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Hawkins, Paula – Celle qui brûle

Un jeune homme installé depuis peu à bord d’une péniche, est sauvagement poignardé.Trois femmes pourraient avoir commis ce crime. Trois femmes profondément meurtries dans leur chair et leur âme, trahies au plus intime. Trois femmes terriblement fragiles et tellement fortes: La tante de la victime, Carla, Miriam, sa voisine dont le manuscrit a été volé par le mari de Carla pour produire un best-seller – quelques extraits entrecoupent d’ailleurs l’intrigue – et enfin Laura, celle avec qui l’homme avait passé sa dernière nuit.
L’inspecteur Barker et sa collègue tâtonnent tout au long de cette enquête où l’absence de preuves matérielles et la complexité psychologique des personnages ne leur permettront pas de résoudre l’affaire sans aide

Quand la trahison suprême ou la tragédie surgit dans une vie on peut choisir de refuser désormais la vie et ses opportunités au profit du seul horizon de la rancune, de l’amertume et même de la vengeance, mais on peut aussi, quand une main est tendue, choisir de reprendre doucement vie après une période de deuil,
Roman éminemment intime, il adopte le cours des nos pensées, passant d’une époque à l’autre, d’un souvenir à l’autre, donnant ainsi à chaque personnage son épaisseur, dévoilant ainsi le pourquoi de ses actions et de ses passions
Comme dans son premier roman, Paule Hawkins déploie une grande tendresse et une immense compassion envers ses personnages en proie à la solitude de leurs déchirements et de leurs obscurités
(VO : A slow fire burning)

Merci aux éditions Sonatine et à NetGalley pour cette lecture

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Nieto, Patrick – Etat de légitime violence

Nadia Benhabib, nouvelle secrétaire à l’industrie Lacombe, est priée de rester plus tard un soir et se fait violer par son patron. Dévastée, elle hésite pourtant à porter plainte car quelle chance a-t-elle de la voir honorée quand les employés préfèrent se taire et que de nombreux policiers font copain-copain avec le patron prodigue?
Seul le capitaine Malavoy, récemment arrivé de Paris après qu’un drame l’a brisé, prend la déposition de la jeune femme à coeur et veut à tout prix établir la vérité .
Nadia vit seule avec son jeune fils, elle s’est toujours battue pour vivre sans aides ni assistances, et se retrouve à présent sans emploi. Sans compter le choc, la honte de n’avoir pu empêcher l’horreur, le dégoût de soi, la colère vaine, le renfermement progressif, la peur constante d’être agressée
Quelques temps plus tard, un meurtre a lieu 

La première partie de ce roman montre que le viol détruit les femmes au plus intime et montre également le courage qu’il leur faut pour déposer plainte, un courage puisé dans l’outrage personnel et dans le désir de protéger les victimes à venir.
La seconde partie, qui débute avec le meurtre, va conduire Malavoy et son adjointe, plus intuitifs et probes que leurs collègues, à travers fausses preuves, mensonges et rebondissements, dans une enquête policière plus classique
Un livre qui attire l’attention sur l’abomination qu’est le viol et les multiples freins à ce qu’une véritable justice soit rendue

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L’Heuillet, Hélène – Tu haïras ton prochain comme toi-même

Voici quelques réflexions, parcellaires comme toujours, de et à partir de ce livre


Le nazisme, les nationalismes et l’islamisme radical ont pour fondement la haine et pour but la pureté de la race. Toutes combattent donc pour du biologique et non pour du symbolique. Toutes visent à l’Un, à la fusion sans tiers ni altérité qui entachent la pureté
La haine hait donc toujours l’autre (on devrait l’appeler allophobie plutôt que racisme)
Mais l’altérité est irrépressible. La visée de pureté doit tout détruire; quand l’autre est inatteignable, ce seront les mêmes qui seront visés dans la haine de leurs petites différences. Le besoin de pureté atteignant sa perfection dans le suicide, soit l’élimination de l’autre en soi . D’où la formule « Tu haïras ton prochain comme toi-même »,
Le but de toute guerre en vue d’une pureté nationale, religieuse ou autre n’est pas la victoire mais une destruction sans fin, elle est, en effet, alimentée par la pulsion de mort à l’état pur, dénuée de son pendant qu’est la pulsion de vie, elle s’attache donc également à encourager le déchaînement des pulsions les plus basses et les plus répugnantes, toutes pulsions émanant de Thanatos

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Molloy, Aimée – Bonne nuit mon ange

Un jeune couple, Sam Statler et Annie Potter, vient habiter dans le village natal de Sam, là où sa mère, cette femme qui lui a tout donné après que son mari l’a quittée, a été placée. Très amoureux, le couple joue à se séduire et de re-séduire grâce à des jeux de rôles surprenants et au final assez drôles
Sam est psychothérapeute et se voit presqu’offrir un bureau au sous-sol d’une splendide maison victorienne, cabinet qu’il meuble somptueusement, fort de l’argent que sa mère lui a assuré bientôt recevoir de son père. Néanmoins il y a un hic: Juste au dessus du bureau de consultation, une conduite d’aération permet à une une oreille curieuse d’entendre tout ce qui se dit lors des échanges thérapeutiques.
Et puis un jour d’orage, Sam quitte son bureau pour se rendre à un rendez-vous et disparaît. Accident, fuite, enlèvement? L’enquête est lancée

