Turow, Scott – Ultime recours

2001. Arthur Raven est commis d’office à la défense d’un condamné à mort, Rommy Gandolph. Rommy proclame son innocence bien qu’il y a dix ans, il ait avoué par écrit avoir abattu trois personnes
A l’époque, le policier chargé de l’enquête et Muriel, jeune adjointe du procureur, voulaient absolument une arrestation rapide et brillante afin de lancer la carrière de Muriel. Or le policier, ayant appris que ce chapardeur de Rommy détenait un bijou volé à l’une des victimes, ne fit ni une ni deux, menotta le pauvre homme et lui extorqua des aveux écrits.
Dix ans plus tard, en étudiant les dossiers, Arthur décèle de grosses lacunes
C’est à ce moment que la juge Gillian qui présida à la condamnation de Rommy et connut ensuite une période tourmentée, prévient Arthur qu’un nouveau témoin désire leur parler, Cet homme en fin de vie, avoue avoir manipulé tout le monde et être le seul coupable. Mais le policier et Muriel, soucieux de cacher leur incurie, vont tout faire pour réfuter ce témoignage


Un roman juridique passionnant, riche, émouvant, où de nouveaux éléments, de nouveaux témoins remettent en jeu non seulement la vie d’un homme, mais aussi, mais surtout des narcissismes, des inimitiés,, des jalousies.
Les personnages sont finement nuancés, très travaillés, en particulier celui d’Arthur, cet homme qui se sait moche et s’en est fait une raison douloureuse, cet homme bon, intègre, généreux, sensible et timide inspire les plus belles et les plus lumineuses pages du livre
Un roman où le juridique est un tremplin vers la réparation, la sublimation, la rédemption,
(V.O Reversible Errors),

Grisham, John – Le couloir de la mort

1967. Mississippi. Trois hommes du KKK font exploser le cabinet d’un avocat juif défenseur des droits civiques, les deux petits jumeaux qui accompagnaient leur père sont pulvérisés, et l’avocat, amputé des deux jambes, inconsolable, se suicide
Seul parmi les trois complices, Sam Cayhall est pris, jugé et libéré par les tribunaux suprémacistes blancs jusqu’à l’abolition du ségrégationnisme où, rejugé, il est condamné à mort.
1991. Adam Hall, jeune avocat et petit-fils du condamné, veut défendre ce grand-père qu’il ne connaît pas. Le crime de Sam a dévasté sa famille: le père d’Adam a déménagé, changé de nom et finalement, il s’est suicidé; sa tante s’est réfugiée dans un mariage raté et dans l’alcool. C’est chez cette tante fragile et généreuse qu’Adam logera durant les quatre semaines qui lui restent pour se battre contre l’exécution de Sam,

Avec une immense compassion, ce livre décrit la détresse et la honte vécues par les proches d’un criminel. Il dénonce la cruauté de la peine de mort et des conditions de son attente, il dépeint l’abjection d’une presse qui souille tout ce qu’elle touche, il témoigne de la complexité du système judiciaire américain et souligne qu’en ces cours de justice, l’ambition, les préjugés et les querelles internes déterminent les décisions capitales. Il montre enfin comment un enfant plongé dans un discours de haine qui s’inscrit en lui comme un devoir, peut devenir un homme qui vit, tel le condamné à mort, enfermé dans une cage étroite sans fenêtres et sans joie.

Gustawsson, Johanna – Te tenir la main pendant que tout brûle

2002 Québec Le lieutenant Maxine Grant, mère d’une adolescente et d’un nouveau-né, est requise chez son ancienne institutrice Pauline Caron qui a poignardé sauvagement son époux. L »équipe de Maxine découvre, dispersées dans la maison, sept mains séchées. Si les questions affluent, Pauline, muette, impénétrable, n’y répond pas,
1949 Québec. Lina, jeune adolescente, est la cible de deux pestes. Un jour, excédée, elle se venge. Sa mère lui intime alors de la rejoindre après l ‘école au Mad House où elle travaille. Lina y rencontre une vieille pensionnaire finaude qui l’introduit dans un monde obscur
1899 Paris. Lucienne est une femme bien née unie à un mari fortuné mais glacial. Deux petites filles sont nées de ce mariage. Une nuit leur maison flambe et les deux fillettes, introuvables, sont déclarées mortes. N’admettant pas leur mort, Lucienne entreprend un voyage au pays de la mort à travers les sciences occultes.

