Commère, Hervé – Ce qu’il nous faut c’est un mort

Nous sommes dans Vainville, petit hameau normand, en une nuit tragique où trois jeunes gens, au retour d’une fête arrosée, percutent une jeune fille et s’enfuient sans lui porter secours. Parmi eux, Vincent Lecourt, futur héritier des ateliers fondés par son grand père qui s’est lancé avec sa soeur et une amie dans la couture de sous-vêtements. Ceux-ci auront d’ailleurs un tel succès que la région entière aura, grâce à lui, bénéficié d’emplois bien payés et d’une entraide joyeuse.
Avec Vincent se trouvent Patrick, le fils du maire, et Maxime, un garçon tendre et bon . Le premier rêve de devenir comédien, le second romancier, le troisième peintre, mais ces rêves prendront fin avec leur crime, l’étincelle s’éteignant avec le complot du silence
Au cours de cette même nuit d’autres crimes seront commis dans Vainville
Vingt ans plus tard, Vincent Lecourt, devenu un patron sans scrupules, tente de délocaliser petit à petit les ateliers de couture à l’aide d’un avocat véreux, mais c’est sans compter sur le courage des couturières et l’appui de Maxime
Ce roman comporte des scènes magnifiques, des développements intéressants mais aussi des ajouts sans intérêts et quelques longueurs inutiles.

King, Stephen – Mr Mercedes

Dans ce roman, l’auteur nous plonge dans les pensées et les émotions de deux êtres antagonistes et complémentaires.
Il y a d’abord Brady, un homme pour lequel les gens ne sont que des objets. Ainsi, foncer sur eux avec une Mercedes volée comme il l’a fait il y a un an revient à jouer au jeu de quilles. Ainsi – parce qu’il n’est au fond qu’un enfant perturbé perdu dans les désirs incestueux de sa mère – toutes ses frustrations et ses rages se muent en désir de frapper et de tuer comme l’enfant frappe la table contre laquelle il s’est cogné.
Et il y a Bill Hodges, un policier retraité depuis peu qui sombre dans l’ennui et la dépression jusqu’à ce qu’une lettre signée Mr Mercedes et à lui adressée redonne sens à sa vie. Il décide alors de reprendre cette enquête inaboutie seul, sans en informer la police. Et si ses interventions provoquent mort et désastre, cela ne l’arrête nullement, bien au contraire car au fond Hodges n’est qu’un enfant égoïste qui veut posséder son objet pour lui tout seul.
Par bonheur il a des amis compétents et courageux
La qualité de ce livre réside dans la pénétration psychologique de ses personnages, sinon l’écriture est bonne sans plus et l’histoire bien pauvre

Dillard, François-Xavier – Réveille-toi

Depuis sa greffe du coeur, Basile n’ose plus dormir. Dès qu’il s’assoupit, d’horribles cauchemars l’assaillent où, muni d’un long couteau, il poursuit une jeune femme qui se transforme en une Gorgone aux pattes serpentines et acérées contre laquelle il se bat furieusement avant de s’enfuir et tomber sur ces mots : Réveille-toi !
A cause des hurlements qu’il pousse chaque nuit, sa femme l’a quitté et il n’a plus qu’un ami, Ali qui hélas, se passionne pour les faits divers atroces.
Dans une cache, une femme est torturée et lutte pour survivre, ailleurs d’autres femmes sont sauvagement tuées, aussi la police va-t-elle tenter d’identifier l’assassin à l’aide d’un programme exceptionnel mis au point par Paul, un jeune génie lourdement handicapé et Clara, un membre de la police scientifique au sombre passé.
Cet excellent thriller nous conduit tantôt dans l’horreur absolue, tantôt dans des tranches de lumière, il nous amène au coeur des traumatismes d’enfance et dans la recherche courageuse de la vérité. Intelligent, d’une belle écriture, ce roman exige un coeur bien accroché et une touche de naïveté consentie

Bonnot, Xavier-Marie – La vallée des ombres

A Pierrefeu, petit village au pied des Alpes, deux familles se vouent une haine féroce depuis des générations : Les Vasseur, hommes de la résistance et défenseurs des droits humains et les Lestrade, prêts à tout pour le pouvoir et l’argent.
René est un Vasseur mais se sent indigne de son nom depuis qu’il a assisté, impuissant et caché, au massacre de son frère par une bande armée. D’ailleurs son père l’a toujours maltraité et méprisé.
C’est pourquoi il abandonnera tout, ses amis et celle qu’il aime, pour devenir légionnaire. Il ne rentrera que vingt ans plus tard, appelé par son père mourant
Ce retour à la normalité sera aussi celui du bilan . Certes, René est devenu dur et courageux , mais n’a-t-il pas perdu l’essentiel, son âme et sa douceur ?
Un roman dur et sec comme son héros, avec des brefs moments d’une tendresse teintée de la tristesse de sa lumière perdue

