Vingtras, Marie – Blizzard

En Alaska, alors que le blizzard dévaste le paysage, Bess, une jeune femme, quitte précipitamment la maison avec un enfant. Comme elle lâche un instant la main du garçon, il disparaît Sans hésiter, elle se lance à sa recherche dans un monde qui n’a plus de forme sinon celle de l’espoir
Benedict, l’homme chez qui Bess habite, ainsi que l’enfant, se jette également dans la tourmente pour les retrouver et demande l’aide d’ un voisin, Cole. Cole est un ancien, un dur à cuire, un homme pétri de préjugés suprémacistes, mais comme il apprécie Bénédict il n’ose refuser de l’accompagner bien qu’il déteste Bess l’autre, la différente
Et il y a Freeman, le vieux noir échoué sur ces terres, quatrième voix de cette quadriphonie où chacun prend voix au cours de ces heures d’inquiétude pour dérouler son bout d’ histoire, ses blessures et ses déceptions, ses raisons de résider ici ou d’y être échoué. Et ainsi, d’un monologue à l’autre, les propos s’éclairent, les vérités se dévoilent, mettant à jour leur beautés et leurs laideurs, leurs grandeurs et leurs désolations

Ainsi donc le blizzard, parce qu’il efface le monde, ouvre à l’intériorité
Ainsi donc l’enfant, celui qui ne parle pas, aura été le centre absent d’où surgissent les discours de ceux qui ne se sont jamais dit
J’ai adoré ce roman tellement bien écrit et construit dans lequel on entre comme dans le coeur ouvert des autres, d’abord sans rien y comprendre, puis doucement, au gré des mots donnés, on comprend, un peu, compatit beaucoup et espère avec eux ou contre eux

Renand, Antoine – S’adapter ou mourir

Ambre,17 ans, ne supporte plus sa mère et fugue avec son compagnon. Ils sont invités à faire halte chez Baptiste avec qui Ambre a longuement discute en ligne. Mais Baptiste est en réalité un psychopathe qui a prévu d’emprisonner Ambre pour en faire son esclave.Arthur, 40 ans, sans ressources après deux films ignorés et une récente séparation, accepte un travail de modérateur au sein d’un réseau social. Il doit regarder, effacer et signaler – sans que cela donne lieu à une suite – des vidéos d’une terrible violence. Ce mitraillage d’horreurs éveillera Arthur à sa propre noirceur et c’est en exerçant, avec ses trois amis, la violence envers les violents qu’il reprend goût à la vie
Avec un courage inouï pour son jeune âge, Ambre endure les viols et l’asservissement quotidien sans jamais y consentir, Et c’est dans l’amour qu’elle puise, au fil des ans, la force de tenir bon et l’inaltérable détermination à fuir

Ambre est l’image inversée d’Arthur. Tandis qu’elle veut fuir l’obscurité pour enfin vivre, Arthur ne se sent vivre qu’en elle. Tandis qu’ Ambre préserve sa douceur, sa droiture et sa capacité à aimer au coeur même de l’esclavage monstrueux qu’elle subit, Arthur, par sa fonction, découvre sa propre violence qu’il choisit contre l’amour, et pour la jouissance.
Ce livre reformule une question fondamentale: comment lutter contre la violence qui s’affiche partout comme une fierté? Faut-il la combattre en rajoutant la sienne à celle qui déjà règne? La refuser en dressant un mur de non-violence face à elle? Y a–t-il une autre voie?
Un roman qui prête à discussions, bien écrit et bien construit, psychologiquement parfait,

Bonal, Sergueï – Le chant du Baïkal

Saint-Pétersbourg. Yvan est policier et seul ce métier, mené tambour battant et en dépit de tout principe, lui évite de sombrer, ça et l’alcool pourvoyeur d’oubli. Le jour où un homme s’immole devant lui parce qu »il refuse de rouvrir l’enquête sur son fils assassiné,Yvan s’engage à revoir ce dossier bâclé. Pour ce faire,on lui impose un coéquipier qu’il reçoit avec toute sa rogne, car Yvan carbure à la rogne
Des flash-back nous ramènent ensuite 20 ans plus tôt dans un orphelinat sordide géré par une femme diabolique et un monstre pervers qui torture et viole les enfants terrifiés. Tous ces enfants, qu’il aient été adoptés jeunes ou enfermés jusqu’à leur17 ans, qu’ils s’en souviennent ou non, sont sortis de cet enfer avec d’indélébiles blessures
Pour résoudre les crimes abominables auxquels il est confronté, Yvan va devoir revivre un passé qu’il s’est efforcé d’oublier, mais on sait que le passé, impitoyable, revient toujours, quelle que soit la manière dont on a tenté de le réformer

