Lemaitre, Pierre – Sacrifices

Dans cette ultime enquête, le commissaire Verhoeven, cet homme impressionnant malgré sa toute petite taille, va être personnellement impliqué d’une double façon. D’abord parce que lors du braquage d’une bijouterie, Anne, sa compagne, est violemment tabassée et échappe de peu à la mort et que, pour obtenir cette affaire et protéger Anne, il manipule ses supérieurs et leur cache son lien avec elle, au péril de sa carrière
Ensuite parce qu’ Anne étant terrifiée – elle a vu son agresseur rôder près de sa chambre d’hôpital et sait qu’il veut l’achever, elle l’a d’ailleurs reconnu et identifié sur les photos de police – Verhoeven est contaminé par son effroi et va tout mettre en oeuvre pour découvrir la cache de son agresseur. Jusqu’à ce qu’il comprenne la machination dont il est l’objet.
Maniant à merveille ses rythmes d’écriture, actif, nerveux même, ironique parfois, l’auteur déploie ici encore toute son intelligence machiavélique

Delzongle, Sonja – Boréal

Artica est une unité postée non loin du pôle, elle abrite 7 scientifiques récemment venus y étudier les conséquences de la pollution et du réchauffement climatique particulièrement dramatiques en ces régions.
Lors d’une première sortie dans la nuit polaire, ils découvrent un cimetière de boeufs musqués saisis par milliers dans les glaces, la terreur inscrite dans le regard. Ils vont alors faire appel à Luv Svendsen, spécialiste des hécatombes animales, qui y voit le moyen d’échapper à une situation familiale étouffante
La disparition mystérieuse d’un membre de l’équipe, puis de ceux qui tentent de retrouver le disparu, et enfin de l’équipe entière capturée par des hommes dénaturés, les tremblements de terre gigantesques, la folie, la perdition, tous ces désastres sont le résultat de la cupidité des hommes et de leur négligence en matière de nucléaire.
Bien écrit, scientifiquement exact, mettant en scène des personnages dotés d’ombre et de lumière, Sonja Delzongle nous assène néanmoins un peu trop d’horreur là où celle des conditions climatiques suffisait

Aubenque, Alexis – Retour à River Falls

Une jeune fille est retrouvée au fond d’une grotte, violée et assassinée sous un mode qui semble rituel. Ce sera Logan, le nouveau shérif pas trop subtil de River Falls et sa compagne retorse qui mèneront l’enquête
De son côté Stephen, photographe de guerre rentré au pays et aussitôt embauché par le journal local sera chargé de couvrir cet événement dramatique à l’aide de Marion une jeune stagiaire intelligente, courageuse et, à vrai dire, seul personnage intéressant de ce roman.
Tandis que le shérif s’engage résolument vers de mauvaises pistes, Marion percevra bien vite que la vérité est ailleurs, tractant derrière elle un Stephen d’abord réticent puis convaincu.
Ce sera lors de la première du cirque en tournée qu’une piste inédite se dévoilera.
Les héros de ce livre sont vraiment antipathiques et l’intrigue est juste bonne, sans plus. Rien à retenir donc.

Lapena, Shari – L’Etranger dans la maison

Tom et Rachel forment, depuis 2 ans, un couple béni des dieux. En face de chez eux Brigid, désoeuvrée, passe la majorité de son temps à les épier tout en tricotant
Un soir, Rachel, paniquée, roule à folle allure et percute violemment un poteau . Commotionnée et hospitalisée, elle ne se souvient de rien. Mais la mort d’un inconnu tué par balles près du lieu de cet accident conduit la police à soupçonner Rachel et à enquêter sur son passé apparemment inexistant
A côté de cette énigme, et depuis son installation avec Tom , Rachel a constaté que quelqu’un s’introduisait chez elle, déplaçant des objets ou fouillant ses tiroirs. Quel est donc cet étranger dans la maison ?
Une intrigue à multiples strates, plus retorse qu’on ne le pense, où tel est pris qui croyait prendre, tel est le grand intérêt de ce roman autrement fort moyen

Manzor, René – Celui dont le nom n’est plus

Des personnes qui, sans avoir jamais rencontré leur hypnotiseur et sur la seule induction d’une phrase musicale, se livrent à des actes d’une complexité incroyable nécessitant une compétence dont ils ne disposent absolument pas, des actes qui, de plus, sont absolument contraires à leur moralité et leur sensibilité, voilà qui, malgré toute notre bonne volonté fictionnelle, dépasse vraiment les limites de notre crédulité
Sans compter les capacités dignes d’un champion olympique de l’assassin, les monte-charges qui ne fonctionnent que pour lui, le matériel sophistiqué qui surgit dès qu’il entre dans un lieu auparavant dépouillé de cet attirail etc.
Non c’est là trop d’incohérences et de manquements, et c’est regrettable car ce livre aurait pu être génial si l’auteur en avait mieux travaillé la congruence.

