À la Une

Niel, Colin – Seules les bêtes

Nous sommes dans les Causses, là où la vie des fermiers dispersés sur une terre aride génère solitude et désespoir.
Pour faire face au risque de suicide croissant, Alice, une assistante sociale, apporte soutien et aide aux fermiers fragilisés.
Mariée à Michel, un taiseux affairé par ses vaches et ses comptes, Alice cherche un peu d’amour auprès de Joseph, un berger fruste et sauvage qui bien vite lui interdira sa maison
Pendant ce temps la police se démène car Evelyne Ducat, la riche bourgeoise du lieu, n’ est jamais revenue de sa randonnée en solitaire. Est-ce la tourmente, ce grand vent d’hiver ou un dangereux assassin qui l’a ainsi emportée sans retour ?
Alice, Joseph, Michel, Maribé, une nomade en quête d’amour fusionnel et, en Afrique, Armand qui hameçonne les naïfs d’internet afin de leur soutirer l’argent qui amènera sa belle à l’aimer encore, prendront chacun la parole, cinq personnes liées à la disparition d’Evelyne, cinq solitudes fermées sur leur monde, sur leur vision propre de l’amour et du lien à l’autre

Dans une langue âpre et belle, emprunte de rudesse et de poésie, Colin Niel donne voix à chacun de ses personnages en s’effaçant pour les laisser dire et penser avec leurs mots, leur soif d’amour, leurs pauvres justifications au mal commis et leurs espoirs déjà marqués de désespérance

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Marzano-Lesnevich, Alexandria – L’empreinte

Alexandria entreprend des études de droit dans l’idée de combattre la peine de mort. Lors d’un stage, on lui présente une vidéo où Ricky Langley, un pédophile récidiviste, décrit le viol et le meurtre d’un garçon de 6 ans. Profondément écoeurée, l’auteure se surprend à vouloir condamner cet homme à mort. Aussitôt elle arrête son cursus et s’oriente vers l’écriture, elle qui ne cherche pas la justice mais la vérité
Pour percer le mystère de sa violence, Alexandria reprend l’histoire de Ricky depuis ses débuts dans la vie, la découverte de ses tendances, son combat pour se faire enfermer ou traiter, la surdité de tous face à ses appels éplorés.
Et la jeune femme comprend alors que ce parcours résonne, et détonne, avec celui de cet homme qui la violait régulièrement alors qu’elle était enfant, de cet homme qui n’en conçut jamais aucun remords et demeura impuni.
Contrainte au silence, elle ne disposait pas d’autre voix que celle d’un corps dévasté et d’une âme anémiée jusqu’à ce que s’ouvre, enfin la voix de ce livre où elle se recrée, laborieusement, un corps, une histoire et une vie

Magnifiquement écrit, ce roman d’une vie qui passe des ténèbres du silence à l’éclaircie de sa construction narrative est d’un courage et d’une sincérité qui forcent l’admiration

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Jonquet, Thierry – Mygale

Ce livre se présente sous forme de courtes scènes apparemment sans liens.
Il y a Richard Lafargue; ce brillant chirurgien esthétique séquestre Eve, une femme superbe, dans son luxueux manoir où elle s’adonne au piano et à la peinture Régulièrement il l’oblige à se prostituer de la façon la plus abjecte puis l’entoure de prévenances.
Il y a Alex, un voyou pas très futé, en cavale depuis un braquage qui a mal tourné. Il vit dans une cache d’où il ne sort qu’avec crainte.
Il y a Vincent qui, 4 ans plus tôt, fut pourchassé, capturé et enchaîné par un inconnu qu’il surnomme la mygale
Et puis, il y a Viviane, enfermée dans un hôpital psychiatrique et sujette à de violentes crises autodestructrices
Le destin de ces 5 personnes est lié, pour le pire.

Malgré son écriture plutôt médiocre, ce livre parvient fort bien à distiller une ambiance faite d’attirance et de répulsion, ce genre d’effet que produit la mygale. Nous sommes donc dans un livre mygale dans lequel 5 personnes sont emprisonnées, tout comme nous.
Et, sans être féministe, il est plus que vexant d’apprendre qu’être femme peut être considéré comme un châtiment !