Leclerc Nicolas – La bête en cage

Samuel est un éleveur bovin travailleur mais que l’incendie de son étable a mis sur la paille. Son oncle l’ai bien aidé mais en contrepartie il se doit d’accepter un changement de cocaïne que l’oncle, maire de la bourgade, et son fils, livreront ensuite pour un réseau kosovar. Or cette fois-ci la cargaison n’arrive pas. Inquiets, Samuel et son oncle cherchent et trouvent la voiture du cousin livreur au fond d’un ravin. Le jeune homme est décédé et la drogue a disparu
Dans cette région montagneuse où la plupart des habitants tirent le diable par la queue, la perspective de mettre la main sur cette drogue; car oui, les secrets s’éventent vite quand on vit dans une petite bourgade, presque entre soi; va réveiller la laideur des uns, et le courage de quelques autres.

L’auteur nous offre ici un roman constitué surtout d’actions, au détriment d’autres possibilités que l’auteur possède mais ne déploie que parcimonieusement
Ainsi, alors même que le début annonçait un certain travail psychologique, on passe la majeure partie du texte dans une cadence (de style cowboys et indiens) de plus en plus effrénée jusqu’au calme final d’après la tempête.
J’attends donc le prochain opus avec bon espoir

Saada, Delphine – Celle qui criait au loup

Albane est infirmière, elle vit avec son mari et ses deux enfants, Emma six ans et Arthur trois ans
Albane est une infirmière parfaite mais impénétrable, pourtant derrière cette rigidité se cache une douleur perceptible, criante même pour l’une de ses collègues qu’Albane ne peut que rejeter comme elle rejette tout ce qui pourrait entamer sa carapace protectrice
Hors de son travail aussi tout est contrôlé et va sans heurts jusqu’à ce qu’Emma atteigne ses 6ans et qu’Albane, ne supportant plus le caractère expansif de sa fille, se mette à la punir durement et même à la rejeter ouvertement
Un jour Albane va trop loin et son mari l’oblige à consulter un psy. Ce dernier, jeune et sans expériences encore, l’amène au pas de charge au coeur de cet Insupportable dessiné en pointillés tout au long du roman comme autant d’appels furtifs à nos coeurs adressés
Il y a des êtres qui crient désespérément au loup et ne sont jamais entendus, alors ils crient avec leurs corps, avec leurs symptômes, tandis que le loup lentement, impitoyablement, les dévore


Rigbey, Liz – L’été assassin

Suite au décès de son bébé, Lucy a quitté sa Californie natale et tous ceux qu’elle y aime pour aller vivre à New York, seule, et se tuer au travail dans une banque.
Trois ans plus tard elle reçoit un appel de sa soeur Jane: son père vient de mourir. Suicide dit Jane, assassinat pensent les policiers sur place 
Lucy rentre au plus vite et demande de pouvoir loger chez ses tantes russes, les soeurs de sa mère. Ces femmes pleines de chaleur et de bonté l’incitent à aller voir sa mère internée après la mort de son dernier-né et sa bascule dans la démence. Et ce fut alors Jane qui se chargea de Lucy, Jane la responsable, aujourd’hui devenue médecin
Entre-temps la police observe, se promène, parle à chacun, sans alerte comme si elle se contentait de vérifier une hypothèse ou d’en attendre les preuves

Lucy, la narratrice s’est toujours sentie coupable, de la folie de sa mère, de la mort de son bébé, des malheurs qui l’entourent, mais de quelle histoire, de quel mythe tire-t-elle donc ce fardeau ?
L’intrigue se déroule lentement, au gré des paysages, des souvenirs et de ce lent travail de dessillement qui mène à la vérité
L’écriture est belle, l’atmosphère vogue entre regret, tristesse et une angoisse qui s’infiltre avec subtilité. Et le final nous plonge dans un questionnement sans fin.
Un livre discret mais dont les silences se sont accordés aux miens

Rivault, Alexandra – Collisions

Rose-Marie, mère de trois enfants proches de l’envol, vit à côté d’un mari qui la dévalorise et la méprise au point qu’elle est devenue incapable d’initiative. Aziz est un petit trafiquant à la suite de son frère emprisonné. Nick est devenu tueur à gages afin d’amasser l’argent qui, pense-t-il, lui fera, reconquérir son amour de jeunesse
Un soir, Rose-Marie prend la voiture de son fils Maxime pour le ramener d’unel soirée quand, sur un chemin de campagne peu éclairé, elle a un accident, première collision qui précipitera toutes les autres

