Nordbo, Mads Peder – La fille sans peau

Un terrible accident a laissé Matthew veuf de sa femme enceinte d’une petite Emily, aussi, inconsolable, quitte-t-il le Danemark pour Nuuk au Groenland.
C’est donc lui que son journal envoie auprès de ce viking momifié qu’une faille a dégagé. Hélas, le lendemain, toutes ses photos ont disparu, la momie s’est envolée et le policier de garde est mort, éventré et éviscéré.
Or, dans les années 70, des meurtres similaires, jamais résolus, avaient été pratiqués sur des hommes soupçonnés d’abus sexuels envers leurs petites filles. Aidé par Tupaarnaq, une jeune femme révoltée par les nombreux abus d’enfants dans la région, Matthew va reprendre cette enquête qu’un policier avait été sur le point de résoudre jadis avant de disparaître mystérieusement

On peut déplorer que l’intrigue de ce roman soit fort simple, cependant il y a là de superbes peintures de ces paysages grandioses tout de pierre et de glace et d’autres, fort noires, de ces hommes violents et corrompus pour qui les femmes sont des servantes, les fillettes des objets sexuels et leurs ennemis pareils aux phoques qu’ils éventrent et dépiautent.
Toute cette violence s’inscrit néanmoins sur un fond de désolation, de tristesse et de solitude et c’est ce contraste là qui, dans ce livre, émeut et retient

Camut, Jérôme & Hug, Nathalie -Nos âmes au diable

En vacances avec son père sur l’île d’Oléron, sa mère étant retenue à Paris pour son travail, Sixtine, 10 ans, disparaît.
Après de nombreuses fouilles, la police interpelle un violeur connu pour lester ensuite les corps des fillettes à la mer.
L
es parents de Sixtine, Jeanne et Richard s’entr’accusent, se séparent. Jeanne abandonne son travail désormais vide de sens, quitte sa maison, vit en colocation avec deux potes au grand coeur, mais elle ne peut faire son deuil de sa fille dont le corps n’a pas été retrouvé.
Au cours des années Jeanne évolue, abandonne nombre de ses préjugés, établit de solides amitiés et survit à la faveur de l’espoir fou mais invincible de retrouver sa fil
Jusqu’au jour où la police l’appelle
Commence alors le véritable enfer

Il y a ce magnifique portrait de femme et de mère qui dans les enfers (et il y en a bien autant que chez Dante) qu’elle aura à traverser, assumera, même déchirée de toutes parts, ce que sa responsabilité et son intégrité lui intiment d’accomplir
Il y a l’immense talent des auteurs et leur magistrale mise sous projecteur d’un problème récurrent, celui de l’innéité du mal ou de son acquisition, question sans doute mal posée, puisque nous avons tous une disposition au mal que nous choisissons de développer ou non, à la faveur ou en résistance à l’entourage

Desforges Saffina – Paraphilia

Le corps de Rebecca, une petite fille abusée et tuée, suivi des corps de deux autres fillettes pareillement violentées alarme la police, mais le prédateur est habile, aussi, à défaut de pistes, deux policiers se saisissent d’un ancien pédophile qui servira de bouc émissaire tant à ces policiers bourreaux qu’à cette part de population qui aime tant hurler avec les loups.
Dans ce climat médiatique d’alerte, Greg Randall, un père sujet à des fantasmes pédophiles se met à s’en horrifier et va donc se faire soigner dans une clinique spécialisée aux méthodes fort douteuses.
Pendant ce temps, un journaliste, père de Rebecca, aidé d’ une étudiante profileuse surdouée et d’un jeune crack d’informatique mène une enquête parallèle à celle de la police qui s’égare dans de fausses pistes.

Malgré une écriture quelconque, ce roman démontrer avec beaucoup d’intelligence que les pédophiles ne forment pas un pack homogène : entre l’abuseur abject et l’homme sujet à des fantasmes dont la non réalisation est essentielle, il y a l’ancien pédophile attoucheur que la mère de Rebecca tentera de comprendre au cours de dialogues bouleversants
Et ce roman questionne : l’hyper médiatisation indignée/captivée  de la pédophilie ne risque-t-elle pas de stimuler ces penchants en latence chez certains? Et ne risque-t-elle pas d’amener la société à voir la pédophilie partout, interdisant dés lors aux hommes ces gestes naturels de tendresse envers les enfants ?

