences n’ont pas entamé mon plaisir de lecture.

George, Elizabeth – Une chose à cacher

Titre original : Something to hide
Traduction : Nathalie Serval


Il a fallu le meurtre d’une officier de police noire qui investiguait sur les mutilations sexuelles exécutées sur les petites filles pour que ces barbaries clandestines deviennent l’objet d’un intérêt réel. L’inspecteur Tommy Linley et le sergent Barbara Havers sont chargés de trouver le tueur et de poursuivre celles qui pratiquent ces excisions et infibulations.
Si la recherche du tueur est un travail de fourmi laborieux et un art de déduction, d’imagination et d’intuition qui nous tiennent en haleine, c’est davantage l’horreur de cette pratique qui nous frappe. Et la violence aussi de cette idéologie de l’excision promue au statut d’initiation, de rite de passage, de signe de pureté puisque cette mutilation assurera au futur mari la non-jouissance de sa femme moins tentée d’aller voir ailleurs si c’est mieux et n’attendant plus de lui d’être un bon amant.
Tradition, trahison transmise de femme en femme malgré la honte du corps abîmé, malgré les souffrances parfois durables, malgré les rapports sexuels où la femme est réduite à n’être plus qu’un réceptacle.
Il faut avoir l’intelligence du coeur et le courage d’un héros pour s’arracher à une idéologie dans laquelle on baigne depuis toujours.

Willingham, Stacy – Une lueur dans la nuit

Titre original : A Flicker In The Dark
Traduction : Elvis Roquand

Comment vivre quand, à 13 ans, vous apprenez que votre père est ce monstre qui a enlevé et tué 6 jeunes filles de 15 ans, dont votre amie ? Quand en plus, vous subissez l’opprobre des voisins s’acharnant contre vous comme si vous étiez complices ou infectés du même mal ? Chloé veut oublier ce passé qui lui laisse des peurs dévorantes et un abus de médicaments. Son frère aîné, séducteur-né devient hyperprotecteur envers elle. Et leur mère est sortie lourdement handicapée de son suicide manqué.
Vingt ans plus tard, Chloé va se marier quand des adolescentes disparaissent et meurent de façon étrangement similaire aux jeunes filles d’antan. Parallèlement à la police, Chloé veut découvrir qui est cet imitateur de son père. Mais l’assassin est roué et se joue de Chloé comme de la police

C’est un roman captivant, bien construit et riche en émotions.
Chloé va nous amener à soupçonner successivement tous les hommes qui l’entourent, mais sa lucidité est mise en doute par ses proches étant donné son abus de médicaments, par la police qui l’estime trop émotionnellement investie, par nous-mêmes également.
Bien qu’il pêche par ses longueurs, ce premier roman annonce une auteure prometteuse.

Carrisi, Donato – La maison des voix

Titre original : La case delle voci
Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza


Pietro Gerber est un psychologue hypnotiseur d’enfants pour le tribunal à Florence. Peu intuitif et rationaliste, il enregistre ses patients avec des caméras cachées sans leur accord.
Une collègue lui téléphone d’Australie et lui demande de se charger d’Hanna Hall venue habiter à Florence, car elle prétend avoir tué Ado, son petit frère. Quoique réticent, Pietro accepte de la suivre mais Hanna outrepasse toutes les règles thérapeutiques, ce qui inquiète Pietro parce que lui-même, attiré par la jeune femme, ne se tient plus à son rôle de psychologue. Sous hypnose, Hanna raconte ses premières années avec ses parents, fuyant les autres, déménageant sans cesse dans des lieux reculés, abandonnant tout derrière eux sauf une petite caisse gravée au nom d’Ado. Une vie rude mais heureuse, illuminée par l’amour de ses parents.

C’est un formidable roman sur la mémoire inconsciente ou indicible. Chez les enfants, elle est reconstruite, déformée ou inventée au point de sembler mensongère alors qu’elle est leur seule manière d’exprimer la vérité.
Chez l’ adulte, elle est si profondément enfouie sous des couches d’oblitérations et de fermetures que seule une main tendue et acceptée pourra conduire l’adulte au bord de cette vérité qui le détruit et le sauve.




Rekulak, Jason – Hidden pictures

Traduction : Annaig Housnard

A la suite d’un drame, Mallory sombre dans la dépression et la dépendance jusqu’au jour où elle croise la route de Russell. Ce dernier l’aide à remonter la pente et à se faire engager comme nounou chez les très riches Maxwell, parents d’un petit Teddy de 5 ans. Elle pourra même, à sa grande joie, loger au fond du jardin dans un petit chalet réaménagé douillettement.
Teddy est chaleureux, tendre et plein d’imagination, mais il lève quelques inquiétudes chez sa nounou: énurétique, il refuse de jouer avec les gamins de son âge et surtout la main d’Anya, son amie imaginaire, prend parfois possession de la sienne pour dessiner une histoire effrayante.
Quand Mallory leur en parle, les parents de Teddy lui intiment de considérer ces petits travers comme inhérents à son âge.
Alors, pour libérer Teddy, Mallory va prêter sa main aux dessins/desseins d’Anya.

Ce roman démontre qu’une vérité occulte et indicible ressurgit toujours, quitte à recourir au paranormal, quitte à forcer une main à livrer son message codé et cela jusqu’à ce qu’elle soit enfin acceptée et comprise.
Si l’on excepte un passage de violences assez discordant avec l’ensemble de l’ouvrage, ce roman est très agréable à lire et sa finale, tout en délicatesse et en émotions, est remarquable.

Schoeters, Gaea – Le trophée

Titre original : Trofee
Traduction : Benoît-Thaddée Standaert

Hunter White est un financier corrompu pour qui tous les moyens sont bons afin de s’enrichir, ce qui lui permet, chaque année, de s’offrir un trophée de chasse.
Hunter estime qu’abattre un animal pisté et traqué par des hommes non armés qui lui désignent enfin sa proie calmée est une chasse glorieuse. De plus, il prétend préserver la nature en s’appuyant sur des arguments qui refusent d’envisager l’autre versant des choses.
Mais le gibier convoité a été abattu par des braconniers. Alors Van Heeren, le guide de ces chasses aux trophées, qui connaît la noirceur de White, client chez lui depuis des années, va l’amener chez les bushmen avec une intention lucrative bien peu louable.’

Quand White et Van Heeren pensent le monde comme marchandise, les bushmen le perçoivent comme don et sacrifice. Ce n’est qu’une fois immergée dans le monde de l’autre que l’avidité sera déroutée et dévoilera pleinement l’être véritable du prédateur
L’écriture est magnifique, capable de convoquer la beauté et la grandeur des paysages comme d’évoquer les circonvolutions de l’esprit humain, depuis l’occlusion à toute pensée autre chez le Chasseur jusqu’à son acceptation par les bushmen pour qui tout participe au sens du monde.

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