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Paris, B.A. – Le cercle de Finsbury

Alice a quitté sa belle campagne pour suivre Leo, en effet, son compagnon leur a déniché une maison cossue dans le Cercle de Finsbury, un quartier londonien huppé et verdoyant où tous se connaissent et se fréquentent.
Un jour un détective privé aborde Alice, il enquête sur le meurtre de Nina assassinée dans cette maison même il y a un an. Choquée par cette nouvelle, Alice fustige Leo qui lui a caché ce drame par crainte qu’elle ne refuse d’habiter cette maison (voie royale pour la faire doublement fuir)
Ce mensonge introduit une brisure dans leur couple et une brisure dans le coeur d’Alice car sa soeur, tuée dans un accident, s’appelait aussi Nina
Dès lors, la jeune femme ne cesse d’interroger ses voisins sur Nina et ce meurtre violent, mais ses questions gênent ou irritent. Que taisent-ils donc tous? Alice partage ses recherches avec le détective privé qui l’encourage
Et quelle est cette ombre qui, de nuit, s’ infiltre dans sa maison ?

Cette lecture facile ne brille pas par son originalité ni par sa profondeur, par contre elle nous plonge dans l’ambiance d’un quartier résidentiel clos où les familles se voient forcément, s’invitent donc souvent, mais se dissimulent l’essentiel
Le suspens se maintient grâce à l’alternance du soupçon et aux visites nocturnes. Certes la recette est connue mais elle se laisse savourer avec plaisir et constance avec, en finale, une belle révélation sur l’héroïne

Merci à NetGalley ainsi qu’aux éditions Hugo et compagnie




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Blanchard, Christian – Tu ne seras plus mon frère

Syrie 2011. Le dictateur Bachar el-Assad décide d’ écraser la rébellion de l’ASL, l’armée syrienne libre.
On suit Kasswara, le fils aîné d’une famille franco-syrienne qui s’engage dans l’ASL tandis que le fils cadet, Kamar, intègre l’armée de Bachar. Les frères sont dorénavant ennemis.
Tous deux se font remarquer comme tireurs d’élite
La première fois que Kasswara tue, il s’imagine tirer sur des objets, ensuite il justifie ses tueries, puis il y prend plaisir et enfin tuer devient sa drogue
L’ASL s’affaiblit fortement lorsque une faction état islamiste s’en détache, amenant la Russie à intervenir aux côtés de Bachar . L’ASL s’effondre.
2019, Florence Dutertre est assistante sociale, elle reçoit les « lionceaux du califat », ces enfants de parents français partis faire le djihad en Syrie, et détermine si leur endoctrinement en fait des tueurs potentiels ou non.
Mais un tueur d’élite abat ces enfants dès leur arrivée en France

Ce livre résume avec une grande clarté la situation de cette Syrie déchirée par des guerres fratricides
Ce roman montre que la guerre peut insidieusement attirer un homme de paix dans une passion de tuer telle que toute autre raison de vivre lui paraît dérisoire.
Enfin l’auteur nous fait ressentir cette terrifiante idéologie du djihad qui n’a d’autre but que la destruction et d’autre raison qu’une haine sans fin

Merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour cette lecture

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Indridason, Arnaldur – La voix

Gudlaudur, le portier d’un l’hôtel de luxe, est découvert poignardé dans la petite cave où l’hôtel lui permettait de loger. Le cadavre, revêtu de l’habit du Père Noël, a été surpris en pleine relation sexuelle
Cet homme décrit comme solitaire, silencieux et sans joie touche profondément Erlendur qui voit en lui un compagnon de tristesse et de solitude.
Dès lors le commissaire entend pénétrer la vie de ce portier auquel nul ne prêtait attention. Ainsi apprend-il qu’enfant, Gudlaudur possédait une voix sublime enregistrée sur deux disques fort recherchés, mais aussi qu’il en bavait avec son père qui l’obligeait à travailler sans relâche sa voix (la voix de son père). Jusqu’ au drame. Drame qui rappelle à Erlendur celui qui a crucifié sa jeunesse et le ravage toujours, le plongeant dans la mélancolie

Si l’intrigue est classique et sans surprises, si le style est parfois maladroit, à moins qu’il ne s’agisse de la traduction, l’ouvrage a l’intérêt de nous démontrer que l’insouciance de l’ enfant est un mythe. Les enfants sensibles prennent en charge leurs parents, s’efforcent de les satisfaire, les protègent et se culpabilisent ou se dévastent lorsqu’ils n’y parviennent pas

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Fitzek, Sebastian – Le cadeau

