Giebel, Karine – Jusqu’à ce que la mort nous unisse

La montagne et la neige, un guide devenu dur et arrogant depuis l’abandon brutal de sa femme, une jeune policière qui s’associe à ce guide afin d’élucider la mort suspecte d’un autre guide. Et en face des politiques véreux, des marchandages entre dignitaires, la richesse criminelle….
Du tout bon Giebel où elle déploie son lyrisme face aux grandeurs de la nature, où elle mène son combat contre les corruptions du pouvoir, où elle prête à ses héros une tendresse retenue jusqu’au piège d’une certaine dureté, où, enfin, elle nous captive grâce à son immense talent d’écrivaine.

Sveistrup, Soren – Octobre

Des femmes dont l’enfant est négligé ou battu sont retrouvées mortes et amputées avec, à leur côté, une statuette faite de marrons. Sur ces marrons se retrouve l’empreinte d’une jeune fille enlevée un an plus tôt, jeune fille dont la mère est justement la ministre qui a fait de la lutte contre la maltraitance enfantine sa priorité.
Fausses pistes, crocs-en-jambe entre policiers, querelles de pouvoir, tromperies, il sera long de déterrer le secret atroce qui préside à ces crimes
Un roman d’action ingénieux et bien mené auquel manque toutefois l’épaisseur psychologique des principaux acteurs de ce livre

Renand, Antoine – L’Empathie

Comment se reconstruire, comment vivre après avoir subi des viols répétés dans son enfance, viols commis par un père, un beau-père ou un inconnu ?
L’un reproduit ce qu’il a vécu, viole des femmes, se complaît dans une fausse domination, a besoin de toujours plus de violence et d’horreur pour pouvoir jouir, devient un monstre
L’autre reproduit aussi ce qu’il a vécu, viole des femmes, se complaît dans une fausse domination et puis soudain réfléchit, prend conscience du monstre en lui, le combat par tous les moyens, en lui et dans la société
L’autre encore se révolte contre ceux pour lesquels rien n’existe sinon la satisfaction de leur libido perverse, les combat, se consacre à cette lutte, est prête à donner sa vie pour qu’ils ne nuisent plus aux autres.
Un livre douloureux, bien agencé et bien écrit mais avec quelque chose qui manque ou gêne…

Delacourt, Grégoire – Mon Père

Le synopsis est simple : Un père explose de colère contre un prêtre qu’il soupçonne d’avoir abusé sexuellement de son jeune fils, Sa fureur l’entraîne à la violence, puis à la torture sur la personne de ce prêtre
Ce livre, nonobstant ses qualités littéraires qui ne m’ont pas frappée et sa thématique de dénonciation, est un tissu de sophismes, ces faux raisonnements et dévoiements de la vérité qui visent à semer la confusion et opérer l’inversion des valeurs
L’auteur nous abreuve ainsi de comparaisons entre l’enfant abusé et Isaac, le fils d’Abraham qui font injure aussi bien au texte ancien qu’ à l’enfant victime d’abus sexuels. Ainsi par exemple : Comparer le silence d’Isaac qui accorde toute sa confiance au père, à l’indicible et muette souffrance de l’enfant soumis à la perversion d’un prêtre, est une tromperie et un abus de texte
Tel un Torquemada moderne, le père de l’enfant use de la torture pour extorquer des aveux précis, qui, comme la psychanalyse nous l’a appris, reproduisent verbalement l’acte pédophile et nous laissent donc suspecter un voyeurisme malsain chez le père.
Enfin la vengeance est confondue avec la justice, et la justice avec l’injustice
Au final, comble de la perversion, non sexuelle mais mentale, l’enfant n’aura pas été soulagé et son violeur n’aura pas été inquiété
La vengeance et la colère ne réparent rien, seul le pardon imploré par le fautif lui-même et accepté par la victime elle-même le peut; aucun intermédiaire ne pouvant s’arroger le droit de se substituer au fautif ou à sa victime, sauf à parodier ce moment de grâce

Harris, Robert – Conclave

Le pape est mort. Il revient donc aux 117 cardinaux officiels de s’ enfermer en la Chapelle Sixtine afin d élire son successeur
Au dernier moment un 118 ème cardinal se présente, il a été nommé par le pape en grand secret parce qu’il exerce dans des zones à hauts risques. Humble et timide, ce cardinal manifeste une grande spiritualité
Parmi les candidats les plus papables, têtes de liste aux premiers tours, certains ont commis des malversations qui les rendent inéligibles comme le prouve l’enquête menée par le Doyen du collège des cardinaux, tandis que d’autres, par leur lâcheté ou leur présomption teintée de violence, perdent progressivement des voix
Si bien qu’en finale le Doyen qui n’était gratifié que de quelques voix au premier tout, semble devenir le candidat unique au huitième tour..
Captivant, intelligent, instructif, original et plus qu’agréable à lire, ce roman est tout simplement formidable

McFadyen, Cody – La mort en face

Parce qu’il était un ange et fut transformé en démon fou par des trafiquants d’enfants odieux, l »Etranger » va se choisir un successeur en la petite Sarah de 6 ans dont il élimine successivement et devant elle, tous ceux qui l’aiment et qu’elle aime. Son but : détruire son coeur et son âme , en faire un démon fou à son image .
Aujourd’hui Sarah a 16 ans et son ultime famille d’accueil vient d’être sauvagement assassinée.
Aujourd’hui une équipe de policiers, dont chacun fut durement éprouvé en sa chair, se lance à la poursuite de cet Etranger monstrueux mais extrêmement intelligent.
Sarah est au bord de la folie mais elle a préservé assez de coeur pour ne plus vouloir qu’on l’aime, assez d’espoir pour vivre encore
Un livre bouleversant mais très très éprouvant

Gardner, Lisa – A même la peau

Premier thème : le goût du crime est-il génétique ? Oui répond ce livre (!!)
Second thème : Comment vit-on la douleur ? Adeline, une thérapeute remarquable bien que ou parce qu’affectée elle-même d’une insensibilité physique congénitale, conduit deux séances de gestion de la douleur qui rachètent, à elles seules, ce roman autrement quelconque
Et puis il y a l’enquête où D.D.Warren, comme d’habitude, s’agite beaucoup pour finalement arriver trop tard

Hjorth & Rosenfeldt – La fille muette

Ce qui mérite d’être relevé dans ce livre est la finesse psychologique des personnages extrêmement contrastés. Ainsi le profiler, figure essentielle de ce roman, est tout aussi détestable et égoïste que tendre et bouleversant. Ici, même le tueur n’est pas totalement mauvais et chacun des intervenants se montrera, tour à tour, révoltant ou attachant .
Je le conseille à tous ceux et celles qui aiment les personnages complexes, une écriture travaillée et une intrigue sans surcharge d’horreurs