Norek, Olivier – Surtensions

Afin de libérer un parent prisonnier, une bande de mafieux vole cinq scellés, ces preuves qui permettent d’inculper ou de libérer un détenu, et ce, en plein coeur du tribunal de Bobigny. Ils y sont parvenus en terrorisant une famille dont le père travaille aux scellés. Pour mieux brouiller les pistes ils se sont emparés de quatre scellés inutiles à leur cause qui, à leur insu, vont permettre la libération d’un tueur à gages, d’un assassin et d’un pédophile extrêmement actif mais aussi provoquer la condamnation d’un innocent
Le capitaine Coste et son équipe sont à la poursuite de cette bande. Coste est prêt à tout pour protéger son équipe, tout comme les mafieux sont prêts à tout pour défendre ou venger les leurs
Une intrigue fort bien construite, des personnages nobles ou ignobles, de l’émotion, de l’action et un art certain de la narration . Un livre qu’on imagine bien mis à l’écran

Ruju, Pascale – Une affaire comme les autres

Dans une pièce, des caméras de surveillance et deux femmes face à face. L’une est une procureure adjointe extrêmement douée, l’autre est Annamaria, accusée d’avoir tué son mari
Annamaria va raconter comment elle tomba éperdument amoureuse de cet homme richissime, comment, très vite, elle perçut qu’il ne fallait lui poser aucune question sur ses activités, qu’elle ne devait surtout rien savoir si elle voulait préserver l’estime et l’amour qu’elle lui portait. Jusqu’au jour où elle prend conscience de ce qu’était réellement son mari, de ce qu’il n’y avait pas d’amour entre eux et du danger de le quitter. Jusqu’au jour où elle rencontre le grand amour, celui qui devait rester clandestin sous peine de mort.
La procureure entrecoupe cette narration en révélant à l’accusée que son mari était le chef d’une famille mafieuse, un chef impitoyable, brutal et avide d’argent. Qu’aucune atrocité ne le retenait, à tel point que même ses plus proches lieutenants ne lui furent point fidèles
Et puis viennent les questions : Avez-vous tué votre mari ? Quel est le nom de votre amour secret ?
Un huis-clos magnifique et une conclusion stupéfiante

Reardon, Bryan – Jake

Jake est un garçon calme, réfléchi et soucieux des autres. Il grandit au sein d’une famille aimante et équilibrée
Alors qu’il a 17 ans, un garçon de sa classe pénètre dans l’école avec un fusil et abat 13 jeunes avant de se suicider. Or seul Jake fréquentant de loin en loin ce garçon et seul Jake reste introuvable après ce drame. De là à le soupçonner d’être complice du tueur il n’y a qu’un pas que les médias et la foule franchissent avec toute la férocité jubilatoire qu’une mort évitée leur inspire
Postée devant la maison de Jake, la masse déverse sa haine tandis que les médias s’efforcent de trouver l’Explication qui rassurerait les gens en prouvant que quelque chose chez Jake ou sa famille les différencie bien d’eux tous
Défouler la haine et conjurer la peur en faisant fi de toute compassion et de toute vérité, telle est la fonction des médias, elle qui tue mieux qu’un tueur
Un livre d’une belle finesse psychologique et d’une belle intelligence de notre humanité

Cleave, Paul – Ne fais confiance à personne

Jerry Grey est un auteur de romans policiers célèbre, mais à moins de cinquante ans, il est atteint d’un Alzheimer si avancé qu’il doit déjà être placé dans une maison de santé.
Jerry est désemparé, tout lui est devenu incertitude et interrogation depuis que la maladie s’est emparée de sa mémoire et de son esprit.
Ainsi, comment savoir si les meurtres dont il est l’auteur sont réels ou fictifs ? Doit-il ou non se sentir coupable ? Et ces crimes commis chaque fois qu’il s’échappe du home, doit-il les attribuer à son soi alzheimerien devenu meurtrier faute d’être encore capable d’ écrire ces crimes? A moins qu’un tueur machiavélique ne se serve de ses oublis pour lui faire endosser ses propres meurtres?
Quand on est ainsi livré à une mémoire trouée et vagabonde, comment accéder à la vérité ?
Ce roman fort original aurait pu être exceptionnel s’ il n’était aussi tiré en longueur

Antoine, Amélie – Raisons obscures

C’est l’histoire de deux couples unis depuis une vingtaine d’années, et de leurs enfants.
Dans chacun de ces couples les parents connaissent des problèmes et des épreuves qu’ils gèrent de leur mieux, si bien que tout en aimant profondément leurs enfants, ils n’y sont pas réellement attentifs.
Au sein de la première famille, l’aînée vit très mal son diabète qu’elle tient à tout prix à cacher aux camarades de son collège, car, selon elle, sa réputation de leader incontesté en pâtirait. Et les parents ne l’aident guère qui tantôt sous-estiment la difficulté de leur aînée, tantôt rabattent toutes ses humeurs à des dosages de glycémie
Quant aux parents de la seconde famille, ils ne perçoivent rien de la souffrance sournoise qui ravage leur fille cadette, rien de son triste repli, rien de l’abandon progressif de toutes ses activités et passions, rien de son combat désespéré et solitaire, rien de son appel au secours muet, rien de la faille qui se creuse lentement en elle, rien…
Ce roman est une étoile noire