Ces trois vies si différentes vont toutes converger autour du personnage de Maxime, cet adolescent quelconque qui, sans le savoir, fera surgir le pire de ces trois êtres, comme s’il était, malgré lui, leur trou noir
Cette convergence intéressante est néanmoins desservie par des personnages sans grand relief, assez stéréotypés, par quelques réactions improbables, quelques scènes rocambolesques et par une écriture honnête mais peu remarquable

Un très grand merci à Mathilde des Éditions de la Rémanence pour cette lecture

Hjorth & Rosenfeldt – Justice divine

La police d’Upsalla, confrontée à un violeur en série, demande du renfort à Stockholm, ce qui contraint les premiers à travailler avec Sébastien Bergman, ce profiler odieux, égoïste, et coureur dont ils s’étaient récemment débarrassés. Sa fille Vanja surtout le voit venir avec colère parce qu’après l’avoir abandonnée, il l’a retrouvée et s’est empressé de saccager sa famille adoptive
Les policiers suspectent un lien entre ces femmes, un lien qu’elles nient et qu’ils vont s’acharner à établir au cours d’une enquête difficile, d’autant plus que chacun d’eux souffre, se tourmente, craint ou se dérègle dans sa vie personnelle. Souvenirs et déchirements personnels vont, dans ce tome, prendre une grande place et conférer à ce roman riche et passionnant une dimension psychologique forte et douloureuse
Les thèmes de l’avortement, de la trahison et de la pulsion qui, comme l’addiction, ne se maîtrise pas sans un désir de changer et une recherche d’aide, sont au coeur de ce livre
Ce tome 6 peut être lu indépendamment des autres, les allusions au passé des personnages sont suffisamment claires pour nous imaginer être dans un premier tome

Carrisi, Donato – Je suis l’abysse

– Il y a l’homme qui nettoie, jadis enfant humilié, broyé, torturé, aujourd’hui adulte solitaire et sans joie, aussi démuni qu’un enfant et toujours en proie à la même instance cruelle
Il fouille les poubelles de femmes isolées, seule intimité qu’il s’accorde avec elles, avant que que la cruauté ne se saisisse de lui, et d’elles
– Il y a la fille à la mèche violette dont les riches parents n’ont pas le temps et qui, engluée dans un chantage cruel, veut se noyer mais l’homme qui nettoie la sauve avant de s’enfuir dès l’apparition des secours.
– Il y a la chasseuse de mouches, mère aimante et meurtrie, femme de douleur, elle défend les femmes battues et enquête sur cet homme étrange qui s’enfuit après avoir agit en héros

Ce roman bouleversant est une réflexion sensible sur l’origine du mal qui se trouve rarement dans les duretés de la vie et de l’entourage, mais réside en nous en puissance: c’est le Mal absolu auquel nous sommes libres de donner corps ou non et en acte: ce sont ces mauvaisetés qui vivent en nous comme des innéités et que nous combattons sans cesse à moins que nous y cédions sans cesse.
Parfois il arrive qu’un enfant naisse en enfer, là où ce qui devait être en puissance est déjà en acte sans qu’il n’ait été choisi, là donc où le combat est monstrueux, abyssal
Jamais un auteur ne m’a donné d’éprouver une telle compassion pour un tueur en série

Ruiz Martin, David – Seule la haine

Elliot, 14 ans, pénètre dans le cabinet du psychanalyste et, sous la contrainte d’un fusil, l’oblige à se menotter et surtout à l’écouter. Car Elliot ne comprend ni n’accepte le suicide de son frère adoré. Submergé par la colère, le tourment, le remords de n’avoir rien compris, rien empêché, il défoule sa haine sur le psychanalyste qui a reçu son frère à quelques reprises et aurait donc dû empêcher ce suicide
Elliot, cet enfant surdoué qui en connaît trop sur le Mal à l’oeuvre dans le monde, va forcer le psychanalyste à écouter ce que deux jeunes, proches de son frère, perpétraient comme horreurs,. Un récit insoutenable, propre à rendre fou

La parole est au coeur de ce huis-clos, mais Elliot l’utilise et la rabaisse à n’être qu’une parole-image, une parole qui comme l’image, saisit au col, entraîne et contraint, abolissant ce recul propre au discours
Une parole devenue arme de destruction
Un roman machiavélique, redoutablement intelligent mais dont hélas, la fin s’étire et s’épuise telle un ballon qui se dégonfle

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