Sigurdardottir, Lilja – Froid comme l’enfer

Aurora et Isafold sont islandaises par leur père, anglaises par leur mère. Les soeurs sont en froid depuis qu’Isafold, battue par son islandais de Björn, a plusieurs fois fait venir sa soeur d’Angleterre pour l’aider à fuir avant de finalement revenir chez son bourreau.
Un soir, Aurore reçoit un appel affolé de sa mère : depuis 15 jours, Isafold ne donne plus signe de vie. De mauvais gré, Aurora part en Islande rechercher sa soeur. Mais personne ne sait où elle est.
Aux étages voisins d’Isafold et Björn vivent un homme obsédé par les poils et par ce couple bruyant, et une femme âgée qui héberge un clandestin recherché par la police

Lilja Sigeurdardottir, connue pour écrire des romans policiers, nous offre donc un semblant d’enquête menée par la soeur de la disparue, soeur d’ailleurs plus occupée à coincer un escror financier qu’à interroger les proches très fermés d’Isafold. On dirait que l’auteure désire sortir de la zone polar et se diriger vers le roman pur, si bien que la recherche d’Isafold tombe à l’eau tandis que les états d’âme d’Aurore et des voisins de la disparue occupent l’avant-plan.
Ce fut donc, à tous égards, un roman mitigé

Merci à NetGalley et aux Editions Métaillé pour cette lecture

Schepp, Emelie – Marquée à vie

Dans un container scellé, des émigrés étouffent en attendant d’aborder sur une terre d’accueil. Hélas, à leur sortie, c’est la mort qui les attend cependant que les enfants sont emmenés de force pour être dressés à devenir des bêtes à tuer
C’est le meurtre d’un haut fonctionnaire de l’immigration et des traces de pas d’enfant qui initient l’enquête dirigée par la jeune procureure Jana Berzelius, réputée insensible et glaciale, assistée d’une équipe aussi investie dans son travail que réticente dans ses autres engagements
Peu après un enfant est retrouvé mort, l’arme du crime à portée de main n’ayant pour seule identité qu’un nom de dieu gravé sur sa nuque. Or la procureure porte, et cache, également un nom de divinité marqué sur sa nuque

Ce livre se distingue par son style plutôt maladroit – à moins qu’il ne s’agisse d’un problème de traduction – par son originalité, sa construction intéressante, et surtout par la figure centrale de cette procureure à la fois froide et souffrant de l’être (et donc résolument différente de Salander à laquelle on la compare injustement), personnage riche et complexe qui éclipse l’équipe polic!ère empêtrée dans des considérations d’égos.
Un livre agréable à écouter et fort bien lu par Nicolas Justamon  

Laipsker, Alexis – Les poupées

Le commissaire Venturi est en butte avec la police des polices, malgré cela, le procureur, qui l’estime, le demande pour une affaire hors normes : Six corps d ‘hommes rendus lisses comme des mannequins sont disposés dans une chapelle désaffectée. Venturi accepte mais demande l’aide d’un psychologue du comportement criminel. Ce dernier est la jeune Olivia Montalbert dont l’esprit vif et affûté vient vite à bout des préjugés du commissaire. Elle réfléchit quand Venturi s’agite, consulte les membres de l’équipe quand Venturi les houspille, cherche un sens à ces crimes quand Venturi cherche l’action.
Plus au sud, une voyante rouée s’est installée dans un lieu reculé où elle se sent enfin à l’abri de l’homme qui la harcelait, mais bientôt des visions, des impressions étranges, des odeurs inquiétantes s’immiscent dans son intérieur

Bien que l’auteur ait une tendance à rendre ses personnages univoques et que la lumière ne soit pas faite sur tous les éléments de l’intrigue, il faut admirer le formidable personnage de la voyante, le parfait dosage d’étonnements, de recherches et d’actions dans ce roman qui ravira les amateurs de suspense haletant et de crimes bien glauques 

Gain, Patrice – De silence et de loup

Suite au décès de sa fille Zora âgée de six ans, et au suicide de sa compagne, Anna accepte d’accompagner, en tant que journaliste bénévole, une équipe de scientifiques chargée d’étudier les risques liés à la fonte du pergélisol au nord de la Sibérie. Le grand atout d’Anna étant qu’elle parle couramment le russe.
Sacha, le frère d’Anna, s’est, quant à lui, retiré dans le sombre monastère des chartreux, espérant y rencontrer la paix et l’oubli.
Lors d’une promenade hors de l’enceinte du monastère, une dame lui remet un colis dans lequel Sasha découvre le journal de sa soeur. Elle y dit les tempêtes effroyables , le froid meurtrier, la violence des éléments et des hommes, les pièges de la banquise mais aussi ceux de la corruption et de la trahison, toutes souffrances au miroir desquelles Anna distinguera une vérité qu’elle se refusait à voir auparavant
L’immense peine qu’Anne fuyait en quittant la France pour la pays de la blancheur,, voilà qu’elle la retrouve, transformée, éclairée par la pureté des lieux, avec toujours cet homme prédateur de la femme et de la terre, toutes deux liées dans une même acceptation jusqu’à la révolte qui vous explose au visage, telles ces poches de gaz de méthane tapies sous la banquise, ou tel ce carnet d’Anna envoyé au frère
Un roman superbe et qui plonge dans l’essentiel, là où l’être privé de tout, raclé jusqu’ l’os, reste seul dans la lumière de la dure vérité

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