Mi-ae, Seo – Bonne nuit maman

Seon-Gyeong, psychologue criminelle, est envoyée par sa hiérarchie interroger un redoutable tueur en série déterminé à ne faire des révélations qu’à elle, et elle seule.
A la fois curieuse et fort inquiète, la jeune femme s’interroge sur ce qui dans l’histoire de cet homme, l’a amené à la choisir.
En parallèle, Seon-Gyeong accueille chez elle la fille de son époux, cette enfant de 10 ans dont elle n’avait jamais entendu parler(!) avait déjà perdu sa mère et vient de perdre ses grands-parents dans un incendie suspect survenu la veille.
La tâche n’est guère aisée pour Seon-Gyeong avec un mari souvent absent et une fillette sautant d’une froideur glaciale à une rage soudaine pour être tout sourires avec son père.

Criminologue chevronnée, Seon-Gyeong est loin d’être à la hauteur de la double tâche qui est confiée : face au tueur elle réagit comme une débutante de façon émotionnelle et peu avisée; face à l’enfant elle veut se prouver qu’elle peut être une bonne mère ce qui lui assure d’en être une déplorable.
L’intérêt du livre se situe du côté de la question sur ce qui induit un homme à devenir un monstre ? Une mère odieuse ? Un père absent ou pervers ? Il semble que toute réponse possible ne soit jamais que circonstancielle sans jamais atteindre l’essentiel, le mystère insondable du Mal

Brundage, Elizabeth – Dans les angles morts

Un soir, en rentrant de son travail, George Clare découvre sa femme Catherine morte, le crâne fendu d’un coup de hache.
Huit mois auparavant George avait acheté à vil prix cette ferme dévaluée depuis le suicide des parents Hale complètement ruinés et le départ forcé de leurs trois garçons pleurant leur mère adorée et si mal aimée par un mari violent.
Catherine Clare ignore ce passé douloureux mais elle ressent la souffrance imprégnant ces lieux. Sensible, peu sûre d’elle, aimant faire plaisir à son mari et sa petite Franny de 3 ans, elle ouvre la porte aux garçons Hale venus proposer d’effectuer quelques travaux. Bien vite ils s’attachent à Catherine qui leur rappelle leur mère et à Franny, cette enfant pleine de joie.

Au centre de ce magnifique roman noir, un couple que tout oppose : Georges sûr de ce que tout peut être sacrifié et bafoué sur l’autel de son plaisir et de son ambition, et Catherine aux principes stricts mais qui doute, s’interroge et désire approcher la vérité. S’ensuit la stagnation de Georges, toujours certain d’être dans son bon droit au plaisir et l’évolution de Catherine qui parviendra à assumer la pleine responsabilité de sa vie.
La vie est injuste mais elle porte en elle des êtres admirables et d’autres méprisables.

Whitaker, Chris – Duchess

Duchess, 13 ans, a dû se construire dure et forte car non seulement elle s’est promis de veiller sur son petit frère avec le dévouement d’une mère, mais elle protège également Star, sa mère qui travaille dans un bar louche, boit à l’excès et paye en nature son loyer à un homme violent
30 ans plus tôt, Star et Vincent, âgé de 15 ans, s’aimaient,; or un soir, fin soûl, Vincent a fauché la soeur de Star, ce qui valut finalement 30 ans de prison au chauffard et la plongée dans une spirale destructrice à Star,
Aujourd’hui Vincent sort de prison, mais peu après son retour, Star est assassinée et Vincent se déclare coupable de ce crime.
Duchess et son frère vont devoir aller vivre chez un grand-père dont ils ignorent tout et que Duchess a décidé de haïr

Ce livre frappe d’abord et surtout par ses personnages contrastés, douloureux et magnifiques. Bien souvent tels les héros des tragédies antiques, ils se pensent lucides alors qu’aveugles, ils s’égarent, mais dans leurs regrets, leurs colères et leurs détresse ils sont tous grands par l’amour et le don de soi dont ils sont capables
Duchess est un grand roman porté par une langue belle et pure et des personnages inoubliables.

Mauvignier, Laurent – Histoires de la nuit

Dans un trou perdu de la France profonde se dressent trois maisons. L’une est à vendre, la deuxième est habitée par Patrice, un éleveur amoureux fou de sa femme Marion qui, elle, fuit ses approches, et par leur fille Ida âgée de 10 ans. La troisième est occupée par Christine, une peintre ayant quitté Paris, ses fastes et ses déceptions, pour créer en toute indépendance et s’occuper d’Ida quand ses parents sont au travail.
Ce soir ils vont fêter les 40 ans de Marion ; chacun s’active pour rendre cet anniversaire mémorable mais alors que le soir approche, trois frères s’annoncent sans avoir été invités.

Ce qui frappe dans ce roman c’est cette écriture spiralique qui ressasse et reprend les phrases en y ajoutant à chaque tour une bribe d’éclaircissement. Et l’histoire ainsi avance, trois pas devant et deux arrière, avec cette temporalité en accordéon dans les plis de laquelle scintillent des éclats d’émotions, de pensées et de souvenirs.
Un style qui est soit la marque de l’auteur, soit un choix stylistique visant à énerver, à mettre le lecteur sur le grill puisqu’il s’agit bien de l’histoire d’une menace, celle de trois frères venus forcer la porte de cette famille dans un dessein que l’on redoute néfaste et rabâché de longue date.
Un roman fort et riche tant psychologiquement que littérairement. Une rareté.

%d blogueurs aiment cette page :