Ce livre marque d’abord par sa violence extrême, celle pratiquée dans l’orphelinat, celle des crimes commis, celle de l’explosif Yvan, celle de tout un pays enfin, géré par la corruption et une administration lourde qui oeuvre à préserver son statu quo
Ce livre se distingue également par l’infinie souffrance de ses personnages, une souffrance qui ronge, terrifie et pousse ceux qu’elle habite jusqu’à l’extrême d’eux-mêmes
NB : L’auteur a vécu lui-même dans un de ces orphelinat russe avant d’être adopté à l’âge de 6 ans par un couple français

Jonasson, Ragnar – La dernière tempête

Noël 1987 l’inspectrice Hulda enquête sur la disparition d’une jeune fille, elle s’y donne corps et âme pour se faire une place parmi ses collègues machistes, mais ce faisant, elle ne réalise pas le drame que vit sa fille
Ce même Noël, au fin fond de l’Islande un blizzard glacial immobilise la région. Et là, dans une ferme isolée, survit le couple Einar-Erla, prêt à fêter Noël. Soudain on frappe à leur porte, Un homme transi de froid dit s’est perdu en chassant avec des amis Einar l’invite à entrer et à passer la nuit chez eux, mais sa femme, Erla, se méfie de cet inconnu et reste à l’affût. Elle l’entend se déplacer la nuit dans leur maison et en avertit Einar à son tour gagné par le soupçon. Dans ce huis-clos, l’angoisse va monter petit à petit jusqu’à l’insoutenable
Deux mois plus tard, Hulda reprend le travail après un long arrêt On l’envoie sur une scène de crime, en effet un couple a été assassiné dans une ferme isolée.

Écrit dans une langue sobre, avec cette poésie rustique aux accents naïfs propre à l’auteur, ce roman met en parallèle trois couples avec une enfant presqu’adulte: celui de Hulda avec leur enfant enfermée dans une souffrance indicible, celui des parents de la jeune fille disparue et celui du couple Einar-Erla dont la fille, attendue pour Noël, tarde à venir
Ces mises en parallèle toute d’intelligence, de finesse et d’émotion nous laissent au bout de leur chemin alourdis de tristesse, bouleversés, émerveillés

Dillard, François-Xavier – L’enfant dormira bientôt

Lorsque Michel Béjart avise les corps de deux nourrissons dans sa cave, il s’en prend violemment à Valérie, sa femme qui s’enfuit avec leur fils de 5ans, Hadrien. Et c’est l’accident !. Le garçon s’en sort avec les jambes brûlées, la mère gravement blessée. Après un passage à l’hôpital, Valérie est emprisonnée sur simple dénonciation de son mari (sans expertise psychiatrique ni mise en cause du mari !!!)
Si petit qu’il soit Hadrien a compris que son père a voulu détruire sa femme. Il cultive dès lors une haine féroce , démente, envers lui.
Pour se blanchir la conscience, Michel crée une fondation pour l’adoption. Or, quand deux nourrissons sont enlevés dans deux maternités différentes, la commissaire Jeanne Muller chargée de l’affaire remarque que les deux couples sont passés par cette fondation
En plus de cette enquête, Jeanne veille sur la jeune Samia .qu’elle a arraché au milieu de la prostitution pour la confier à un couple en deuil d’une enfant

