Mayeras, Maud – Hématome

Amnésique, sans nom, elle se réveille dans une chambre d’hôpital avec, à ses côtés, Karter, ce compagnon dont elle n’a aucun souvenir. Au cours de ces jours de souffrance, Emma, car tel est son nom, apprend qu’elle a été agressée et violée avec une sorte de harpon qui a détruit son foetus.
Forcée de quitter l’hôpital, la jeune femme part, guidée par Karter, dans leur appartement où son chat handicapé l’accueille en fête.
L’amnésie a jeté Emma dans une grande désolation, cependant des flashs lui parviennent, vestiges d’un passé inquiétant qu’elle offre à Karter et qu’il lui rend dans un contexte rassurant
Quand elle ose enfin se regarder dans un miroir, Emma découvre les ailes tatouées sur son dos et brusquement Trax, son ami tatoueur, son amour, lui revient en mémoire. Où est-il? Son évocation met Karter en fureur.
Mais bientôt, d’autres bribes de souvenir ressurgissent: sa toxicomane, son ami qui l’en sauve, sa clinique vétérinaire, l’échec et la ruine, un père en vie.
Remise sur pied, Emma décide d’aller revoir ce père et cette clinique.

Un suspense palpitant où les questions obtiennent des réponses suscitant d’autres questions, où la vérité se glisse entre intuitions, allusions et non-dits. Malheureusement cette intrigue, assortie d’une fort belle écriture, s’échoue dans un final fracassant et démesuré

Ellory, R.J. – Les neufs cercles

1974. John Gaines, vétéran du Vietnam, est nommé shérif dans le Mississippi. Chaque jour il lutte tant contre la folie que contre l’insensibilité qui menacent les survivants de cette guerre immonde et insensée dont l’horreur hante ses rêves.
Aussi, quand le cadavre d’une adolescente disparue vingt ans plus tôt est découvert, préservé par la boue et avec, à la place du coeur, un serpent enroulé sur lui-même, John sent qu’il devra traverser à nouveau les cercles de l’enfer passant par un ancien de la guerre du Japon amoureux fou de la jeune morte et traversant le clan (klan) riche et influent que fréquentait la jeune fille à l’époque.
Ce clan est celui des 4 enfants Wade dont aujourd’hui l’aînée s’est rangée et dont l’aîné s’est donné les pleins pouvoirs sur les affaires familiales, sur sa jeune soeur rebelle et sur le benjamin marginal
Cette enquête où chaque pas met John en danger puisque le klan tout entier, soutenu en haut lieu, élimine les importuns en toute impunité, est aussi le lieu où John éprouve son vrai courage, non plus celui de la peur, mais celui de la lutte pour la justice et la vérité, quoi qu’il en coûte.
Ainsi seulement John se rachètera-t-il du péché d’avoir été contraint de participer à cette guerre monstrueuse et d’en être revenu vivant
Un très grand livre

Job, Armel – Baigneuse nue sur un rocher

Nous sommes en1957, dans un petit village de l’Ardenne belge.
José Cohen, peintre juif, s’y était réfugié en 1940, fuyant Liège et rejoignant la résistance où siégeaient un curé joyeusement iconoclaste et retors, Teddy, jeune prodige gay, Clément, le trousseur de jupons détesté de tous et Léopold, l’ombrageux charcutier.
En 1957, Thérèse, la fille du charcutier, a 16 ans. Elle travaille dans la boutique de ses parents quand José y entre et propose de réaliser son portrait. Ravie, la jeune fille accepte de poser pour un chaste portrait, puis de se laisser peindre nue sur un rocher au bord de la rivière. José lui promet de n’exposer cette peinture que loin, à Liège. Hélas, un journaliste a vent de l’affaire et s’en gausse dans le journal local.
Et c’est le scandale !
Et le déchirement des surfaces sous lesquelles resurgissent les infamies, les lâchetés, les basses vengeances que la guerre avait autorisées et qui ont marqué chaque villageois de leur sceau délétère

Avec son écriture savoureuse et poétique, avec sa tendre ironie et son immense compassion pour la faiblesse humaine, Armel Job nous conduit à ne jamais juger mais à accompagner ceux qui étouffent sous leurs déceptions et leurs souffrances et ne trouvent d’air qu’en blessant leurs semblables

Colize, Paul – Toute la violence des hommes

Vukovar 1991 Alors que les serbes pilonnent la ville, le petit Nikola Stankovic, 8 ans, se réfugie avec ses parents dans les caves de la ville où il restera près de trois mois, affamé, glacé, terrifié par les terribles événements de la guerre qui le saisissent au plus intime de son être.
Bruxelles de nos jours. D’immenses fresques ultra-violentes émergent, au petit matin, sur des surfaces inaccessibles. Personne ne connaît l’identité ou le visage de cet artiste prodigieux, sauf le lecteur : il s’agit de Nikola, celui-là même qui est accusé d’avoir occis une jeune croate, Ivanka, à coups de couteau : les caméras l’ont repéré sortant de chez elle et ses chaussures sont imprégnées du sang de la jeune femme.
Confrontée au mutisme du jeune homme, la justice le place en EDS (Établissement de Défense Sociale) afin de déterminer si l’accusé est responsable de ses actes ou non. Ne pas l’être l’entraînerait en unité psychiatrique fermée, sans défense et sans terme, le pire donc. Sous ses allures de Folcoche, Pauline Derval, la psychiatre directrice de l’EDS, comprend vite que son patient, privé de mots, parle en peignant.

Avec sa langue toute en finesse, ses personnages complexes et contradictoires, comme nous le sommes tous, et son immense, son incomparable tendresse envers les hommes, Paul Colize signe ici sa plus belle oeuvre

Meyer, Deon – L’année du lion

Afrique du Sud, quelques mois après la Fièvre qui a emporté 90% de la population mondiale. Willem Storm et son fils de13 ans, Nico, roulent à bord d’un camion remorque dans lequel ils entassent vivres et carburant glanés çà et là. Mais les dangers parsèment leur route : chiens attaquant en meute, hommes armés, manque d’électricité, d’eau, de carburant. Et la solitude. Naît alors chez Willem le rêve de rassembler les hommes autour du barrage de Vanderkloof qu’il rejoint, dispersant des avis sur son trajet.
Ce sont des êtres gravement éprouvés qui s’annoncent, se racontent et s’installent en ce lieu petit à petit aménagé. Jusqu’à fonder ensemble Amanzi (eau dans la langue vernaculaire) une démocratie qui choisit Willem, cet homme érudit et bon, comme président.
L’histoire des premières années d’Amanzi est rapportée par Nico, le fils de Willem. Elle est celle de l’évolution d’une société en même temps que celle de la formation du jeune homme, pleine de douleurs, de haine et de guerres, mais aussi d’amour, de compassion et de tolérance

Ce livre est une magnifique épopée où le rêve d’une communauté juste et bonne se heurte aux éternelles passions humaines .
Il renouvelle également le mythe fondateur de l’homme, cet être issu de la destruction et de la création, qui ne peut penser qu’en classes et distinctions, vecteurs de haine, qui ne ne peut vivre qu’en liens et partages, sources d’amour