Voici une histoire dont la complexité est à la mesure des astuces d’un inconscient chargé d’occulter souffrances et dévoilements .
Milan Berg, souffre d’alexie, un analphabétisme total qu’il compense et cache grâce à sa mémoire photographique phénoménale
Un jour il distingue, à l’arrière d’une voiture, une adolescente terrifiée qui exhibe un message. Incapable de lire ces mots, Milan suit la voiture jusqu’à une maison qu’il visite le lendemain avec son amie Anka. Étrangement le lieu est abandonné, ne reste qu’un message codé selon la méthode inventée jadis par Milan avec son amour d’enfance. Un code lié au livre « Le cadeau »
Comment un tel code peut-il resurgir ici ?
Ce message est le premier d’un jeu de pistes qui mène irrésistiblement Milan sur les lieux des drames de son enfance, ces drames dont on l’a cru responsable et dont il répète chaque nuit le cauchemar, ces drames qui entraînèrent son alexie, mais pourquoi et comment?

Ce parcours dans les méandres de l’inconscient où les gens changent de noms, où rien n’est cohérent ni censé, où vérités et mensonges s’entremêlent et s’embrouillent, ce parcours jonché de morts bien réelles celles-là, peut surprendre et dérouter, mais ce dont il s’agit en finale c’est de mettre en scène et en action cette question indémêlable et torturante
Naît-on mauvais ou le devient-on ? Et si l’on naît mauvais est-on condamné à commettre le mal ou peut-on y résister?

Merci aux éditions l’Archipel, à Mylène Pagnat et à NetGalley pour cette lecture

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Ware, Ruth – Les cinq règles du mensonge

Règle un : Dis un mensonge : règle deux : Ne change pas ta version : règle trois : Ne te fais pas prendre ; règle quatre : Ne pas se mentir les unes aux autres ; règle cinq : Savoir quand cesser de mentir.
Quand quelqu’un meurt, ce n’est plus un jeu

Isa, Kate, Thea et Fatima se sont liées d’amitié dès leur entrée à Salten House, pensionnat anglais de jeunes filles . Isa, dernière venue et narratrice, est initiée au jeu du mensonge qui scelle leur amitié mais leur vaut l’inimitié de nombreuses personnes.
17 ans plus tard, quand Isa, devenue mère, reçoit un appel urgent de Kate, elle part aussitôt la rejoindre au Moulin des Brisants qui, jadis, accueillait le quatuor d’amies lors de week-ends enchantés Toutes sont au rendez-vous, unies davantage par un mensonge commun qui ne fut plus un jeu que par leurs souvenirs heureux. Un mensonge dont les pans aujourd’hui s’effritent en même temps que la structure du Moulin rongée par les eaux
Mais un mensonge peut en cacher un autre, une forêt d’autres

Un lourd secret plane sur ce drame, un secret qui maintient sa tension tout au long de ce roman puisqu’il se situe bien ailleurs que là où l’on pense, qu’il gît sous plusieurs couches de mensonges.
L’histoire entremêle passé et présent sans heurts, le seul défaut de ce livre, réside dans le caractère impulsif et la manque de cohérence des personnages

Merci à NeGalley et aux éditions Fleuve noir

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Mayeras, Maud – Les monstres

Entre «Room» d’Emma Donoghue et «La petite fille aux allumettes» de Gaëtan Soucy, «Les monstres» montrent ce que l’emprise et la perversion peuvent accomplir de ravages dans l’esprit et le corps des enfants.
Enfermée dans une cave sombre et dénudée, une jeune adolescente est violée, battue et humiliée par l’Ogre qui lui fera plusieurs enfants dont deux seulement resteront auprès d’une mère s’efforçant de donner ce qu’elle peut d’amour au sein de cet enfer.
L’Ogre s’attribue le nom d’Aleph (cette première lettre de l’alphabet hébreu désigne Dieu, le créateur du monde tel que dit par la Bible dont l’entame est la deuxième lettre, Beth) il professe aux petits leur état de monstres ennemis des hommes, il leur enseigne une version aliénante et pervertie du monde et des êtres.
Un jour Aleph ne vient pas, puis il ne vient plus. Faute de nourriture, la mort guette la mère et ses petits mais une équipe de sauvetage est dépêchée, les verrous cèdent, les hommes entrent, terrifiant les enfants qui blessent leur mère avant de s’enfuir

L’effroi, le déchirement intime, le cri munch-ien qui nous étreint devant l’atrocité de cette séquestration, atteint l’insupportable devant cette violation exercée sur de jeunes esprits, instillant en eux la certitude que le règne le Mal est bon, qu’une vie d’ombre et de saleté mérite d’être défendue et que l’autre est toujours un ennemi à tuer.
Dans notre monde actuel, combien d’Aleph corrompent-ils ainsi le coeur et l’âme de leurs enfants ?
L’auteure nous démontre également que la belle écriture peut dénoncer, mais qu’elle peut aussi avilir