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Ferey, Caryl – Lëd

Norilsk est une des villes les plus froides du monde (jusqu’à – 60°) et des plus polluées avec ses mines de nickel, seules richesses de la région.
Deux morts suspectes, celle d’un nomade se déplaçant avec ses rennes, et celle d’une jeune étudiante, sont décrétées non reliées par le chef de la police, mais Boris, un policier muté à Norilsk car son honnêteté gênait, est persuadé du contraire, il va donc enquêter seul, à l’insu de son chef. Boris puise sa force dans l’amour de sa femme hélas gravement malade.
En effet, seuls l’amour, la poésie et l’amitié permettent de survivre dignement en ces lieux et, pour beaucoup, de supporter le travail dans les mines. L’amitié a ainsi réuni quelques couples soudés dans l’entraide et le goût de la vérité.
Toutefois, dans un régime où la corruption règne en maître, de telles valeurs constituent une menace, une forme de résistance politique. Elles seront donc écrasées, mais non sans y puiser leur ultime glorification


L’écriture de Caryl Ferey est sidérante de force et de beauté, elle est souffle de chaleur humaine, tempête arctique dévastatrice, poésie au coeur d’un monde détruit qui lui inspire colère et fatalisme, elle est amour envers ces hommes brisés qu’elle pleure et embrasse, elle est étoile filante dans une nuit sans fin.

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Civico, Alexandre – Atmore Alabama

C’est dans l ‘Amérique des rednecks, ces hommes que l’ennui et la perte de sens ont précipités dans la haine de l’étranger quand ils ne remplissent pas leur vide d’âme d’alcool et de drogues, c’est donc là que débarque le narrateur de cette histoire.
Il a tout laissé derrière lui, n’emportant que des souvenirs qui le torturent telle une dent avariée et le voilà donc, rôdant autour d’un pénitencier de haute sécurité situé quelques kilomètres plus loin
Logé chez Mae dont le fils est enfermé dans ce même pénitencier, il rencontre Eve, une jeune prostituée vive et perspicace
Habité de douleur, de rage et d’un désespoir sans fond, le narrateur vit dans l’attente, une attente tendue à l’extrême, une attente qui l’a poussé jusqu’ici, dont il connaît obscurément l’objet sans savoir comment l’atteindre, un objet encore flou que seule Eve peut lui offrir
L’écriture est aride, dépouillée jusqu’à l’os, avec, de temps à autre des éclats de poésie. Un livre sans espoir parce que sans pardon

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Ellory, R.J. – Le carnaval des ombres

1959 Quand un cirque ambulant s’installe dans la petite ville du Kansas les habitants d’abord rétifs s’enchantent ensuite du talent des artistes, mais voilà qu un mort est découvert sous le carrousel. Fait étrange, l’affaire n’est pas confiée au shérif du lieu mais à un agent du FBI, Michael Travis,
Travis se voue totalement à son travail qui, avec le devoir et la loi, constituent les barrages qu’il a dressés contre les souffrances et terreurs de son enfance.
Questionnant les gens du cirque sur ce mort non identifié, Michael se voit interrogé lui-même sur ses défenses qui lui ferment l’esprit et le coeur en même temps qu’elles lui ferment l’accès à l’aboutissement de son enquête
Mais qui sont ces étranges personnages qui conduisent doucement, inexorablement Michael, à se libérer de ses démons qui ne le sont que d’être méconnus, ainsi qu’à remettre en question cette obéissance à ses supérieurs qui se doit d’être aveugle, mais aveugle à quoi ?

Oeuvre de grande maturité, ce roman philosophique, psychologique et politique possède certes les lenteurs et les répétitions qui sont inhérentes à tout changement radical de perspective sur soi et le monde quand il y a tant de résistances et de douleurs à traverser, tant de pertes à assumer avant de pouvoir enfin se libérer
L’écriture de R.J.Ellory touche et émerveille, sa beauté est intemporelle