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Lancien, Ludovic – Les oubliés de Dieu

Un matin on découvre le corps d’un médecin lacéré, déchiqueté, bafoué. Sa veuve dévoile à la police la passion morbide de son mari pour la tératologie, morbide puisqu’il collectionnait les photos de ces malades dans un carnet titré Gnadentod (mort miséricordieuse) le nom de ce programme nazi d’extermination des handicapés.
Cet attrait lugubre réveille certains souvenirs chez un policier, Gabriel, car jadis, avec un ami, il a pratiqué le tourisme noir, visitant ces lieux où les pires atrocités furent commises. Au même moment d’ailleurs, cet ami l’appelle, affolé, mais Gabriel écourte l’entretien pour se rendre auprès de sa femme qui se meurt du cancer
Parallèlement sa collègue, Noémie, également en proie à ses démons, se met en quête du lieu où le médecin exécuté approvisionnait sa collection.
Ce jeu de pistes nous mène vers le meurtrier, mais aussi dans l’enfer de ces malades considérés comme bêtes de foire, monstres répugnants, objets de jouissance, êtres pitoyables et parfois, comme êtres humains
La fin de ce livre est amère, car profondément injuste

Plus que l’enquête, assez brouillonne, et le style, parfois maladroit, le mérite de ce livre est d’aborder ces maladies orphelines comme l’acromégalie, la porphyrie, les enfants de Lune au coeur d’une société qui les rejette, les exploite ou les prend en pitié. Il met en avant leurs souffrances physiques, leur honte, leur répulsion d’eux-mêmes, leur faim d’amour, leur désespoir. Et nous force à nous interroger sur notre réaction face à cet autre radicalement autre

Merci à NetGalley ainsi qu’à Hugo poche suspense pour ce livre



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Horst, Jorn Lier – L’usurpateur

Line Wisting, journaliste à VG, est bouleversée quand elle apprend qu’un homme mort depuis six mois a été découvert assis devant sa télé. Choquée par un tel délaissement, elle entreprend d’investiguer sur cet homme afin de lui offrir une place en ce monde
A quelques distances de là, un inconnu, mort également depuis six mois, est étendu dans une sapinière. L’inspecteur William Wisting, père de Line, est chargé de l’affaire. Or il s’avère que cet inconnu, dont on découvre qu’il est américain, était arrivé en Norvège sur la trace d’un tueur en série recherché depuis 20 ans par la FBI. Prévenue celle-ci envoie ses agents travailler avec Wisting
Au cours de cette enquête laborieuse et souvent décourageante, en plein coeur de l’ hiver nordique où il faut chaque jour dégager sa voiture, la racler, lui pelleter une sortie, on apprend qu’un « homme des cavernes » désigne quelqu’un qui endosse l’identité d’un tiers récemment décédé et suffisamment isolé pour que l’usurpation passe inaperçue

Dans les livres de cet auteur, Line s’empare d’un sujet qui semble n’avoir rien à voir avec l’enquête de son père, mais au cours de leurs recherches, leurs routes finissent, comme l’on s’y attend, par converger.
Père et fille nous attachent du fait de l’immense respect qu’ils portent aux autres, de cette solitude triste qu’ils assument en silence et de cette douceur mélancolique qui est la musique propre à l’auteur

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Sjöwall M. & Wahlöö P. – L’homme au balcon

Un homme, à son balcon, observe la rue des heures durant. Soudain son regard accroche une petite fille et la suit des yeux. Sa voisine d’en face, qui l’épie, surprend ce regard et en avertit la police mais celle-ci n’en fait aucun cas.
Pourtant bientôt une, puis deux fillettes disparaissent alors qu’elles jouaient dans des parcs de Stockholm. Elles seront retrouvées peu après violées et assassinées.
L’équipe en charge de l’affaire, dirigée par Martin Beck, est réduite à ses traits saillants, tels les nains du conte, il y a Beck le calme, Larsson le râleur, Rönn l’enrhumé, Melander la mémoire et Kollberg le gentil costaud.
L’enquête piétine jusqu’au moment où l’appel du tout début leur revient en mémoire, initiant une longue chasse à l’homme qui permet aux auteurs de montrer à quel point la capitale souffre aujourd’hui de la crise du logement, d’une pauvreté affligeante et d’une immixtion de la drogue qui asservit jusqu’aux très jeunes adolescents
L’écriture est basique et l’enquête assez pauvre, l’intérêt de ce policier étant purement historique puisque ces auteurs sont considérés comme les pionniers du polar nordique

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Indridason, Arnaldur – Les nuits de Reykjavik

1970 Erlendur et ses collègues effectuent des rondes de nuit. Loin des grandes gueules avinées et égocentriques, le jeune sergent se montre d’une nature calme et solitaire avec, en bruit de fond, une lancinante tristesse.
Au cours de ces tournées, il rencontre de nombreux clochards, dont Hannibal, celui dont, tout au début, nous est relatée la mort par noyade
Depuis lors, Erlendur reste soucieux, sans cesse il ressasse les paroles de cet SDF qu’il a plusieurs fois cueilli dans la rue, frigorifié ou blessé, et mis à l’abri. Il se sentait proche de cet homme dont la mort lui paraît suspecte, aussi, en dehors de son service, va -t-il enquêter auprès de ceux qui l’ont connu.
Et l’on voit alors Erlendur, ce grand taiseux, ne pas lâcher la grappe à son interlocuteur et l’interroger encore et encore jusqu’à se faire vertement rembarrer
Ainsi, petit à petit, Erlendur tisse le fil d’une toile plus complexe qu’il n’y paraissait et son enquête progresse tranquillement, comme on se promène le long d’un chemin sous le vent d’une douce nostalgie, d’une compassion discrète et d’un fatalisme poétique