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Loubry, Jérôme – Les soeurs de Montmorts

Julien Perrault vient d’être nommé chef de police à Montmorts, un village cossu doté d’ équipements dernier cri fournis gracieusement par le maire et propriétaire de ce village
Aux temps où l’altérité se nommait sorcellerie, de nombreuses femmes furent jetées du haut de ce Mont-morts, et comme l’Histoire ne s’efface pas mais imprègne les esprits, la jeune fille du maire qui souffrait d’une maladie orpheline a également été précipitée aux bas de la montagne.
Étrangement, depuis l’arrivée de Julien on dirait que les sorcières ont entrepris de se venger, se saisissant de l’esprit des habitants pour les inciter à tuer et se tuer avec violence.
S’agit-il vraiment de l’oeuvre des sorcières ? D’un magnétisme des lieux ou comme le pense Julien d’un habitant du village utilisant un stratagème machiavélique?

Parmi les qualités de ce roman j’ai aimé l’équipe des policiers fort attachants puisque fragiles autant que courageux; l’intrigue captivante judicieusement maîtrisée ; ce questionnement sur la notion de sorcière ; la faculté de l’auteur à déboulonner nos pronostics et suppositions les plus ingénieux, croyions-nous naïvement; et puis enfin cette question qui ne cessera de hanter nos consciences tant que nous demeurerons humains : La fin justifie-t-elle les moyens ?
Parmi les défauts je ne relève que des points subjectifs: Beaucoup de questions restées en suspens et puis si élaborée soit-elle je ne parviens pas à aimer cette fin qui heurte mes valeurs et convictions



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Montero, Rosa – La bonne chance

Pablo est un architecte renommé affligé de tendances obsessionnelles et pourtant un jour, comme il passe devant un trou perdu, il est saisi d’une impulsion soudaine, s’y arrête et s’y achète un appartement crasseux
A présent que dans cette sorte de fuite Pablo a laissé derrière lui un métier qui l’absorbait totalement, il connaît une période de passivité qui frôle l’hébétude. Dans ce vide surgit alors plus évidemment la meurtrissure d’un lointain passé solitaire et misérable, ainsi que la honte, la douleur d’avoir si mal aimé. Et puis il y a cette menace incarnée par un certain Marcos que la police recherche et que Pablo redoute
Tout à l’inverse de ce dernier, Raluca, sa voisine de palier, est un être lumineux et ouvert. Elle donne tout, s’enchante de tout avec une radieuse innocence et ne voit que l’étoile au coeur de ses nuits.
Tel un papillon de nuit que l’ombre protège et que la lumière attire, Pablo vacille entre ses fermetures sécurisantes et cette ouverture dans laquelle il craint ne pouvoir vivre

Ainsi donc l’âme, cet alliage de lumière et de pureté, ne doit rien à l’inné ni à l’acquis, mais dépend uniquement du choix que chacun fait de l’épanouir, de la mettre en veille ou de l’éteindre.
« La bonne chance » est habitée par cette chaleur, cette humanité et cette intelligence du coeur propres aux belles âmes Et son écriture est superbe

Merci à NetGalley et aux éditions Métailié pour cette lecture

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Penny, Louise – Le beau mystère

Perdu dans la forêt québecoise, le monastère Saint-Gilbert-entre-les-Loups abrite 24 moines vivant en autarcie et en silence sauf lorsqu’ils entonnent les sublimes chants grégoriens qu’ils étudient avec passion dans un vieux recueil noté en neumes, ces premiers signes de la notation musicale basés sur les mouvements de la main du chef de choeur
Quand le chef de choeur est trouvé mort, les reclus doivent, pour la première fois, ouvrir leur porte aux inspecteurs Gamache et Beauvoir
Et comme dans le chant grégorien où chaque phrase est reprise par une voix différente, les fêlures qui désunissent les moines se répercutent dans les fondations du vieux monastère et retentissent même sur les deux inspecteurs, brisant leur amitié

Dans ce très beau livre, on entend la magnificence des chants grégoriens, on éprouve cette élévation d’âme qu’ils inspirent, on assiste aux très riches dialogues que Gamache, cet homme de coeur et d’esprit, entretient principalement avec l’abbé, cet homme de grande foi et de peu d’ego.
L’enquête en huis-clos progresse au rythme de la vie monacale, aussi ce roman se lit-il lentement et, selon notre disposition, il se savoure ou agace