D’une écriture simple, assujettie à l’action, ce livre est un roman de haine, celle des hommes, monstrueuse, irrépressible, et dirait-on même, constitutive de leur masculinité
Un roman de courage aussi, celui des femmes blessées, rendues folles, dévastées par la vie et les hommes
Un récit manichéen donc, caricatural même, sans nuances, sans pitié, sans justice

de Roany, Céline – Les beaux mensonges

Céleste Ibar est sortie de l’enfer marquée par deux balafres au visage et de multiples blessures à l’âme. Intégrée dans la police de Nantes, elle est boudée par sa nouvelle équipe parce qu’ayant pris un de ses enquêteurs en flagrant délit de violence conjugale, elle refuse d’étouffer l’affaire. Par rétorsion, son chef l’envoie constater le suicide d’une riche bourgeoise, Anne Arnotte, avec, pour la seconder, Ithri, jeune policier aux allures nonchalantes mais génie des écrans.
Très vite, Céleste écarte la thèse du suicide et en effet l’autopsie révèle une bien sombre et triste histoire cachée sous les riches vêtements, la distinction et la générosité de celle que tous disent sainte. Une histoire où un étrange testament sème la confusion et où les mensonges ne sont beaux que de protéger les belles réputations

Superbement écrit et construit, ce livre frappe par son sérieux, son humanisme et sa tristesse en bruit de fond.
L’intrigue se déploie autour de deux figures que tout oppose :
– Anne, la seule qui parle en je, camoufle et maquille ses blessures. Elle est le trou noir de ce roman vers lequel convergent aussi bien la bonté des femmes que les plus vils instincts des hommes
– Céleste, que les épreuves ont dépouillée de tout ego, expose et assume son visage balafré. Elle est, en quelque sorte, le trou blanc de ce livre puisque sa gravité tient les autres à une distance qui impose le respect, mais entrave tout élan de sympathie

Perks, Heidi – Evergreen Island

Stella a onze ans quand sa famille quitte précipitamment Evergreen Island en pleine tempête, arrachant l’enfant à son paradis,.
Adulte, Stella se sent en devoir de veiller sur sa soeur aînée, une femme blessée et amère, et se désole d’avoir perdu toute trace de son frère, ce garçon sensible qui fuyait les rapports sociaux
On comprend que Stella soit devenue thérapeute familiale quand on la voit ainsi hantée par son passé et les questions enfouies le concernant, questions qui resurgiront le jour où un corps est découvert, enfoui à l’orée de leur ancienne demeure
La jeune femme décide alors de revenir sur l’île afin d’éclaircir son passé en cherchant s’il y a un lien entre cette mort et leur départ précipité
Mais ce lien semble inextricable puisqu’emmêlé à bien d’autres

Le gros défaut de ce livre, à mon sens, est qu’une bonne partie de l’intrigue repose sur les réactions irrationnelles ou disproportionnées des personnages et sur leur confusion entre le mal moral et le mal légal, ce qui est bien dommage étant donné la qualité d’écriture et la finesse psychologique de l’auteure
Stella est une personne forte et fragile, douce et déterminée, elle se montre infiniment compatissante envers les autres, aussi pénibles soient-ils, toutefois son attachement au seul passé est déroutant, et parfois exaspérant

Merci aux Editions Préludes et Net Galley pour ce livre

Tuomainen, Antti – Au fin fond de la petite Sibérie

Au nord de la Finlande, un pilote de rallye fonce sur les routes enneigées quand soudain un choc effroyable se produit et une météorite atterrit sur le siège passager..
Le précieux objet est temporairement exposé au musée du village sous la surveillance d’honnêtes bénévoles, mais qui est honnête face au million que représente la pierre, qui sinon Joel le pasteur, ancien militaire qu’une explosion a rendu stérile. Et comme sa femme vient de lui annoncer sa grossesse, Joel, rongé par la jalousie, préfère la fuir en assurant chaque nuit la garde de l’objet.
Il va devoir affronter seul des mafieux russes, des voleurs déterminés, des villageois rendus fous par les promesses contenues dans ce million. Tant d’adversaires suscitent forcément des scènes rocambolesques et l’on voit par exemple le pasteur blessé au poumon qui engage une course poursuite sur un motoneige tout en consultant son GPS.
Parmi tant d’extravagances, il y a cependant quelques moments de grâce et de lumière

Merci à Fleuve éditions et à NetGalle pour cette lecture

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