L’auteure se joue de nous, nous déroute et nous surprend avec ses tours de passe-passe ses semi-vérités et ses faux-semblants, reflets ou rappels de ces jeux de séduction auxquels se livre le couple Sam-Annie
La seconde partie du roman, celle qui débute lorsque le psychologue disparaît, est nettement moins captivante et devient même franchement ennuyeuse
Bref un livre facile et agréable à lire mais que j’ai été contente d’avoir terminé en vitesse
(Titre original : Goodnight beautiful)

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Berger, Marie – « Sauvez-moi »

15 janvier 2020, le virus covid19 fait son entrée en France. Lors d’une soirée à l’ Elysée, la femme d’un attaché au ministère des droits des femmes, passe secrètement un mot écrit sur un morceau de papier toilette, un mot qui dit « sauvez-moi ». Interpellée, la réceptrice transmet le mot à qui de droit jusqu’à Pierre, un policier de grande confiance, qui est chargé de rassembler une équipe non officielle pour évaluer si danger réel il y a et d’où il provient
Pierre va, d’amis en amis, réunir quelques êtres profondément blessés par la vie et qui, tous, aspirent à réparer ce qui n’a pu l’être dans leur passé. Parmi eux Justin un ancien policier et Justice son épouse synergologue, Mila la psychologue, Raphaël le hackeur et Charlie le bi-genre
Le groupe qui s’est baptisé Horus, dissèque les vidéos publiques du couple, il suit leurs déplacements, les met sur écoute téléphonique etc.
15 mars 2020, le confinement est annoncé et le groupe des 5, hormis Pierre que le cancer ronge, décide de s’installer tous ensemble dans le vaste appartement situé sous celui du couple en question, un avantage dû au prestige de la personne anonyme qui a missionné le groupe

Les personnages composant l’équipe de sauvetage ont affiné leur sensibilité et enrichi leur complexité au feu des souffrances passées, et cette alliance des sensibilités crée une véritable tendresse entre eux.
On s’étonne qu’il s’agisse d’un premier roman tant l ‘écriture, très aboutie, reflète une belle maturité et si le thème de cette intrigue est très fréquenté, il apparaît ici comme totalement renouvelé du fait de cette enquête secrètement menée et de son impact sur chaque membre du groupe
Au final je recommande vivement ce roman intense, profond et passionnant

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Hauuy, Vincent – Le tricycle rouge

Il a fallu cinq ans au profileur Noah Wallace pour émerger du terrible crash avec le tueur qu’il pourchassait, accident dans lequel il a perdu femme et mémoire et qui lui a laissé des terribles douleurs, des trous de conscience et des visions à la vérité indécidable
Dès le retour en fonction de Noah, le tueur-bourreau, pourtant déclaré mort dans l’accident, se remet à ses crimes monstrueux  Il mutile ses victimes et les dispose en tableaux qui sont autant d’énigmes adressées à Noah afin de ranimer ses souvenirs d’enfance, une enfance que l’on devine atroce et donc profondément enfouie
Par ailleurs Sophie Lavallée, une journaliste investiguant sur les personnes disparues est sur la piste d’une fillette évaporée il y a 20 ans, mais tous ceux qui l’aident dans cette entreprise meurent brutalement

Pour le fond, ce livre montre à quelles monstruosités peuvent se livrer les hommes d’argent et de pouvoir lorsque leur position leur assure l’impunité
Pour la forme, le dispositif d’écriture déroute mais s’explique, ce sont des fragments, des flashes, des bouts de scène dispersés tels les bris d’un miroir fracassé dans lequel la conscience de Noah se cherche
Pour l’écriture enfin, il y a quelques phrases ampoulées ou tarabiscotées, ainsi que des maladresses pardonnables dans un premier roman

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Lloyd, Ellery – Suivie

Emmy était dans la mode avant de devenir mère. Comme elle éprouve toujours le besoin d’un public admiratif ainsi que celui d’argent, elle crée une chaîne instagram sur les aléas de la maternité, chaîne parrainée par une agente experte dans l’art de rentabiliser le créneau « maman »
Pour obtenir une vaste audience Emmy joue à la mère qui a déjà tout vécu et parle toujours vrai en toute spontanéité. Bien évidemment toutes ses apparitions et annonces sont planifiées, répétées et contrôlées par son agente. La course aux likes étant sans fin, Emmy va mettre en scène ses enfants, sources d’émotions positives, et s’instaurer conseillère en science infuse pour toute question mère-enfant
Cependant quelqu’un, dans l’ombre, attend l’heure de sa vengeance
La fin est absolument écoeurante, mais pas dans le sens où on le prévoyait

Ce roman rappelle que se donner, soi et sa famille, en spectacle sur la toile, comporte le risque de devenir la cible de personnes malfaisantes
Mais il montre aussi que l’influenceuse est un danger quand elle donne des conseils vite fait pour rassurer ou plaire sans en mesurer les conséquences ou quand plus aucun secret ne tient face à la rentabilité de son exposition
Je me suis souvent ennuyée avec ce livre un peu vain qui se lit vite étant donné son son écriture très moyenne
(VO : Peopke like her)

Merci NetGalley et HugoThriller pour cette lecture