Neumes

(vo : The beautiful mystery)

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Laurent, Agnès – Rendors-toi tout va bien

Un mauvais jour, Guillaume est intercepté par la police et mis en garde à vue. Surpris, persuadé qu’il y a eu erreur, Guillaume se voit harcelé de questions: Où est sa femme Christelle? N’est-elle pas à la maison ou partie faire des courses? Non elle est introuvable. On le soupçonne de l’avoir tuée, d’ailleurs les preuves contre lui s’empilent et les voisins sont trop contents d’ajouter de l’huile sur le feu
Guillaume ne comprend rien, tout allait bien, il rentrait, mangeait, s’affalait dans son confort sans prêter attention ni à sa femme ni à ses filles, sûr d’être un bon mari, un bon père
Pendant ce temps Christelle roule au hasard, elle fuit, tous sens perdus, lourde de secrets, écrasée de souffrances, de solitude, de vide

Ce livre est un cri munchien, un appel désespéré de tous ces êtres qui se débattent avec les mots pour se dire, se sentent trop insignifiants pour prendre une parole difficile, surtout si cette parole, l’autre n’en veut pas
C’est un cri muet voué à déchirer le tissu d’indifférence de tous ces êtres qui, repliés sur leur petit ego, sourds à leur entourage, estiment que tout va bien s’ils leurs pulsions ont été comblées

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Schemer, Franck – Le palais des innocents

Dans un village d’Alsace, chaque année à la même date, un enfant est tué et brûlé par un autre enfant qui deviendra la victime de l’année suivante. Depuis cinq ans le commissaire Cornière, grand boulimique et esprit la mordant, cherche en vain à démêler ce casse-tête où l’enfant assassin, traumatisé et mutique, n’écrit que ceci: « C’est la sorcière qui donne et qui sourit »
Cornière est aidé par Olivia, une jeune fille du village dont le père s’est suicidé et la mère a perdu la raison. Elle est aujourd’hui hébergée, avec son petit frère surdoué, par un oncle radin qui ne les loge qu’à contrecoeur
Tous deux s’emploient à trouver qui est cette dite sorcière, comment elle parvient à forcer les enfants à tuer aussi sauvagement et pour quelle raison elle convoquecette mise en scène macabre

Une très belle écriture, une intrigue originale et captivante et un roman qui n’est policier que pour être davantage psychologique, font de ce livre une vraie découverte
Si certains personnages sont caricaturaux au point de déranger la lecture au début, ce n’est là qu’un procédé pour nous inviter à ne pas nous fier aux apparences, ces trompe-l’oeil destinés à cacher les profondes souffrances psychologiques et la sensibilité de ces personnages.

Merci aux Editions de la Rémanence ainsi qu’à NetGalley pour cette lecture

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Denjean, Céline – Le cercle des mensonges

Un jeune homme est précipité du haut d’un immeuble après avoir été forcé de confesser son suicide, Or ce jeune homme fréquentait le milieu SDF et se souciait particulièrement de la disparition de plusieurs d’entre eux dont il était proche
Par ailleurs, le corps d’une brillante microbiologiste est découvert dans la forêt.
Deux équipes sans liens, celle d’Eloïse Bouquet de la gendarmerie et celle d’Urbain Malot de la PJ, vont se charger chacune d’un de ces crimes pour en suivre le tracé tortueux jusqu’à son origine monstrueuse
En outre, Eloïse veut capturer l’insaisissable criminelle responsable de la mort de son conjoint trois ans plus tôt. C’est Amanda, une journaliste redoutablement futée, qui mène les recherches jusqu’au moment où Eloïse prend la relève, accepte d’utiliser les méthodes abjectes qui lui ont fait horreur lorsqu’elle en était victime et outrepasse ses droits de gendarme

L’auteure élabore une intrigue d’une grande complexité avec, en plus, deux équipes partant chacune d’un autre entrée de ce labyrinthe infernal. Jamais pourtant nous ne nous y perdons car des lanternes s’allument tout au long du trajet de notre progression
Malheureusement, les personnages, réduits à quelques traits de caractère, manquent de profondeur et de nuances,. Quant à Eloïse, partagée entre enquête et quête, entre devoir et passion, elle manque de concentration dans l’un et de déontologie dans l’autre