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George, Elizabeth – Anatomie d’un crime

Pour les enfants Campbell, la vie est pavée de souffrances: un père abattu devant sa fille, une mère cloîtrée dans un hôpital psychiatrique, suivis d’une grand-mère dotée d’un mari alcoolique et qui, un beau jour, les dépose, tels des sacs poubelle, sur le trottoir de sa fille Kendra. Cette dernière, célibataire par choix, ne s’attend pas à un tel cadeau-fardeau.
Ness, 15ans, exprime sa révolte dans le sexe, la drogue et l’agressivité; Joël,12ans, protège son petit frère Toby perdu dans ce monde qui l’effraie.
Grand solitaire, Joël devient vite la proie d’une bande de loubards. Mais quand ces derniers s’en prennent à Toby, Joël, affolé, est prêt à tout pour éviter le naufrage mental de son petit frère
Si Kendra se soucie réellement de ses neveux, elle est cependant débordée par leurs problèmes qu’ils s’emploient d’ailleurs à lui taire, car telle est la loi des quartiers pauvres et malfamés

Un roman sublime, poignant, mais infiniment triste.
L’auteure, tout comme Kendra, entoure les enfants d’une immense, et impuissante, tendresse. Impuissante parce que leur blessure intime est si profonde, si indicible qu’elle ne eut s’exprimer que dans la rage l’effondrement ou le naufrage .
Quand le monde est violence, que faire de sa tendresse? Quand tout est désespoir, comment croire à une issue qui ne soit cruelle?

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Grebe, Camilla – L’archipel des larmes

Quatre époques avec quatre policières s’efforçant de découvrir le visage d’un tueur qui s’introduit chez des jeunes femmes célibataires et, en présence de leur enfant, les tabasse avec une violence rare, puis les crucifie au sol. On nomme ce monstre « le tueur des bas-fonds » car il choisit des femmes démunies dont il bafoue la féminité et la maternité.
Ces quatre policières, quoique débutantes, ou du moins peu gradées, sont extrêmement douées mais leur talent se heurte, parce que femmes, au dédain, à la dépréciation systématique et à l’ostracisme de leur supérieur
Elles doivent encore, en plus, faire face à de profondes désillusions dans leur couple.
Si ce sont ces femmes flics qui chaque fois approchent au plus près la vérité du tueur, c’est sans doute parce que, délivrées de ces préjugés et postures qui limitent l’ouverture d’esprit de certains hommes et certaines gradées, elles parviennent à s’insérer dans d’autres schémas de pensée et d’action. Chacune d’elles laissera d’ailleurs une trace qui guidera la suivante dans son enquête

L’auteure nous empoigne par la main et le coeur à la suite de ses quatre héroïnes qui se succèdent et nous relatent, chacune dans la langue de sa sensibilité, leur acharnement à sauver les futures victimes et percer le mystère du monstre, leurs réflexions, la traversée de leurs peurs, leurs doutes, leurs désespoirs,
L’enquête durera 75 ans et on se demandera avec l’auteure si les mentalités auront changé. mais le peuvent-elles tant que l’homme ne s’appréciera, lui et les autres, qu’en termes de plus ou moins, inférieur ou supérieur, plus petit ou plus grand, bref tant qu’il ne se déterminera que mathématiquement ?

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Coquery, Guillaume – Oskal

Une toute jeune équipe naît à Saint-Gaudens. A sa tête Damien Sergent, moins chef que responsable de son équipe, s’adjoint son ami Fredo, Sandrine la battante et Yannis le geek.
Ils sont appelés dans un cirque car Irina, une jeune danseuse russe, s’est donné la mort par balle. Cependant un examen plus sérieux démontre qu’il s’agit d’un assassinat, et même d’un double meurtre en lien avec la disparition d’une jeune femme qui vivait auparavant à Besançon, tout comme Irina, C’est là également que la femme de Fredo s’est évaporée il y a tant d’années, le laissant inconsolable et meurtri. L’équipe s’y rend donc mais tombe sur un mur de silence, de preuves disparues et d’obstacles musclés.
Dès lors l’enquête se complexifie en une véritable toile d’araignée aux fils emmêlés, une toile dans laquelle l’équipe traversera bien des zones de turbulences mais en ressortira soudée, prête à poursuivre son oeuvre de justice

Remarquable est que les policiers ne sont ici ni caricaturaux ni univoques, ils n’arborent pas ces postures irritantes, mais, et c’est le défaut de cette qualité, ils manquent de cette étoffe faite d’âme et de paradoxes qui nous donne le sentiment d’une réelle présence, unique, opaque et prodigieuse
Par ailleurs l’intrigue est complexe à souhait, vrai labyrinthe où les sorties se ramifient, abouchent sur des trompe-l’oeil et où, quand on pensait tout deviner, on ne frôlait en fait que la plume de l’oiseau s’envolant.
Quant à l’écriture, elle se fait discrète, tout au service de l’intrigue dont on attend la suite ..

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Delcroix, Angélina – Synopsix

Mallory la rebelle, l’impulsive, fut, dès ses 18 ans, reniée par son père.
Après avoir galéré dans la rue, elle accepte un emploi de serveuse mais s’accroche sans cesse à une patronne teigneuse. Aussi quand elle reçoit une invitation à un jeu qui consiste à résoudre un crime encore non élucidé, assorti d’une somme rondelette, elle s’y jette les yeux fermés. Droguée, elle est alors emmenée, en plein l’hiver, dans un manoir délabré sans eau ni électricité. Cinq autres participants vont progressivement échouer en ce lieu morbide où les nuits sont parsemées de cris et de vents violents. Très vite, la méfiance s’installe entre les six protagonistes, les consignes qui leur sont transmises suintent de menaces, la peur grimpe, grandit encore quand ils sont confrontés aux scènes de crime tellement réelles
Mais désormais toute fuite s’avère impossible, voire même dangereuse.
Pendant ce temps, une écrivaine réécrit le scénario de son livre à paraître…

Si à l’instar de ses précédents romans, l’écriture et le rythme sont toujours excellents, l’histoire, bien construite mais fortement tirée par les cheveux, exige du lecteur une bonne dose de crédulité et de bonne volonté,
Et la fin qui devait faire choc, laisse encore plus interloqué.