Berg, Eric – La maison des brouillards

Ils étaient quatre amis, ardents militants pour la cause écologique. Quinze ans plus tard, ils décident de se retrouver dans la demeure d’un des leurs sur l’île d’Hiddensee. Mais les années les ont modifiés, si bien que les amis d’avant ne se supportent qu’avec peine. Leur séjour se terminera par une tempête violente et un massacre faisant 3 morts et une suspecte plongée dans le coma
Deux ans après ces faits, la journaliste Doro Kagel, sensibilisée par les affaires criminelles depuis l’assassinat de son petit frère, entreprend d’enquêter dans l’entourage des victimes. A cette fin, elle entre notamment en contact avec le fils d’un étrange couple cambodgien qui habitait non loin du lieu du crime.
Ce suspense, fort original puisque nous ne connaissons ni les victimes ni le criminel, nous offre une palette de personnages habités d’histoire, d’épreuves, de secrets et d’émotions contrastées. Ce qui fait de chacun d’eux une victime ou un criminel potentiel.

Hauuy, Vincent – Dans la toile

Une fusillade a lieu dans un bar, Isabelle se jette sur l’assassin et reçoit une balle dans la tempe et dans le poumon. La jeune femme vivra mais avec des pertes de mémoire et une anxiété permanente si pénible que son mari décide d’aller vivre dans un chalet vosgien isolé. Mais les troubles d’Isabelle s’accentuent dans ce lieu lourd de secrets..
Sujette à des rêves éveillés et à des hallucinations, Isabelle revit des scènes de son enfance frappée par le malheur, mais aussi la solitude après que Camille, sa soeur jumelle, a perdu son innocente et sa santé mentale
Confusions, oublis, peurs étouffantes, souffrances mais petit à petit, à travers l’écriture et la peinture, lente et difficile réconciliation avec soi-même auraient suffi à faire de ce livre une merveille si l’auteur n’avait voulu y ajouter un côté thriller qui alourdit inutilement cette tragédie psychologique complexe

Expert, Jacques – Sauvez-moi

Nicolas Thomas vient de sortir de prison après 30 années durant lesquelles il n’a cessé de clamer son innocence. Chaque année, il adressait une lettre à celle qui lui a arraché des aveux, la commissaire divisionnaire Sophie Ponchartrain, lettres qui se concluaient toutes par ces mots « Sauvez-moi ». Quelques heures après cette libération, des crimes en tous points pareils à ceux dont Thomas fut inculpé se reproduisent, mais l’homme semble s’être évaporé.
Ponchartrain est en charge de cette affaire,. Chef d’une équipe dont elle exige une totale allégeance, autoritaire, carriériste, elle soupçonne vite un autre homme, Guillaume Chambaraud, d’être le copycat du tueur libéré. Et Ponchartrain ne se trompe jamais.
Ce roman, qui contient quelques beaux portraits, aurait été passionnant s’il n’avait été, sous certains aspects, aussi peu crédible

Chattam, Maxime – Que ta volonté soit faite

Nous sommes dans l’Amérique profonde, dans ces terres où le labeur et la réputation fondent la vie sociale. C’est là que vit Jon Petersen, un fils d’agriculteur n’ayant, depuis l’enfance, qu’un seul plaisir : violenter, écraser les faibles, humilier, nuire et détruire tant physiquement que psychologiquement son entourage, et tout cela bien sûr en restant impuni grâce aux menaces, aux chantages et à l’écrasement total de ses victimes. Le shérif Jarvis est son exact opposé: généreux, dévoué, loyal, très amoureux de sa femme, mais désespérément démuni face à ces viols de jeunes filles et ces crimes sans témoins ni preuves.
Il faudra 20 ans et l’aide de la providence pour que ces crimes soient enfin résolus.
Si la majeure partie du livre inspire le malaise, voire la nausée face à ce monstre qu’est Jon Petersen, ce n’est pas là le travers, mais bien le dessein de l’auteur dont le récit s’adresse tant à notre intelligence qu’à notre sens des responsabilités.