Un grand art de la narration et un suspense sans cesse relancé d’une femme à l’autre, d’un décèlement à un détournement. Un thème rarement aussi bien exploité sans l’excès qui l’accompagne habituellement. Et alors que ce roman, sombre dans son contenu, lumineux dans son écriture, parvient doucement à son final orchestré, surgit le cri d’une douleur sans nom et sans fond

Jourdain, Hervé – Terminal 4

Zone de l’aéroport Roissy, la capitaine Lola et la brigadière Zoé interpellent un partisan de Daech quand elles voient les pompiers éteindre un incendie de voitures. Curieuse, Zoé s’approche et son regard tombe sur le corps calciné d’une jeune femme
Les voitures incendiées appartiennent à un réseau de chauffeurs chinois travaillant à bas prix, ce qui met en colère les taxis officiels
Malgré les zadistes, la directrice de l’aéroport lance la construction d’ un Terminal 4 destiné à élargir le champ d’aviation et certifie, chiffres à l’appui, que les émissions de CO2 diminuent. Par ailleurs, elle conteste le projet de loi sur la taxation du kérosène en brandissant le fameux chantage à : plus de coûts = pertes d’ emplois
La jeune femme décédée est identifiée comme Sabrina, l’assistante de la directrice de l’aéroport, Idéaliste, Sabrina désire vraiment réduire la pollution, aider les SDF vivant dans les parages de l’aéroport et sauver les jeunes migrants qui y sont surexploités
Qui donc a tué la jeune femme?

L’écriture est centrée sur le rythme des actions et non sur le côté littéraire. Certes, les thèmes complexes, les personnages duplices et l’intrigue retorse à souhait sont intéressants, mais tout cela est exposé d’un ton si sec et de façon si factuelle que le plaisir de lecture se perd rapidement
Tout au plus peut-on considérer ce livre comme le script d’un bon film

Hayder, Mo – Tokyo

1990 En Angleterre, Grey, jeune fille que ses parents isolent du monde, tombe sur un livre qui mentionne l’existence d’un film secret sur les horreurs commises à Nankin en 1937. Or Grey a également un secret, une marque d’ignorance gravée sur son corps une ignorance qui fut qualifiée de Mal par ceux là même qui ont organisé cette ignorance. Grey se donne pour mission d’arracher à l’ignorance ce film sur les crimes odieux perpétrés par les japonais à Nankin,
Elle part à Tokyo où vit le détenteur du film, le vieux chinois Shi Chongming qui a vécu l’invasion japonaise, mais le vieil homme nie posséder ce film. Nullement découragée et en attendant de convaincre le vieil homme, Grey gagne sa vie dans un bar à hôtesses où elle doit amuser les clients attablés. Parmi eux, il y a un vieux Yakuza funeste accompagné d’une Nurse effrayante qui lui prépare un remède miraculeux, un remède qui intéresse énormément Shi Chongming

Mo Hayder excelle à créer des atmosphères. Dans ce roman plane une menace sournoise, rendue encore plus inquiétante par la culture japonaise mystérieuse et impénétrable. Aussi, à notre désir de savoir se mêle la crainte de savoir. Le thème du livre tourne en effet autour de la question de l’ignorance et du savoir qui rejoint celle du bien et du mal,
Les personnages vivent davantage dans la sensation que dans l’émotion. Complexes et subtils, ils se refusent à toute identification, mais, tragiques, ils inspirent crainte et pitié,

Gazalé, Olivia – Le mythe de la virilité

Dès que l homme comprend son rôle dans la fécondation, la femme jadis maîtresse de l’engendrement est ravalée à un réceptacle passif , devenant sujette à ces extensionrs de pensée: sujet et objet, raison et passion, maîtrise et lascivité etc.
En contrepartie, l’homme est désormais contraint de prouver sa virilité s’il ne veut déchoir dans l’ impuissance, l’ homosexualité féminisante ou la défaite.
La monstration de la virilité était relativement aisée quand l’épouse non-impudique ne s’adonnait à des rapports que reproducteurs et surtout sans jouissance, mais le dernier siècle occidental exige en plus des hommes qu’ils fassent jouir la femme, dernière prescription hautement angoissante.
Aussi les moments entre hommes sont-ils si reposants, il suffit de raconter des exploits inexistants ou d’exhiber les signaux d’une puissance imaginaire

Chaque époque refonde les codes de la virilité en se basant sur une distanciation d’avec la femme qui incarnera toujours LA menace à la puissance virile
Pour échapper à cette dictature des sexes il faudrait cesser de percevoir l’humanité selon une binarité d’être imposant une binarité de conduites soi-disant naturelles alors que, bien sûr, la parole a toujours déjà aboli le naturel au profit d’un social variable

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